‹ C. de Feuillide. L'Algérie francaiseChapitre 9 sur 12 · I.ALGfiRIB FHANÇArSE · texte numérisé non relu

I.ALGfiRIB FHANÇArSE

«t non pour des hommes, pour les intérêts de la colonie et non poor les intérêts de la roélropote.

Si , éclairés par les deelinées des colonie» dans lo monde , les anciens gouvernements de la France avaient Tait de cet axiome le point de départ de leur

1= se seraient rendn compte vir en Afrique , soit qoe an pays lui-même, soit lits. Alors, au lieu de Igérie et la France «ne >ible, ils auraient cher* nlérét indigène à l'inlé-

adroinislralion'"' *'' des intérêts q ces intérêts ft qu'ils pussent chercher à é assimilation d ché les moyet rôt colonial.

Au lieu de réglementer comme en France, dans un paye neuf, des hommes qui n'avaient quitté un pays ancien que parce qn'ils n'y trouvaient ni éléments ni facilité pour leur entier développement, ils auraient constitué nn pouvoir social qui n'aurait mid la main qu'aux intérêts généraux, dont la responsabilité incombe à tous , parce qu'ils sont la garantie de chacun , qui aurait laissé chaque individualité à la libre expansion de son initiative , sans rechercher ni la nationalité, ni la race, soit pour opprimer, MHt pour protéger.

Adopté de prime abord , ce système aurait FadUlét je ne dis point la prise de possession de notre cob-' qaéte , mais bi^i certainement sa consolidation paoi* fique, car on n'aurait ni ravagé le sol, ni extirpé les^ arbres, ni brûlé les maisons, ni extermiaé^es popu"

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^tio&s futiècesv ni enfin épaiaé TÂlgérie de bras et de cuUtii^. Après pins de vingt années , bras et coltares ne manqueraient pas , et le pouvoir social ne serait pas à se dire : Où les trouver? où les prendre? An lieu de nvultiplier les circonscriptions militaires , OB eût créé des divisions agricoles et commerciales. Aa lien d'élever contre les indigènes des blockaus et des camps retranchés qui ne servent plus , on aurait élevé des bazars, des fondoucks qui serviraient encore. Poussés par leurs instincts de lucre, les indigènes seraient venus apporter leurs denrées sur nos marchés, et nous auraient forcément attirés euxmêmes sur les leurs , nous laissant partout, construire des routes pour le passage de nos prolonges, qui , au lieu de boulets en allant et de butin au retour, leur auraient apporté nos produits et ramené les leurs en échange de nos doiiros. Ce jour-là les Arabes axeraient été conquis par la satisfaction, ou mieux par la fusion mutuellement consentie de leurs intérêts avec les nôtres. Et de la fusion des intérêts à la fusion des mœurs et des races, il n'y a pas plus loin en Algérie, quoi qu'on en dise, que dans tout autre pays du monde.

Il y a vingt ans au moins que ce travail fonctionnerait à la place de ce charlatanisme colonial dont les administrations boursouflaient leurs* discours, trompant à la fois la France et le pouvoir, et faisant croire à la vie alors que tout mourait. On rédigeait pour le pouvoir central une Algérie de rapports,

connue Potemkio avait improvisé ane Boasie de théùtre pour Catherine II.

J'ai constaté deux choses dans la première partie de ce livre : 1" que la grande difâcatté dans la ' prise de possession de notre conquête était venue de l'élément arab* <!""' "" l'avait pas voulu tenir compte; 2" qu ■ pas sn ou pu en faire

emploi après la lonie avait eu à souffrir

dans son trav développements de sa

production.

C'est à rep jvre incomprise , inac-

complie en lui icalion de l'axiome du

gouvernement des métropoles pour les inléréts de leurs colonies, que réside la première partie de moo système : la part de la réalité. Après viendra le rêve.

Dans ma conviction profonde, avec la situation que tant de fautes et de désastres ont faite à l'Algérie, nous ne pouvons rien, nous ne ferons rien en Afrique sans les indigènes , sans les Arabes. Si DOOA persistons à nous passer d'eux , à nous les rendre non pas hostiles, mais seulement indifférents; si nous ne travaillons pas demain, aujourd'hui, à nous les assimiler par la fusion constante et progressive de leon mœurs et de lenrs intérêts dans les nôtres, ils se feront lourds à notre bras , non plus par une attaqde ouverte qu''on pourrait écraser de nouveau, ibaiB par une résistance ccculle d'inertie contre laquelle tdbte puissance échoue : ils ne cessent d'en user depQi»h pacification. Elle consiste à s'en venir ssr w» mei^

. SECONDE PARTIE. 1!d9

^ésiioiÉB prendre le plus d'or qu'ils peuvent, sans presqne nous en rien laisser , semblant attendre, croyant activer ainsi notre départ pour cause d'épui- «fiement.

Mais ces intérêts se peuvent-ils assimiler? — Oui. Et ces moeiurs si Invétérées, si résistantes, si opposées aux nôtres? — Oui ; en partie d'abord ; Teogrenage commencé, tout y passera. — Maid enfin, les Arabes sont-ils des hommes? — Oui encore. — Des hommes perfectibles? — Oui, toujours oui ! Il ne faut pas avoir passé avec eux un jour dans leurs grandes chasses, une nuit sous leur gourbis pour retrouver dans ce peuple, avec les traces d'une civilisation passée , les éléments accessibles d'une civilisation nouvelle. Et c'est pour cela que je dis : Si nous voulons, si nous savons surtout vouloir résolument, constamment, avec loyauté, avec modération, non comme des conquérants toujours l'injure à la bouche, mais comme des gens honnêtes, bien intentionnés, bien élevés, le chapeau à la main s'il le faut, élevant à nous les Arabes au lieu de descendre à eux , aujourd'hui, demain, la colonie aura les bras qui lui manquent, qu'elle s'obstine à demander à la France récalcitrante, et qu'en désespoir de cause elle rêve d'envoyer chercher en Asie, où ils valent moins qu'en Afrique.

En parlant ainsi , je heurte de front , je le sais, les

idées reçues en France et vivant encore en Algérie,

d'où eUes sont venues. Ecoutez, en effet, le vieux

!I40 , L'ÀLOÊKtE FRANÇAfSE.

parti algérien y qui dàto»dêB' première t8iiipt*>dé la conquête ; il voua dira : ^-* Méflw-Toa3 dab AaalM j n'allez qu'avec de» année et une bomie eioortefdflidB leurs tribus ; la nnit ^ ayez rœil mr oemc que tou rencontrerez; évilei de chcnniner m leur oompagnié ou ne les laissez point derrière tous ; layoz enfin «t6c eux le moins de rapporta posaibley soit d^amitié , «oit de commerce, soit de travail, soit de tranaactioiia et d'affaires. Il vous en arriverait malheuri car 1* Arabe est cruel , pillard, fourbe^ cupide, paresseux, ennemi de la race chrétienne, portant avec effort le poids de toute autorité, et se refusant par fanatisme à tout progrès de civilisation.

Ce sont là des préjugés pareils à tous les préjugés qui ont cours daos le monde, pareils à ceux que j'ai trouvés en Angleterre contre les Irlandais, dans les colonies transatlantiques , contre les nègres. Qu'on en recherche l'origine, on trouvera au fond une haine, une vengeance, une peur, un désappointement, un intérêt, une cupidité, un remords. J'ai fait en Algérie, pour le préjugé contre les Arabes, ce que j'avais fait en Irlande et dans les Antilles pour les préjugés contre les Irlandais et contre les noirs. Je suis allé aux tribus; et l'exilé de \ 852 n'a pas eu plus de dangers à courir dans les broussailles et dans les gorges des montagnes du Yaoulé de l'Algérie , que le touriste de 1837 et de 1841 n'en avait couru dans les tourbières et dans les lacs du paddy d'Irlande, ou dans les savanes du noir des Antilles et de la Guyane.

Avec mon livre sur Tlrtande, j'ai concouru peutrêtre un des premiers à relever le pauvre opprimé dlriande des préjugés dont les Anglais oppresseurs avaient intérêt à le poursuivre. Les noirs répondent depuis leur émancipation aux accusations dont les planteurs avaient intérêt à charger leurs esclaves. Pourquoi ne ferais-je pas aujourd'hui pour TArabe ce qu'autrefois j'ai fait JK)ur F Irlandais?

Examen des préjugés contre les Arabes. — Cruauté. — Pillage. —

Fourberie et cupidité.

Dans la preopière partie de ce. livre, j'ai dit sous quels prétextes on exterminait et on refoulait les Arabes ; je vais dire j dans la seconde , sous quels prétextes on perpétuerait contre eux la compression. La démonstration d'une vérité ne consiste souvent que dans le redressement d'une erreur.

Le système de la compression est né dans le même milieu de gens et d'intérêts d'où était sorti le système de l'extermination et du refoulement. Les hommes qui poursuivent la race arabe de toutes les accusations de cruauté, de perfidie, de pillage, sont ceux qui n'avaient cessé de préconiser la conquête par table rase. Alors ils avaient donné l'exemple de

^n l'algérib française.

la barbarie, de la violation de la foi jârée', de i^eoi^ propria tien par la ruse et par la '¥iolenœi} mîoqi)4> d'bui qu'ils n'en ont pas retiré toni 00 qu'ils oonvoî^ taient, ou qne, dans des spéenlationsi^ ilscni|ieMlv ce qu'ils avaient gagné, ils s'acharnent è expliqaer leur insuccès par leurs accusations. -< i i) -^ 1:' « -

Ils s'en prennent à la fois et m poQVOÎr^^qoiaîaaiwl ni assez exterminé,, ni assez refânlé^ iû ateesi expfo^ prié, ni assez prêté la main à lairs spéctlations ; disant que tant qu'il restera un indigène ea iLfiriqm il n'y aura rien à faire, et aux Arabes qoi, en se dét* fendant dans leur nationalité, dans leurs fieunilleSi dans leurs biens, leur auraient rendu en cruautés, en ruses , en flibusteries , la monnaie de leur pièce, forçant ainsi la conquête , sous peine de perpétuer le brigandage par mutualité, d'entrer dans les voies de la conciliation.

Du reste, dans ce que leurs récriminations peuvent avoir de fondé , ces accusateurs publics de la race arabe ont toujours fait tort à la généralité des méfaits de quelques exceptions; ils ont chargé la nation tout entière de la responsabilité qui ne revenait qu'à des individus, et pris des faits, qui s'expliquent par les temps de guerre et de représailles, pour des faite normaux de mœurs et de caractère.

A ce compte, il n'y aurait pas de peuple au monde dont les conquérants ou les étrangers ne fussent en droit de dire ce que les vieux Algériens disent des Arabes. — « Il n'est pas de peuple, même le plusglo-

rieuK de son histoire, a dit quelqu'un, qui n'ait oent fois mérité les galères, v Si la France n'était jugée que par les grandes et terribles phases qu'elle a traversées pour arriver au point de civiliàation et de grandeur où elle est parvenue; si l'histoire nous fai-* sait un caractère national d'après les seules horreurs commises au moyen âge dans les guerres des Maillotinsy.des Jacques et des Armagnacs, ou durant la Ligue et la Fronde et au plus fort de la formidable expansion du mouvement plébéien enfanté par 89, nul doute que la nation française ne pût, elle aussi, être qualifiée de peuple sauvage, fait pour être mis au ban des nations chrétiennes et civilisées.

La justice et la vérité ne permettent pas que l'his* toire s'écrive ainsi pour notre compte ; elles ne le permettent pas davantage pour le compte des Arabes.

Non : en dehors des fureurs de la guerre , de ces ivresses que donne V enihotisiasme du carnage^ comme parle le comte de Maistre , des clameurs et des surexcitations farouches du bruit et de l'odeur de la poudre, l'Arabe n'est point cruel. Hélas! dans les mêmes circonstances, qui ne le sait? nous Pavons été au moins autant que lui. Il a coupé des têtes françaises qu'il suspendait aux arçons de sa selle; mais aux ar^ çons de la nôtre nous suspendions des têtes arabes. Il égorgeait , il mutilait ignominieusement des enfonts et des femmes surpris dans les campagnes ; cela est révoltant , c'est vrai ! Je crierai contre toutes ces bor* reuFs plus haut que ceux qui les dénoncent, mais

344 L'ÀLGËKIB FRANÇAISE.

qai ne disent rien contre les. forèèhës qoi'ânfblîçâlèiit leura baïonnettes dans le ventre dès femniéB indi^ gènes, ou qui, des bras et des jambes de céb uniheureuses , faisaient des moignoiis pour en arrtieher les bracelets et les cercles d'or et de piemeries.

Mais 9 pour Tacte arabe de la décapitation , il exi»- (ait une raison que nos mutilations n^avaient pas. La décapitation est un (ait de rite musulman plus que de barbarie indigime. L^islamisme est la loi dtr gtlaive. Toute créature qui périt de mort violente doit si bien être touchée par le tranchant du fer, que les lièvres, les perdrix , les poules de Carthage, les sangliers, les panthères, tous les animaux tués en chasse ou ailleurs avec le fusil, sont soumis à un égorgement posthume : le yatagan ou le couteau saigne et fait la gorgo béante. C^est à ce signe que, sur les marchés, on reconnaît les produits de la chasse arabe. La mort par égorgement a tellement, aux yeux du croyant indigène, un caractère religieux, que TÂrabe assis à votre table ne touchera à aucun mets de viande, parce qu*il ne veut se nourrir que de la chair des animaux saignés selon le mode ordonné par le Coran. Ce qui prouve surtout que la décapitation était pour les Arabes une idée religieuse, et non pas un instinct de race , c'est que le jour où leurs chefs leur firent savoir qu'appliqué à des hommes regorgement était Texagération de la loi écrite, et que par là ils se mettaient au rang des peuples barbares, cet acte cessa presque subitement dans la longue lutte con*

duite par Âbd-el-Kader. Si la cruauté arabe avait été, . au contraire y une loi d'instinct et de nature, la civi* lisation n'en aurait pas eu si vite bon iparcbé.

Du reste , en dehors du champ de bataille et de Tétat de guerre, Thistoire de notre conquête offre de très-rares e^^mples de férocité indigène; et, depuis la pacification, l'Algérien arabe n'est pas celui qui figure au premier rang dans les statistiques de la justice criminelle. Dans toute l'Algérie pacifiée, en territoire civil ou en territoire militaire, sur les routes ou parmi les sentiers, à pied ou à cheval, seul ou en compagnie, à travers les broussailles et les rochers ou aux flancs ravinés et dans les gorges des montagnes, l'Européen peut aller et venir, passer devant les gourbis et les tentes de poil de chameau, demander son chemin à des Arabes mendiants ou voyageurs, pasteurs ou propriétaires, en des endroits où Dieu seul et eux pourraient savoir qu'une créature humaine aurait été tuée et enterrée là ; nulle part l'Européen ne rencontre un geste, un regard hostiles.

Chez les plus pauvres, les plus éloignés, les moins faits à notre vue, on peut trouver, il est vrai, un accueil froid et réservé, mais toujours digne, hospitalier souvent; et parfois même la rémunération des actes qui tiennent à l'hospitalité est refusée avec simplicité et le sourire aux lèvres. Gela, je le reconnais, n'empêche pas toujours que ce même Arabe , si vous traitez avec lui une affaire d'intérêt , ne cherche à

216 L'ÀlHSÉilB FRANÇMëE.

VOUS tromper le plas qa*il pexA. Mtds quoi I ne vivons** nous pas dans un temps et ne sommes-noua pan mhuh mêmes d'une génération où les coréialité& apparentes d'un repas ne sont bien souvent que les réseau tendus à la confiance par à&è faisenva d'afEqjiea ?

Le caractère pillard attribué^^mx incfigènes ne pourrait être admis davantage sana CDiMrôte Tk ne sont en ceci ni meilleurs, ni pires qoe d*antms rpéut« pies, et même ils valent mieux que certaift^ dont nous avons reconnu Tindépendance et reûonstitiié en royaume la nationalité. Ce ne sont pas les Anabesqui, durant la guerre , ont mis TÂlgérie comme en coupe réglée de troupeaux et de moissons. Ensuite, il s'en faut de beaucoup , n'en déplaise à l'opinion qui les en a faits souvent les boucs émissaires, que les Arabes soient les auteurs de tous les vols et déprédations qui se commetlent sur les routes et dans les campagnes. Ils sont primés et distancés par les détritus de la race alicantaise que l'Espagne a vomis longtemps sur nos terres d^Afrique.

Que, dans des fermes établies sur des terrains mal limités, à la possession de tout ou partie desquels des tribus voisines se prétendent des droits, il se commette quelques vols de bestiaux, je ne le conteste pas, et encore les panthères qui hantent ces parages pourraient-elles souvent être accusées ; mais le nombre et l'importance de ces vols ne dépassent guère ce qui, aux frontières de France et d'Espagne, se pratique entre villages limitrophes, sans que pour cela les ca*

ractères français et espagnol en soient affectés et déshonorés.

Je reconnais aussi que , sur certaines concessions européennes , les Arabes , aux premiers jours de la pacification , ont commis des atteintes à la propriété, enlevé des palissades, fait sauter des portes, bouleversé des clôtures, dévasté des plantations. Mais qu'on aille dans certaine contrée de la France que je pourrais nommer, où vivent dans toute leur force primitive d'antiques nationalités de province et de clocher; achetez là une propriété, essaye^z de la faire valoir par des bras qui, pas plus que vous, ne soient du pays, et vous verrez s'il ne vous en arrivera pas autant.

Je reconnais enfin que les pasteurs indigènes ne se gênent guère pour conduire leurs troupeaux sur les terres de leurs voisins. Mais ceci tient à l'ancienne constitution même de la propriété arabe , où le droit au parcours et à la libre pâture était le droit de la tribu. Il y a peu de temps, la Corse, malgré son siècle d'annexion à la France, n'en était-elle pas encore là? En Algérie, le droit a cessé depuis la conquête; mais peut-on franchement imputer à crime irrémissible aujourd'hui ce qui, hier encore, était un droit à la fois territorial et social? Et si la création de fourrières publiques, dans les territoires civils, avec le rachat par amendes du bétail saisi, n'a pas produit plus tôt de bons résultats , à qui la faute ? n'a-t-elle point été à la constitution prolongée des territoires militaires

148 l'âlg$rib française.

où était ioterdita tonte action «iyile:da(iQ|iet)^,)d|9

justice? . -..■.i. .»• .| M-ji.-i

La fourberio eA la capidité arabes aont ea Baii«pe à Tétat de proverbe; mais le pn>verbe9ipow.rofltar vrai, devrait être ramené à de mpindroa proportHiD$i à celles qui constituent la rqse et la finawrisy de même qu'il y aurait plus d*ei;actit(ide i traiter les Arabes de gens trèi-intéresêéê qu'^ les qnaiifiw de cupides. Alors» réduit à ces termes i le rapmebe ne rentrerait-il pas, hélas! dans le caractère général dont la pauvre race humaine est assez univevselle* ment affligée, même et surtout chez les peuples oà Texpansion des intérêts matàriels pousse à toutes les jouissances de la civilisation?

Les faits que le vieux parti algérien cite en preuve de ses accusatious remontent pour la plupart aux premiers temps de notre conquête. On parle de terres vendues qui n'existaient nulle part , de noms de fantaisie mis au bas de transactions alors que les objets en litige appartenaient à des tiers; mais on ne dit pas que les acquéreurs et les plaideurs européens se prenaient eux-mêmes aux pièges de leurs propres fourberies et cupidités. Comme certains avares, ils s'étaient enfermés dans le coffre où ils croyaient trouver leur trésor, et le couvercle , en tombant , se refermait sur eux.

Ce fut ainsi que , mettant à profit le désarroi des tribus, de trop crédules Européens avaient acheté pour quelques écus des centaines et des milliers

if hectares en plein rapport et qu'ils apercevaient loin, bien loin dans la plaine. La conquête n'en était pas faite encore, mais elle ne pouvait manquer, et on achetait d*avance la peau de Tours, se contentant d'une désignation approximative de la contenance, des tenants et aboutissants. Un peu plus à droite ou un peu plus à gauche de la main qui indiquait du haut dune colline, cela importait peu, car y aller voir par soi-même eftt été trop chanceux.

Ces acquéreurs confiants trouvaient toute naturelle la différence énorme qui existait entre l'étendue de la propriété offerte et Texiguîté ridicule du prix demandé. Ils faisaient une bonne affaire, et leur cou* science honnête ne se trouvait nullement affectée de ces résultats d'une conquête par anticipation. Quand nos soldats leur avaient balayé les chemins, ils se mettaient en quête de leurs domaines et de leurs vendeurs. N'ayant plus trouvé ni les uns ni les autres, ils se mettaient à crier qu^on les avait volés , que les Arabes étaient des coquins et des stellionataires tous bons à pendre. Franchement, acquéreurs et vendeurs se valaient bien , n'est-ce pas ? Sauf la question morale , les rieurs pourraient bien être tentés de passer du côté des vaincus , et de répéter aux spéculateurs qui n'ont pu dépouiller qu'en effigie, le vers si connu du renard au corbeau :

« Cette leçon vaut bien, etc., etc. »

Toutefois, je l'avoue, des faits quotidiens, que j'ai pu observer dans le courant des affaires , sur les

marchés , dans les maisons de commet» et dans les relations privées , il est résulté pour moi cette opinion qu'il faut jouer serré avec les Arabes ; mais qu'en ce genre encore , et avec les éléments dn premier personnel européen établi en Algérie , Arabes et Earopéens réalisaient parfoilement Vhiitoriettedes.deax Gaspard, et qu'en bonne justice on poutait tes ratavoyer dos à dos , à se pourvoir par devers la, loyauté et la morale, . i .

Au reste, F Arabe, en pareille matière, me semble se tenir principalement sur la défensive^ : >Iflës-eonvaincu de la supériorité européenne, il se met i en garde : s'il trompe, c'est par peur d'être trompé i sd ruse vient de sa défiance. Aux yeux du penseur, il a pour excuse l'état inférieur de sa civilisation. L'Eu*» ropéen , au contraire , tire sa turpitude de la civilisation supérieure dont il se vante. Dans cet ordre d'idées, en voyant l'indigène presque toujours dupe de l'Européen , il faudrait arriver à dire que la civilisation n'est qu'un moyen de perfectionnement pour l'immoralité ; mais , s'il plait à Dieu , la civilisation n'a rien à voir là-dedans, elle ne peut être responsable du parti qu'en tirent les hommes pour arriver à satisfaire plus aisément leurs mauvaises passions. Seulement il me déplaît fort de voir les prétendus civilisés oublier la poutre qui est dans leur œil, pour se gendarmer si vivement contre le fétu de paille que leur loupe découvre dans l'œil du prétendu sauvage.

Suite de I^exameti des préjugés contre les Arabes. — Fanatisme. — Paresse. r»r. Esprit de révolte. — Ântipatliie contre la civilisation. — ^ Prédisposition et goût des indigènes pour nos objets d*art , de luxe et de conafort. ^— Intérêt de la France à relever les Arabes de toutes leurs déchéances.

T^ Arabes ne sont pas non plus entachés de fanatisme à an degré aussi abruti qu'on s'est plu à le dire. L'esprit de prosélytisme par le glaive et par la persécution est éteint chez eux depuis longtemps, bien plus que dans le catholicisme , plus aussi qu'au sein des sectes dissidentes de l'Angleterre.

Ils portent des amulettes j c'est vrai ; mais quelle religion n'a pas les siennes? les catholiques portent bien des scapulaires et des médailles. Ils égrènent leur chapelet d'où pend quelque objet consacré qu'ils nomment marabout ; maie les dévots catholiques égrènent aussi le rosaire d'où pend une croix. Les tatouages dont ils se bariolent le corps ne peuvjsnt ôtre pris pour des indices de sauvagerie, à moins d'en foire aussi un indice contre nos ouvriers et nos soldats qui incrustent dans leur chair toute sorte d^images, de rébus, et souvent d'ignobles figurines erotiques. Leurs superstitions n'ont rien de plusstupide que celles des paysans d'un si grand

nombre de nos proyincas où l'on croU : diioorOf AW loups-garous , à la puiasance du maiiTaia oeîLj^l.dq sorcier ; on pent môme dire que les snpersliUoiiQ arabes sont moins folles que les supersiitioDS eoror péennes, depuis que tant de beaux esprits et de grandes dames ont donné dans les t«bles HMirnantes, parlantes , écrivantes et devineresses. .

Oh ! sans doute ils ont une fci toi^uonrs jeune en Mahomet ; mais cette foi est exempte d'idoiAtrie. Ils croient aux marabouts; mais pour eul les marabouts ne sont que des hommes qui, de leur vivant » ont pratiqué la vertu eA la justice» et qui, apràs leur mort, veillent sur les hommes qui les pratiquent. Du moins cette croyance ne se dégrade-t-elle point dans Tadoration des images. Mahomet lui-même n'est pour eux qu'un prophète entre Thomme et Dieu. Ils ne le prient qu'à titre d'intermédiaire; et les honneurs qu'ils lui rendent ne se manifestent par aucune cérémonie, par aucun sacrifice. Leur culte est tout intérieur, pour ainsi dire, et par cela même exempt de calculs hypocrites. Le plus souvent, presque toujours, ils prient loin de la foule, dans la solitude, seuls, au milieu d'un champ ou d'une broussaille, à la cime d'un rocher ou sur les bords d'un torrent, pour le

seul acquit de leur piété et de ce besoin infini chez l'homme de s'incliner devant une puissance élevée au-dessus des régions et des passions de la terre. L'unité de Dieu domine leur foi, et c'est pour cela qu'ils respectent la prière qui monte vers ce Dieu

SECONDE PARTIE. îîl

oiiîque en quelque formule que les autres peuples là feteent etiteddre. Aussi la vénération qu'ils proressent pour leurs marabouts, ils retendent volontiers aux prêtres de la foi chrétienne ou d'autres religions étrangères.

Je me suis complu à rétablir ce côté de l'esprit et des mœurs de TArabe dans son état vrai , pour qu'il soit bien su aujourd'hui que la différence de religion ne peut être un obstacle invincible à l'entrée des indigènes dans les voies de notre civilisation , et d'une assimilation de race et de gouvernement. Que nos administrateurs, nos prêtres, nos colons français ou européens, catholiques ou protestants, soient tolérants pour la religion , pour les mœurs , pour les coutumes des Arabes, et l'heure sonnera en Afrique ou Arabes et Européens triompheront complètement des préjugés de race et de religion qui les séparent encore.

Soutenir que l'indigène est paresseux, et qu'il répugne aux travaux qui exigent une certaine dépense d'efforts et de continuité, c'est nier à plaisir des faits dont, en mettant les pieds sur le sol algérien, on est chaque jour le témoin.

Qui, dans Alger et sur tous les ports de l'Afrique, remplit l'office de portefaix , pliant sous le poids de fardeaux pour lesquels il faudrait en France tout un attelage de bêtes de somme? n'est-ce pas l'Arabe?

Qui cultive la plus grande partie du sol non abandonné aux broussailles? n'est-ce pas encore l'Arabe?

