Nicétas Acominate, matoire. p
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ment qu'à Byzance, le pouvoir impérial est une autocratie tempérée par la révolution et par l'assassinat.
C'est qu'en «effet ce pouvoir absolu a une faiblesse. Pas plus que dans la Rome impériale, Byzance, au moins jusqu'à la fin du ix* siècle, n'a eu de loi de succession réglant l'avènement au trône. Théoriquement, on devient empereur soit par l'élection que font le Sénat, le peuple et l'armée, soit par un acte de volonté de l'empereur régnant qui, de son vivant, désigne et installe à côté de lui un successeur, choisi d'après la naissance ou par voie d'adoption ou d'association. En fait, c'est l'usurpation brutale qui, le plus souvent, fait l'empereur : pendant longtemps, il n'y eut pas à Byzance de famille régnante, ni de sang royal. Ce fut l'œuvre des empereurs de la famille de Macédoine c de donner à l'autorité impériale des racines plus puissantes, pour en faire sortir les magnifiques rameaux de la dynastie * ». Désormais, il fut plus difficile de renverser l'arbre aussi puissamment enraciné. Désormais, il y eut une famille impériale, dont les membres reçurent le nom de « porphyrogénètes », et l'on constate désormais un progrès croissant des idées de légitimité. Il y a des dynasties : les Macédoniens qui ont duré 189 ans, les Comnènes qui ont régné 104 ans, les Paléologues qui ont occupé le trône pendant 192 ans; et les usurpateurs euxmêmes ont le respect de la dynastie légitime. Il y a un attachement populaire à la famiJIe régnante, un dévouement loyaliste. L'opinion publique professe maintenant que « celui qui règne à Constantinople finalement est toujours victorieux », ce qui fait de l'usurpation, non pas seulement un crime, mais — chose pire — une sottise. Et dans cette monarchie orientale, des femmes même ont régné — ce qui
1. Ainsi s'exprime Constantin VII tans la vie qu'il a écrite de son grand-père Basile !•'.
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jamais n'est arrivé en Occident — et ces femmes, une Irène, une Théodora, une Zoé, ont été populaires.
La vie impériale. — Pour finir, considérons brièvement, pour bien nous rendre compte de ce qu'est un empereur byzantin, ce qu'est la vie impériale, entre le couronnement à Sainte-Sophie et les funérailles magnifiques aux Saints-Apôtres.
Le livre des Cérémonies, qu'a écrit au x* siècle l'empereur Constantin VII, nous montre une vie toute représentative et, comme on l'a dit, vraiment « pontificale », où l'empereur, au milieu des cantiques, des acclamations rythmées, des cortèges et des pompes, passe, inutile et majestueux. Chaque acte de sa vie, chaque geste est réglé par l'étiquette, et cette vie est toute pleine de cérémonies vaines, fêtes religieuses et fêtes civiles, courses, audiences, dîners. Chaque matin, une procession solennelle se déroule à travers les appartements du palais; à certains jours, ce sont des visites aux églises; à la fin de Tannée et au commencement de Tannée nouvelle, se sont les fêtes magnifiques du oojSsxar^aepov, etc. Et, sous cet aspect éclatant, on entrevoit quelque chose de singulièrement misérable.
Mais cette vie de représentation, de palais, de harem, cette existence vide n'est qu'une partie, et la moindre, de la vie d'un empereur byzantin. Il y a eu des souverains énergiques, qui se sont formé une autre conception de leurs fonctions et de leur existence. Il y a eu des empereurs guerriers, toujours à la tète des troupes, Héraclius eties deux premiers Isauriens, Basile I", Phocas, Tzimiscès, Basile II, si sobre, si ennemi du luxe, et Alexis et Jean et Manuel Comnène. Il y a des empereurs qui, au palais même, ont mené
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autre chose qu'une vie oisive. Justinien, malgré le goût qu'il avait de la pompe et de l'étiquette, passait les nuits au travail, et il a mérité qu'on l'appelât « l'empereur qui ne dort jamais ».
La force de rinstitution impériale. — Ce sont ceux-là qui de Tinstilution impériale ont su tirer une des sources de la grandeur de Byzance. Sans doute, dans cet état, où tout remonte à l'empereur, il arrive inévitablement que l'entourage immédiat du prince exerce sur lui une trop puissante influence, et de la place que tient le palais dans la monarchie peut sortir un régime d'intrigues, un gouvernement de femmes et de favoris. Dans cet état où tout dépend du prince, c'est un danger constant aussi que la tentation donnée aux ambitieux de renverser le souverain, parce que la révolution est le moyen unique — et facile — d'obtenir le pouvoir. Dans un état enfin, où la volonté d'un seul homme règle toutes choses, c'est un péril redoutable que cet homme puisse être médiocre ou faible. Ce sont là les inconvénients de cet absolutisme monarchique. Mais quels avantages par ailleurs dans l'unité de direction, dans la continuité de politique, dans la fermeté de conception et d'exécution, qu'assure un prince qui gouverné tout en maître. Et si ce prince est un homme de valeur, qui sache utiliser les moyens de gouvernement dont il dispose, l'armée, la diplomatie, l'administration, quel profit pour l'empire que cette direction unique et forte. Il y a eu de tels souverains à Byzance, et plus qu'on ne croit : peu d'états dans l'histoire ont connu une plus belle succession de princes remarquables. Et c'est pourquoi il a suffi longtemps d'un empereur qui fût un chef pour que la fortune sourit à la monarchie byzantine.