‹ Byzance, grandeur et décadence; l'évolution de l'histoire byzantine, les causes de la grandeur de Byzance, le causes de sa décadence, la civilisation byzantine et son influence, l'heritage de ByzanceChapitre 4 sur 41 · LA FORMATION DE L EMPIRE ORIENTAL · texte numérisé non relu

LA FORMATION DE L EMPIRE ORIENTAL

impeccable, le réformateur soucieux du bon ordre de l'empire. Il voulut enfin parer sa grandeur impériale de toutes les magnificences : Sainte-Sophie, qu'il reconstruisit avec une merveilleuse splendeur, fut le monument incomparable où il voulut éterniser la gloire de son règne et de son nom. Et, aujourd'hui encore, à Saint-Vital de Ravenne, les mosaïques étincelantes qui ftamboient dans l'abside solitaire évoquent, en une saisissante image, la pompe fastueuse dont s'entouraient les maîtres du Palais-Sacré de Byzance.

Justinien rêva davantage. Représentant et vicaire de Dieu sur la terre, il se donna pour tâche d'être le champion de l'orthodoxie dans le monde et de propagerla vraie foi à travers l'univers. Mais peut-être, dans ses ambitions formidables, y eut-il plus de grandeur apparente que réelle, et Théodora peut-être, elle aussi une parvenue devenue impératrice, voyait plus juste que son impérial époux. Tandis que Justinien, se perdant dans les rêves d'une ambition grandiose et fumeuse, ne considérait que l'Occident et se flattait de soutenir l'empire romain reconstitué sur l'étroite alliance rétablie avec la papauté, elle, avec un sentiment plus net et plus exact des réalités politiques, tournait les yeux vers l'Orient. Elle eût voulu y apaiser les querelles préjudiciables à la puissance de l'empire, ramener, par d'opportunes concessions, les nationalités dissidentes, telles que celles de Syrie ou d'Egypte, et, fût-ce au prix d'une rupture avec Rome, reconstituer la forte et solide unité de la monarchie orientale. Et on peut se demander si l'empire qu'elle rêvait, plus ramassé, plus homogène, n'eût pas mieux résisté aux Perses et aux Arabes ; et on peut soutenir sans paradoxe que ce règne illustre de Justinien, en arrêtant l'évolution naturelle de l'empire d'Orient, en l'épuisant au service d'ambitions excessives, lui fît, malgré l'éclat dont il l'environna, plus de mal que de

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bien. L'Orient négligé allait se venger — de la façon la plus redoutable.

La transformation et l'organisation de Tempire oriental. — Pourtant, jusqu'ici, malgré les tendances qui l'entraînaient vers l'Orient, l'empire byzantin apparaissait encore comme le continuateur de Rome. Le latin y restait — si étrange que ce fût — la langue officielle; la tradition romaine y était toute-puissante; l'administration conservait les titres et les cadres que lui avaient légués les Césars. Du commencement du VII' siècle au milieu du ix", la transformation dans le sens oriental se précipita et s'acheva.

La transformation de l'empire au VIP siècle (610- 717). — L'empire paya cher les grandes ambitions de Justinien. Lui mort, la liquidation de son œuvre fut désastreuse. A l'intérieur, financièrement, militairement, la monarchie est lamentablement épuisée. Au dehors, la menace perse redevient redoutable, et bientôt, plus terrible encore, s'abat sur l'empire le torrent de l'invasion arabe. Les querelles religieuses aggravent l'anarchie politique. Dans l'histoire de Byzance, le vu» siècle (610-717) est une des périodes les plus sombres, une époque de crise grave, un moment décisif où il semble que l'existence même de l'empire soit enjeu.

Sans doute, on y rencontre encore des figures intéressantes et hautes. Par un magnifique et tenace effort, Héraclius (610-641) contient et refoule les Perses victorieux; à la tête des légions qu'il enflamme de son enthousiasme, il porte la guerre au cœur de l'Asie ; il triomphe à Ninive, il triomphe aux portes de Ctésiphon, il venge le christianisme des insultes des Perses, et il entre dans la légende comme le premier des croisés. Sa politique religieuse complète son œuvre militaire et s'efforce de rendre l'unité morale à

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