De quoi se plaignent les Mabonais qui ont Tait un

,KU L'ilJliBIB MAflOpUISE.

iK)n-Carrée^ 6'étendsffà88eriéii0Ml^l«»«li^ la fuer ? n'estroe pas dd^a deiièÉifih«P<fe»q ltrt t yyj li diniers aussi? ^ 'mw^ »)i» oopasai « aïknèa bl

Qui élève ces jasmins, ces géraniuififr^Vft ^tiift gers, ces rosiers^ 'tes 'tabéreibe^i tofiieaf éà^ûêan avec lesquelles l^iiabilfe^ phAifinefCiwi <dB^» hB ^ ^» i6W> d'Alger fabrique des essences q^^^fNdiHéifWtil^ avec Naples , FEspagne' et Constanjïiroplë? 4\9fti-ce pas encore rindigène? ' i • - '^•^^ï '»» ^*«»

Qui , bien a vaoft que nous en eussions fait la ffehéaW de notre «agriculture coloniale , plantait le tabac dont la culture exige tant de peines et de soins pour la préparation des terres, le sarclage et Técimage de la plante 9 la dessiccation et le bottelage des feuilles? n'est-ce pas toujours TArabe? Et cette qualité supérieure y dit-on , aux qualités même le plus en renom de l'Amérique j le schoubly, auquel , à cause de son prix élevé , la mission des tabacs d'Alger n'a pu encore atteindre, qui le cultive? est-ce l'Européen ou rindigène ? ^

Que Ton demande à MM. Trottier de la Rassauta j Pantin de la Plaine, Reverchon de Birkadem, GàiU^ii de la Ferme«Modèle, hommes d'intelligentie et \!é résolution coloniale dont j'aime le souvenir, sur ({tiéiKI bras ils comptent le plus pour la culture de leurs 'dli ou quinze hectares de coton , de cette richestie fuMrrë

8£C0NDE PARTIE. 2S5

de riUgérieqiii doit aAr»Qcliir la France da tribut que M0 fiibnqiiea psjeat aux planteara de la Lx>uisiaBe et de la Géorgie? tt'eat^ce pas aussi sur les bras arabes?

Qui 9 TaBBée dernière, a fourni à notre pays la niasse la phis considérable des blés algériens » quand la récolte a manqué en France? n'est-ce pas la propriété arabe?

Le blé, Torge, le citron, Torange, le raisin, Thuile, les voittllee, et en général les denrées alimentaires, qui en approvisionne les marchés? c'est toujours TArabe.

Les bestiaux pour la boucherie ne sont-ils pas four* nis en plus grande quantité par Téleveur indigène que par les rares éleveurs européens?

Sans les Arabes qui louent volontiers leurs bras , et grâce à leur peu de besoins, dans des conditions de salaire' auxquelles les bras européens ne peuvent encore descendre, les petits cultivateurs disséminés dans la Mitidja, au pied de F Atlas, sur les points les plus éloignés du littoral , n'auraient souvent ni bœufs pour le labour, ni serpe pour la taille de la vigne, ni faucille pour le sciage de la moisson et pour la coupe des foins.

Et Ton traite les Arabes de paresseux! Tai bien peur que ceci ne soit une calomnie inventée pour la justification des grands concessionnaires, des puissants spéculateurs de la terre, qui, faute de bras, disent-ils, laissent leurs terres se couvrir de broussailles, d'ajoncs, de fougères et de palmiers nains. Mais, comme je viens de le prouver par quelques

.s^6 L-Ai.(it:iun riîANÇMsr.

çomB^t quelques exemples, celte calomnie intéressée trouve son démenti chez les colons obi>linés qui , tou* lant San ver leurs exploitations , onl recouru au travail iles indigànea* ^c^i^w^pByj^aJyim iP W'PW^WWWIfBM que de mourir à l'atfeQl»! (t^-^^iijifnt^ | venaient pas, QftqiHL»jQtwiQ||^ ^fi|ilÎR^#« dans des conditioas,.t«a,4D^8S)fa||^-|^,,')fM^^M»^ moralité. , ., ^. , ,.,.„ ,, p., q^nr,ri b! iiom

TooB les inléïiWB qpL,vii[^,,cifi>;éfù|9«i^^JWB!r pcessioD travailleol, dortew JBWftW.,i>- epM f l ' i M l' i f *JN* nion que les iadia^ne» joiMit tn^geftuïMAïÎPMid» toute domiDatioQ é^^^ CqMe :Ogi piop >|j H | tl ji iw iin tie par l'histoire et le-.caraclère de UiiiiatîciAtafiri)«ïJ|a l'ai déjà dit ; après bien des phases divusee, l'Arabe esllombé depuis longtemps au rôle définitif de vaincs. H a été vaincu par les Kabyles , par les Mauresz^.par les Espagnols, par les Turcs, par la Fnrncei et, sons cbacune de ces dominations, il a trouvé dans le fatalisme qui est au fond de la religion musalmaoe la raison de sa soumission à la conquête. Dieu a voulu que nous soyons conquis par tes Turcs, disait-il sous le gouvernement des pachas, et il restait soumis. Dieu a vouluj a-t-il dît, qui pins tôt, qui plus tard, que nous ayons été -conquis par la France, et cbaoan^ne! demande pas mieux que de se faire uoe plasa «m*» cette domination nouvelle.

S'il est vrai que le payement de l'impôt au, vainqueur soit un des signes les plus certains db la soamîssioD du peuple vaincu , n'est-ce pas un CaU très-

rassurant que le payement de cet impôt à la puissance établie soit, pour le peuple subjugué, un principe et un devoir de religion? Or c'est là précisément co qui existe chez les Arabes. Le payement de Vachour (dime) est un précepte du Coran ; et sous la pression de cette loi, les Arabes ont payé Vachour aux Turcs et aux Maures; aujourd'hui ils le payent à la France; seulement la France en a organisé la perception de telle sorte, qu'un tiers seulement, cinq millions sur quinze, arrive , dit-on , au trésor de l'État.

En payant l'impôt, TArabe obéit sans doute au Coran, mais, agriculteur, pasteur, commerçant, il obéit surtout à ses besoins instinctifs d'ordre et de sécurité. Il faut lui en faire honneur, car pour lui Fordi^e et la sécurité résident dans la justice et dans le respect de ses droits comme individu. Après que notre conquête eut rompu les liens qui retenaient les tribus en faisceau sous le joug commun des Turcs, l'anarchie et les rivalités les précipitèrent dans une sorte de guerre civile. Occupés que nous étions à les exterminer, nous ne sûmes en profiter ni pour les affaiblir les unes par les autres, ni pour leur faire désirer la paix sous une domination égale et juste pour tontes. Abd-el-Kader — et ce fut là en grande partie la cause de sa fortune — mit à profit notre incapacité. Il sut faire taire leurs divisions en leur montrant le but vers lequel toutes pouvaient également marcher : la guerre sainte.

Elles y cournrent pour être reliées dans la guerre,

^ VXmtiME RRXKÇAh>E.

fdl^tiiëKes^'liAuv^ient Véltiëiiimc» .Iw.pdixt}ifl8lett ■Cittiip'i'îrfeDl et accet)tèreot i'Émir à ce iilre,;et dans ^te espérance t[ue de leur tluion! dans la guerre, "devait soHir un pouvoir qui;- eoilenant la IwlaoCe égale enlre loutes' les prâtentions-v 'étonSEprait-' les ittr^i»' 'détdH<eiM4kbdiia«il99ghifa9 étaaiàgt dliHit irt^tiniôUéléBUsâiQiaÉiAiijbMrdliqbiluavtft^Bdy ^wkàs '^ij4bd<-e1-K'adetvtai| AeàbeB paJtftMntipftw giStaM» 'ieë faod6raW»i6^lil<» -i|ii i B0b *i3fc(j^wai 'fés'tHbtiB, qfâi'nveal^ÂlnilnirKsoiiMri

'^xï'kaiitiivtG airtpè'^ytmpiiedr hàétiwtiiniliÉ^wdM

'fortes, leur fixiOQft'bta)9te'ii)âu{vaitfr{^uaMUft-»jM« îo«mi> à-it'Frowe.'' f>.-""rrr>', -;;[,. . ,i-(„. ,„ .-,j,,,|

'' Aussi d'^efit^il pas linterritoire civil de^viltagtV de -'6onamuB«t'daQ6>la'i;ihM>DscriptioQ doqud se kountept

'■(les ihdigâne^j-thMUle^mairea, les gardes cbampdtres '^'tW'Votis^isbnt 'qu'ils ont eo aux des admiDistréslûen -^'^Ireraent fecHes que iee Earepéens. ~~ La i» gûiiif"»i«rtrfc;ifati(on(rf vetUl et avec cea mote j foi^jUBlp- ■^■^} toMiestdit : l'Arabe marche. , iii<>i -.ib

-iiinlAvaboèr eiuiore à cette heure, ea f 854>) «onMUe -^«^dasb la pransfière période de l'ocou^ation^r^iMl-les '' iVir{|bés<t)ai en haine toue les progrès ddiOitb^ skiii- '-satltHi'i HOBOsiages, nos arts, D09.scieiuieek>Bm'|tfo- "duits^ëei serait leur déni^ fort gratuiteœqtsIegdoQ '''dé perfectibilité que Dieu a départi ilt>IcrataiA'««pèce -"l'iiamainei Entout cas, ce serait fecmen^jeaj^vifbwix fail» qui'S'acoomplissrat loas les ion»* ^Aamnuiio

^i>i%D9^âfiplfli(, qmÉid>]itioë leQnporiif^nftda^qiiviU^HW

«D>br(iiipail?liaxavalierlda: daD8> {a )grberno^d!p»i^ fy^s^

mmÊ'r. (|àaiuiici(M»((b leur préseoXiooâ à la.poJiUç

d'mtsihrë Kwrd^ane baignueUe^ les Arabes se xnoih-

^rhiéot'pëii(<Niri,eaai)d6 la epnnaitre et peu empressés

^de^lû i^oièep-'àH imàge^imais depuis qu'ilssocit païQi-

■ié9^ qiie^'^afODtrdpiicbiiviF le risque d'être insultés,

-menacés)' mâqièif battus;^ volés^ point trop éconduits

.loratju^il&eB^appellenti à justice, ils peuvent aller et

'veniF'dand les rues des villes, s'arrêter devant les

vitres de» ttiagasins , se mêler à nos foules, prendre

leur place dans tous les lieux publics, il faut voir s'ils

De trouvent pas que nos grandes routes sont pour

leurs montures plus commodes que leurs sentiers?

s'ils ne savent pas ménager leurs chevaux et leurs

jambes en montant dans les diligences, dans lescori-

colos, et, les grands jours de faaiàsia, dans les iCa-

lèches et coupés de remise qui sillonnent les environs

d'Alger? si plusieurs de leurs caïds ne se sont pas

donné des voitures à eux , dans lesquelles ils arrivent

de loin avec grooms et cochers? si, assis à nos tables,

•iteifie font pas usage de nos serviettes, de.nos/four-

"-'èheites, et parfois aussi, de nos liqueurs et dp nos

-{ifrAd,^ m dépit de Mahomet? Leurs yeux pétilleot à

-<'^U^ Vue de nos argentures et de nos dorures Ruol?;., et

ii'^^h'^ 'passent volontiers la fantaisie pour leurs, mvt^-

"^^'H{(tedu9^4^'\efkTS moùcaires de nos bijoux^ qu'ils Hpu*

^i^^teûUplus'éléganls que les leurs, et de lous oes.iriens

charmants ccnnus^sous le nom d'articles- de Paris^

Des chaussettes aax pieds, des bas am jambes leur semblent d'excellents condacteure de calonqoè Fbiver, et 1 été d'assez désiraUes préservatifs eoDtre les mouches et la poussière; ils trouvent que bo6 foulards font un très«-bon effet autour de leur coa, peu* dus à leur ceinture ou roulés sous le capudioa du burnous autour de leur calotte de laine rûuge. Le gourbi élevé avec de la terre et du bois mortîtonr paraît très -inférieur à la maison bAtie en pierFes on en briques. Plus d'un caïd trouve que les tapis sont un siège plus moelleux que les nattes d'ajones tressés, et quand ils offrent le café ou le couscouss ji un Européen dans leur gourbi d^altente , ils savent trèsbien faire apporter en son honneur les chaises et les fauteuils dont ils ont garni leurs demeures.

Sans cloute ils n'ont pas encore adopté nos attelages, nos charrues, nos outils et nos procédés en agriculture, mais ils les observent, s en rendent •compte. Ils savent parfaitement déjà quels rendements supérieurs ils peuvent retirer de leurs terres -en se livrant, comme nous , aux cultures industrielles dont l'Afrique est la terre promise; mais, comme ils sont habiles et réservés , ils attendent que nous en ayons fait l'expérience. Et y a-t-il si longtemps que nos paysans de France se mettent à quitter leurs routines et les instruments de travail qu'ils tenaient de leurs pères, soit en agriculture, soit pour leurs métiers?

Sans doute aussi les indigènes ne connaissent encore ni le mécanisme ni peut-être l'utilité de nos arts, de

nos sciences; mais ils s'en montrent émerveillés; et à voir Taptitude et la dextérité qu'ils déploient dans la confection de certains objets et de leurs vêtements, la richesse et T ornementation ruisselante des harnachements de leurs chevaux, il est évident qu'ils ont le goût des choses belles et riches, et qu'ils peuvent devenir des consommateurs pour nos fabriques , des ouvriers de Tinduslrie, de parfaits cultivateurs, des artistes même, car l'art tient de la fantaisie, et nul peuple au monde n'est plus fantaisiste que l'Arabe. Oui, l'Arabe, qui en est encore aux errements du moyen âge primitif, époque de sa grandeur, parce qu'il a été arrêté dans son développement par les dominations successives qui l'ont forcé à se replier sur lui-même, peut, au contact de notre civilisation, reprendre une marche ascendante, et nous rejoindre dans la voie du progrès.

Or si, dans le système du refoulement et de la compression, la France avait intérêt à ce que les Arabes fussent en toute chose tenus à l'état de parias, dans le système de pacification qui ne peut aboutir pleinement que par la fusion des mœurs, des intelligences, des terres, du travail et des races, la France a intérêt à ce que les Arabes soient relevés de toutes les déchéances dont les ont frappés les conquêtes anciennes et modernes. A ce prix seulement , l'Algérie cessera d'être pour la France un boulet aux pieds, comme l'Irlande en est un pour l'Angleterre.

Mil :•' ' ^ •{ ^.-.ffiBgioMiBqdmèuidèbflOddSBiseoonfiil

iu')i ormnoo ^dder/ib «edins didiooa fil eb j' ! r ^chi^q no ie ëbdi»i^. no , adffi aoiif d

n., -ubivibai /i9 Jd ^Jiiobàasoq îup^edilîoiii)

Vï'ï* .gfiq loebéedoq 9fl

%9tème de fusioti. Ui^yjiiilagim'mi^^^

immixtion. — Influeiices de lêtat aodaret ou Gonii. Jp -JÀiumilmàiieë. -^ llyifMîeÉré< iVoliiMé^At4dMafl«^^ j,j^mm« iodi{èiie^.-fr goiMliHiri^ 7ijc il^)^^0J ôob idodhl

vi. r/#b ia'jb'j-r^of) )u[j ^icm ^«Bq Jno fld*ii

V Pour assouplir iiÉsr^iMflievirt-fltetiEi^ ^enoore de sy6téiD«%fteincaM rtfmol«imîlp4b«lè«frMlisaUoH, p(HUr B^rviret développep les ia6lnicaiftliteb npjtitudes qui la poossevt au-devant de ractioq asfiiimilâlrice de notre; f)iiis6aDce, que fauUii dot^ uii ij ^ i I ËQlirer^ immédktemeniy nésolùment , dans lee TOîes 40 > la fusion di intérêts d'où doit infailliblemeiU sortîl* uiltioar.tia fuskm des mœurs et des races, et; fiisr 4mlla*aL iUne population franco-arabe. 'i^ -

iij*ai dit; pourquoi l'intérêt territorial étafit Tisit^^ idowiaant.de la colpnie algérienne; c'est dotfi^'ëittèiâr idOiOet ibtérét que doivent graviter tous^ieÉiélélDisjMH!» ,d<lii s^âtànie de< fosion. Pour les créer et tes;|èdMdS(^, 4e preinierLinoyeo, celui sans lequ^irieuifit^Mt^fiMPmbb.i^ consiste; dans la rupture de^to nèaibbaUttfîÛid^ S^^j P^ le. morcellement à Tin fini des^ Krfbteiétldife ]terres»= m,.; . / ^vl luo^ bni;iH

1 ; Pour iceti éparpillement des forées îii^igèneg^^'^fo

France sera secondée même par Torganisation actuelle de la'société"ârabéi^dîvï»§è,1c6mn^ fdûfeslës sociétés humaines, en grands et en petits, en individus et familles qui possèdent, et en individus et familles qui ne possèdent pas. * '

, î^,tp/r,i;)?grOCQ]»p^?,piçir; la tribu ne sont pas, ejx '6ff6ty')ai{>r0f>iriétôcpiniiiDn6 de tous les membres qui

li^ Cdm]kJs^ëirt'^ il§ tt^'^ P^s tous des droits égaux. I^our 4éPPi9pos6r la tribu « il n'y a dès lors qu'à distribuer des terres aux individus et aux familles qui n'en ont pas, mais qui possèdent des instruments de Iravail, argent on bras, et qui à ce titre sont dans la tribu ieS' fermiers ou les domestiques des grands. Seu- Jeioaent, les 4erres devront être prises en dehors et aussi loin. que possible de la circonscription actuelle de ia tribu dont on opérera le morcellement.

Se borner à créer de plus nombreuses drconecripiions de territoire indigène, ce ne serait que muttl^ plier les agglomérations, fractionner la nationalité sans la rompre , et n'avoir en rien servi ni fait avan^ œr le système de fusion. C'est donc dans leà circon- ^mptjoDS de villages européens qu'il ftindra réserver ^Mitpariie des terres concessibles pour les distribuer ^4Q^iDd%èiiie$,. et non-seulement une partie dedterreë, jQ9^ laussi |. dans les villages même, un nombre coh- -^rd^ntiid' habitations. A6n de joindre nu stimulant ^vmlfyrkiid^ L'intérêt de propriété l'intérêt non moiti)» grand pour les Arabes, et dont il n'a pas étét^ù tflss^tiCûiiipte, de ia religion et de TéducalionV un

23i LALOÉRIE FRilNÇAISE.

instituteur musulman et un mardioift deVrénM'élrë^ partout où se trouveront une é^ise et née éfiole: françaises. ■• -' ',

Qui pourrait douter que les îndîgèaH'qàtiiMt'ide quoi affermer les terres des grands, itioij^minrt' tni prix fixé en argent ou des redevances "en nirtiite , n'aimeront pas mieux cultiver des lerré» 4onl ils auront à toujours la libre propriété, pour eilK el pour leurs descendants, que les terres où ils ne sehMiC^iie métayers , vassaux , khammas oongéables àfolmité? La terre algérienne et aussi ragriculture y gagtifehraient. Le cultivateur chercherait à améliofer h Ml dont il serait maître, tandis que, sans le renouveler jamais, il épuise le sol où il n'est pas sur de rester après la moisson .

Croire que par esprit de nationalité, et surtout de nationalité vaincue, le prolétaire indigène préférera la perpétuité du fermage et du salaire chez un maître de sa race à la propriété et à la liberté sur des terres possédées au même titre que celles de la race conquérante , alors que dans cette possession il y aura poinr lui avantage de bien-être, augmentation de fortune, sans aucune des redevances matérielles et morales auxquelles il était tenu , ce serait en vérité ne point connaître la démocratie arabe, qui, en ceci, res* semble à toutes les classes dépossédées? Est-ce que déjà le travailleur arabe n'aime pas mieux très-souvent prendre à ferme les terres possédées par les Européens que les terres de ses seigneurs? Il les

obtieot à des conditions meilleures; il y est plus son malt/e. Mon ami, M. le Buhotel , dira que, s'il n'avail pas eu d'autres vues, toutes les grandes possessions de Bendaly-Bey, de THaouch-Bridja , s'en iraient ainsi découpées en fermes arabes.

De cet enchevêtrement de l'habitation, du travail., de la famille, de la religion, de l'éducation, des mœurs indigènes dans les habitations, les travaux , les familles, les mœurs et les écoles européennes, il ^t impossible qu'avant même deux générations il ne sorte point pour la colonie des résultats très-appréciables. Ai-je besoin de les nombrer? Le principal ne serait«il pas que la portion vraiment active , celle qui travaille, qui paye et qui se bat, serait pour toujours enlevée à l'influence et à l'action de la portion qui intrigue , vit du travail d'autrui , et pour ses ambitions, ses haines, ses privilèges, pousse les masses sur le champ de bataille? Or, ne faut-il pas en finir avec cette action et cette influence, puisqu'il est vrai que ce sont elles qui ont toujours fomenté la guerre? Chaque ibis, en efiet , que les petits commençaient à trouver un intérêt pour venir à nous, les grands survenaient , qui les forçaient à reprendre les armes.

Et puis, dans ce contact de chaque jour, dans cet échange de petits services qu'impose forcément tout voisinage, que d'aspérités seraient émoussées, que de préjugés dissipés, que d'antipathies éteintes! Malgré le système du cantonnement des races suivi jus^ qu'ici , partout où une maison, une ferme , un village

Bibîtanlfe de rtîtix-ri, lés'eriraritS sârtdul.lësféttiri» inêmes, ne point trop éviter de reCoiiW^ aiiK afsëi^ (iances de lears Voisins, et en réloar' cherchef'lt^s (Idèaiidûâ dfe mUM awaSfîcflffoy 3l sop ainsïOD

•ipbntm protâ^'lé8''i)rtMéi&' ^W^émf^it ^ droits. QbaïKf 6tf 'itiï'iafl^' d^ siT'tlïlte'^ccâîybéf,

de son gourbi misérable, 'il ^AÎt bien 'vlîik'lfiVd'tiiift 'n'est pas aussi rîchë que te sidi, poar avûi^'ëorïlfae loi iiôe maisoii dbnt sa main et ses yenx indiquétat li-tt^À, 'dans le lolntaib , les murs blancs et le U>)t rotlgé: Et il dit cela âVéc nn senliaetit de tristesse oàéè'gH^ -bien an pêû d'envie, (ont comme en Earàpe 'cJbéz "an paysan' reportant ses regards de sa cbariMËi^ ''àui' Fe châteao. '■ "'r'''

''' n Dé fknt pas croire non plus que rAràbè'taë"itfà- '^dra'i^ë' voir son culte et ses marabotlt^'l! é5ti$'âe "i^trë cnllè et de nos prêtres. Je l'ai dit J'Iè'fijijÂ^e musulman s*én va de l'Algérie. Le jotii* ôWraiwfce ''t^râ'^tl tulte et ses marabouts deVeili^l^bjët de ^'«ôlfe'lolërtince , de notre protection ïégâî^j W^'^a ^aiifel ttfuché qiie les israélitefi ef léi^ prtiiStfeit^^c "ïoiii'ttiVilâtbrerit appelés rfn libni éièi^tSé^îteTfMfrs

;MÎ"f>yoT%if!p%(WhRPPit'.i's^^»r<>»^ bien dirç .^«x croyants que le Cdr^.^fçi^fjçr;»^ des surcUes qui pl47

.<^iAf8ï6^ét!Wmi?t^t/^/"P«?Y^«ïans $ur la m^me

rt»&j\^^Ç«P9éf -fl^Q^^hA^^ W est d'autres. où il ^ f^i^rt^;)^',#^'^;^^^rl^'fl8P^'?^tt dç la foi; il éql^^ ,ft|e^^tç^|(^HJç qfli^pç^gnent le Seigneur. Les cbrér j^^^i^E^^çr(^t,j|^g|é8td>prè^ rÉvangile; ceux qni\ep fljgaeiiçnt^^wnepl seront préyariicaleurs. » Qu'ea- ^fip jj^ p^;,^f|r.aiJUeu^s : a Nous croyons à la doctrine dp 9.^çS{^^y, de Jé^us . et des prophètes , sans mettre », au(;i^p différence entre eux. ».

.;: Uni^,,fois les marabouts intéressés à marcher dans çe^e vpie (et il est facile de les, y iutéjses^er)^, il sqi;tira de leurs rangs des écrits pii seront miseç.ep lumière toutes les idées de tolérance qui doivent rapprocher les musulmans et les chrétien^. Ce. Uvrçi, donn^ en lecture dans les écoles indigènes ^ encouragées et surveillées, agirait nécessairement . sur. Ja . g/^ér^^\içi^ grandissante, et hâterait 1 heure de la ^^p$|pp^ ^ciale par la fusion intellectuelle et morale o/A^jÂ^^^'f'® la fraternité religieuse, pour s'étjan4re ')<!A?i)^I^W?^ idiées de la fraternité de peuple, . , ol» tô(Tlft'?^i !6?,é^Ies? Est-ce que les indigèqe^ leaconiy^W^ , Ij^ ji;équentent? Cette question peut se po§çr ,j|eci,^3çppç^^j cm. France; ^^ Algérie eU« çgt résçlge i^S^W^hW^P". par les faits. Parmi pes Arabe?^, çn

t38 L'ÂLGÉRIB PRAMÇitlSE.

barnous souillé et déchiré, tfoUânrt 0tf tdtiW AiMiiiv' tanguant sur leurs chameaux, accroupis an sMH'd# leur tente ou derant votre porte , vous teâdant tf Mi^ porte quoi, il en est bien peu qw ne SMhebt «v moins lire ; beaucoup savent écrire. :

Lire et écrire, telle est Tédacation élémentaire' assez généralement répandue dans la- race Indigènes Alger fourmille d*éooles primaires mmehÉamBoè s^'entassent par douzaines de petits et même d6 gradda enfants , à Tœil intelligent et vif, au front Isii^ el haut, à la bouche souriante et vermeille. Et nen-senlement à Alger, mais à Kbuba, à Bîrmandrez, k Bfr^ kadem, dans tous les villages, dans tous les anciens' centres de population d'où la guerre et la colonisation européenne n'ont pas complètement refoulé les indigènes, on voit tous les jours, ouverte à l'œil des passants, une porte cintrée, par où s'échappent des marmottements continus qu'on prendrait pour des psalmodies monacales. Là est une école primaire avec ses tableaux , ses pages d'ardoises, ses moniteurs, où les petits musulmans lisent, écrivent, apprennent et se répètent l'un à l'autre les versets de leur livre sacré. On dirait d'une école de notre enseignement mutuel.

Comme en Angleterre, qui a ses écoles de paroisse, chaque maraboutin, en Algérie, a son école indi* gène; et, de même que les écoles de paroisse n'ont d'autre livre que la Bible, les écoles indigènes n'ont d'autre livre que le Coran. Sans doute, c'est peu!

SECCfNDB PARTIE. 23^

biea qu'en France durant une longue suite de siècles nous n'ayons pas eu sur ce point le droit de nous montrer fort difficiles; mais il ne saurait être impossîUe d'importer mieux chez un peuple barbare qui de lui-même, et sous le joug abrutissant des Turcs, a conservé ce premieir levier de toute faculté intellectuelle et morale. L'éducation est tellement dans les besoins instinctifs de la race indigène; cette race porte si bien en elle les traditions vagues et confuses de son ancienne célébrité, de sa science et de ses arts, qu'à l'extrême frontière du grand désert on trouve l'enseignement primaire au sein des tribus du Sahara algérien , et que , dans la sauvage et indomp« tée Kabylie, une portion considérable de VacJiour levé par les chefs est affectée à l'entretien des écoles^ Que Tétude de la langue française soit rendue obligatoire dans les écoles musulmanes, comme dans tous les pays de conquête Ta toujours été la langue du vainqueur pour finir par devenir dominante; qu'au moyen d'une école normale spéciale on s'occupe de former des instituteurs auxquels sera livrée peu à peu Téducàtion primaire des indigènes; qu'on fasse de la fréquentation de ces écoles une condition des concessions de terres , des faveurs de l'autorité, de l'investiture de fonctions ou de titres, toutes choses dont la race arabe se montre fort avide , et en peu de teups on aura fait naître le goût et le besoin de renseignement de nos écoles secondaires, je ne dis pas de celles où se cultivent les études classiques, mais

t» LAt(?*niE FRA'^ÇMSE.

oit te puisent an moitié les fltdHM(iII^)d«rMé

professionneH*'.

