‹ Byzance, grandeur et décadence; l'évolution de l'histoire byzantine, les causes de la grandeur de Byzance, le causes de sa décadence, la civilisation byzantine et son influence, l'heritage de ByzanceChapitre 5 sur 41 · LA FORMATION DE L'EMPIBE ORIENTAL · texte numérisé non relu

LA FORMATION DE L'EMPIBE ORIENTAL

la monarchie matériellement reconstituée. Mais de son vivant déjà, l'empire se démembre. Les Arabes conquièrent la Syrie, l'Egypte, l'Afrique du Nord, l'Arménie ; en Italie, les Lombards sont maîtres de plus de la moitié de la péninsule. Le territoire de l'empire se réduit à l'Asie Mineure, à la péninsule des Balkans, à l'exarchat de Ravenne, domaine restreint et partout menacé, par les Lombards, par les Slaves, par les Arabes, par les Bulgares. Jusque-là la monarchie était demeurée un empire romain de caractère universel : maintenant, elle devenait un empire proprement byzantin, dont toutes les forces se concentraient autour de Constantinople.

De tout cela résulte une transformation profonde. Transformation ethnographique d'abord : les Slaves s'installent dans les Balkans, Serbes et Croates au nord-ouest. Bulgares au nbrd-est. Transformation administrative : tous les pouvoirs se concentrent, pour les besoins de la défense, entre les mains des chefs militaires ; le régime des thèmes commence à s'organiser, qui durera aussi longtemps que l'empire. Transformation sociale surtout: l'élément hellénique prend une place chaque jour plus considérable, dans la langue où le latin disparaît devant le grec, dans la littérature qui s'inspire d'idées et se modèle selon des formes nouvelles, dans toutes les habitudes de la vie, en même temps que rélément chrétien marque de plus en plus sa prédominance, par le rôle que joue l'Eglise dans les affaires publiques, par le développement croissant du monachisme. Transformation politique enfin : la rivalité avec Rome s'aigrit par d'incessants conflits, la rupture se prépare, qui détachera bientôt l'Occident de Byzance ; et par là, de plus en plus, l'attention des souverains se concentre sur l'Orient. Et, sans doute, cette transformation, qui renouvelle alors presque radicalement l'empire, n'a point été toujours, ni de tous points, heureuse. Aux

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jirogrès de la superstition correspond l'assauvagisseraent des mœurs ; les révoltes militaires incessantes attestent la démoralisation croissante, le manque croissant de loyauté et de fidélité. Mais, malgré la décadence de la monarchie, affaiblie au dehors, menacée sur toutes les frontières, troublée au dedans par une anarchie de vingt années (695-717), un fait important, essentiel, apparaît au terme de cette trouble période de transformation et de gestation. Il existe un empire byzantin, diminué sans doute, mais plus ramassé, débarrassé du poids mort de l'Occident et du danger des séparatismes orientaux, un empire capable d'être fortement organisé et de vivre, dès qu'il se rencontrera une main vigoureuse pour le conduire.

L'œuvre de la dynastie isaurienne (717-867). — Cette main se rencontra. Les empereurs isauriens (717-867) 1 furent les artisans glorieux de la réorganisation définitive de l'empire.

On juge souvent sévèrement — et fort mal — les empereurs iconoclastes. On se souvient surtout de leur politique religieuse, dont on comprend d'ailleurs imparfaitement l'intention et la portée. On oublie en quelle siluation ils trouvèrent l'empire et quelle œuvre de réorganisation complèle ils durent entreprendre. Léon IIÎ, Constantin V furent de très grands empereurs, violents, autoritaires, passionnés et durs, mais de grands généraux aussi, qui brisèrent l'élan de l'Islam 2 et refoulèrent l'ambition des Bulgares,

1. La dynastie isaurienne régna de 717 à 802. Mais ses successeurs (802-867) continuèrent son œuvre et l'achevèrent.

2. Leurs succès, tout autrement décisifs que celui remporté par Charles Martel dans les plaines de Poitiers, furent fort aidés d'ailleurs par l'avènement des Abbassides, qui transporta la capitale des Khalifes de la Syrie proche sur l'Euphrate lointain, et aussi par les divisions qui troublèrent et affaiblirent durant la seconde moitié du mW siècle l'empire arabe.

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d'habiles administrateurs, qui accomplirent une grande œuvre législative, administrative et sociale, et à qui leurs adversaires mêmes ont parfois rendu justice.

Sans doute, leur politique a eu quelques conséquences fâcheuses. A l'intérieur, la querelle des images qu'ils déchaînèrent troubla l'Orient pendant cent vingt ans (726-842) ; au dehors, ce furent d'autres désastres, la rupture avec Rome, la perte de l'Italie, le rétablissement de l'empire pour Charlemagne (800) : toutes choses qui, au reste, achevèrent de rejeter Byzance vers l'Orient. Mais, d'autre part, sous la main vigoureuse des Isauriens, le pouvoir impérial, sorti victorieux de la lutte contre l'Eglise réclamant sa liberté, s'affermit prodigieusement; et malgré les dangers extérieurs — le péril bulgare qui, au commencement du IX® siècle, menaça Constantinople même, la conquête de la Crète par les Arabes (826), qui ôta toute sécurité aux mers orientales — l'empire, vers le milieu du ix* siècle, était brillant et fort.

Sous le règne de l'empereur Théophile (829-841), la cour de Byzance, par la splendeur des constructions, le luxe du Palais-Sacré, l'éclat de la civilisation, rivalisait avec la Bagdad des Khalifes. Au sartir d'une longue période de troubles, la littérature et l'art semblaient retrouver une vigueur nouvelle, et déjà préludaient à une magnifique renaissance. L'Université de Constantinople, reconstituée par le César Bardas (vers 850), redevenait le centre d'une culture intellectuelle admirable. Et l'influence de l'empire se faisait au dehors sentir jusque dans le monde slave, auquel Cyrille et Méthode, «les apôtres des Slaves», apportaient, avec la foi orthodoxe, son alphabet et sa langue littéraire. Enfin, depuis 842, l'unité religieuse était rétablie dans l'empire, et l'Eglise grecque prenait de plus en plus une forme nationale, que soulignait et précisait le schisme de Photius.

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Ainsi, au moment où s'achève cette période, iî existe vraiment une nationalité byzantine, lentement formée à travers les événements; et l'empire, nettement oriental, prélude à l'apogée magnifique qui, entre la fin du ix*" et le milieu du xi® siècle, lui vaudra cent cinquante années de splendeur, de prospérité et de gloire.

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