Co8 écoles dn second degré ne seroni pas pldi 1 désertes qne les érolcs priniairee. La peale du iféni9 \ arabe va à Ions les genres d'eiisergnemefll y car H iS 1 compose de curiosité, d'atlenlîoo, de (!ni>s«e çt d ■éditatie». B i L i m é m É l^ ^^M^UWi^MèwIfcJh» eMtaed'i>disèMj'^Hl}aHÉiMiMkiiMMw|i|Allni totuverDOS oempfeBdm', balbatioBa i paibtf^

BOQB-CTOyOlU lia

sauront la Bôtre ictmHiiBiBMdi V t ootDoie Bon fittHaciett-.'oa'qQMiéiiOflBai eommeM. de la Porte, le chef du boreas fimt'mké à ta préfeotare d'Alger, on comme M. B reo MW,-te savant professeur que lee Arabes «jK-mdmes'pnnti BSDt pour un des leurs déguisé en Fraaçais, on vaitti tout ce qu'il y a de sagadté, d'iDletligence et urtàu de vivacité d'esprit daus ces télés graves, dm tm pb^ionomies réfléchies, dans ces regarda piofinttb et relttifiants. '- -n'ii -m

NoD, non , les Arabes ne rrrniirnrrnntirinn liBt—r sciences j de nos arts, de nos procédés «aiimni'jqMP ce soit, en «gricullnre moins encore ^ioijUamiéià^ senmt convaiDCus que nous ea obtenfliul 4||p'flriU«l> ments bietu supérieurs aux leurs; déjà «Ité^^m cent à l'être. QoADd an iodigène ionavat^émBiiém t aveu qui lui échappe, c'est' qsdluiwdHii fm

AÉttDèill'Uiift^QiMf^éfwie ^ lio. Macmé r -qu'il • Yem apprendre. — « Enseigne-moi , » dit-iL On iMtii|m} A^kl^t^ m>pm^ leœ#6 il fiHi bien ; pkm i«ldligM%a0||^»l^€AJ^4M& DMUMeox voulant qne bon «>*lkff&<^(lea(railAMB»<eDr9péens, rivés à leor p^i aèvaîr^jfdMrtiilÉiSOtt^ftiri e&licbéd.

^aJfk^kmimifMMn dobs tiendrons les générations èsOÊtmïïïf f«9 Jeapédacin nous pouvons avoir la gênéatiOKapiflMirdie. On dit, je le sa», que les indifj^mÊSwlmà fin qu'en leurs ioubibes, qui les taillent et les tMPèlMt^ avec accompagnement d'amnlettes et de veneli cb Coran; que surtout ils se montrent intraitables i rendroit de la vaccination des enfants.

Pour ce qui est de la vaccine, il Tut un temps en France, et pas bien loin de nous, où, excommuniée dli baut de la chaire , bafouée par les bons mots des grands et des petils salons, elle était an objet d*effroi dans les campagnes, et d'émeutes en jupon dans les viU^; Aujourd'hui, il n'y a peut-être pas un enfant sur mille qui ne soit vacciné. Le temps et la raison , aidés par tous les moyens de coercition morale éo^X les gouvernements disposent toujours, ont amené de Féanliat nonservateur de la race humaine. Les mérûes nMgfe«M|iii9ont le même succès dansrAlgérie indigène^ ^iBiiikesisAnabes, en effet, ont eu pour les médecins demËSnrepè Kéloignement qu'on a remarqué , il faot' s^astpcmireià f^lat de guerre. La génération actuelle fliavaitiihi*jtffiq[aUci la science médicale que Vépée anp abilamèreinii -canon. U n'est donc pas éto&mn^

tit UALGËEIE FRÂKÇàISB.

qu'elle ait confondu dans un. même aeniiqBrat de' défiance et de répalskm la main qai loe et ia nwa. qui peut guérir. Hais en 1 852, quand M. te docteur Baudens alla faire en Algérie cette tournée d^inapeotion d'où est sortie la réorganisation ai nécessaire du service médical, je lui ai étendu ntamier une foule de faits qui prouvent qu'en ceci, comane en tant d'autres choses , les sentiments des indigènes sont considérablement modifiés. Les tribus mêmes ka plus éloignées de notre centre d'action allaient au-devant de cet illustre messager de la science ;^Ues l'attiraient ' dans leurs gourbis Ou sous leurs tenteSy le considtaient , relardaient son départ , et multipliaient partout pour lui les honneurs de la Diffa. Moi-même aussi, n'ai-je pas été témoin des consultations que les ind gènes venaient tous les jours chercher auprès du docteur Payn, la douce et inaltérable amitié du pays de mon exil? Quand je le suivais dans ses courses aux tribus , ne voyais -je pas les respects que lui attirait son titre de toubibe?

Si , depuis la pacification , le médecin n'a pas pris dans la famille arabe l'influence et le rôle que lui ont donnés les peuples de l'Europe, la faute en revient, pour une très-grande part, au système de cantonnement qui a parqué les indigènes loin de tout contact avec les populations civiles ^ et comme en dehors du parcours de^ circonscriptions médicales. Mais que, par Tapplication soutenue du système de fusion , les indigènes se trouvent mêlés avec les Européens dans

SECONDE PARTIE. HJ

led villages et dans les commanes; qire la demeofé arabe ne puisse pas plus être fermée aux investigisH lions régolières dé la médecine administrative qu'elle ne peut Tétre aux constatations de Ta médecine légale; qu'il en sort Fait, comme pour la fréquentation des écoles, une condition des concessions et des faveurs; qu*en6n la loi f^nçaise contre l'exercice illégal de la médecine soit rigoureusement appliquée aux charlatans indigènes, et le médecin colonial ne tardera pas à devenir le plus puissant ouvrier de la fusion francoarabe. Il aura les hommes par les femmes, et les femmes par les enfants.

Car dans TAIgérie indigène la femme est plus influente, moins esclave qu*on ne le croit. On la retrouve là ce qu'elle est partout, avec ses instincts, ses coquetteries, ses curiosités, sa pénétration, ses finesses, la puissance de ses larmes ou de ses joies, de ses réserves ou de ses abandons; avec toute la conscience de son empire , avec toute son habileté à faire des dehors même les plus abaissés de sa soumissioQ le déguisement et Tappui le plus assuré de sa force , h trouver dans les passions des hommes le secret de leurs plus extrêmes faiblesses, et à garder ainsi une certaine part d'influence jusque dans les inconstances et les bigamies que la loi musulmane consacre et légitime.

Pour ma part , j'ai toujours trouvé un charme infini dans les détails que des damés européennes qui parient la langue arabe donnent sur les familles indi-

■gènes, dans linlérieur desquelles les feipmes seules sont aqmises. Quel empresseinenl aiTaîré cliçz ces paDV^ recluses à lout regarder, loul demander, ■ tout ^pier, lout essayer! En un cUn d'ceil, cli^r; peaux, rubans, dentelles, broderies, cliàles, bijoux, robes, corsets œfmes, tout y passe. Ce sont alors des airs, des manières, des tournures, des sourires, des reea^ds, des satisfactions folles sous ces accouiremeiilSj. devant les baules glaces de Venise ou les E«Uts miroirs mauresques incrustés d^os^les éventails de; plumes d'autruche.

Puis viennent les curiosités, les questions les plus naïves, souvent les plus embarrassantes, sur les femmes et sur leur lùle dans la famille et dans la société en France. Tout cela finit par des nuages qui passent dans les grands yeux noirs qui se baissent, sur les beaux fronts qui se penchent : c'est là tristesse çi^ui suit la révélation de tant de choses qu'on ignore, ^if'pn :iie possède pas; ce sont des retours sur. la monotonie de l'existence, en face de cette infinie variété de riens charmants dont est fait le tissu de. la vie d'Euro))e I c'est le sentiment de toutes les libres exp^n; Bions de la nature et de la destinée de la fenqine q^{ s'figite dans des âmes où la domination, jaipusç de i'Jiomme les p comprimées.

Il ne me semble donc pas impossible de fatre-sortir peu à peu l'éducation et la vie des femmes indigènes du cercle tyrannique où elles ont été enfermérâ aans le gynécée. La polygamie et le clamiinge de la femme

émisses viiii'es ou sôus tes verrous n*6nt existé d' ne se peuvent mamieùir (ceci est un enseisnemenl de rhis/ilUé UnîVërseirej que sous l'action incessante cïii dë^f^ofisifie' pô'h'liqiië et social le plus complet. Or, ce n*ëst' point' pour fa perpétuité de ce despotisme que nous avons conquis I Ârrique il y a vingt-quatre ans, et qtfàujourâ'fiûi ïa F^rance et TAnglelerre ont porté secoure au cher Ide Tislâmisme. Le coin de la politique iîgalifaïre vient dé pénétrer dans le privilège musulman, ïoutès les pièces de l-armure religieuse et sociale en seront disloquées. Ce n'est pas un des moindres indices des coups déjà portés, puisque celui-ci s^adrèsse au préjugé le plus intraitable, que d'avoir vu, par ordre du padischa, les portes du harem impérial s'ouvrir devant des femmes libres et chrétiennes.

En Algérie, des pensionnats, des écoles, mis par une administration intelligente et Terme à l'abri dds ardeurs du prosélytisine du clergé chrétien, dont les chefs de la foi musulmane seraient assurés de conserver la direction religieuse, et pour la fréquentatîôtt^ desquels il serait fait ce que j'ai demandé pour l^i^côtes'dé garçons, ne manqueraient pas d'écbiières. "En peu d'années, la femme de l'Algérie incligène, par Timportance qu'elle prendrait dans la tamnie^'par la place qui lui serait faite dans les posiiions' diverses de la société , par son action sur les mœurs, s avancerait a son tour dans les voies de son émancipation, et deviendrait ainsi, en Afrique,

comme la femme l'a été en Europe, un des éiémeols les plus aclîFs de la civilisation de sa race. Cêsl par la femme alors que se complétera la fiisioa francoarabe , et que l'Algârie «easera de fmkmgar mdéftlum^t le spectade de ces rivières qui à leur confluent joignent leurs aua,, 919^ )^ joiiffi^i^ii^^

nâler. ! - ..:.-: . -ii^r.-., m. ■.î,.iin. I .,■/

Quand l'édacationMM ^aeaê Itt^faîTCfliBt^^iMiHe iraagais sur les âsfit' 'iÊeim[^]yl^^ig^ij^ èUe aura eu justice des pr^'iagés srata^ ^lÊà'iêaat deux races et deux pea^iea, de rEorapéeK ei de l'Arabe, do cbrétiân «t da «anenfanlak BMiabaliàottra alore -des mariages niïtes, cQBiBie ob ta va le; fHK grès bnmain et social, triomphant de préjogés dod ttoios enracinés, amener des unions de &mitle entre les nobles et les vilains, entre les chrétiens et les isra^iles, entre les catholiqaes et les protestants.

Le temps, qui a fini par rendre ces nnicms faciles ^ pODira brisw aussi bien les difficultés qui sembleot rendre à jaoïais impossibles les mariages entra durétiens et musulmanes, entre mosulmaos et dirétiennes. Et par le temps, je veux dire tout ce qu'il aoène de Béceeeités de rapprochements et de fusion daiiB4eis intérêts qui s'agitent au sein d'une vaème confiée. Une CcHS ces intérêts en marche, rien ne les peut plss arrêter; et ils vont jusqu'aux extrêmes cooséqueuces de la loi logique de leurs développemeids et de lear perpétuité.

SECONDE PARTIE. Si7

Agent immédiat de la fusion franco-arabe. — Imposition de la loi civile et sociale du peuple vainqueur. — Exemple lire de la con-. quête romaine. — Aspirations des indigènes vers la loi française. — Conséquences de leur admission à Tégalité devant la loi. — Augmentation de population et de travail. — Les tribus sahariennes. — Leur état social.

Le dernier mot de rextermination et da refoulement ayant fait reculer œux-Ià mêmes qui avaient préconisé ce système et y avaient mis le plus la main ; le gouvernement des Arabes par compression ne pou-* vant que retarder, sans être d'aucune utilité pour la colonisation, le but civilisateur que se propose toute conquête en Afrique, il n'y avait plus de possible que le système de la fusion des races par la fuskin des intérêts. C'est pour le faire aboutir que j*ai proposé Taffaiblissement graduel de la nationalité arabe au moyen du fractionnement et de Téparpillement des tribus avec leur enchevêtrement dans les terres et les villages européens. Bien que les intérêts moraux de la religion et de l'éducation s'y viennent grouper antour, ces moyens ne sont, à vrai dire,. q«e matériels; ils procèdent par voie d'infiltration sûre , mais lente.

Leurs résultats ne sont donc guère que des contin-

batdseligtQO! eltés-^ômed Bef{'iehottt/i3eBdfa|ifaiqkblf|M temps. que marqikwfieri Aféreçoesideâmteonialiidd rit€e8«' ' . ij>*| vu? 'I li^M jio>* ^ïlld'iip aofifiobnBilB n L'agent îmEi>éAift^deilaijj^uskÉvîfiB)iGri)>aittk8i}e8f donc aîileurs« •i.-..^ m Mi^nio/noy f*^ ,^uilnl uo sntil' • An Algérie, commedainttniplefcpfijFpideeéaiHiii^^ il est dans rimfK)iBiiioatdef)la>ioiideéiv|Ba(tneir«AOflD vaiacus. Elle scole peo^iaHîdDiàméliliBlMtflétipàTkMifc à ia fois^, alteiadre Télémepit indigèaë danri UmtftJHHi homogénéité : ptopriété^ îodividfryHifioiisvfAfl'iriTCBf; mœurs , idées ; le Btisir «t le jeter 4oirt>iid\{anb dânq^b creufiet de Tassimilation Jrançaise.i :> :'i /usM/nm;

Et par loi , je n'entends pas la loi générale' de- (oqte conquête, la loi politique de Tasservissement.; Celle-ci ne sert qu'à perpétuer la distinction en vainqueurs et en vaincus; elle entretient ainsi les haines chez les seconds et les insolentes exigences chez les premiers. Mais par loi j'entends la loi civile, la loi sociale, qui, en créant Tégalité entre tous les habitants d'un même pays, fonde, par Tunité de législation, l'unité de peuple. Où règne funité de la loi, il y a égalité de droits; et où cette égalité règne, il importe peu qu'il y ail des races diverses : il y a bientôt une ni|iîoii unique. i-« i«Mii :

C'est ce qu'avaient parfaitement compris les lèe^^ mains. Ils apportaient leurs lois civiles ' eux nalAm^ subjuguées, et celles-ci les adoptaient avec amorir/> parce que, fruit d'une civilisation supérieure^ 'loes

. l'SBi;aND(B PARTIEL ^ 349

MaiteiBopteâissaiBBtôtn^ de)qu7elteB:éUrîeiii ën-Matui bti^^d[iipiDiplbfi'i£|tvt(iFahle9«À tous le»^ développeioenté bbiiiaiBSi)€ti!Soèiau»i^ vcirs lesquels tonte 'Taeei^isi abandonnée qa'elle soit^ est portée par ses plus secrets iB9tiiiétai;€e rfiffeaèDstique les Gaolois constitués en clans OQ tribus, se gouvernant pentarchiqaeittent par deft^raiufe>ét'pair| des prêtres V comme les Arabes, se moatrèrenti'aprèsilaéonqaiâte de César, si faciles à aoceptqr.laloiet Torganisation romaines, qui représeni^dont^ Ib civilisatiôa. Après la conquête franqne, dH*eodlrairey ces mêmes Gaulois, devenus Romains depuis cinq siècles, se montrèrent hostiles à leurs nouveaux conquérants, parce que la loi germaine représentait la barbarie.

La loi civile, la loi sociale, Tado^inistration et la justice de la France, voilà le moule dans lequel il faut jeter les individualités et les intérêts indigènes de l'Algérie. Il va sans dire que je suppose tous ces éléments, régulateurs de la vie civile et sociale, dé* gagés des abus dont l'Algérie française a eu tant de peine jusqu'à ce jour à traîner le fardeau.

Qoaad j'ai fait de renchevêtrement des tribus et de.ia «ppopriété indigène, dans les circonscriptions» européennes, le principe fondamental de la fusion franco-arabe, j'avais en vue Timportation de la loi fF8ÉI;^e et les moyens de la faciliter. Tant que les Araibaa^ ei^jeffet, seraient cantonnés en tribus, n'ayant à démêler qu'e&tre eux des intérêts d'aflaires et de fafiDille^.tion me pourrait guère, à moins de faire de la

t50 L'ALOÉaiE FHXl^ÂfSE.

tyraoïiie pour la t^QBie, levr m âÉpoBër'la vifflhN risatioQ par nos lois. Dq jour de^eup ioMfiixCioft^daafc la popalatioQ et daius le» terres amopéeaneft^* ftwi tout naturel , au oMtraira^ qa'ils se - ti w iyâtfi Mos leur empire pour tous les droite dont elles lègtaM Tusage.

Mais, objectera*t*OD 9 ta loi reKgieD8e«Bl awai la loi civile et sociale des indigènes; et, en toudHHl à celle-ci, la loi française touohera à ceHe^U*

Je r^onds :

Est-ce que les israâites n'ont pas ainsi : le«r loi religieuse pour loi civile? cette loi n^est-elle |Mmi en désaccord sur bien des points avec la loi fltmçaise ? Il suffit d'avoir lu la Bible pour le savoir. Les israétites en subissent-ils moins le régime de notre législation pour tous les actes de leur vie et de leurs affaires auxcpielles ils veulent donner des effets civils, sans lesquels ces actes ne pourraient lier les tiers non-seulement étrangers à leur foi, mais israélites mâme, qui auraient intérêt à se prévaloir d'une dérogation à la loi civile de la France, ou de tout autre pays dans lequel ils ont leur domicile ?

Eh bien, le musulman, pour son for intérieur, demeurera soumis au Coran, comme Tisraélite l'est à la Bible ; mais, comme celui-ci , il sera soumis à la loi française pour son for extérieur. Le joug civil que la loi de Moïse a dû subir dans le monde entier, la loi de Mahomet le subira dans TAlgérie. Les Arabes sont chez nous et non chez eux , puisque nous les avons

cotifpMs; l'Algérie doppHiieui k la France et non aux Arabes., âî c'est ikmib cjpii sommes ch^ eux, si VA\r> série est et doit rester arabe , alors laissons les indigènes admisitstrer et gouverner, adoptons lenrs lois et îenrs mœurs, on plalôt allons-nous-en, et qu'ils jettent aux vents les ossements de nos colons et de nos soldats y enfouis dans le sol sans l'avoir fécondé, coBHue ils ont entassé dans leurs pots de terre une grosse part des deux milliards que nous a coûté notre occupation si longtemps ruineuse et inféconde.

Mais qu'est-il besoin de nous inquiéter à ce sujet ?

Malgré toutes les énormités qui les ont refoulés dans l'isolement , les indigènes n'ont pu résister à la pente forcée des choses, qui, par leurs instincts et leurs besoins , les poussait à toutes sortes de relations avec nos colons et nos marchands. Ces relations ont amené des discussions, des procès. Sauf les lenteurs procédurières, qu'ils trouvent exagérées et ruineuses, comme nous les pouvons trouver telles nous-mêmes , ils mettent les décisions de notre justice fort au-dessus de la jurtioe de leurs caïds , rarement exemple de passion et de vénalité, autant qu'elle l'est peu de formes violentes et d'exigences concussionnaires. L'imaûxtion des propriétés et des individualités in* d^èoes aura donc pour résultat inévitable de multiplier, par leur frottement journalier aux intérêts européens , les occasions d'en appeler à la justice et àia loi françaises.

là À &ire régler par cette même justice et par

^a^^iiin'y ar(jàé4o|iiJiIi»M\yiai{Ji9iléB nwMJUresaéB pngoances' à' Vtifacpei iQote^ dheodlk&él^HMf mI^ soit I et €e(a ééria y^aosiapplanUsse^pali dhiMxMBial débouche, un/noî^ i^uotr Jnob çV.x^Avm^'*) %9'U)A*\>k\ 5^)

Avec ia connaîsaanéeiqiië îeioroisimyeflndiidcaFaib tère arabe, donllloreiieM)fiuriM(iaiA)Bdl| avee^iagebo^ viction intHneiii|afd&tOht'i^Kiii'*iiiuiVGBfeBtidefMln sapériorité coitiaieféu|ile^siBomitoi]}OBiA eodatieJUA dmdos, il m'^Bt^démontréqne-lea AiAhea iiBBoanool réellement pacifiés, ne seront bien à nous^aede/jouo où noDs les aurons-admia, èDiparlagoiégalç av liéàéfice de nos lois otriles'^de' notre adminiëlraââiy, dé notre justice, et Où par conséquent nom les laarons atiranchis de toute justice ^ de toute adminislracion, de toute loi pesant sur eux et non sur nous; que-le jour où nous aurons proclamé, pour nos sujets de t'Al^ ^rie indigène, cette égalité dont nous avons imposé le devoir au sultan pour tous les sujets de son enapire, et dont nous lui avons fait la condition comminatoire du secours de nos armes; que le jour enfin on, -ad*< ministres et gouvernés comme nous, au mâme litre que nous, les indigènes auront la satisfadion^deerûire et de dire qu'ils sont nos é^aux comme penplaj ^e même quMIs se disent que, comme hommes ^'ii$)ndua valent bien. ' ■ -"mj>î!. ^nrr\

Le joor où cette égalité devant la loi et hu.société françaises sera proclamée en Afriquey4a)«oloniBi*Miit sera fondée définitivement, la populalionTralulo-arttbe

r-SECOND© PlAHTIEl / J t59

}fd)àfi50Mfa9renîar$:dd(méiiib qiielainationdlHétgallMra-^ BseiaenèUaLita atéadpiiDOBiâbtiqiie^éi^ar A«gu3te>eul plm^lMiéiàilVaUboiMiè TasaimlpUan 'des Gaules ei item tODStkotratai €Éi pe^dfxsîrqindiDes. L'histoire dit si ces barbares Gaulois , dont nous sommes les fils,, ne donmrenbpB&/eii:imoio9 d^un demi-siècle, les émules et'io&iéf^ux dB8<€k)Blct«iéraiitÉ romains^ à rarmée^ au séiraÉydadS'Je&^uritts^; dans. les- jurandes, dans les arls^'idaDS ie8<6cience9^- daùs les lettres, en vices comme en veltiis, en grandes cités et en gigantesques monuilientsri.' .

•fOri je nesaurais trop le répéter^ pour entrer dans Itis voies I de {assimilation française, les Arabes se trouvent aujourdhui dans des conditions acquises de perfectibilité bien plus avancées que celles où étaient tes Gaulois quand Auguste les poussa dians rassimirlalioo romaine.

Autant qu'il est permis à la raison de slélever du cottQtt à riaconnu , par la logique des faits humains et sociaux, Tassimilation franchement exécutée me semble devoir amener trois résultats heureux : ) I Augmentation de population et de travail; . . n 'jiAcoFdisfieaient de la fortune publique; ')i)Or^e|nisation d'une force militaire qui dégrèvera kijbndgiBt4eila< France, et nous laissera en Europe la libre disposition de notre armée.

oiie'yvaid examiner ces trois propositions. Dalx>nd, Mj^BentsItioaide population et de travail* <•

M'iSar- delà 1 les deuX; chaînes de TAtlàs, qui courent

954 rALeÊHIE FBkKÇAlSE.

paraiièlementd«Martx;àTiini8^iBr4teDdéB»db^ et de monUgnes de aablea méhnigéw dVeluÉs^tf d)Hfi le Sahara algérien. Ce n'est pas eaoore le désert y*4fMF est la lisière. Les terres avableB j sont ee* tvèe^pefiiè^ quantité : elles ne suffisent pa» à noerrâp lepepwlt latioD , qui n'y vit guère que des dattes dn palamr^ dont elle fait sa cultore prinetpate) maeis'^iM, soîM' peine de maladies et de mort, eHe doit méiaii^jSt* d'autres aliments. - : :-

Cette portion de rAfiiqm est habitée pwdes'trilies' sédentaires et par des tribus nomades. GeUesHsioa»^ peut sous la tente; celles-là. résident dns des vflles et dans des bourgades fortifiées pour la plupart, e^eslà-dire enceintes de murs crénelés , en cailkmx oa en pisé, à hauteur de cinq ou six mètres, pour les tenir à Tabri d'un coup de main. Les deux points extrêmes de ces oasis au milieu des sables sont Tougonrth , qui touche au royaume de Tunis, et Insallah, qui confine au royaume de Maroc, avec Ouarglah pour point de partage de Test et du sud.

Bien que nos postes n'arrivent qu'à Biskra , dans la province et au sud de Constantine, et à Bogars, au sud d'Alger, notre domination s'est avancée jusqu'à Élarouat, où nous mimes un kalifat, et jusqu'à Ton* gourth même, dont le chef paya l'impôt ao doc à'Avh maie en échange du burnous d'investiture. La tribu nombreuse des Beni-Mzab a fait dans un temps des ouvertures de soumission ; et Ouarglah, qui est la ville la plus rapprochée du désert ou grand Sahara, a en*

voyé un des cbefe de sa djéma (assemblée nationale) pour praoïdre connaissance de l'Algérie française , et savoir quels avantages elle pourrait retirer de rela- UoDS commerciales avec nous.

Dans les temps anciens , c'est-à-dire aux époques antérieures aux invasions arabes , maures et turques, le Sahara algérien n'était peuplé ou plutôt parcouru que par des tribus nomades. Mais ces invasions successives firent refluer vers celte portion de l'Afrique un grand nombre de tribus sédentaires des montagnes et de la plaine, du Tell^ pour parler le langage topographique des historiens. Ces tribus se trouvèrent en face des tribus nomades, qui, propriétaires des oasis où elles dressaient leurs tentes Thiver, et d'où elles s'éloignaient Tété pour aller au désert, les cédèrent ou plutôt les affermèrent aux nouveaux arrivés, à charge de culture et de redevance. Obéissant à leurs instincts sédentaires, les tribus refoulées construisirent des villes et des bourgs , dont le nombre est plus considérable aujourd'hui que sur le Tell algérien luimême.

Les tribus nomades campent autour, comme autre* fois les Francs des premiers jours de la conquête campaient autour des villes de la Gaule dont ils avaient fait leurs tributaires. Au Sahara aujourd'hui, comme dans la Gaule jadis, les nomades sont les seigneurs, les citadins sont les vassaux, les vilains! car T Arabe nomade tient en profond mépris l'Arabe de la ville, qu'il traite d'Arabe dégénéré. L'habitant le plus pau-

250 LALGtiift ¥fk^^à;usm

vre de la tente en poil de

comme auCrefoi» letéoéÊt^nît^

riage au plus riche habitaDt de la miiiM de pierre.

Voilà, à cette heure encore, réial aocial daaa le Sahara algérien. La vie n^y est donc pH tolfaiiimi heureuse pour les anciennes tribus éni^réet^doi Tell qu'elles ne voulussent pcrât ea chaagiK^ jet ^p!iLi(ki impossible , si elles étaient sArea d*y relraowr ee qw leurs pères ont perdu , de leur inspirer ki (MaHTÎie rentrer dans leur primitive patrie. Le regnt ée Eavoir perdue est entretenu par rinfiériorité dana lifiNlIe elles vivent, et accru , à périodes fixes, par. Jlea. dévastations de tout genre dont elles sont les yictimes solidaires, toutes les fois que les tribus umnadeifr se livrent bataille; or, Tanarchie et la guerre sont Tétai normal des Arabes nomades , vagabonds féodaux, pirates du désert.

Pour activer et faire aboutir, chez les tribus se* dentaires et vassales du Sahara, cet esprit de retour dans le Tell, il n*y aurait, je pense, ni grands efforts, ni expéditions lointaines, ni puissants moyens diplomatiques à mettre en jeu. Sans quitter le Tell, sur place, aux heures des marchés en certaine saison, une administration intelligente et vraiment colonisatrice pourrait y suffire.

SECONDE PAHTIE. 257

Moyens de rappeler les tribus sahariennes dans le Tell. — Les RaèyVtt. *— Opinion des Algériens sur leur comple. — Preuves. . — Le eaïU du Sd^aou et l'impôt. — Commerce de t5 millions. — Ce que rimj)ôt aurait été sans la guerre, — Provocaliont d'Abd-el-Kader autrefois repoussées. — Comment se fait-il que celles d\in hitd^ni soient écoutées aujourd'hui. — Appel à la

. . frtmt^i -r J^e pas recommencer contre TA If^rie kabyle les fautef comtnises contre TAlgérie arabe. — Elles coûteraient plus cher. — Tttstmbts décrets des peuples barbares. — Leur fécondation.

Manquant de céréales, de grains » desalimenls divers ^ sans le mélange desquels les dattes sont une cause de maladies et de mort, le Sahara algérien doit s'en approvisionner quelque part. Le Tell est le seul marché qui lui soit facile : le Tell est véritablement le grenier du Sahara. Aussi est-il de proverbe chez les (ribu9 sahariennes : a Qu'elles ne peuvent être ni mu- » salmaôes, ni juives, ni chrétiennes; qu'elles sont » les amies de leur ventre; que le Tell est leur mère, )) et que celui qui réponse est leur père. »

Or, nous avons épouse le Tell.

Cest, chaque année, après la moisson, que les tribus sahariennes accourent en foule sur les marchés du Tell pour faire leurs approvisionnements de grains, de denrées, de marchandises de toute sorte, apportant en échange les produits de leur sol et de leur in*

168 L'ÀLOtBIE FIANÇÂISE.

du$trie : dattes, biimoQ8/l«MB, j)liliiiô8^d*a[Qiradii^ et les objets qui learvieonent do Soudan pvksi^** ravanes : ivoire, pondre d*or, gommes^ etCâ^ eta Cas approvisionnements et ces édianges sont soobus à Ht impôt Lazma^ Eussa. Cet impôt passe ^par lesimaîÉs des caïds présidents des marchés f qvi' le ûhA arriver aot bureanx arabes, d'où il est teraé au flaci

Tant que les tribus sahariennes, depvis leur ezpa-* triation , ont retrouvé dans lé Teil l-élat de conquête et d'oppression devant lequel leurs pères 8*étaieQt enfuis^ il a été naturel que, les échanges et las approvisionnements tine fois terminés , elles aient repris te chemin de leurs oasis, sans rien regretter de leur ancienne patrie , continuant à loi préférer la vie misérable qu'elles menaient dans la nouvelle; mais. si la fusion franco-arabe, comme j'en ai la conviction, porte les fruits qui sont au fond du principe de l'égalité devant la loi française, est-ce qu'il y aurait folie à croire que l'exemple des Arabes du Tell relevés de toutes les déchéances de peuple conquis, affranchis des oppressions et des exactions seigneuriales des grands, agira puissamment sur les tribus sahariennes? Est-ce que ^ à celles, par exemple, qui ont oonsorvé les traditions de leur origine chrétienne, dont les no* mades leur font une insulte, il ne viendra pas le dé* sir d'avoir, elles aussi, comme leurs sœurs du Tell, des concessions de terres? de remplacer, par une propriété productive, un fermage stérile? d'êtres libres sous une loi douce et prolectrice pour tous, plutôt que

de rester èo état de vasBelage, livrés à i*exploilâti(m désordonnée des nomades? N'aimeronl-elles pas mieux créer à leur tour^ consommer et vendœ sur place ces grains, ces denrées qu'elles viennent chercher de si loin, à travers tant de périls et de fatigues, et dont souvent pas une parcelle ne rentre dans leurs oasis, pillées qu'elles sont au retour par les tribus errantes qui les attaquent et en font carnage?

Je ne sais si elle m'abuse ^ mais ma raison me dit qu'avec une administration et une justice telles que je les conçois, telles qu'il faudra bien finir par en doter la colonie africaine, dégagées de lenteurs, de complications, de routine, et surtout des frais énormes qui ruinent les justiciables, il y o, pour un avenir non éloigné, dans le Sahara algérien, une pépinière féconde de bras pour le travail colonial.

Que, pour faire de ce système de migration un rêve d'utopiste, on ne lui oppose point l'état peu avancé de la société saharienne.

Comme dans presque toutes les contrées algé^ riennes, il n'est au Sahara ni villes, ni bourgades qui n'aient des écoles, des marchands, des métiers dont les objets fabriqués ne sont pas tous sans mé-* rite , et dont les juifs maures font une branche assex fructueuse de leurs nombreux trafics. Dans les cen-» très de population, où l'eau manque à la surface du sol sablonneux, les habitants, — bien des siècles avant que les Parisiens soient allés admirer leur puits de GrenelJQ, — ont su en trouver pour eux et pour

rirrigàtion âe lèn'n fàrtB'M'AbfêdMé^Ûm%^ siëDS, de vrais jjàità ài4é6îéi]i8; àfëi^ljfè^ iltàMifm palmiers creusés pour tubes; [iài'-itiif t^â'niâèVèr'à jaillit à de grandes hauteurs. Enfin, les caravaiiles<(Uè les tribus envoient et celléd qd'en^'t^ii^BV^tiiW mises depuis longtemps^ en'bbntiié^af ëë të\^aié^j et ce sont là de grands côti^anti d'liiip6i-tthicÂ?^dé'8àH.

ciabilité. ' ' -.if-tr^i ;).:,! K..^...

Les races sahariennes sonidodk; à iifeè'yebïV^IAèb populations suffisamment prépaie j^ài^ ittÛià^'N^érfa notre civilisation, si notre ci vilisatioil hâ'éMiiil! pë^ devoir aller à elles. ' " *^ ' "-•'*-'^

Il est d'autres tribus mieux préparées ëncôfé'à accepter la loi de Tassimilation des intérêts , et sbr lesquelles agira plus immédiatement, plus puissamment le spectacle civilisateur de la fusion francoarabe.

Ce sont les tribus kabyles, enclavées dans nos possessions, échelonnées, entre la mer elle désert, sur les Qancs de la formidable chaîne du Djurjura qui sépare la province d'Alger de la province de Constantine.

J'ai déjà dit qu'elles ne demandaient pas mietix que d'être conquises pacifiquement, par toùtéà lés voies possibles de Tindustrie et du commercé.' 'j^èln apporte aujourd'hui les preuves. '

Touristes ou négociants, quelques Algériens de savoir et d'observation ont pris à cœur l'élude sur place de la Kabylie. Tous m'ont résumé è|ii ces i^ôia

JçftlçégH||fijte)j^c,,leflrj^ recherches : « La Kabylie esl le jfiirdirh.^ Ti^lgérie. Sa population est la plus industrie]f;l^,,ilf^,p>us brave et la plus généreuse de TArri-

., Ëot^ippigq^e de ce dernier trait du caractère kabyle,,;. ijp dç ces .Algériens, homme de mérite et de siQcéçi^y j;a'écnYait qu'il avait eu occasion de traverser les Iribus dites ennemies à l'époque où M. le ^énéc^l Pélissier , le vainqueur des groUes du Daara, e^pé4ilionnait dans la vallée deSebaou, àlizi-Ouzou, .au Guechloula, et que loin d'avoir eu le moindre danger à courir, il se louait de Taccueil qu'il avait reçu. — a Oh! je ne suis pas le seul, ajoutait il. Dans des circonstances analogues, si peu favorables, même chez les peuples civilisés, à l'expansion cordiale des sentiments de l'hospitalité, en pleine tribu des Flissas-el-Bahar, au moment où cette tribu se battait contre une colonne de l'armée expéditionnaire, j'aî rencontré M. Esparvié, négociant de Delhys, qui conduisait des vivres à nos troupes. Cet honorable commerçant me dit alors qu'il avait été partout le bienvenu, que, loin de lui ôtre hostiles, les Kabyles Jliî fournissaient des renseignements sur la situation fie nos colonnes, et parfois même des guides pour lui yinçntrer 1^ route. »

Un soir du mois de mars 1851 , quelques Français

ay^^çntét^ retenus dans la vallée de Sebaou par une

. crue^subite de la rivière de ce nom. Ils attendaient,

^^Hsja tente du caïd, la baisse des eaux pour ren*

ifl? L*ALëÈRlB FRANÇAISE.

trer à Deihya. La eenTel-satiôn torabi iboi'Ui^^ ment sur les menaces de chAtiment dotait la^SabyKé était Tobjet de la part du gouyernementr mftitaire' de TAlgérie. Le caïd leur dit :

— « Que voules-vous de nous? D*abûrd'itt impôt; ensuite des garanties de sécurité pour let Français qui viendraient voyager , commeiter , vivre dans ikni montagnes.

t> Nous ne demandons pas mieux que dé vous donner satisfaction.

» Voyons : depuis que vous êtes en Afrique, vos marchands d'Alger, de Delhys, de Bougie, de Oigelly, de lous les points enfin du territoire que vous occupez, sont en rapports d'affaires avec nous. Il en est même, vous le savez, et vous en êtes un exemple, qui , pendant que la poudre parle dans nos vallées et sur nos cimes, ne craignent pas de venir sous nos lentes, dans nos villages, acheter nos huiles, nos graines, nos raisins, toutes nos denrées. Ont-ils eu à se plaindre de nous? Les avons-nous mal reçus , mal* menés? Non, n'est-ce pas, puisqu'ils y reviennent, puisque vous y voilà vous-mêmes. Il est donc bien certain que nous ne faisons aucun mal à ceux qui se confient dans notre loyauté.

» Pour ce qui concerne Timpôt, il en est un tout naturel qui ne coûterait, ni à vous ni à nous, une goutte de sang , qui enrichirait votre trésor, sans opprimer notre population, et que nous payerions vofontiers, car nous y trouverions notre intérêt. Établissez

ua foodpucJc doQ$ toutes les villes et frappez sur toutes les charges de nos muletiers un droit, môme, si vou« voulez I de dii^ pour cent. »

En parlant ainsi y le caïd du Sebaou ne tenait pas un langage» de probabilités et de futurs contingents : il faisait de l'actualité , de Tactualité de la veille, d'dQJourd'bui, de demain.

Si les Kabyles, en effet, n'onl jamais voulu reconnaître la souveraineté des conquérants de TAfrique, il ne faut pas en conclure que ce peuple se soit continuellement tenu à Técart derrière ses invincibles montagnes, comme les Chinois derrière leur muraille.

Sous la domination des Turcs, comme depuis noire conquête , les Kabyles ont toujours fourni aux campagnes et aux villes du littoral et de la plaine des travailleurs fidèles et des approvisionnements de toute nature. Leurs huiles, leurs céréales, leurs fruits secs, ont toujours été un objet considérable de commerce et d'échanges. En 1 851 , ce commerce avec les Européens était estimé à près de vingt millions ; il a augmenté tontes les années , et je peux affirmer qu'au* jourd'hui, sans la guerre qui a désolé le Djurjura, il aurait atteint sans peine le chiffre de vingt-cinq millions. Ainsi, à l'heure où j'écris, Timpôt proposé et consenti par le caïd du Sebaou , n' eût-il été que de cinq, pour cent au lieu de dix, aurait fait tomber poqr c^te année (i854), dans le trésor de la Frapce, un oûjiioa dpux cent cinquante mille francs.

m L'AJMSttlB RRicNQAISB.

. h& sang dô QOB'MUbhls nob8A<lQ9ftliâ^{)liift'dM( et iioudarappoi'té iQoiWk i!i'.-'..*:-^ fît!) . îA\ht<k\ - u'\i]

Ce n'est pas d'aQJooid'JiQii^îaQiis-^fiipettiep menaces et de la terreur de nos annèa^ qu teaigtaaA et les tribus de la Kabylie font «nteinka deelj^nrolqi empreintes d*un véritable esprîlxlei(iMn:iL ebldefcutiln sation. Laborieux , prodentSi liûrtt ddlfeiilP'/indépa»^dance et des redoutes de leurs montagnes} ilesKabylei n'ont jamais prèté^ roreîlle à la^vinxideBii^'étaidok prophètes qui prêchaient la guerre sainte ooiib^Bèusl

a Si la as à te plaindre des Françus, r^pon^irenifils à Abd*-el*Kader , qui les appdait auxarmeav'îl n'en est pas de même de nous. Ils nous ont délivrés des vexations continuelles dont les Turcs nous rendaient victimes. Nous nous réjouissons donc de leur arrivée, et ils ne nous ont donné aucun motif de nous armer contre eux. Toi, venge-loi si tu as été offensé; mais n'essaye pas de nous entraîner dans ta cause, tu n'y parviendrais pas. »

L'Émir ayant insisté, ils le menacèrent, suivant les expressions de M. Barbier, « de faire chanter » pour sa mort la poudre qu'il voulait faire parler y) contre les Français. » Et cependant TEmir était alors entouré de tout le prestige qui peut passionner le fanatisme musulman : il était l'envoyé de Dieu, le maître de l'heure, celui qui devait affranchir ta terre des croyants et abreuver sa jument noire au baptistère des églises du Christ.

Comment se fait-il que ces tribus, qui ont repausfié

' -SECONDE PÀI^TIE. %e%

le piiîseant Abd^el-Kader , aient écouté la ?oix d'un Bou-Baghla, d'un agitateur obscur , sdus preeti^; satis piété, Bans mérite, sans courage? Comment se faift^il que ces tribus, qui ont refusé de se révolter quand leur révolte se fût appuyée aux grandes insurrections des Arabes de la plaine, se révoltent lorsque tout le reste de l'Algérie est pacifié et que la France a aiiisKeontre elles la libre disposition de toutes ses forces? Quoi! l'esprit de révolte souffle, dit-on, sur la Kabylie, et pour se révolter la Kabylie a profité, non pas du moment où l'armée française presque tout entière opérait au sud vers les frontières du désert, mais du moment où nos troupes étaient rentrées dans leurs cantonnements ; elle a poussé la délicatesse jusqu'à leur laisser prendre quelques jours de repos! Quoi! tant d'audace et si peu d'habileté! comment cela se fait-il ?

L'histoire le dira un jour.

Moi j'adjure seulement mon pays de ne pas permettre que le jeu d'insurrections, si longtemps mené contre l'Algérie arabe, soit recommencé contre T Algérie kabyle. Je le conjure de ne pas permettre que Ton élève et cultive dans la serre chaude des bullelins, des rapports et des journaux, quelque mauvaise Contrefaçon du fils de Mahiddin , à l'usage des tribus de la montagne, comme jadis, pour se donner le mérite de le renverser, on se plut à façonner et à grandir un émir des tribus de la plaine. Nous savons trop oe que la conquête de la plaine nous a coûté de temps,

de saog et d'or i la ooiiquéla dff bt montagPietiiMtttt. coûterait davantage» . i -«i^M: i.

La race kabyle est autremml ?aUlaiit6i«tiirésQUi» que la race arabe. Les gorges et lei9 fûmaft. do Ojorw jura sont des retraocbementa autromeotr redoutables; que des haies de cactus et des bois d'oliviers, daps It plaine : chaque sentier , ^Aaque gprgai chaque cime est un combat et un siège pour 1m soldats de la France comme en Circassie pour les soldats du ocar. Après les avoir conquis, il faudra les garder, à meàw de leur appliquer la paÎE de Tacite : Ubi êotikidmem faciunt. Alors ce seront des forteresse» à ooQsUnure;, des routes stratégiques à ouvrir, des villes bastioib nées à élever, et, au milieu de tout cela, une gami*^ son permanente de soixante mille hommes. En dehors de cette conquête à fond , de ce formidable déploiement de forces, il n'y aura en Eabylie, dans toute expédition de quelques milliers d'hommes, que des incendies, des dévastations, des razzias, des combats misérables, inutiles, indignes de notre puissance, toujours recommencés, jamais finis, éloignant de plus en plus le but final de notre venue en Afrique, et peut-être, en un jour néfaste, le retentissement dans la patrie en deuil de ce cri désolé de César Auguste : a Varus, rends-moi mes légions! »

Oui, je conjure mon pays de ne pas laisser recommencer la faute des premiers jours de la conquête. Nous voulons dominer en Kabylie , tenons compte de r élément kabyle. Le Kabyle est organisé pqur la

guerre et pour la paix; adressons-nous à toutes ses aptitudes pacifiques. Ne le poussons pas aux inimitiés, attirons-le aux alliances. Tout lui fait une nécessité de descendre dans nos plaines , ne lui faisons pas une loi de se retrancher dans ses montagnes; et puisqu'il veut vivre avec nous, ne le contraignons pas à nous faire mourir avec lui.

Tous les peuples déshérités , à quelque degré que 06 soit, de bien-être et de lumières, ont des instincts secrets qui les poussent vers les nations et vers les terres où se trouve une plus grande masse de lumières et de bien-être. Races kabyles, races arabes, races sahariennes, subissent cette grande loi prouvée par les migrations des peuples barbares vers les foyers de la civilisation. C'est le développement de ces instincts secrets, c'est leur excitation, leur création même , que la France devrait donner pour but à son gouvernement en Algérie.

Dix années, non, pas dix années, ne se seraient point écoulées sans qu'elle en vit sortir d'immenses résultats, sans que l'Algérie eût à donner le titre de fbndateur et de père au Washington africain qui les aurait obtenus.

■ II-.] -•»; :}j îl) jîH» '^ijïjol Jionb ofi iop h

• I ' :':: -»i1«m|I 'Wl!»] il?» If GÎO'J TJ»i:KJ

Accroissement de Ta fonttÀ0Tkil^ito^J-l^ï<tti^ son assiette et de- sa porcfptîcm^t^ Jifoyfiiriéyl iHiqMÎ9r.M 'Organisation d'"oe armfe^^^ine^^^^^ W'^ff^ — Economie dans la solde et dans requip^ôent. .— - Acuon do b vie des camps sur la toà&k des râoeft.' -^1- 6e ^KÎftoinliiAviri^lHl de l'Afrique. .. ; ■ f ..,, - ;»»i;|.» ,| iKtiUyjuvn]

J'ai dit qa'QD accroissement de la ^|ui|e,pomg^ était, comme second résultat , au fondda sjfstemQ.^? l'assimilation.

A moins d'être , — cl encore? — dans le secret de Tadministration arabe, et je n'y étais pas; à moiqs d'avoir reçu les confidences des caïds , cheiksi agas, kbalifas, traitants et sous-traitants du Qsc; et je ne les ai point règnes, il est difficile en Algérie d'arriver à voir clair dans le mécanisme de Timpôt indigène. De partout ailleurs, on ne reçoit que des réponses contradictoires qui attestent seulement que L'jqfpftt n'a pas une assiette unique, non plus qu'un . Q^)de unique de perception , et que perception e^ 9^ie|t^ varient non-seulement suivant la nature des ;Ci||l|f^ et des possessions , mais encore suivant Iç çapri^çe ^P l'intérêt des cbefs auxquels le bureau arabç coqûç le soin d'en verser les deniers dans ses coffres^, .d!pi^, ib passent ensuite aux caisses du fisc. Ce qu^rp^^jt

généralement , c'est que le contribuable indigène joue à qui de droit toute sorte de tours plus ou moins plaisants pour se faire en hectares , en pieds d'arbres , en têtes de bétail , plus pauvre qu'il ne Test, sans que pour cela il en paye moins aux traitants et sous-trailapts pour Jia quantité réelle qu'il possède.

■ O'esl <|ti6 si' Ton peut trouver aux registres du trésor public le chiffre de l'encaissement, il est impossible de «uivre- à travers la ûlière compliquée de la perception le chiffre net du rendement. — «Vois-tu cette meule de beurre? me disait en riant un chef àrabë; de Thaouch d'où elle part au fondouck où elle ^riVè, elle perd les deux tiers de son poids; die en laisse une parcelle à chacune des mains qui la tourne, la retourne , la manie , la pétrit , et veut y goûter. Toilà pour ton pays l'image de l'impôt que nous lui payons. »

Le chef arabe disait vrai : le contribuable indigène paye, je crois, quinze millions, TÉtat n'en encaisse que cinq.

' Cet état de choses est entretenu par TagglomératiOU des individus et des terres en tribus, par la con« tthîûràtiàu du régime seigneurial des grands auxquels ëitâôunée, ou plutôt a été laissée, comme sous la IdÔttiibàtton tnfque, l'exploitation de Timpôt. Nous 'ëù 'fii6iiimi^ tout simplement revenus en Algérie au '^{HMyrieihynt'à forfait des premiers temps de la con- 'i^ëté Trâtr<)ae dans les Gaules. Les rois affermaient 'Pëx^lbitàtibn de r impôt d'ane province à des comtéa

t70 L'AAGfiftll rHAttOAtSB.

qui la sottdHifibMdaieiit à déH'jrtiil lJi^>(«lltribiwfali ainsi payait toujours beauootipv *b<Di0É)IHlIli>ftf« quel accompagnement de vexaiiota <et (de i#rérilil implacables 1 te ^0 mérovingieÉ reddnil MqJoiiM très-peu. • . , . n-^ i- r ■■n;'j

Évidemment, la fuaioii ftanéo^artbe ttlrélMi mi-' médiatement y au grand avantage du contfUHtible et du trésor^ cette miàe en coupe sombre el déMgléede rimpôt indigène» Par rimmixtion dw indÎTidut et des propriétaires arabes dans les populâtioné etteë circonscriptions européennes, par leuf aàsimilatiM complète sous la protection et rapplieatRm de la Idi française , par teur dispersion sous une administra-i tion unique, l^assiette de Timpôt sera régularisée, sa perception facilitée, en même temps que, par Taccroissement des concessions de terres faites aux bras qui n'en possèdent pas, la matière imposable aura été augmentée.

J'ai déjà fait justice de cette erreur intéressée du système de compression qui voit dans l'Arabe un réfractaire par tempérament à toute mise et perception d'impôt. Il est bon de le répéter, le payement de Vachour, impôt de la terre, est pour le musulman un acte religieux auquel il ne cherche à se soustraire que dans des temps de guerre et d'anarchie; alors qu'it ne sait trop à quel maître le payer, et qu'il peut avoir à craindre de le payer deux fois. L'impôt des Lasma et Eussa ne lui semble pas sans doute aussi religieusement obligatoire; mais chez l'indigène, quand la

religion te tait^ i'inlérét parle. Or, l'iiidigèoe a un grand faible pour les douros. Gomme il ne peut les recueillir qu'en étalant et en vendant ses marchandises au marché^ il ne regarde point trop à payer la place où il aura le libre droit de trafiquer.

U Taut donc bien le dire, parce que c'est dans le bon sens, dans la logique de toute créature humaine : si les indigènes se sont montrés de si facile composition, alors que de leurs impôts ils ne voyaient rien leur revenir en améliorations sociales, en protection, en sécurité, en institutions, en monuments, en voies de communication, en rien de ce qui accroît la fortune des peuples et des individus; je le demande, rimpôt, rimpôt dans le sens vrai et civilisateur du mot, c est-à-dire servant à l'administration et à Taccroissement de la chose de tous, ne leur semblera t-il pas une charge bien autrement légitime, nécessaire, quand ils le verront servir, pour la part qui leur revient, à la création d'écoles, de routes, de marchés, de fontaines, d'établissements d'utilité publique? Si on veut pénétrer au fond de la nature arabe, semblable à toute nature humaine dans ses sentiments d'égalité et sa haine du privilège, l'Arabe, en voyant l'impôt peser également sur les grands, qui s'en sont toujours déchargés sur les petits , ne le payera-t-il pas avec une sorte de satisfaction intérieure comme le prix du niveau mis enfin sur les hautes têtes qui courbaient la sienne ?

Qu'aux Arabes actuellement répandus dans le Tell

des tribus sahariennes 8*agréger à la natà

vfUfti qw roii»«iMiribri

du commerce de 25 miUiona:

Sebapa f q}» 4q4'û

plos loio;, un BiOyen ds a^JiglnsAaiMr

seul coin de terre où pourra poasser un ^i

un pied de QQ|kHi>r4a4aba0v de»inAnH, 'dMiMMÇ et

on aura fadie^epHarixmsdieBehtiH TeÉdiBiuuwl VÊ^àSi

Timpôt algérien doit arriver. < r^ w^mkh

J'ai dit enfm 4}ue dans le système de rasaimilatîoQ il y avait pour, IroÎBÎèHie résultat Torganisation d'ilne farce militaire africaines - i

Ceci est le complément nécessaire du systèoie éé fusion fraaco-^rabe , et Tun des plus sArs moiy«il9 d'activer Tassimilation des races avec F égalité de droits et de charges pour principe. - -

Durant la guerre, comme depuis la padfiUttièil? lea indigènes ont fourni un certain oonti&gmt<jRbf forces militaires de la métropole , employéea A Itf^éSa^ cjuète et à la garde de TAlgérie; niais/MMr4ïiq|Mir.| toujourS'été fort minime, hors de pPOpbitiotitWWrtl cfaiffire de la race indigène, ce contiojgent^^t^vnmNf qu'A perpétuer la division des oheux pmtfkBt^^mll0 meut adoptée depuis le premier jour de PDo oil p il idlÉ

SECOXDE PilRTl£. «H

H«'« patlail hawpofi poor Teffet ammA à iiraèiMre ïm Jokatç «fc H s'a rie» firodiiit pe«r tai émn » 4e Fe i a tiif de nœ tnHqiee mîowle», et

le dégrèvemeni de noire ïmâgH

africaitte devrait atleindbe?m laipb.féMliat :

. HhAiteeir L'ofdre^pttrmi les populations algériennes^ imwimfmà ^'wne foroe armée tirée de leur sein ;

BîoMMier eoBsîdérablement Teffectif purement finmçaîa;

Ne laisser au budget de la France que la solde et Téquipement de cet effectif, et porter au budget colonial Téquipement et la solde des forces tirées des populations indigènes et européennes.

Cette organisation, comme nombre , solde et équi* pement, serait moins coûteuse que celle des troupes françaises, pour les raisons mêmes tirées de Tacelioiatenpent et de la position géographique de TAIgérie.

N'étant point, comme la France, entourée de voi* àîaa poissants toujours armés en guerre, T Algérie Qr'a point à se plier au régime ruineux de la permaomcet d'une grande armée. Ses forces militaires fcmiipii donc tenir à la fois de l'organisation de la Indhwehreo. Prusse, des cipayes dans Tlnde anglaise, R conséquent aux travaux de la colonie en de paîx^ moins le chiffre nécessaire à la garde ikiiL^^^tal^* 4e» ports, des postes avancés, au maitt*

tien de la trangoiUUé.pvblÎQiiftyieil^^ r^odre à Fappel dnt drapem m gi^ ^a^ffiiorrfii La solde entière ne aérait payée que du jour, de Km^Mt en campagne. Ce ne serait méiMy^à viiû.4)fiai'qM des milices mobilisables, oooune aux JÊIia|tjirKIniB« • Y a-t-il bien nécessité de répoiuhQJ^^e^lwiioani-

muQ des partisans de la pecqpMBenoa 4!w^ («piée française en Afrique, et qui cooapstÇjfà dira. qpe les Arabes une fixa armés ae cetoonieniie^ , coMm it France et seraient de mauvais eiécuteurs denQ&)ois contre les résistanees indigànesl Mais c^eat .là use véiîtable niaiserie.

Pour y persister, il fondrait oublier d'abord ce que les Arabes des corps armés, régoliers ou irr^uliers, ont fait, à titre d*ansiliaires, contre les tribus rebelles et contre Abd*el-Kader lui-même ; il faudrait ignorer aussi ce que les cipayes font dans Tlnde pour le compte de la domination anglaise.

Ensuite, il faudrait ne s'être jamais rendu compte de ce que Tesprit militaire met au cœur de tout homme devenu soldat Le jour où il a Tuniforme sur le dos, où il est en ligne, le soldat, presque toiiyoars, ne connaît plus ni voisins, ni amis, ni père, ni mère, ni parents. Il ne connaît que la discipline , n'éeouie que la voix de ses chefs, et, au commandement,. il foit feu sans miséricorde sur ces mômes populatîoas d'où il est sorti la veille, et où il ira vivre de nouveau le lendemain.

A rheure qu'il est, en Algérie, les spahia ont Tceil

•€it la tnaid sur les tribus , aussi vigilants , aussi rades à la besogne de Tordre pubKc que s'ils agissaient contre des étrangers venus d'on ne sait oJu

Gomme première économie à |obtenir dans le système militaire algérien , Torganisation de Tarmée se ferait par bataiRons et non plus par régiments. Ainsi •disparaîtraient les emplois et les appointements de colonels , 1ieutenants-coI(mels , majors ^ capitainee-tréfioriers, capitaines d'habillement , et tout ce personnel luxuriant d'états-majors qui, au jour de la bataille, ne sert plus à grand'chose , en Afrique du moins , où sur le terrain on a ^toujours compté par bataillons et non par régiments.

Il va sans dire qu'en Algérie le système du recrutement aura pour principe unique Tenrôlement volontaire. Gomme dans ma pensée , le système de fusion implique l'égaKté de droit à l'avancement, il y aura d'une part, dans les races européennes, un nombre toujours assez considérable d'esprits et de goûts militaires pour tenir au complet le contingent que ces races auront à fournir dans l'effectif de l'armée; d'autre part , le Tell et le Sahara sont peuplés d'assez d'indigènes aimant l'éclat des uniformes , le bruit des fhnfbres, ne demandant au ciel qu'un cheval, un sabre <M un fasil , pour croire que le jour où ils trou* Iperofrt à foire, de leur goût pour les fantasias, un métier qni leur rapportera de l'honneur, de Thiflnence, surtout de l'argent, ils accourront eo foule pouf fownir le contingent indigène. T ajoute que la

sente, nos alliés et nos ennemis apprendront^jê^S^ dotîte peâ, que lel'^i^èlN^I^ a^sf^fiM^-iAniâbo. vnînt à lVnc«iëë';'ddiV^'ëÀi«t^^ plan et dans lëB^biinyè^HlfJ^lil'crW^ »<

'^ Si'importanl^'qi^^lê séttf'SiUëè ^toji^te^iate atteibdra pins de Mif^éHStàlîdns'lW^^ serait permis d'm iigam/4a'^^él^ n'est |)às cëpeÂldàAf éëllé ^uiteb eéWffiï l« ^iMdtta rorganisation'd^bbé aitûèio^iifHt^^ gériè même. J*y ai vid saitd\cit^étoV)yen dc^bdûp^lë^, paf la société' toifjtairé, rœdvre de Tassimilatbn 'qttô j'ai cherchée d'abdf d dans Vorganisation de la isociélé civile. ' ''- ' '

Ily â dans les' relations obligées da camp, dé la caserne, dd bivouac, sous un même drapeau, un inélsinge de mœurs, de langues, d'éducation qoi, agissant et réagissant les unes sur les autres , contribuent non moins que les relations civiles^à fonlier'^ fàsions de nationalités et de races, en defaomr'ileB'* quelles je ne saurais voir jamais une Algérie "^VMR de sa propre vie et forte de ses propres forcdsrtlbus ne dfevons pas ignorer que ce sont 1^ cH>ibadëè^^i eh réutiissàtit isous les tentes de la PalestMè^ WtHW li^s races diverses de notre vieille France, toti» tes "Pro*veriçanx ,' tous ces Normands , tous ces* Bfsttm^V'tôift ces peuples de la langue dOc et de h \Mi^tè^^OU\

a^ gçan^fii]^Pf^é qi;^ s'jippelle aujourd'hui la uf^tiqn

-fi-CîfiÇAiSJîPiÇfflÇfit.pjir, U» fusion des races et par leur apsJWii^i^QRi^U^ï^ÎQii'trapÇiaise, accommodée à toutes les peqffift/ijlf l(?ftif,int^ré^|(Bl.de leur génie, que l'Air gl^ifi^XS4i^\^^v^ p^.qu'çjlç a ^lé daos les temps de l^^fii,Y)i^%^(^JJ^^!k\%^^ du inonde^ le point

d^i6}p)w f^lora jximuu le plus salubre, car il était de {irpKerAii^à^iRoiiie, que si Ion vivait en Italie, en i|$nqu9 qn ne mourait que d'accident ou de vieillesse. Eq; 9S£Â(nilant les indigènes , les Numides , les Mauritans par ses lois, sa langue, ses mœurs, ses municjpes et.Ieur inc(H*poration à se^ armées^ Rome n'avait besoin que d'une légion pour garder TÂfrique. Avec eux , elle Tavait couverte de cités ^ de foréis, de moissons, jusqu'aux extrêmes limites du désert où se retrouvent encore les traces indestructibles de sa puis7 sanee. C'est dans les ruines de ses villes et de ses iorteresses que le nomade s'abrite encore, avec ^ xnqptons et ses chameaux contre les tempêtes de sablç fff^ Je aisaoun soulève.

>ij()l^ J^istQriens de la bourgeoisie française ont fait )}çifneqr :àf la France, sous le dernier règne, de ce qtt'Aprèsi ta^ d'essais, elle en était revenue au vieux X^e ^OBiinîstratil, fondé par les Romains; ce qui 4ij(i^ifc.ique;!tFop vrai. Que n'a-t-on su pousser 1^ re$sQiidbtl«^p jcQsqu'à rendre l'Afrique aux destinées

m L'ALBtRIE'>FRANgASSS.

dont. Rome l'amtt éoté^à vowr*mï\n

licliosses?

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loâuffisance de la colonisaUon par les Arabes. — k|on r^e de çéionisation. — Là petite propriété. — (Agections et réponses'. '^ VOueit «méricain. ^ L'OmmI africain. ^ La terlB «t te «i^M.- — PrédestiualioQ démocratique de la terre en Algérie, «-^ Ba^, sources de la petite propriété. — D'un projet de colonisalion par les conseils générain. — Travafllears qa'il finit à l'Algérie. -^ Mobiles de l'expatriation française.

Dans l'état actuel, et pour longtemps probable , de rimmigration française , je ne me dissimule pas que la colonisation par les bras arabes sera loin de suffire aux nécessités du développement algérien.

Aussi, dans ma pensée, le travail indigène n'esb-il qu'une sorte de mesure conservatoire , une étape vers l'avenir.

C'est dans la création de cet avenir, point trop lointain , point trop difficile non plus, si l'on ne regarde qu'aux voies et moyras en eux-mêmes, que réside mon rêve de colonisation. Mais aussi , en regardant aux hommes et aux choses qui s'agitent autour des idées nouvelles pour les étouffer quand elles se montrent, pour les refouler quand elles marchent^

ooDune cet arenir peat être lent à se dévdopperl. eomme il me semble devoir se iiérisser d'obçtacles ! et les plus grands venaDt peut-élre des intérêts mémeft qui en pourraient être le plus servis.

Là on il y a tant de terre , que la plus grande partie du sol n'appartient à personne , la terre se donne ; là où la terre se donne , chacun peut en avoir un morceau; là où chacun peut en avoir un morceau , la petite propriété se fonde ; là où la petite propriété se fonde , il y a péril pour la grande , car la grande ne vit que par le fermage , et le fermage disparait parce que la concurrence du petit cultivateur empêche la terre d'enrichir à la fois un propriétaire et un fermier.

— Et 9 voilà le malheur! me disaient alors des Algériens j qui j subissant la loi fatale du développement de toute phase sociale, étaient dominés par les principes économiques du bourgeoisisme qui réagit, pour se Tassimiler, contre le principe territorial de 89. En Afrique, T agriculture mourra, comme elle meurt en France , du morcellement de la terre.

— Vous êtes des ingrats, leur répondais-je. C*est en arrachant les vastes possessions aux mains insuffisantes ou insoucieuses du clergé , de la noblesse et de la couronne, que le principe territorial de 89 a fait défricher, déboiser, dessécher ces landes, ces forêts, ces marais on florissent aujourd'hui tant de cultures, dont la terre, Thomme, la nation et F État ont bénéficié. Votre t^re d* Afrique, est-ce donc autre chose

rfrâi*/dôfitchcir;vàr<eibti9pe0;viipaltt^^ I^^fnAd»

la grande propriété est, après vingt ans aux.inklfliia eofQpéennes , œ ) qu^aàflogèenMMtevfiriOs liUoM cttbqoéte vots raveB^i&ite^MKi^^édtoi( lAdigèocrys-^vi^ défriche, extirpe, dessèche aujourd'hui? Qui hA^*' wraV et qui seud/pqiâi âdio?6P<dèJtra9Hft tenUeCki rappert «ur les ux^niilUoMsnd'faqitifBpqiièiVQdiqnia) tenlà distrtbttcuîi ^OQJmfnnle pel&iepiiipfiétitfMç'^ lidxnireui^^ ie paysMllt eelphtfoÉft Vti^dMkim^liUfi atec autant clffpîttoittquelqfMdk^Ténté^ <çpi)ihmhit» fait la terre de Fnaii|se'rM^U[% Pavait éfMMisto tiffle mariage. Sh bieti I ilfàut qoèvotreterred^AlH^ue! soit ainsi traitée pour qu'elle rapporte, quelle Mit épousée*,! enfin^, «pour qu'elle soit aimée.

— Mais si noue n'avons ni capitaux, ni bras, que poavôns^notts < faire ?

' >w Des ci^tatnE ? vous n'en aurez besoin que- le jour x>ilt vous voudrez cesser d'être des pêvprUtailrn i'éils. Des bras? vous en aurez ; mais vous n'euadrez^ que par les attractions de la propriété, partwiépcNN sailles du travailleur et de la terre. Ycdci^^d^ 'itei vfmt vous veQÎr. ' >î v> yoin^jb

Un oonseiller d'État , professeur d^éoodoniievpoii^! tique V écrivain de grand mérite, M. Miiftiiè<Dheva^' liery s'est demandé, dans ses LetUre$ wrfAurièrigmii] pourquoi aux Étals-Unis la réduction des skitanfe»' provoquée, comme en France, par Ia;.<K)Écain«Uce

etbEnmof^ ptt iliè€<»tciÉiri:Qiu}ei )dH)iivriei1 Aiiôb^tieh^i cfe8l''4àhdmi pàc^ilroSto ^aoraJKndaiiteidei'bras^'jans)

emploi. /tm ^n« luni/ ^ouî?. , * • .'«'h; ■ -î' r.: î;I

-(M) lfi(diilaCihiiy«lmriin6pottd : I CI C'e^e çue rOi«BT> a«#*tonn'^<)^ prêiià d0iM€rnrafuge aux bras fVtocH'

n£olàinreiit diret;:iiij0ciBST)<e8b lep^ys où il y a de iatecra pouf/tôupcenif^qui 6iv¥oiileDt^ à5 francB racre^i p)(y9bltet0rinpliisiBani dnaées; fOuest est le pays qinhei0pé6t)é :qfu'âii Amérique Thomme soit commet ciktfiiiropct^ exproprié par la machine^ que le travaik ialeAigeoce eoit domioé par le eapîtal - roaiière , que letpuysaa, affrandii deia glèbe du châleau fort^ re« tombe rasservi du coffre^^fort, et qu'enfin, par unedétestable antiphrase, le travaîl^ilibire.eQapparencei ne soit en réalité que le travail esdavei;. - ; i- -

Eh bien, avec les six millions d-bectares de- terre ^ labourable^ dont, sans faire toflà personoe^ la France a chez ^vous la disposition libre et entière^ TAlgéoie: peçit être noire Ouest contre la réduciioai continue' des salaires 9 contre l'offre surabondante des brasf inOceiApésl Là peut se rétablir la balance ctetreiila-^ denrée et le capital , entre l'offre et la deinandey enlw/ le fliui(vail(ielMla propriété* Pour Sonder V Ouest af Hcain^iih iterifaorl pas plus de capitaux qu'il n'en ImI' poiu^l'OKt^A américain, qu'il n'€B a laUa pdur ibndw

M M'aide iïooqaèville l'a dit: a L'Union n!e8iU9re^c)

28t ^ALGÉRIE FRANÇAlfSE.

n'existe qtie depnfe un demi-siècle i' il Vf'* pai^he capitaux , et cependant que de merveiUeè ' dlfe ^ créées! » Certes, oe ne sont pas non plns^des eapT^' taux qu'apportent à l'Ouest américain ces hx^gnes files d*émigrants qoi traversent nos cités : voyez cependant quelles merveilles ils enfbntentl

C*est que Tagriculture , en efiet , n'a pias absolu^ ment besoin de capitaux. It ne lui faut, poar mise de fonds, que de la terre, des bras, de Finteifigeiioe, de la résolution. II le savait bien, le puMiciste qui a écrit les lignes suivantes sur Textinction du panpé* risme : a La classe oavrière ne possède rien ; il faut » la rendre propriétaire... Elle est comme un peuple » d'ilotes au milieu d'un peuple de sybarites. II faut » attacher ses intérêts à ceux du sol. o

Si pour rendre la classe ouvrière propriétaire , si pour attacher ses intérêts à ceux du sol , il avait fallu des capitaux, ces lignes non-seulement n'auraient aucun sens pratique , mais elles provoqueraient une œuvre à rebours de celle que Fauteur se proposait alors. C'eût été maintenir la classe ouvrià'e sous la mainmise du capitaliste; c'eût été lui donner un mattre dans l'agriculture comme elle en avait un dans l'industrie ; c'eût été ne la soustraire à l'expropriation de la machine que pour la livrer à Texpropriation de l'hypothèque; c'eût été perpétuer et étendre l'état de choses contre lequel ce publiciste écrivait, et qu'il a défini ainsi : « Cesl le mcfitre qui opprime ou Irnivrier qui se révolte. » ( ÛPut^res de Napolém III, )

X>u reste, en Algérie comme en France , il faut que les adversaire» de la constitulioQ de la petite propnété eu Afrique en prennent leur parti.

Eiea de ce qui a été essayé contre cette pente naturelle des dbyoaes n'a pu tenir pied. Tout ce qui a été tenté, au contraire, dans l'étendue de terre qu'une famille de trois ou quatre personnes peut cultiver a réussi , et réussit mieux aujourd'hui ; car aujourd'hui le sol est mieu^i connu; on s'y gaspille moins en essais ruineux de culture; le climat est moins dangereux, parce qu'on sait et on pratique mieux les moyens d'en combattre et d'en neutraliser les effets. Aussi la terre algérienne me semble-t-ellc être une terre essentiellement démocratique , éminemment propre à la réalisation cherchée du bien-être pour tous par le travail de tous, ouverte à la poursuite de ce niveau moyen d'aisance qui , par la généralisation de la propriété, doit rétrécir de plus en plus le cercle où s'agitent les déshérités du prolétariat.

Ce niveau lui-même y doit tendre à s'élever incessamment depuis que la culture du tabac, qui , tous frais payés, rend au planteur de 800 à 1 ,000 francs par hectare, a modifié l'économie de l'agriculture coloniale^ Ce niveau, enfin , peut arriver jusqu'à une vôfitable richesse le jour où il sera bien démontré que la culture du coton , qui donne par hectare un bénéfice net de 4 ,500 à 1 ,800 francs, peut être accli* matée sur toute la surface de l'Algérie.

Si, dans cette terre africaine, il y a pour moi

ooDDqpaaiipQqie'isQbaa^cilfpaM ipo^ÉMfinrféipaidteioçQkn tique pour la caaafitatilîDldéiip pràtopMpiiéHbfidlâA enooferparcetqiiteA mojMniijAteafdbiAM^^ eHè€e'pràteégriUBimEtà«la9dMtnNfa«uieyeRdbb |Mè dtii(9>aUiDeiitinreil«k'dbai|iraléil8 indnltfid0£ uqaioi iSur une propriété iéA grà'tti faeQièlié8trfii»fii«DHb 4& tttm oo qmlre^peiBeimBé^i «teçctai^i^iiàlsiiMH soofoes de séd^teé^f^idè «niiatui}éiyd£^ fiMftqQdlf] tiver le9 eéréaleri) I&itfib&c ^desi^otori) iÊbèéfjbtlM^ les frakfr^^ MMièr> ldikn<^c»9nu8i|ii6nqateMofl0eM|| cultures ait a -maffcirHdd f4»iB! doBtléai , UMeiialDid Pour 4a préparatmlr de» terres yipôun kerm^èek dtan nef, pour les^ rételtcs à.'feîreyiehatoQué ftin^tMfSM^ son mois, pour Ainsi dire: c'est , durant toMeraMuée/ comme un roulement continu de Tactivité humaine^y qui laisse à chaque travail son heure, à chaque récoUe son temps.-/' -^'i-- -ri

Je ne suis donc pas étonné que de la fasoinalibu prodaite par ces éléments expérimentés d'uM agriè«Uure' variée et féconde il soit sorti un projet lÉMi^ vedu d'émigration française. C'est celui dontJea caDm seili= généraux 'de départements feraient les firaisfCl fourniraient le personnel , en important eu* Afriifiia di^- familles pauvres de cultivaleurs quitag^po ppcéwè point déierre, à qui manquent en Franc» le^iidsInM ments du travaU agricole^ et qui ^ pour upevfMsiifr oo pdur une autre, ne trouvent pas toujours ,lejplâee«4 liiient de leurs bras* j ; runnnr-oJ

'l'ai souligné ces mots eiUtivatiwrB eklfmmil^ûgn^

^/te^ofiioiiisqfHitiviiladfa^r tecqlÉtksetiferayiquttiîpfmD déehc€àf<iit<|hni|eattie^ qbiidotti6o^ftrâe;> i>\ n»r.q ,{)\}i) ^^>terpsrk<$*ttirtulè»éiiiignaUon8 à^vepirne doit pas élnq diha^HoadaoivfiidldUô; essentietliaaieiil) agrieolét^ rompu aabiMwbis etéhm nie^éos cbasipsv ^^ j'âjout6 dticiéHl®si«|Mairtâ^*6t Ih^aie (des travers qaî condlihmit^^iéupt^db v'>te l^bonreiirçi si ce perfiODi»d ecit pHs^plmit CQ^potiutations UsrtiaphFOdiies qui ontuTi ptodadstifa Jeë champs et un: pied dans les villages., gns^dontuoninerpeut (trop dire s'ils ^cot laboureuf» ottilautisafiB, mettant la main à la terre et au méliear, mifiè>tt&^fioQva<it nFÎvre ni du mélîer ni de la terrai s'Oû-'f^MDt à oriui-Jà commeà oeil&-Gi, et les en-^ v9y$a ëglriement promener trois eu quatre jours par semaine. v« Oh ! il vaut mieux qu'il n'y ait pas d'émîgfatîoii nouvelle, car c'est de cda^quei sont -^norte^ les anciennes , ne laissant derrière elles que^ tpules les ruines do corps et de rame. ; .- i <; ;.

iCe qii'ii faut à l'Algérie , en efFel, ce* sont de» :tnifi vaiUaurs sérieux , des bras résolus à accepier un doel àrnorivaveo cette terre dévorante qui vouspeend. si tt^usdie M dcmnez pas, mais aussi qui vous rend. au ee^tnjrfe^ee que vous lui avez donnée Je ^yofudmia émÈai^ep£^^n>¥r9moe on fût très«convainçu quev^pQ^tf* biei^binglemps encore , il n'y a presque «plus (h plac^ tff> iyiRiq«0(pour rémigralion du commerçai^ de Itt bouilqiBEl, dal-artiss» de l'échoppe ou de la jB^ansardeii

Le commerçant de la boutique est écrasé parilajii^Ci »iif^é6oDQHiie64BtérieuFes duquel nul Français ne sait

986 L*ALGtRIE 'PRAK(^AISE.

descendre pour wmtMir la oonMnreiieâ dtiiÉoii itakl^ ché. Aussi, en Algérie, Toitron chaqtië jàmr t&'éùii^ merce de détail passer de la boatiqne frattoaiteV^i se ferme, à la boutique juive, qui é^agnmditÎBt qui, se voyant maîtresse du terrain, se hâtosser défà anx splendeurs de la montre et de rstalage.

L'artisan de la mansarde et de i'éciioppey fomrrier à façon , pour tout dire , en oe qui touche surtout' à la partie du vêlement, a devancé en Afrique le aort misérable que, par rabaissement des srittiree, tes magasins de confection , à Texemple de PA ^c H ê fr e , font subir aux ouvriers de France. Aussi ^ les maimis d'habillement, en Algérie, se réduisent<dleB, Tune après Tautre, pour ne pas fermer, à receveur au rabais toutes les confections de France, lesquelles ellesmêmes ne vivent que des rabais subis par la maind'œuvre qui a besoin de manger. En France, dans ces conditions , si désolées qu'elles soient, la maind'œuvre trouve encore du travail; en Algérie» même à des conditions plus réduites, si c*était possible, on répond de plus en plus à ses demandes de travail : a II n'y en a pas. »

L'ouvrier de la terre et l'ouvrier des états et métiers qui tiennent à l'agriculture peuvent donc seuls désirer l'expatriation en Algérie.

Mais j'admets, et je le souhaite, que les éléments de la colonisation par conseils généraux seront rassemblés dans des conditions aussi parfaites et meilleares mêmes que celles des éléments de la colonisation par

{"$JisA^ Qoe trouveroQt-ils en Algérie pour leur développemeat? Ser<M)(-il6 poussés dans les villages iniU«- (aires, que la misère, rabandou et la mort ont yidés tant de iGois? Devront-ils attendre que de nouveaux villages sment construits à la façon administrative? Se beurteront-ils à toutes ces lenteurs, à toutes ces «attentes , à toutes ces pierres d'achoppement que j'ai signalées dans la première partie de ce travail ? Mieux vautencore qu'il n'y ait pas d'immigrations nouvelles. La colonisation par conseils généraux aurait fatalement le même sort que la colonisation par TÉtat; la différence de destinée ne peut pas tenir à la différence seule dans le choix des éléments de colonisation*

Je sais bien que l'on parle beaucoup des essais faits dans la province de ConstantinOy par la Compagnie genevcMse. Mais d abord c'est un peu bien tôt pour en pouvoir rien tirer de concluant et d'irréfragable ; puis le caractère suisse est à peu près l'antipode du caractère français | et il faut bien en toutes choses, en sociabilité surtout, tenir compte du caractère des peuples comme du tempérament chez les individus. D'ailleurs, et c'est la grande question, les colons suisses n'ont affaire qu'à la compagnie qui les exporte, et qui, sachant leurs mœurs et leurs habitudes, s'arrange en conséquence. Or je soupçonne qu'elle les seconde dans leur pente au lieu de leur faire obstacle.

En France l'expatriation n'est ni un goût, ni un .sentiment, ni un besoin en quelque sorte innés. Quand ^ se produit , ce n'est guère que sous l'action fasci-

Ht VÂESÊMM niCBQlBB.

loiîapérieo

rone el raolraO^^ph» MnÉÉÉttftej

les riches et le»

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linieDt«Mr do jNi|ff oJk^«|(à*j

emporte an mainoa déA-ffwliiiiTiMiHn|1l<rtié<wfc

dans le^paytf ôù^/ya-ldiicebsaKéiaqiiijlliefiÉo^ll o^

retrouve en imb de»>iiiéaitfuAbqÉiipi^

et fioqvent gàasië' CQDtgé'pcttdiiqfii^eTiMtit' Jiilda patrie quittée^ i)'recoii<afiitt-que8oa lmt!Mtiatam|bè) la force pour recommencer une lutte ou il a été ivaiiiob déjà lui fait dôfbut^ il se décourage et aoccoariiej.

Pourquoi Texpatrialion no se tourne pas V6rs TAlHqse. ^^X^mapà

, d)e va dans les solitudes des nouveaux continents. -7; Ce flue tout

expatrie cherclie dans Texpatriation. — La liberié ndniaine supé-

■ Heure à \à tihert^ politique. — Deux sortie d'Ë»<9.' '^ Ili>8$SUIiitf

., algéffy;a.iQtyle ^^tèma américain en niaM^ro :dft t ffl p|9fa|pj>paç4<

terres. — Différence dans leurs résultats. — Moyen de m pus

•^ lafeéertAT^èriè atix broussaîîlcs. " ^TÎièaiifisTiffoq

y^ On a T«à quelle sorte de eontriinteyeMidb qwM homfmft^ les Français surtouty obéi88eiil>eiiM4iaiii|«jl

:> SECONDE PARTIE. »f

AsftteB «TeDtiumde r^xpatriaiîoD^ etàqueUeacaoni îbfrafcii dans ioa oonviottoD , attribuer gèoénàmàétà tel ftéhMIimyn auKqiœlleB ils »uooombeDt.

.loAiwmi/ €ft AfHqiiey aux: hommes de la coionie qui

Eidîèaîeot wpoMa accent désespéré : a Mais que

pour les déterminer à qaittqr tIvtKraDVï {es Aigrie ?- Quelles perspeotims d w bè Bi» < l«}eftndat)fei*Mie fiure faûre.à leurs yeaifr m jfl> hi|loÉdaîétH9 poBT BiîâEi^de phis que F Algérie eUett fliôiàiP^ Ikiécoodilé deisaften^l qui m prête à (Mîtes laaaéidlunb ett^ui^^^an» ses zo&es diverses , peutofifnbaÉcffiriaatsUra les riohessesi de tontes les latitudes 6blni»iiiS!ideux tropiques^ Ge^qn'il faudrait leur pro^ msljhm en^supcroit , cetf est pas vous qui pourrias le doBoer. »

QMBd les hommes* de Tadministration , énu^ éranl avec orgueil les soins infinis que, par leurs mains, rÉtat mettait à Taire ou à aider toute cbôse, me disaient : — <c Et pourtant ce pays ne marche pas, n'avance pas; il vit de nous ne savons quelle vie factice qui lui échappera le jour où TÉtat retirera sa fliaûi.-Qtte lui manque-t-il donc? . t

—^ Ce qui lui manque? leur répondaîs-je : lecôn- IfMlB^^de toutes ces belles choses que vous énumérto^lieewatraire de tous ces soins que vous prenez p6*Àr*l*émmaillolter, le contraire de cette main qui le conduit par les lisières. Il lui manque la chose en dftoWf^diiiIsqQeUatant de promesses deibieufétne et 4a&^tiM|i4aii('de protectioDs , tmtt dfiaitiMivoarnë

II lui manque (œUe cboae qoe*kk.«àkiiMB)4in«^ voulu 86 Muver OBLfliiipar«do|^(6iV;dNife» eR)d^Drt môme de toute forme de gouvernement, ks.fiiii»F Unis 9ont la peraonnifieatioa ; trim^awley t^-^gi^ j6pond le mieux à ces iMtînciByà oas beMÂns^dTexpir triation volontaire qui^ait klw siège fdà&ftiqiiik)» recoin obscur du cœur de rhomief oà vil' ittwjoucs un amour secret du déserk

II lui manque enfin ce (pi*à tiavera les solhiidaBdè rOuest américain , ce que dans les tenes wMnSkb^ ment découvertes, au milieu d'océans nonveanx^voiil chercher ces multitudes qui cheminent à la file et, traversant Paris, s'amassent sur les quais de nospcHls, d'où, à chaque marée, les journaux noua annoncent leur départ.

Pourquoi donc ne se dirigent-elles pas vers notre colonie de TAfrique? Le voyage est à la fois plus sAr, moins lointain , moins hérissé aussi de chances de misère et de naufrages.

Les- terres de F Amérique ou de TOoéanie seraientelles donc moins chères , plus fécondes , moine insalubres que celles de TAfrique? Non. Uebas on vend la terre, ici on la donne; là-bas il y a des marécages, des défrichements aussi dangereux, aussi péniUes, avec leurs fatigues, leurs maladies, et certainement aussi moins de ressources de tout genre. Là-bas, c'est Texpatriation sans espoir, et partant, sans esprit de

SECONDE PÀRTIB. f%i

retovr; ici,: la patrie, la mère pairie, est à trais jours au plus des désirs ardents de la revoir. Et pourtant o» va Ià4>as, bien loin, dans les solitudes, seol, tout seul au désert*; et TÂfrique n'attire pen» sonae.

Après quelles espérances , par exemple , couraient donc les fi^s babitanls de notre pays basque, pour qu'en nu si petit nombre d'années ils aient déserté leurs chères montagnes et s'en soient allés, au nombre de près de vingt mille, sur les rives de la Plata? Puisqu'ils voulaient s'eiLpatrier, pourquoi s'en sont-^ ils allés si loin? Ils avaient là, si proche, la terre algérienne... et c'était encore la patrie.

Et ces populations de TAlsace , de la Lorraine, de rAllemagne, qiie vont-elles, — en si grand nombre qu on dirait une nouvelle fuite d'Egypte, — que vontelles chercher par-delà les immensités de tous les océans? Une protection, un concours, des subsides, l'immixtion des pouvoirs sociaux dans toutes leurs affaires? Mais rien de tout cela ne leur eât manqué en Afrique.

Serait-ce aussi des chances plus nombreuses de travail et de fortune? Mais l'Algérie encore a été Ui depuis vingt ans, avec sa terre gratuite et d'une mer* veilleuse fécondité ; et cependant , depuis vingt ans, m Allemands , ni Alsaciens , ni Lorrains, nt Basques^ n'ont pris et ne prennent encore le chemin de l'Algérie»

Aux États-Unis , à Montevideo, à Buenos-Ayres , en Australie, partout, dans les terres des nouveaux

Woay*nrdMS^.«olfe»ttiioAiejli^GkiiÉ98fftëqp«^

^» Ouil et ce qodqo^ dttBev6C^è9tfCQ]qMiM|oipAk l-Afriqne : — f Leteairaflç^OadtenN^ égiSftnentfiiifam^ ohis d&loas; les iiiMiiopûte^ ^-déi tiiilttstdi'tf'^g^QBiiQq

Mbn^t d^'*o^^»>iI^* iîuwliri^cdfiiilMiiigHtflnliM oa de I État^èiiQKme^itaiMd'ho^^ arbitre, à la piettlë J8bteM^<^Bt{iaâ8iop ds'MiiQriDesq à ses seals HsqdqB , eti 'pénifi'» «banoefîHe tajéâre-oa chance de fortuM^j-Kiino» .'^I^wû. "I)|i ImI IbiI^'J —

Ce qu'ils vont chercher et ce /qui JebDnqaïqiielefli

Afrique > ce qaeivouBuieBavtee paa etue pouTerpas

OQ ne voùlea^ pas. lemr donner .'-c'est la liberté! t> >: c

'■ ■•*^L«libertéi-^i»-> », -f»:: . . ., . ,-i

Quel mot «Tiais^-je prononcé? C'était comme nn^xinp de Babot dans une* fourmilière!

V . -^ Vous voilà bieu ^ avec votre liberté ! me criaient'ilà toud^en chœur; elle a fait de si belles dioaesi votfe liberté! vantez- vous-en!

• h^: Ohl la liberté dont je parle n'» jamais ntciiJbit enOFrance^ La France n'en a jamais joui^nèllajbiaaif coanne^-iet c'<8t pour cela que la libcH-téidontmiDua vottles parier î est restée inféconde oan'jit^orifidjœidflii frnitaiaaaèrs; Moî> je ne parie pas Jci deiàaililMril^ politique^:: .).•■■ •■••.:•». -m| •jumî-v..

— Vous la reniez donc? lit^v

i «t^ Je veux' lui faire sa part, vdUà >tim(.<Ponr:kbt)i,

i^ECONDQS PAKTIEIA r t9î

ao^fdoftsurtoilitierlé'httittaioe.* Gdte^âl^ pdnr^ater^ ii%iilrBitrpis»ilûps(>t«idte>ceUe<'làw Etie eri €^ daàtev^iqiMl^^<n<&'iM>iDt avoir toote9 les libertés ce ■? établi pas w'pn a VdvrauoQDe, je dirais qu'elle peut fonctftMitiepimtoie sous le despotisme, et que le des-^ potismëv >^' et )lsaVMlf Taire, Veo irouverait bien. Bu laîsdanUragipft'fhômlne, Saurait moins à compter avec l0iititoye»;'erv^ dans leâ colonies naissantes, ce n^est pasie citoyen qcû fonctionne, c'est T homme. <

ix^^iG^est oela, votre cri à vous, plus d'État.

— L'État tel que vous le comprenez, oui! tel que je le comprends, non !

YoQ3 entendez par l'État une camisole de foroei, mise non-seulement à toute T agrégation d'homme8> qui s'appelle un peuple, mais à chacun tdes hommes qw ^1 font partie. Il vous faut non-seulement la masse, mais rindividu, l'individu tout entier^ dans sa penv sée, dans ses actions, alors même que sa pensée et ses actions n'ont rien à démêler avec rensemble^dei collectivité que FËtat représente. ' i ' i

< L'Ëlat, pour moi, c'est la force collective ^ indivise idont H ^est le dépositaire, dont il forme le^eeritre^ eUantouit de laquelle gravitent en toute liberté' tes» foriiresândivrid Belles dans leur infinie variété, aeconn pNaNiiiti ainsi autour de TÉtat leur loi d'iactivlté (^ comme les étoiles leur loi de rotation autour du; soleil.

j(UË1at;ic'eslle' droit d'empêcher l'activité qui nuit

à la force ooilecliife «t UMlivise^m àuiréléBieiitoi^ai la composent ; la liberté, c'est le droit id»ifinrA teat eeqaerÉiat ainsi entenda ir'a JMui le dmit "d'empè* cher, et surtont de fiûre œ qnt-i aa'-lîeii'>dé» muMà la collectivité, peut la servir en servant iindiviflaJu* môme. 21,, :•

L'État, poor moi» c'€st ce q«'it est en Angt^eite, et mieaK encore aux États-^Unis , c^est4hdîre ? Som rœil de la force collective» l'individu allaftt bà son génie le porte , s'assodant à qui il vent» son matlre absolu» n'ayant au-dessos de lui qoe Dieu» devant Ini que la société on il est l'égal de tons» derrière lui que la loi qui règle également pour tous le point où rbomme finit» où le citoyen commence, et ce point est celui où Tindividualité empiéterait sur la part d'action qui revient aux autres individualités.

C'est avec 1 Etat ainsi entendu que la liberté individuelle a fait et fait journellement, en Angleterre, de si magnifiques choses qui attestent le progrès et la puissance du génie humain. C'est avec l'Etat ainsi entendu qu'en moins de trois quarts de siècle les solitudes de l'Amérique ont vu , — sans capitaux » eutendez- vous, sans capitaux! — par la seule force de l'action libre de l'individualité humaine, surgir ce peuple puissant, qui, né d'hier dans le nouveau monde» pèsera demain sur l'ancien» et qni s'appelle les Élats-Unis.

Hélas! en Algérie, les hommes de la colonie ne me comprenaient pas plus que les hommes de l'adminis*

SBCONDB PARTIE. i9ft

tratioiii Les uns n'osaient pas, les autres ne voulaient f0iS^ tons avaient on intérêt à ne pas comprendre : les premiers ^ parce qu'il leur aurait fallu se donner une audace d^iniliative qu'ils n'avaient jamais eue; les seconds ) parce que, dans un État ainsi entendu, il n'y aurait pas de place pour eux.

Ils ne me comprenaient pas davantage, et par les mêmes motifs, quand je leur disais :

— Votre sytème de concessions de terres à titre gratuit est un système vicieux; au lieu de donner rimpulsion, il arrête le mouvement; il provoque la convoitise de la spéculation, et n'ajoute rien à la bonne volonté du travail. Il vous a semblé constituer Tégalité dans le droit, et il a tout simplement établi l'inégalité dans le fait; ici, il donne la liberté de ne pas faire; là, il entrave la liberté de faire. Hommes de l'État, votre système néglige Tintérét de l'État; hommes de la colonie, votre système nuit à la colonisation.

La terre algérienne , vous le savez bien , est une ierre essentiellement démocratique, qui se refuse à toute féodalisation sous peine de retour aux brous* ailles : témoin le régime arabe; et vous avez aristocratisé une partie de la terre algérienne en donnant à de grands personnages des concessions d'hectares par centaines et par milliers. Â ceux-là toute faveur; ils ont pris la terre où ils la voulaient, en la quantité et qualité qu'ils voulaient. Vous en avez été punis, leurs hectares sont en friche.

^oûs'àvez'gervité'jiidlviflis ,ft: irais .vdoniôifviniiéràjjà colonisation, et TËtat ne retire aucail^^piq6iq wj aoii tnitQeaad rvouB.èteBt^TCP«e«|is4 lafiié^BOpnèiHftioH de ia terre algérieiiDeyVbiislalircBnflMtrésitÉlepliiBAÉL Yofw^ne donniez la lënreiqélo^imaiueoalMfcvil^aanl fdua vouliez, d6|ta]odntbiiailsdv Bhtani>èfel|iiidlîldi^Bë voeu vouliez. Boii'^ij'mpl'i^^fOiiyiftisisalcbtiSflt^ néuy il fallait 'Bd paibec paf^viaaiplahsqq^rgnsif n»jeta^ qaUlB fassent oonbn'isqnlTaiEsaiainL-BHiliQienM^ iax feciUtés, aux; dÊSffOsUk^m^mwl lésioifrâB^l^a -preneur» ^ - •*'• v '.•;'• i* U)^r\n, .•Mifr.bnofpdni'l Ici vous avez refoaé la: liberhét'deilaife^n.efifîtvi^jours sans profit pourri -État, -vous aveêli/U« la ool^ nisation et à l'individu* -

' -*- La preuvei^ répondaient-'iis , que notre syetème -est bon^ c^esique,. depuis Cinq ans, noua avons fondé trois villages dans la seale province d'Alger, TArba, RovigOy le Fort*de-rEau. C'est que, pour chaque village que Doxts mettons en projet , pour cinquante ou aoixante lots ^ dix hectares que nous avoua à^doa^ -nery noaa avons deux et trois cents demandes; -(jv>/ ^,n — fiii txen y Potemkins de TAfrique^ là 'e8l>préG»aémeni Ja condamnation de votre syslèmo. -ii < raa : Siy en-'gânant la liberté de faire ^ vous<79ej|aidtiz dans une province que trois villages de -einqMiDle xi soixante feux par cinq années, ce quiëupposélprir village une population de deux cents fiecsûMMé ^41 vou» faudra donc un siècle pour yéiever aoiupMitè-

jpïîûke^vi^lagBSf^ ^-élàftlirivkigt^btiiiîaDsttexQâJy^a* 4ëiflraiMrofié«i»ibv.^¥oa8, a|^ekHi(^là/«Be\eok)Bigarf-

ib BûcAfldériqœv'^Bi feftfnsseesiefi&anglaîdss^ avant BÉâmëI(pi'ntte9de«îtt89en<f>le8>'Ëtat84]Db^* du jouit oà larm^r^opètoeuliofMDfioisifqQ-fiUe devait leB lai»erè 4aflibéftéi0etlam^iJe çbittreidBTia'popttlalioav, qnin'an ifaMfiété)toBgtof){isri|uadeiqiielqiies<iii}illier8, s'éleva> ^eiiiifie(Nisid^p<detqi<^ècIe'j à de8> centaines dis milles 4inat9 i]MHir>4L^enp'cAtr que* deux eKecaples^ la Pent- 6|^lvaoieiet^fai Yûrginie, au mcMnent de la guerre «le

rindépendance, avaient à elles seol&s acquis, sous ^1^ tiwraik ineessantr de rémaiictpalion administrative.

390v(H)6 habitants, l'atitre 6S0,0QQ.

Vous n'avez que trois centsr daÉiandes >par disbrin de soixante lots de dix hectares y el{VOi» vous Bn?râBtez! i/ht foi, vous.* êtes faciles àrsatisfiaire^'AfaÎB eufii,' quand la distribution est ternlinée^ que-de^ viennent les deux cent quarante étimtBés? Leur dHtribiics^vous ailleurs d'autres terres? Puisque voue ^aves pu les enfermer dans les villages^ letiroavnes^ vous la^olitade? Non; il faut qu'ils attendenÉtla ciéa- 4nniqdf^un f^l^veau village, on an, deux! abfc, -cinq ans. S*ils attendent, ils se ruinent;: s'il6<^8e iibti^veét, ^ilfefloèumni'ou s'en retournent. Et ceifuiprouyecque »VoàT60i|XKe86idns gratuites sont trop obères i an prix ^de teilîbeFléi (de i faire, c'est que ceux qqi onlfuiiiOQpîIel ! su fisaDtraweait mieux acheter la «terre^ it ;pa'j||«làiit -d'wquéreurséntour des enchères de VotréPalais'de

jqsticei qoe de 8oUicîtear8< aatodr de' Tés, Mais les acquéreurs n'agîsseni èn.rieD sueile^âiiAè des propriétés ni sur le chiffre de8.jfMipQltatioiift;;iîb les maintiennent^ ils ne les aogmenleat : fbas : Icéui prend la place de Pierre, voilà tout.

Aux États-Unis, avec la liberté de fiûrei^ oe n'est point par trois cents demandes de oonœssioDS qoeprocède rémigration européenne, c'est par millierB. Ce n' est point à intervalles de deux ou dnq aimées, c'crt tous les mois, tous les jours, et nulle demanda ne demeure sans octroi. Aussi , depuis Boixnle BUf sous Tempire absolu de la liberté humaine, le chiffre de la population s'y est-il accru , octoplé par millioas; *k cette heure, le nord de T Amérique ne suffit plus aux alluvions continues d'émigrants; les alluvions gagnent et s'avancent dans Touest.

Dans les États de TUnion américaine, cependant, la terre ne se donne pas , elle se vend ; mais Témigrant a le droit entier et libre de la prendre partout où il y en a, autant qu'il en veut. S'il jette les yeux sur la terre qui est à droite, on ne lui dit pas : a Nom voulons la colonisation par la terre qui est à gauche. » S'il se sent la force de cultiver cinquante hectares , on ne lui dit pas : « Non ! nous ne voulons vous en vendre que dix. x> Quand il a payé, quand il est maitre, s'il veut élever une construction en boue ou en bois, on ne lui dit pas : a Vous ne relèverez qu'en pierres ou en briques. » Surtout nul employé d^au* eune hiérarchie administrative ne vient l'inspecter, le

ceotrôiery le harceler, lui fixer un temps à Texpira-^ tioa duquel il sera dépossédé, s'il n'a pas fait telle diose et de telle manière. En achetant la terre, il a achelé la liberté, celle de sa personne, de sa maison, de sa culture; il en dispose suivant sa volonté, son miérét ou son caprice; ni TÉtat, ni personne n'a le droit de lui en demander compte.

Et Fémigrant n'a besoin d'aucune des excitations dont le luxe en Afrique est poussé à Texcès. Comme toute créature intelligente, il obéit à la grande loi de rintérét bien entendu.

Ayant payé sa terre, il ne veut pas perdre le capital qu'elle lui coûte; il la cultive pour qu'elle lui ^ rapporte.

Ne voulant être ni trempé par la pluie, ni glacé par le froid, ni brûlé par le soleil, ni empoisonné par les miasmes paludéens, il élève des constructions pour s'abriter, lui, sa famille, ses instruments de travail; il dessèche et cultive les marécages.

Dans les solitudes américaines, l'État ne s'inquiète pas non plus de savoir où se trouveront l'établissement d'un village, l'assiette d'une cité, ni même s'il s'élèvera des cités, des villages. Il sait bien que le jour où les émigrants établis dans un district seront en aissez grand nombre pour éprouver le besoin d'un centre commun qui relie leurs intérêts et leurs affaire», ce centre commun s'élèvera, cité ou village; qu'il y viendra des gens de tout métier, de tout com-* merce; que si tous ces pionniers veulent une église.

2m L*ÀL8£flIBnFBAMÇajfiE.

routes pour alïer4iliioeBln|dûjlfiiiÉ liqp fOBttidFqfo

cÎRpoiiléreaQe^tisMaeûiDtJaienii^

FÉtat y meUe ta muwn Giôif^ àm^ëmai$^*ÊMOiâii

8e,8(mt bâties lAiftgraiidMretildaliptpifleD^

DBOtQs 4e teaipsi SGNiivantftfttcif tonnff^J^

vous autres , à fonder des villages de qtelqoiidfiftasir

p9!urceAtou.deuKr.>cei4â;â0iesi i:l oup auov-seiiuoV

.<Voul09*voiis ^iie^iralpsQiatiiHiialgArièMffBte an lien d&6e(loi4oMivqQr^a»ivodtefibivirijFvnqpnUM lieu de la vif ^lMaiii$é^qo%i^emtAwà)t$àlM1^SrBiim>f^ la seulement oomoie' l'AiiglBlfrre^fiini {Mi^anlit>iré- ' maocipatioQ ^ s'était eufiairéngaée àtraltbrte odloqî«! "^sation américaine qui se oMurait. De plus , vendes lai terre I et avec .(a terre la liberté^ et vous troovweir plus d'acquéreurs avec la liberté humaine, que viras n'avez ide soi|ioi(eors aveole monopole administraUr.

Mttks, ajoulai^je, c'est, je le vois bien, dépasser ufi^ipeui sinon la portée de votre esprit, au moins is cercle ordinaire de vos idées et de vos habitudes- Soit. Rentrons-y par une autre porte, par 1» porte qui vous va. 'i> -ri.i» w

Youlez-vous que les concessions profil^Qi^àiIa fdis aux individus, à la colonie et à rÉtat?<;uii nn k '><(ni

Voa(Lezr.a(ous que nulle part la tenre iqonûédée toe reste en friche? : «> »!ini, ')j> jn»;

Voulej&-vous que la terre laissée a^x^brousdailles par sQg possesseurs profite au moins à l-£t«t,isi)qllftAe sert pas lacûlonisalion? .>*: >i , ..-n.V.

ffiffauleZ'^um'flpj^tovA iintditi'en vie- -de prendre ôd* deigbnle#;j)tziBfde( terrés qu'il n'eii peul onliiTer? ^ ^

if'VpuléD-iraii8)raq«]delJa mise en Guitare de toute la sufMflfifiÎ6ralgérKMie»fiDtéDrêt:)bieii entendu de tous'

Voulez-vous que la tef)re<>algérieane< devienne* le) pQintt)d^anMn(de9dc8lihée9pfX)inî§esà la démocratie iwdenipavicteBttle flot monte partout vp<^^^ nu avenir etxnneiéi^iUdalioB'sanis précédentsi dans te monde? '

oMotiiftZftvov^ enfin qne IMmpôly eette forée' avec ' laquëHe m État se doiuie toutes les au très , an lieu diétrei -un pressoir de la fortune privée, devienne eii^^ Algérie le levier de la > fortune' piri)lique, de la^' civdlisation? - ■•■,'• f.: :Vi, r-\i;'>, >:*i. ,-. . ^.,.-,

lleitea nn impôt sur la terre, vn^^im^ ^riei»!'i Que cet impôt pèse moins sur le travaâ^que s«ir^<1e chômage > et qu'ainsi il trouire son liégrèvement'dans^ ie^.firodnitâ mêmes du travail. '•» * ■

La prospérité de T Algérie est au fond d'un déci^êl^ en trois articles conçu en ces termes : i'' ' ^'f

-itJ IbutBi propriété territoriale en Afrique ^^isoùmise à un impôt de... par hectare. îî v.i ;: M^t

oâ.93blaer)propriété qui ne paye pas Pimpô^a!pplBlttient de droit à rÉUt. >ï i^r ;»»->•

'^âli(£ent6(^Popriété appartenant à 1-Êtat «eraebàcéééeilpooir 4ii:|^rïK de Timpôt ^u^stle'4di paj^i^.> ^<^q Mais 9 je le répète /chez les colottiBroCMstime^chM ka^""

30« L'AljGtmiH FBXNQÂISE.

rets de position, et de fortajes ftmt fw/jer pnaaRlMM compris. Ea Fcaace^ ék ces ialégéMiH>eiwtoil jêb^ da moins à un dqgré égel^ te^9efitt"jtt>d)iTnalegeBfw i

Je le voadraifti je ne re9pèr»fas!;'U)èibikwÉ pleb simple de dire: c Qae noue ye«t oe jow|ialiBle^4'«eK trefois? Que nous veut cet exilé d'hier?^ > ;

Je n'en dois pas moins entrer dans la partie de mon rôve, la pins difficile à traMir^ sinon la plus impossible à accomplir». . w!..

-*i T'.ji

Blirages et philosophie de l'exil. — Expatiiatioii et Algérie. -— Cercle de révolutions et de réactions. — Inintelligence des moyens d*apaisement. — Expatriés des seizième et dix-septième siècles. — Liberté religieuse. — Peuple américain. — L'Afrique ouverte aux expatrié» du dix-neuvième siècle. — Qu'importerait à l'Europe?

L'Afrique est la terre des mirages : j'y ai ea les miens.

C était durant ces longues heures iDOccnpées où, loin de la patrie qu^on ne s'attend pas à revoir do longtemps, Tâme, si haut qu'on porte le front» sd perd en projets et en rêves lointains : — tristes rè¥^ qui passent comme des nuages sombres que firangeoi à peine quelques rayons dorés du soleil.

- Que de fois^^n parcourant les cimes ravinées de ¥AÛ9»f et voyant à mes pieds s'étendre , presque dé^ série et sans cnitures , cette plaine immense qui , da Fondoodc an pied da Djarjura, s^allonge jusqu*à Bli* dah , la viettte cité maure des délices j pour contourner ensoite plos loin jusqu'aux montagnes des riches mines de la Moozaîa , je me suis demandé si jamais ces terres coupées de marécages ne seraient assainies et fécondées par les intelligents travaux de Thomme, comme le sont les plaines inondées de la Lombardie ! si jamais TÂlgérie n'aurait dans la Mitidja la riante Limagne de notre Auvergne !

Après avoir redescendu les hauteurs de la Bouzzaréah, qui, d'un côté, avec son fort l'Empereur et ses carrières de granit, domine la ville d'Alger, et de l'autre les villas et les guinguettes de Saint-Eugène ; le cœur tout ému de mes longues causeries avec Tami, le compagnon d'infortune, le brave et loyal colonel, commandant de la Garde Mobile de 1 848, que j'étais allé voir dans sa petite maison mauresque de la Vallée des Consuls^ dont les étages verdoyants surplombent la mer; que de fois à mon retour sur la grève sablonneuse de Hussein-Dey , le front dans mes mains, appuyé à la galerie de bois de ma chambre, l'œil sur le ciel étoile ou sur l'horizon de la mer dont les murmures et les phosphorescences berçaient mes pensées, je me suis demandé si les flots de cette Méditerranée, où se sont jouées et où allaient se jouer encore les destinées du monde , ne pousseraient ja-

jpiim,yom. leftoàtqs^idQ: lAlfi|<WM,i]dl' que les ^avirea de ^orre e^.lOB passagers ! si les millioos eug\fMlit49im.WtlÊimtfnlm jetée .qui oppose sa ipa^se granitifW> ^^% — liaa bon disantes des yagoes, ne aerviwwaj UntjfWtffi^ abriter une ou deux ceotaÎM^ide l|fut|Mp. 4e; pécheurs, et quelques rares voiles jai«|)çliapd9li, prennes des ports méditerranéens de la Fiyn^?

Ramené, par la similitude de fortune,» def.dertînées languissantes de TÂIgéri^ au sort désolé que Jep évjénements m'avaient fait, à moi et k ttn^ 'ii^wU$ ou d'expatriés volontaires, je me sentais, comme, iml* gré moi entraîné à confondre dans une môme pensée d'origine, dans un même projet de salut etde civilisation , ces deux mots : Expairiaiion et Algérie.

Une fois sur celle pente, je m'y sentais glisser comme dans les molles atlraclions d'un charme indéfinissable. Mon esprit s'affranchissait de ces préjugés et de ces intérêts d'opinion ou de parti qu'en d'au- 1res heures on sert avec amour jusqu'à en soutTrir dans ce qu'il y a de plus précieux au monde. Algérien d'un jour, je faisais de la politique algérienne : exilé, je me prenais aux séductions de la philosophie de l'exil.

Voici donc ce que, sous l'obsession de ces deux termes : Expat nation et Algérie , je me disais pour faire de la seconde l'asile attractif de la première, et de celle-là la source féconde du peuplement et de iléveloppement continu de celle-ci.

•^ '£a irlmdej bn Rome, en Italie, en Espagne, en AalricHe, parUmt en Europe, il y a des individnalités, dèi ohmea qui waifrmt pins qne d'antres dans lenr vie, dana leurs penaéea, daia teors affaires, dans lenr di^ité^ des ^yglèmes prépondérants de la politiqne, de*la todéMv^diB li'prapriété elle-même.

' (7estiè'e8iqiit s'agite, ce qui menace, ce qni ébranle , ce qni révblutionne.

' C'est là aussi ce qne compriment les pouvoirs éla- Mls. G^est là en6n ee qni forme ce cercle vivant de révointiona et de réactions, de progrès violents él de* ^fôlents moovemeôts de temps d*arrét on de féetû-i dtitit sont tour à tour victiinels on agents les pèlrtis (Jul, proscrits la veîlle, deviennent les prescripteurs dn lendemain, et font toujours payer an pn^fès humain et social les' besoins de lèfar demination nonvelle ou les vengeances dé leurs vieilles tWfaites.

-'^Comment, en Europe, ne s^est-on pas encore int^iiiété d^én finir avec ces intermittences anticivilisa^ Iribès? N'y a-t-il pas d'autres moyens d*apaiseméÂt . qtxè' cienx de la compression sur place par les éxécd-^ ^ttiAi^àpêté^ sur les personnes, sur les fortunes, sur les besoins, sur les idées? Est-ce qu'en fermant ta VBÛtW ti'^ûn volcan on croit pouvoir l'éteindre? Ne "^fit^iâiié-kl pas de bouillonner sur lui-même? L'heure %0 liBHiië^t^në pas, tôt ou tard, où ses feux et sa ^^, iPëktt^lnéme de toute la puissance que leur a donnée la compression , font santer la croûte dont on

3D6 L>LG&RIE FRANÇAISE.

a muré son cratère, et couvrent aa loin le,pa;« de ses cendres?

Quant aux expatriations forcées auxquelles les gouvernements ont recours , ont-elles donc guère fait autre chose que déplacer et étendre le terrain du mécontentement et des luttes? Chassés de leur pays, — on Ta bien vu depuis plus de soixante ans, -r les mécontents s'en vont porter à Tétranger Tesprit et le foyer de leurs principes et de leurs agitations permanentes. Eh ! en pourrait-il être autrement? Dépouillés, sans fortune^ réduits souvent, par impuissance de se créer uue nouvelle position sociale, à subir Taumône de subsides venant de leurs partis ou de l'étranger, ils ont presque toujours , comme la grande émigration française de 92, servi d'appoint aux passions , aux intérêts, aux mécontentements de gouvernements ou de partis, qui fermentent sur la terre où ils ont trouvé asile. Alors a lieu, entre gouvernements, cet échange déplorable de notes de police et de diplomatie, qui fait de chacun d'eux, par droit de récipro- . cité, Tespion et le gendarme des réfugiés, que tous ont à craindre et à surveiller.

Ainsi, au lieu de resserrer Tincendie en lui faisant sa part, on le laisse se répandre et se développer partout où, pour s'y soustraire, les gouvernements euxmêmes en poussent un brandon.

Que nous autres, les révolutionnaires pour le compte de Yldée^ nous nous réjouissions de ce mode d'apaisement qui la généralise par les moyens mêmes

employés poar Farrêterv je le comprends; mais que la vieille Europe n'en ait eu jusqu'ici ni rintelligence ni Tépouvanle, pour aviser à mieux..., en vérité, ne serait-ce point la preuve qu'elle est condamnée au travail des ouvriers des Gobelins? Elle fait derrière la trame l'œuvre de Dieu sans la voir.

L'histoire de la civilisation européenne a offert pourtant, en des circonstances analogues, des exemples et des enseignements dont il eût été bon que le souvenir ne se fût point perdu. Si, pour les accommoder à notre temps, on savait et on voulait les consulter, l'Algérie française en pourrait recueillir les bénéfices, et l'Europe, quoique par des résultats différents, en tirerait également profit.

Aux seizième et dix-septième siècles, le vieux continent européen fut bouleversé par les questions religieuses, comme il Ta été depuis par les questions politiques; celles-ci se sont aggravées de nos jours des idées sociales qui sont toujours au fond des principes révolutionnaires de la démocratie, de même que dans les questions religieuses d'alors leur germe avait été déposé par lès principes mêmes de la Réforme. La querelle politique, en effet, n'a été, après la querelle religieuse , qu'une forme nouvelle revêtue par Vidée qui se cherche et se cherchera éternellement des voies de progrès et d'universalisation .

Les novateurs religieux du seizième et du dix-septième siècle étaient emportés par le même esprit de foi, d'agitation y d'audace et de prosélytisme qui a

308 L'ÀLGÉRIB F&ANQAISE.

caractérisé les noYatears politiques d'a^Ofudibi»* l^ conservateurs d'aujourd'hui ont montré le mèayà Mr prit de résistance et d'aveuglement que leSiOrtbodoxes d'alors. ■■- '■' ■.-,•.«. |.- " i

Ces luttes terribles^ pour la conquête, dansL'kunianité, de la liberté de conscience^ auraient agité et ensanglanté la vieille Europe ^ bien par delà les deqiL siècles où se produisirent leur ^fantement et leuiss phases diverses ; mais , par un de ces mystèures. de la prédestination divine qui, après leur acoomplissement , sont sur la route de l'avenir comme une notH velle colonne de feu au désert, les fatigués de la lutte, les impatients du triomphe, les blessés de la défaite trouvèrent, dans la récente découverte du Nouveau- Monde, une issue par laquelle ils purent s'échapper en emportant leurs dieux, sinon toujours leur fortune.

Catholiques et protestants, luthériens et calvinistes, presbytériens et puritains, moraves et quakers, toutes ces religions, toutes ces sectes, toutes ces dissidences dans la manière de dire la messe, d'interpréter la Bible, d'administrer le baptême, de donner la communion, de constituer une église, de gouverner une société , se sentirent prises presque en même temps d'un besoin infini d'expatriation; comme si, en quittant la terre où elles avaient combattu et sou£krt, elles y devaient laisser leurs préjugés, leurs haioes, leur soif de dispute, leurs ardeurs de prosélytisme, et ne garder sur une terre nouvelle que leur foi épu-

• SECONDE PAKTIE. 300

tëé pàf Pesprit de fraternité en Christ/ sans distinctkm éè cuite et de nationalité !

' 'G^est ainsi) par des émigrations dont TÂUemagne, TEspagoe, la Suisse, la France, l'Irlande, PÉcosse et i - Angiétef ré , fournirent leurs alluvions simultanées ^ou Àuéccssives, que se sont peuplées ces vastes contrées de l'Amérique du Nord , qui reçurent quelquef(M le nom de leurs nouveaux possesseurs, ou, par i souvenir de la patrie perdue, le nom aimé d'un coin de la terre natale : la Louisiane, la Pensylvanie, la €aroline, la Nouvelle- York, — agrégations de mœurs, -de religions, de nations diverses, comme celles qui se greffèrent sur les ruines du monde romain, et qui ont fini comme elles , mais en bien moins de temps , par confondre toutes leurs origines pour la formation d'un seul et même grand peuple : Le peuple américain. Je ne sais, — et peut-être cédais-je aveuglément aux lois si souvent trompeuses de l'analogie en sociabilité et en histoire; — mais quand je faisais passer ainsi devant moi cette création graduelle d'un monde nouveau par tous les expatriés religieux de l'Europe, je me demandais si la conquête de F Algérie , avec ses deux cents lieues de côtes pouvant s'allonger par ■•Tttnis et le Maroc, avec sa superficie de cent lieues 'èii largeur confinant au désert, n'avait pas été, en 4830, au seuil même de nos grandes agitations so- - thaïes, un fait providentiel pour servir à l'apaisement eùntinu des troubles politiques de l'Europe du dix- ^ttbuvième siècle ?

340 L'AbGËRIB FBANÇAISE.

. Si rAfrique, elle aussi, dans les dteamis deDiea sar la marche des sociétés humaines, n'était pas ré» servée à la conservation de la libolé politique dans le vieux monde, comme rAmériqne le fut dans le nouveau , à la conservation de là liherlé relîgieuse et par celle-ci de toutes les autres, car la liberté est une?

Si, après tant de combats et de désastres, les temps n'étaient pas arrivés où, au moyeu des fatigués, des blessés, des impatients de la politique, il ne pourrait pas se fonder une société dans laquelle les questions et les agitations politiques ne tiendrairat pas plus de place aujourd'hui que les questions et les agitations religieuses; où il n'y aurait ni plus de danger ni plus de ridicule à proclamer une opinion qu'il n'y en a dans la confession d'une foi; où foi religieuse et opinion politique seraient dominées, distancées par des questions d'économie sociale, et par le besoin intelligent de leur solution, dans la seule vue, aux seules fins de donner à tous et à chacun la liberté nécessaire au développement de la plus grande somme de bien-élre matériel et moral auquel les individus et les sociétés peuvent atteindre?

Qu'importerait à la vieille Europe, me disais-je, qu'il se formât un peuple africain^ de même qu'il s'est formé un peuple américain? qu'il y eût sur les cotes orientales de la Méditerranée, comme il y a sur les côtes occidentales de l'Atlantique, une société qui pût donner à tous les expatriés volontaires les biens, le travail, les terres qu'elle n'a pas; les droits, les

libertés que, pour ne pas mourir, elle croit devoir refuser?

Qu'importerait à ses rois? Ils n^auraient plus , chaque matin au réveil , à trembler pour leur domination; ils ne régneraient plus que sur des sujets volontaires , engagés les uns 1^ autres dans la voie du stationnement continu par la routine des traditions, par la peur des bouleversements que les innovations enfantent, par le milieu même dans lequel ils sont nés, et par tous les intérêts de castes, de position, de fortune qui leur imposent la solidarité.

Qu'importerait à tous les gouvernements? Les uns n'auraient plus de subsides à payer aux réfugiés ; le^ autres , plus de frais de police ou de surveillance par la voie diplomatique. Les expatriés, enfin, cesseraient d'être un objet d'inquiétude quelconque, s'ils trouvaient, large ouvert en Afrique, un refuge avec toute sécurité pour leurs personnes , tonte tolérance pour leurs opinions, de la terre pour ceux qui en veulent, du travail pour ceux qui en cherchent, pour tous l'assiette de la fortune par l'emploi libre de leur activité, de leurs talents, de leur richesse acquise; grandes tentations qui arracheraient les expatriés politiques, comme autrefois les expatriés religieux, à la vie de désœuvrement et de rancunes que facilite et aigrit l'impossibilité où ils sont le plus souvent à l'étranger de se créer une existence nouvelle !

D'ailleurs, si cpielques gouvernements, par impossible , étaient assez inintelligents de leur intérêt bien

ait VALGtUE PRANÇAYSE.

entendu pour s^^rayeri au pcdnt dé réntraverf'da mouvement d* émigration que pourrait •«mener M fondation d'un peuple constitué en Afrique ,> comme en Amérique, dans la liberté, ils auraient à ee souvenir de ce qu'il en coûta au raiCliariefti^ d^Anglei terre pour avoir retenu dans le port le navire qui emportait Gromwell et ses amis. Terrible legon: pour quiconque entrave la libre disposition de 8Ôi*iiième^ que tout homme a reCue de Dieu!

Réalisation possible dos idées do liberté en Algérie. — Pourquoi la France y ferail-ollc obstacle? — Sépration de la puissance indivise et de la puissance individuelle. — Liberté de la [)n»ss*>. — Liberté communale et provinciale. — Assiette du budget algérien sur l'économie. — Les cultes. — L cnscngnement. — Les milia>!5. — La justice. — Simplification administrative. — Conséquences de la rénovation algérienne.

A vrai dire, ce n'est point des gouvernements absolutistes de l'Europe que me semblaient devoir venir les plus grands obstacles à Taccomplissement de mon rôve. Le jour où la France dirait : a C'est mon droit et ma volonté que TAfrique devienne la terre des réalisations de toutes les libertés de Thomme et de la société, » ce jour-là, nul dans le monde n'au* rait à y dire. La France est assez puissante pour faire respecter sa volonté et son droit.

. SECONDE PIKTIE. 3tÔ

I, ! Jkfais ce» droit V la: France TOTidraiUeHe re*îeit5ëi^? Gat(e»Yi]ikM[itév>fi'y ife-t-il rien en elieqoi rempâcherâf^t itei 4& la donner ?

Je me; posais résolument ces questions snprâmes poureûifaireUti piètre de touche démon idée. Enm'^ brisant OU' en teoif trouvant une solution^ je devais aaiV€|iriâije nô prenais point pour un retentiss^nent poasibb.de F avenir le bruit qu'une utopie faisait dans mon cerveau .

Voyons.

La France perdrait-elle rien de sa puissance et de sa grandeur, parce que de l'autre côté de la Méditerranée, à deux ou trois jours de navigation par ses navires à vapeur, elle, aurait une terre constituée comme Tile de Jersey, que TAngleterre a dans les eaux de la Manche , en face et à une marée de dos côtes de Bretagae?

La France serait-elle compromise dans le repos qu'elle a préféré aux agitations de la liberté? Serait* elle poussée de nouveau sur la pente des révolutions, parce qu'elle aurait sous sa domination un pays oîi l'homme, le citoyen, la propriété, le travail, la société tout entière^ seraient mis à l'abri de toutes les exploitations de l'homme par Thomme, du travail par le osqpital, des forces sociales par VËtat : exploitations qui ont enfonté les révolutions appelées 89 contre Taiistocratie et le clergé, 1 830 et 1 848 contre le monopole bourgeois et la centralisation administrative?

Quels risques l'État , en France , aurait-il à couiîr;

au L'ALGËRIB PHHKQAISE. '

parce qu'il laÛMrait ftiroen Algérie tféipérteea«* tation de la séparation; de^lft paÎBBàiicevmllootive d*ayec la puissaace individuelle? Seraît^ifrinMiM, lea France, le détenteur de tons * "les idrai^ ^'on lui « remis, parce quMl y aurait en- Afrique «n pooroir social renfermé, comme «ix! État»->Unts , «ommeeD « Angleterre, dans lea limites où il aaraitnoui le matlM^ mais le serviteur des intérêts ooHeotifii, ians Bulle action oompressive ou résistante sur les intéréta ittdi* viduels?

Si le nouveau peuple africain se disait aussi «[ue la séparation de la force immatérielle d'avec la force matérielle est, dans Tordre moral, ce qu'a été, dans Tordre politique , la séparation du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel ; s'il croyait que le droit de penser et de transmettre sa pensée est un droit aussi inhérent à la nature humaine que le droit de vivre et de transmettre la vie, et qu'en conséquence il proclamât chez lui la presse libre comme en Angleterre et aux États-Unis, est-ce que T Afrique ferait plus courir de dangers à la France que les Ëtats-Uois, l'Angleterre, la Belgique même, qui est à ses portes, pays où la liberté de la presse est en pleine disposition d'elle-même? Si elle en croyait pouvoir courir quelque danger, la France n'aurait-elle point contre TÉtat algérien , pour s'en garantir, les moyens dont elle use contre tous les autres États?

La France se trouvera-t-elle moins ce qu^elle se trouve sous sa constitution actuelle, parce qu^il y

aarait en Afrique an peuple tiré en partie de ses flancs, qui essayerait d'une vie de liberté à pleins poumons, par tous les pores, ayant une initiative et une action au droit desquelles se heurteraient incessamment rinitiative et Taction de la puissance indivise , au lieu de voir le droit individuel se heurter sans cesse aux prérogatives de cette même puissance?

La centralisation administrative perdrait-elle en France une seule des mailles innombrables de son inextricable réseau , parce que ce réseau ne s'étendrait plus sur l'Algérie? La vie et le mouvement des départements et des communes de France cesseraient-ils d*étre dans les cartons du pouvoir ministériel^ parce que l'Algérie se donnerait des franchises provinciales et communales, de vraies franchises impulsives et résistantes, comme aux Etats-Unis, comme la France elle-même en avait autrefois? Parce que les provinces et les communes de l'Algérie feraient rentrer dans leur liberté administrative, comme jadis les provinces et les municipes de Rome , la construction et l'entretien des routes et des édifices publics de la commune et de la province, avec le droit de les faire construire et entretenir par des ingénieurs, des conducteurs et des entrepreneurs n'ayant pas plus de patente et de brevet que les maçons et les architectes, esf^ce que messieurs des Ponts-et-chaussées en continueraient moins à être les ingénieurs, les conducteurs, les entrepreneurs de toutes les routes classées et numérotées de France?

346 L'AlGËkliB ^itXi^C^fSE.

L'État , et Fratice , ' ii'àaràil-lf ]^(ië \A Vm^hj^ sition de son riche budget; lèéitiaipdt^ 'dé' bAiten'étàVe consacrés à l'entretien et à Id'rëmtibërilliiolâ' âè'toès les services pablics cesseraient-ilë'dëPàKttfétiféry parce que l'Algérie, où rÉtat aujcmrd'htii dddtiiâ'ïù iiëd'de recevoir, assoirait sur récbùomie la ' pérc6'pt!ôh dé ses impôts et la distribotion de soti btiâgét? 'pàrd6 que rÉtat recevrait la vie de la îimion'àu lieu tféia loi donner? parce que les dtoyené qdi, lîflbittiëd' à tout demander à TÉtat, ne savent que faire dé leur libre arbitre > apprendraient à ne compter que sur eux-mêmes y à ne demander qu'à leurs associations les forces qui leur manquent , et à demeurer en tout et pour tout les maîtres de leurs destinées, au lien d'ôlre toujours en quête d'un pouvoir aux mains de qui les abdiquer ?

Si, en Algérie, l'église, le temple, la synagogue, la mosquée, étaient bâtis et leurs desservants salariés par leurs cultes respectifs, est-ce que les clergés de France, du haut en bas de leur hiérarchie, en auraient moins leur budget particulier porté au budget général de l'État?

Si, en Algérie, les provinces et les communes avaient la charge des collèges et des écoles, avec l'enseignement gratuit à tous les degrés, est-ce que l'Université de France en ressentirait quelque dommage dans son personnel , dans sa constitution?

L'Algérie se donnerait, je suppose, une armée de milices nationales organisée comme je Tai dit dans

im c|iapîti:eprécédeQt; eh bien, est-CQ que daivs nos jçeyigies^.dans nos parades, aussi bien que sur les Cltiamps de baU^ille» Tannée française en aurait moins sei^ bri^^nts él^te-ipajors d'épauleltes et de broderies jqyi , piir,couj:f;pt les rangs, suivent de l'œil les maqçenyriÇ3.9. assistent au défilé des troupes et s'en vont

^ trîlvers.Jft.iRitraille porter les ordres de commande- ^ipe.9t? Lp corps de l'intendance cesserait-il d'avoir unq action et une autorité si prépondérantes qu'un ^général, grand écrivain militaire, a pu me dire en i 839 : (( Si un intendant jetait dans les retrancbencieiits ennemis ses rôles et sa plume, en même temps qu'un maréchal de France son bâton de commandement, comme autrefois le grand Condé, je crois, Dieu me pardonne ! que c'est le contrôle et la plume de rintendant que les soldats seraient forcés d'aller chercher tout d'abord. »

Je suppose aussi que le peuple africain se fasse sur la nature et le devoir des pouvoirs sociaux et sur Tadministration de la justice les idées suivantes :

« La société doit a ses membres la justice au même

^tjitre que l'administration ; par conséquent, de môme qpe le citoyen, après avoir payé l'impôt pour être adfnipi^tré, ne paye aucun des actes de Tadminis-

.tfAifion, de même le justiciable, après avoir payé l'impôt pour avoir des juges, ne doit plus payer les

, f^cle3 de la justice.

.,., '^ I^ fiac^lité est une charge plus lourde que Tim-

p6t, en même temps qâ*dle est Dne o()casioil de^ noN mures plus vifs^ parée que Timpôt est une cbai^ claire, précise, nettement définie, connue d^afanôe, qui se présente à henre dite , et en couséqtenœ de laquelle on peut arranger sa vie et sa fortune , tandis que la fiscalité s^embusque dans tous les actes de la vie, dans tous les intérêts de la fortune et des affaires, pour les grever et, au moment le plus inattendu, prendre sa part dans le plus clair du travail et des ressources de la famille.

» En outre, plus la justice est mise à la portée des citoyens » plus le nombre des procès est considérable : les hommes , en effet , s'adressent aussi souvent à la justice pour satisfaire leurs passions que pour revendiquer leurs droits, et au fond de la généralité des procès, il y a, chez Tune des deux parties au moins, cette pensée mauvaise contre son adversaire : Je le ruinerai en frais. »

Eh bien, que sous la pression de ces idées le peuple africain multiplie les justices de paix et réduise le nombre des tribunaux et des degrés de juridiction; qu'il fasse des avoués, des huissiers, des notaires, de simples employés judiciaires à traitements fixes, comme les employés administratifs , ce qui est aisément praticable; je le demande, qu'est-ce que cela pourra faire à l'organisation de la justice, de la magistrature en France? En quoi les avoués, les notaires, les huissiers de la France cesseront-ils d'être les corporations puissantes qu elles ont été avant et depuis

ce mot oélèbre d'ua ministre de la justice à Tendroit de leur monopole : a II y a qitelque chose à faire. y>

Enfin la carrière des places et des honneurs cesserait-elle d'être ouverte dans la mère patrie, parce que, dans la colonie algérienne , le gouvernement et Tadministration , à tous leurs degrés , dans toutes leurs branches , seraient réduits au mécanisme le plus simple de rouages et de salaires ; parce qu'alors tous les hommes qui frappent à la porte des pouvoirs sociaux pour en recevoir la vie seraient forcés de se tourner, au grand profit de la colonisation , du côté du travail agricole, commercial, industriel, qui ne reçoit qu'en proportion de ce qu'il donne , qui met chacun à sa place et entretient ainsi parmi les hommes la seule égalité possible, en faisant de l'intelligence et de l'activité de chacun d'eux le véritable instrument de son élévation ou de sa médiocrité ?

Je parcourais ainsi , dans mes rêves sur l'avenir possible de l'Afrique, le cercle des libertés qu'un peuple nouveau pourrait se donner, des réformes qu'il pourrait accomplir sans danger pour la colonisation, ni pour la France ni pour l'Europe. Je m'interrogeais très-sincèrement sur chacune de ces libertés et de ces réformes, je les mettais en regard des objections et des sophismes que F intérêt, Tinintelligence, la peur, se plaisent à dresser contre toute idée qui sort un peu des habitudes d'être d'une société ou d'un temps, et elles ne me semblaient pas plus devoir perdre l'Algérie qu'elles n'ont perdu les pays où elles

3S|0 L'ÀLj}£UE FAANÇAIfiB.

9orîssept, pas fJus être un péril poor kl ne le sont les libertés de l'Amérique et derAngldevre» J'allais même josqa'à me demander qaeUe.fianiie pourrait être donnée au pouvoir dajis.i'Alfl[érJfi régé* nérée; par qadles relations pditiqaes lendt loaintenue la suzeraineté de la France; qoellef^ garantÎM seraient offertes aux rois de l'Europe pou* qa'îis ne

prissent point ombrage de l'immigration en Alg^ des expatriés de leur politique; œmment, en faisant de l'Algérie un asile pour les libertés opprimées oo repoussées en Europe , on pourrait empêcher qu'elle devint un réceptacle pour les ivrognes, les fainéants, les mauvais sujets , les coquins qui n'appartiennent à aucun parti et les déshonorent tous. Chacune de ces questions recevait dans ma pensée une réponse qai me semblait sauvegarder pleinement à la fois les véritables intérêts de la France , le repos des monarques de l'Europe et les principes de la liberté sociale.

Mais à quoi bon insister? N'en ai-je même pas déjà trop dit? Et en quoi avancerai-je en ce temps F heure de la réalisation de mon rêve en disant qu^en dix années au plus, l'Algérie aurait, sans se grever, un budget de cinquante à soixante millions , dont son gouvernement et son administration ne lui prendraient pas la moitié? qu'en moins de deux ans, avec Vim^ pôt sur les concessions et sur les terres, avec nne assiette unique et un mode nouveau de perception pour rimpôt arabe, avec Taugmentation des droits d'ancrage et de tonnage, née de la liberté de la

SSGONDB PARTIE. m

mm^ÊlÊofù et an fommeroe, l'Algérie, qui coûte à li'FrtiiQe cent raillions et ne loi en rapporte que seize m dix-sept, aurait nn budget de recette de trente millions de francs?

Ce serait bien quelque chose pourtant dans la batonce des pouvoirs au plateau de la liberté ! Une terre qui met un si bon prix aux institutions ne méritet*die point qu'on ne les marchande pas trop ?

Réorganisation de TAlgérie (Tragmenls inédits de lellres

écrites en 4853).

Constitution d'un nouveau pouvoir colonial.

Ce qu'il y aurait eu inopportunité et danger peutêtre è dire en 4854, il me semble que le temps et la faculté de le dire sont venus en 1 856. — Je vais donc reproduire ici, mais simplement à titre de notes à con- Éuller et d'aspirations par delà des temps visibles peut'^re, quelques fragments inédits de mes lettres à M. de Girardin, sur la réorganisation des pouvoirs publics en Afrique. C'était pour moi la pierre de Tangie sans laquelle rien de durable et d'utile ne |K>UTait être édifié; j'en faisais l'objet incessant de

381 L'AI»6£fLIS FBANÇAiSE.

mes préocpopaMons , 4& mes extfUiGitWM ^^ >1q ipràtÎMb naire obligé de tout 8ystàmQ4 ^ a laUe; raae! fàhiè rase d'hommeB , de ohoaeB et d'ÎMtitiijtioM I ne cesBaîi^

je de crier. Tant qu'il restera deboatâolua-lioÉime, une institution, une chose dupaané^ j|. restera on^ vieille bouture par où , sur cette tenre ; d> hundité et de soleil , refleurira quelque bourgeon des abus qui bientôt couvriront encore ce pays de leurS: branches luxuriantes; il y aura une pierre d'attente par ou, dans ce pays de paupières qui se ferment devant Té^ clat du jour, se relèvera sans être aperçu le vieil édifice du monopole 1 Souvenez-vous donc de ce qai est déjà arrivé! Durant la première période de i'oo* cupation, c'est-à-dire jusqu'en 1839, les adminis* trations obéissant à la pensée secrète du règne qui passait'pour ne pas vouloir garder Alger, ne faisaient rien pour faciliter la colonisation; au contraire! Et dans la seconde période, après la fameuse phrase du discours du trône : a L'Afrique est désonnais une terre française , » les bureaux étant restés les mômes ou ayant gardé les traditions, n*OQt pas su ou voulu se pénétrer des devoirs nouveaux que leur imposait cette situation nouvelle. A cette heure encore , les chefs de service eux-mêmes ont beau lutter contre certains de leurs subordonnés, ils succombent à des résistances d'inertie!... Que d'exemples je pourrais vous donner

« La première besogne à entreprendre, c'est la

SECONDE PARTIE. ; 3il3

ooQsthQtîda dHra pottvoir dnique... la paralysie de l'Aigéne Tient de rantagonisme de Tatitorité tnili*^ taire et de Taolorité civile, entre lesquelles s*est étaUi ooBMie pouvoir mixte, envahissant sur Ton et sur Taotre^ ce qaelqoe chose d'indéfini, de mai limité, qui s^appelle le Bureau arabe...

» A laquelle des deax autorités, civile ou militaire^ donner la suprématie?...

D Dans la condition où les populations , les terres et la production ont été refoulées aujourd'hui par la gnerre, les razzias et les grandes exterminations de tribus, je n*hésite pas à le dire : Toccupation de notre conquête doit être régie par Tautorité civile. Le sabre peut préparer Tœuvre de la colonisation, il ne peut laccomplir. Il y faut la serpe et la charrue

» Un pouvoir unique et ne relevant que du chef de TÉtat, Tautorité civile prépondérante, la réduction de l'armée dans son effectif, sa subordination dans son rôle, la simplification administrative dans le personnel et dans le rouage, un système de concession de terres sans entraves ni enchevêtrements de corps constitués , hostiles les uns aux autres , une réforme judiciaire et un remaniement de la magistrature assise et debout; une investigation ferme et courageuse sur les actes et la moralité des divers officiera ministériels ; une guerre juste et sans merci à Tusure et à Tagiotage, une révision des statuts de la Banque de PÂlgérie, ou mieux la suppression de ee monopole, qui étrangle tout ce qui essaye de vivre

^tï . L'AI^GËItilË FKÀÏTÇÂ'fSB.

sans 1q2, d'altef plaà'loini ph» Vite;; dè^faiVé' plus et mieux qu'il ne peut, né védt o(i nb Uiit'diti^ prendre et oser... Telles sont lesf pitlniièHéfal pfoiifleis^ qa'il faut faire; je dis pins, les praàiiè^ rëàlifliatièn^ qu'il faut accomplir pour dissiper feuttiagb-^ défiance qui éloigne le capital et le tniviiihdë'hôtfe eo^ lonie d'Afrique. » ' . .- 1

(( Tontes ces réorganisations d'un pouvoir social et colonisateur ne pourront, vous le comprenez de reste, être faites que sous une autorité unique, ayant M haute main sur l'armée.... sur la magistrature.... sur le clergé el sur Tadministration dans toutes ses branches, domaines, forêts, ponts et chaussées, afin que tout cela soit un rouage unique aussi, aidant à marcher au lieu d'être autant de pierres de résistance et d'achoppement auxquelles la colonie trébuche et se disloque.

» Mais qui donc , à moins d'une révolution , osera aujourd'hui toucher à toutes ces choses? Qui osera dire à ces généraux africains que nous avons vus à l'œuvre quand ils ont passé au pouvoir : Vos épées, de fer contre l'étranger, sont de plomb à l'intérieur! Maîtres accomplis dans les choses de la guerre , vooà n'avez pas Tintelligence des choses de la civilisation! car si les choses de la guerre se font par la règlement tation et la discipline, les choses de la civilisation se font par l'initiative et par la liberté...

f-nfh (i%,i^^((9^^ 9 à iQoins dluDo révqlation, oser9 t0iqf:;||kçrr,içi Àrla magistrature, à la basoche, à la bçmrsfii à.tou3 leors agents et suppôts, fonds social et àomtMS^nv &u^ Algiérie plus qu'en France peut-être? - M^ Q^iep^ff., k niQins d'une révolution, osera toucher 4;. Qçtte.graQfle et puissante armée delà bureau* cratie et du plumitif, qui tient plus FAIgér^e dans ses cartons qu'à Paris elle n'y tient la France?

.^ Que de bonnes et hautes raisons cependant, ^r^vaisrje, pour quUl en soit ainsi, pour que le gouyernement comprenne et favorise cette eQlôrescence d!uu peuple africain!

V » Mais auparavant, laissez-moi, même avec vous, prendre mes réserves. Vous voulez bien honorer dans mes lettres mon indépendance d'esprit; pour moi., mon ami , l'indépendance d'esprit consiste, à un moinenl donné, dans le complet affranchissement des pn^jogés; et des intérêts même de l'esprit de parti, qiii en d'autres moments ont droit à être respectés , sifîpo* toujours servis, même pour notre propre digjQMitér^e vais donc faire abstraction de mes opinions ppjitiqnes^ et, ce qui semble plus difficile peut-être, de.. J^ position d'exilé. Je ne veux voir, je ne vois quo l'Algérie, ses intérêts présents et d'avenir, et la nécessité, sous peine de ruine pour elle, de les

916 L'ALQËRIB PRiN*ÇAfôB.

servir et de les développer dans lea vqîe» adueUem^nt possibles , sans me préoccuper si d^aatrea ÎDlérâta pe^ sonoels à telle caosoi à telle individnaliléj eo pourraient être servis par contre-coup^ A'oilà q4ii est ei^* tendu : pour le moment je ne sais qu^Algérien ; je vais donc parler comme si toute ma vie je n'avais été et je ne devais être qu'Algérien.

)) Sans croire à Tindispensabilité d'un homme» si grand qu'il puisse être, pour le. mouvement et la marche progressive des sociétés , parce que je place dans des régions plus hautes le gouvernement de leurs destinées, je reconnais cependant qu'un homme peut exercer sur elles une influence active à Tépoqne surtout de leur formation. Or c'est précisément de la formation d'une société qu'il s'agit en Algérie.

)> Bien que j aie mes raisons pour m'en tenir au noU'confidere filiis hominum du malheureux Strafford, s'il existe un homme qui puisse sauver cette pauvre et délaissée Algérie , à laquelle, malgré les misères que j'y éprouve et peut-être même à cause de ces misères, je m'attache chaque jour davantage, que cet homme se montre. Il est si triste de voir dépérir sous ses yeux un corps plein de sève et de vigueur qui ne demande qu'à vivre, pour qui la nature a tout fait, mais que les hommes et les institutions semblent avoir pris à tâche de pousser à sa perte I • . .

D Cet homme serait-il celui dont vQus m'avex écrit : tf II a les meilleurs sentiments, et je les crois à Té*

SECONDE PÀITIE. 3i7

W) preuve de trat ce qui sera essayé poor les faire » cbangerP... >* i> Qu'entreroit-il dans la création d'une lieute-

nance d'empire qui le reléguerait en Algérie?

Est-ce un Uonmie à idées élevées et larges , voyant de haut el loin? Est-ce un homme d'initiative et d'au* dace dans la bonne acdéption de ce mot, qui veut dire chercheur de routes en dehors des ornières où tous les gouvernements ont versé?... S'il n'est pas cet hoibine, il n'a rien à faire ici.... S'il est cet homme, qu'il vienne; mais qu'il vienne dans des conditions telles qu'il ne soit pas aux prises avec des difficultés qu'on ne lui fournirait pas les moyens de surmonter; il s*userait inutilement à la tâche. Si au contraire il lui est fait des conditions légitimes et nécessaires d'indépendance et de suprématie, et si la vie et les révolutions lui en laissent le temps , il pourra se créer en Afrique les éléments d'une position ferme, d'une large popularité , et développer ceux de la force et de la grandeur qui s attachent au nom des fondateurs de toute société libre.

» Quelle forme donner au pouvoir dans l'Algérie régénérée ? Quelle serait son organisation administrative et judiciaire? Quelles relations politiques conserverait^elle avec la France? Quelles garanties offrir aux nooarques de l'Europe, pour qu'ils ne prissent point ombrage de l'émigration en Afrique des mécontents

818 L'ALGÊRIB PRAITÇJifSE.

de lears Étala? Quelle ooDStitolion^ à Ja fim polilîqQ^ et sociale, réglerait les droits et les dev^kin d^ nou'^ veaux ArricaÎDS? Gomment les ttfre8<y seraient-elleà distribuées, la propriété constituée^ le {trfrail libre assuré ? En faisant de ^Âfr^ufi un eaUe > ponr les libertés méconnues ou opprimées en Enrope, par quelles, mesures empêcher qu'éfie ne devieape le réoeptacle des ivrognes, des fainéants, ^ties^ mauvais sujets qui n'appartiennent à aucun parti avouable ? et les déshonorent tous ? Enfin comment pousser F AIgé* rie, avec tant de fractions de nationalités dîverse&î dans les voies fécondes et libres d'une grande unité, pour rhonneur et la force toujours progressive d'une civilisation aussi avancée que le permet Tétat actuel de l'esprit humain?

» Je vous F ai dit dans ma sixième lettre, je crois : La grande loi des colonies, prouvée par l'histoire daos les temps modernes , est de tendre incessamment à se séparer de leurs métropoles , et à vivre de leur vie propre sous un gouvernement et dans une société à elles.

» C'est donc sur une suzeraineté temporaire, en vue d*une émancipation future, sans que rien soit tenté de part ni d'autre pour la retarder ou là préci-» piter, que doit reposer actuellement la constitution du pouvoir en Algérie. Abandonné ainsi à la pente naturelle des choses servie par les institutions, le pouvoir colonial , quelque nom qu'on lui donne ou qu'il

l'SECQNDB PARTIE. ' 8t0

{H:'emi)B: vioe-rcyauté, lieutenance d'empiré, pvùtoû* sulat^ pésidence, n'importe! ne saurait offosqner Ai loûir en déËaDce ia métropole et la colonie. A peu d'antres époques de notre histoire, grâce à la position respective des deux individualités qui représente* raient l'une et Tautre, il serait donné des circon-* stances pins fav(x*ables pour le constituer dans le cercle des droits et des devoirs tracés par Vidée qoe j'indique. Entrés dans cette voie, qui donnerait aux deux pouvoirs de la métropole et de la colonie une satisfaction égale, Tun ne voudrait pas imposer à l'autre des amoindrissements qui hâteraient la ruine ccrioniale , et Tautre ne pourrait pas vouloir créer à la suzeraineté de la France des résistances intempes^ lives qui exposeraient Témancipation algérienne à un avortement complet.

» La difficulté serait dans le cercle même de Texer-cice de la suzeraineté, tant à T égard des pouvoirs outre eux qu'à Tégard de la France et de la colonie;; Le feudataire serait- il à titre viager ou à titre bé*î rédi taire, ou seulement révocable à la volonté du suzerain? La colonie serait -elle tellement sous la direction de la métropole que rien ne pût s'y faire^ sans le concours ou sans l'assentiment de celle-ci?; [ja Francei imposerait-elle à l'Algérie ses lois de na**» vîgatioû et le monopole de son industrie et de son: (ximmerce, ou bien l'Algérie aurait-* elle ie droit de

ne consulter ea cela que son intérôt, et d^onvrîr ses porU aux vaisseaux , à rindustrie ^ M commerce des étraugers? L'Algérie serait^elle lenoe à. graviter tellement comme un satellite, dans Torbite de la France , qu'elle fût condamnée à toute solidarité, en cas de guerre?

Ou bien aurait-elle le droit

de s'assurer la neutralité , par sa position même de terre d'asile ouverte aux nationaux des divers Étals du continent européen? Je ne peux, vous le pensez bien , qu'indiquer quelques-unes des relations qui lient ensemble les colonies et les métropoles, les suzerains et les feudataires; car en parcourir le cercle complet serait entreprendre tout un traité de droit politique. Aussi, en répondant aux questions que je viens de poser, ne puis-je vouloir qu'établir des principes qui serviront à résoudre celles qu'on pourrait poser encore.

» Comme il est constant que dans les colonies, en Algérie surtout, les phases malheureuses de la colonisation ont tenu à la multiplicité des systèmes, et celle-ci à l'instabilité du personnel porté au pouvoir, il est nécessaire que ce pouvoir, s'il n'est pas héréditaire, peut-être même viager, ait un nombre d'années qui suffise à l'assiette des principes transitoires de la constitution algérienne. Dix ans, mais dix ans d'un pouvoir assuré, ne seraient point trop pour cela. Quant à ses droits et à ses devoirs , ils doivent se résumer en subordination à l'égard du chef de l'État

en Fràtice, ou plutôt en entente politique avec lui^ et en indépendance absolue en ce qui touche au gouirerneBient ' intérieur de la colonie. Ce serait donc quelque cboee comme le pouvoir des anciens grands fendataires de ta couronne, quelque chose comme la vice -royauté en Egypte. Les inconvénients de ce aystème, je les connais; mais il est peut-être le seul praticable pour une (époque de transition. L'Algérie, la France elie«méme, ne sont pas prêtes pour une eéparation : Tâge de la majorité n'est pas encore venu pour la première, et Tabdication de la tutelle ne serait pour la seconde qu'un abandon déguisé.

y> En prenant pour point de comparaison , dans la constitution du pouvoir algérien , la situation faite k la vice-royauté d'Egypte envers la couronne ottomane , j'ai indiqué par voie de conséquence l'attitude de la France vis-à-vis de TAIgérie, La France, en dehors des relations constitutives qui , à l'égard des autres puissances, relieraient la colonie à la métropole, n'aurait à s'immiscer en rien dans le gouvernement intérieur de la colonie, ni dans la reconnaissance et l'exercice des droits et des libertés sur lesquels ce gouvernement voudrait asseoir son organisation politique, administrative, judiciaire et surtout sociale, sous prétexte que ces droits et ces libertés seraient en désaccord avec telle ou telle constitulion que la France pourrait se donner ou consentir. Qai voudrait la fin devrait vouloir les moyens ; or il va de soi que dans une colonisation par les expa*

triés Yolonlaii^ . dba . idées déolasséas (en* fiM)|)e^ ces expatriés doivent trouver, dans k pMrie^iloa^elieQil oa les attire, la satisfaction an degiréiiéAlisable'de ces mêmes idées. Ce serait: donovrieilapart^daipon^ voir en France et do pouvoir ea Algérie,' Que oontra^ diction flagrante au but de la coloniaatioR^enmèroe temps qu'un empêchement insurmontable, «[iip de refuser ou ne point donner à la.constituftion' dO'Ja politique et de la société afrîcaÎM les droits tprécisé^ ment dont la poursuite et Tobtention S6r»entrla caikser directe de Texpairiation < et du refuge «n Algérie.

•• » • k • !•<■»- ji<i- j-ii !;•

» La liberté de navigation et de commerce ^tant admise, et aussi la colonisation au moyen des expa-^ triations étrangères, il va de soi que TAlgérie ne serait point tenue, et que la France suzeraine ne pourrait Ty contraindre, à se foire solidaire et auxi* liaire par des contingents d'armes ou de finances de toutes les guerres que celle-ci pourrait avoir dans le monde. La guerre, pour T Algérie, ce serait un suicide; car la guerre fermerait ses ports au oommerce, et sans commerce elle ne pourrait vivre. La guerre aussi Texposerait à voir ses habitants enrôlés dans Tarmée française, pendus ou fusillés comme traîtres ou comme pirates, par le-s soldats et les marins de la nation d'où ils se seraient expatriés. Ce serait bien assez que TAIgérie eût à subir le malheur d'une guerre pour son propre compte et par des motife pris dans le mode même de sa colonisation.

)» L; Algféitie done, quoique tassâle de la France y aurait :le> droit de se créer, par des traités partieirliera àveo: les puissances européennes, une neutralité qui aurait pour défenseurs les intérêts mêmes de leur commerce^ et très-*pfobablement ceux des capitaux étrangers qui ne peuvent manquer de répondre à Tappel du -travail sur une terre féconde et dans une isociété qui aura pour assises et pour levier la* plus grande expansion possible des forces de Tindivida et de îassociation .

)) Somme toute ^ l'action transitoire de la France et de son gouvernement sur l'Algérie devrait tenir moins d'une suzeraineté que d'une tutelle, ayant pom* but non leur propre avantage, mais l'avantage de leur pupille, tendant à en accroître la fortune, non à l'exploiter dans des intérêts étroits de ôscalilé qui en ont fait jusqu'à ce jour un fardeau plus lourd que! productif, également nuisible aux uns et à l'autre.

» Des relations de l'Algérie avec 4a France durant l'époque transitoire de sa rénovation , passons à la constitution de son gouvernement et à son organisa-* tton administrative. )>

''*" ' Gouvernement, administration, justice,

(lia Si) je fais de l'assimilation des Arabes avec les Fiidinçai^ et de l'expatriation des mécontents de la politique ^t <ie la société européenne l'élément de la

m L'ÂbGËRIB PRicNQAfôE.

formation d'un, monde nc^yeau» eni Àfricioeif : je ne veux pas cependant le livrer à l' expérimentation deè systèmes nombreux de gouvememeiitetde.flQeiiAiliié par lesquels les besoins ou les a^ratioaif des temps modernes se sont fait joun. le; n'admela que œux qui , par les bouleversements et les raines nés des systèmes contraires, peuvent passer pour des faits acquis , pour des vérités démembrées.

» Or, il est évident aujourd'hui que tous las despotismes, toutes les exploitations, soit de rhomme par rhomme, soit de Thomme par Targent, soit des individualités et des forces vives des peuples par Tabstraction qui s'appelle l'État , ont causé et causeront encore en Europe ces révolutions qui se sont appelées 89 contre Taristocratie et le clergé, 1830 et 1 848 contre la bourgeoisie et contre la centralisation. Il faut donc que la terre, Tindividu, le travail, le peuple soient affranchis dans l'Afrique moderne, et que rÉtat, cette dernière forme au dix-neuvième siècle du despotisme exercé par quelques-uns au nom et avec les forces de tous sur tous , rentre dans les limites légitimes où il sera non le maître, mais le serviteur des intérêts généraux d'un peuple, d'un pays. Il faudra plus : comme le salaire est lui-même en notre temps une des dernières formes de Texploitation de l'homme par Thomme ou par Targent, l'Afrique devra recevoir des institutions telles que peu à peu elles rongent le dernier anneau de la chaîne des servitudes humaines. Je veux pour les créatures

'■ SECONDE PAKTIB. S36

de Dieu toutes les libertés , toutes, etcepté celle de Jeè reuôncerv Cest un suicide que je n'admets pas fdus dans Fordre moral que le suicide de la vie dans Tordre physique.

9 Votre raison, mon ami, est trop élevée pour descendre ici à des objections puériles; vous comprenez que je n'attaque pas le salaire dans son sens absolu , et que mes idées se rapportent uniquement à ce que ,* dans la langue sociale, on appelle le travail de la terre, du commerce et de l'industrie, c'est-à-dire tout ce qui^ par une participation aux bénéfices et à la propriété, permet de faire disparaître le salaire. Il restera toujours assez de conditions sociales ou le travail ne saurait avoir d^autre nom et d'autre forme pour sa rémunération.

» Il est constant aussi que toutes les révolutions ont été enfantées par la reconnaissance avaricieuse que les pouvoirs établis ont fait des libertés diverses dont se compose la liberté humaine; que ces libertés n'ont été arrachées une à une et par la force que parce que les gouvernements , les castes et les partis qui les soutenaient se servaient des richesses du pays pour corrompre et acheter des séides, partageant avec eux l'exploitation. Il faut donc que le gouvernement et Tadministration de la nouvelle Afrique aient TéconûfDÎe pour base; et comme il ne saurait y avoir économie là où il y a multiplicité de rouages, ce gouvernement et cette administration devraient fonc« tionner au moyen d'un mécanisme réduit à la plus

336 L'ÀLG£RIE française.

simple expression de l'absolue néowiilé.

nement ainsi n'ayant qu'une adainietralMm et ^les services publics restreints au nécessaire, n'ava plus assez d'argent pour tenir ouverte la xamère des places , par où trop souvent se précipiteBt leB> ifl^pui»» sances, les paresses, les ambitions illégitiiDei qui veulent dominer sans titre réel , et vivre largement ^ans rien ajouter à la richesse du pays. Cette carrièra étant fermée, force sera à tous ceux qui graUenl k sa porte de se tourner du côté du travail, qui ne reçoit qu'en proportion de ce qu'il donne, met cha* cun à sa place selon sa capacité, et entretient parmi les hommes la seule égalité possible , en faisant de chacun d'eux l'unique artisan de son élévation ou de sa médiocrité. Entendus et appliqués ainsi, le gouvernement et l'administration n'ayant plus à leurs ordres une armée parasite de bouches inutiles pour peser sur la fortune publique, serviront au lieu de dominer; et l'État, qui jusqu'à ce jour a été le dislributeur avare de la vie des nations par Tabsorptioa complète qu'il en faisait, tiendra l'existence du peupie lui-même au lieu de la lui donner. Les peuples et les individus, qui, sous le régime dqminateur de

l'Etat, habitués qu'ils étaient à tout lui demander, ne savaient que faire des libertés après les avoir conquises, apprendront enfin à ne compter que sur eux-mêmes, ot à ne demander qu'à leurs associations mutuelles les forces individuelles qui leur manquent; ils demeureront maîtres de leurs destinées du jour qu'ils

w seroBi eonchiimiés eux-mêmes à ne pins avoir tin pouvoir entre les mains de qui les abdiquer.

9 Mm un tel gouvernement , une administration pareille ne peuvent être créés que dans un monde où ia liberté formera en quelque sorte l'air respirable par tous les pores du corps politique et du corps Mdal, des masses et des individus, et où, à Tin verse rie ce qui se fait en Europe, ce seront l'initiative et Faction du pouvoir qui se heurteront au droit national et individuel au lieu de voir le peuple et l'individu se heurter à chaque mouvement contre la prérogative de rÉtat. Ainsi la politique intérieure et la société de PAlgérie régénérée doivent être assises sur la liberté la plus large que les hommes et les peuples, ces agrégations d'hommes , peuvent ambitionner ; et par liberté, cela va sans dire, j'entends toutes les libertés dont les noms figurent dans la langue et dans l'existence des nations et de la race humaine. Je n'admets de restrictions que pour celles qui par leur exercice pourraient compromettre la société naissante auprès des gouvernements de l'Europe. Je veux que l'Afrique soit le refuge du travail et de la paix, par conséquent de toutes les libertés qui les peuvent féconder, mais non de la conspiration et de la guerre , et par conséquent des libertés dont la cormption et le funeste emploi en seraient l'instrument et la cause...

n Quel serait le personnel gouvernemental et admi-

nistanatif de r Algérie, réorganisée sur les principes d'é-

338 L'ALGËftIB FRANÇAISE.

conomie sans lesqnélé son goaverttemeAt |kAimîiV i^ une source de ruine? ' ''-'"'^ " ' '

» L'Algérie en Fétat actuel ne rap(k)rte àh trésor que dix-sept millions environ f mais ^ de PàVéïk de tous, elle en pourrait rapporter à peu prèd trente sans être grevée d'un centime de plus. Il n^y aurait pour cela qu'à diminuer les frais de perception , ëC à ifiaire rentrer aux mains du fisc les dix millions qui , sar les quinze que payent les Arabes , restent aux mains des caïds, des kalifets et autres que je vous ai déjà signalés. Mais à ces ressources actuelles, il faut aj6a* ter celles qu'il est raisonnable d'attendre de la rénovation coloniale , par les droits de tonnage et d'ancrage nés de la liberté de navigation; par le prix des terres concessibles qui seront livrées , moyennant des annuités, aux expatriés de France et d'Europe, et enfin par l'impôt mis sur ces terres, sans compter Taccroissement des impôts de consommation, qui augmenteront dans leur rendement en proportion du nombre des consommateurs — (en supposant, mon ami , qu'on n'eût ni l'intelligence ni le courage de Vi7npôt unique). Ce n'est pas trop présumer que d'espérer en Algérie, avant peu, un budget de recettes de cinquante à soixante millions. Toutefois, ne comptons qu'avec les trente qui peuvent être perçus demain sans plus attendre. Eh bien , ces trente millions doivent suffire et au delà pour organiser le gouvernement et Tadministration tels que je les comprends.

» Le gouvernement proprement dit serait donc

. SECONDB PARTIR 339

çQWÇQsé fjl'q^ fi^^ du pouvoir exécutif nommé par la France et payé par elle, œmme marque de sa suzerain neté, avec le titre qu'elle jugera bon de lui donner; — d*un ministre dirigeant, sorte de contrôleur général des finances d'autrefois, ayant T assiette, la perception et la distribution des impôts, tenant ainsi dans sa. main le gouvernement et l'administration de l'Algérie, l'agriculture, le commerce, le travail, la paix^ la guerre, la marine, puisqu'en effet les finances sont la clef de tout cela, et qu'en matière de gouvernement et d'administration, tout se résume en recettes et en dépenses. Ce ministre sera à la nomination du chef du pouvoir algérien, et son traitement figurera au budget de la colonie.

» Sous son action et sa responsabilité, présentés par lui et nommés par le chef du gouveroement colonial | fonctionneront comme chefs de services administra^ tifs : un directeur général du commerce et de Tagriculture, ayant dans ses attributions le personnel et la perception de l'impôt agricole et commercial, et les concessions et ventes de terres disponibles; — un directeur général de l'intérieur, chargé des com* muqes, des routes, des canaux, des édifices publics, des postes, des télégraphes, des écoles; — un général^ ayant le commandement et le portefeuille de Tarmée et de la marine , des camps, des ports et des fortiÇcations ; — un procureur général de la justice, chargé de la promulgation et de l'exécution des lois et décr^, du personnel des tribunaux et de la police

3i0 L'ALGÉRIE FBANÇAISE.

judiciaire^ la seule police que j'accepte dans ud pays libre , parce qu'elle se fait pour le compte^ de la société et non pour les passions des hommes qui la gouvernent. . ; ...

)) Ces quatre chefs de service formeront, sous la pré* sidencedu ministre dirigeant, un conseil de gouvernement et d'administration , où se discuteront les mesures et les projets qui , en France, rentrent dans le$ attributions du ministère et du conseil d'ËlaU.IIs toucheront sur le budget de l'Algérie un traitement

de et voilà tout. Gomme les ministres en

Angleterre, ils n'auront qu'un cabinet dans le local de leurs bureaux. Autant que possible, les bureaux de ces quatre directions générales se trouveront réunis dans un même édifice, pour la plus grande facilité du travail et aussi pour la commodité des administrés, qui pourront passer de l'un à l'autre sans trop de courses et de perte de temps. Un chef et deux souschefs au plus, avec un nombre correspondant de commis, seront tout le personnel bureaucratique accordé à chacune de ces administrations. Cela suffit à l'expédition des affaires. Avec un travail assidu de huit heures par jour bien employées, sans courir d'un bureau à l'autre pour lire les journaux, faire des nouvelles à la main et se raconter les intrigues des coulisses ou des salons, on tiendra à jour les affaires de rAlgérie et on ne donnera plus le scandale de dossiers enfouis dans des cartons depuis trois ans, et de chefs de bureau qui avouent ne pouvoir les

SECONDE PARTIE. Ui

ïàettre en ordre, parce qu'il leur faudrait un travail eontinu de six semaines , et que , ma foi ! il fait trop chaud.

» Ces directions générales auront sous leurs ordres, dans led deux provinces d'Oran et de Constantine, et résidant au chef-lieu , un sous-directeur, qui centralisera les affaires de l'agriculture, du commerce et de Vînlérieur ; un chef de milice administrant et commandant sous les ordres du lieutenant général; un procureur spécial dirigeant l'administration de la justice et de la police, sous les ordres du procureur général. Chacun de ces fonctionnaires n'aura sous lui qu'un chef et deux commis.

D Ainsi, dans l'administration civile, financière et militaire , je supprime :

» Les fonctions de préfet, de sous-préfet, de commissaires civils , plus inventées pour administrer des hommes que des intérêts , contre-sens par conséquent en Algérie , où il faut administrer pour les intérêts et non pour les hommes ;

j> Je supprime les douanes , dont le personnel est ici d'un chiffre scandaleux, qui prélèvent aujourd'hui 25 pour 1 00 sur la recette, et qui ont coûté plus cher qu'elles ne rapportaient. En 1835, trois douaniers in- "fetdHés au petit port d'Arzew ont versé au trésor quinze francs! Quinze francs ^ et eux lui coûtaient au moins mille écus ! Avec la liberté de navigation et de commerce, les douanes sont inutiles : quelques jaugeurs et mesureurs employés dans les bureaux du port suf-

34S L'ÂLGËRIB FRANÇAISE.

firont au travail de la perception des droits de tonnage

et d'ancrage • • • • • . .

» Je supprime les divisions et subdivisions militaires, luxe d^états-majors et d'autorité qui seraient fort ridicules avec une armée réduite et orgam'sée comme je Tai dit • . . . .

» Je supprime tout le personnel comme le système de ce qu'en Europe on appelle la police proprement dite y c'est-à-dire Taction d'un pouvoir qui n^est pas la justice; je n'admets que la police par magistrats^ c'est la justice. La police par commissaires j c'est trop souvent l'arbitraire.

» Supprimant la police politique, j'en supprime l'armée, c'est-à-dire la gendarmerie, que je remplace par une augmentation d'attributions des gardes champêtres dans les campagnes , pour la police rurale, et par des constables dans les bourgs et cités, pour la police urbaine : ces agents placés sous la maio des maires , qui eux-mêmes auront affaire au procu* reur spécial des provinces dirigées par le procureur général de la justice. Dans les cas de réquisitions de force armée, c'est la milice active qui marchera. A quoi donc servirait-elle , sinon au maintien de l'ordre public?

» Je supprime aussi , comme agent du pouvoir administratif, le corps des ponts et chaussées, qui coûte beaucoup et qui ne rapporte rien. Je ne vois pas pourquoi le génie civil , comme l'architecture , ne

serait ptas une profession libre , à la portée de tou8| et par conséquent, dispensée de diplôme ou d'investiture administrative. Le pays y gagnerait certainement : car il est de notoriété proverbiale que les travaux donnés par TËtat aux entreprises privées sont mieux et plus vite faits que les travaux menés par les ingénieurs, conducteurs et piqueurs à brevet. Au surplus les ponts et chaussées doivent être supprimés par cela seul qu'ils font partie des éléments du monopole de TÉtat , et F État , dans la rénovation africaine, doit disparaître le plus possible devant Tac- (ion des individus isolés ou associés, acceptés ou désignés par la fraction de la communauté qui a besoin de leurs services.

» Pour en finir avec le chapitre des suppressions administratives, je supprime dans la marine les commissariats, qui pourront très-bien être exercés par les capitaines des ports, comme vous savez que dans Torganisation de l'armée je fais disparaître Tintendance et la meute des comptables qu'elle traîne à sa suite

D C'est surtout dans l'administration de la justice qu'il faut apporter des réformes : et d'abord plus de droit et de tribunaux administratifs

» Rien n'est plus lourd que la fiscalité, qui épuise plus les peuples que l'impôt lui-même, en même temps qu*elle est une cause de murmures plus vifs. Depuis bien des siècles les générations se lèguent des colères et des plaintes contre Ténormité rui-

neose des frais de justice, où le.^]tti|s6 àipieiim mains, par loi-méme ou par Icjs offices, qui (^d • dér pendent. Aussi, même sous la dernière ;moiiarcbie^ qui s*appuyait aux intérêts à putraiice.idel*. bourgeoisie, fut-ii reconnu que sur ce point.il y. avait quelque chose à faire. La république de 18 48, tooH bée bientôt aux mains des publiçaios ,de toutes les viisilies royautés, n'eut ni le courage ni le temps de relever ce mot d'un ministre de la jostioei pioor lui donner satisfaction, et les frais de justice oui continué d'enrichir, aux dépens des citoyens, le .fisc et les officiers ministériels. La justice est toujours boa de prix en France ; le scandale est plus grand encore en Algérie. Il ne saurait donc y avoir de rénovation coloniale sans porter vigoureusement la main sur cette partie de la fiscalité.

)) Le but à poursuivre est double à mes yeux : faire que la fable de IHuUre et lés Plaideurs ne soit plus une vérité , et tuer la patrocine en lui enlevant pour jamais cet axiome inique et immoral où le droit so noie : La forme emporte le fonds. Ces résultats seront acquis le jour où , sans regarder aux professions qui en pourront souffrir, et ne s'inspirant que de Tintérêt des masses, le pouvoir, bien pénétré de sa mission dans le monde, se dira que la société doit la justice à chacun des membres qui la composent au mémo titre qu'elle lui doit Tadministration ; que de même qu'après avoir payé l'impôt pour être administré, le citoyen ne paye plus pour aucun des actes de Tad-

. SECONDE PARTIE, 3i5

minist^tioti 9 de même après avoir payé Timpôt poui^ avoir des juge», le justiciable ne doit plus payei* pour aucun des actes de la justice. Les jugements et les arrêts doivent être rendus comme le sont les ordonnances, les airôts, les décrets, sans frais! C est donc \a ffratuité de h justice qu'il faut donner à l'Afrique.

» Le nombre des procès n'en sera point augmenté ; aU' contraire! On n'ira devant la justice que le jour où i) né sera pas possible de faire autrement. J^ai trop Vu les choses de près, pour ne pas savoir que les arrangements seront plus faciles, quand les plaideurs sauront qu'il n'y a plus personne à ruiner.

D Mais comme il ne serait ni raisonnable ni juste de mettre à la charge du trésor public les actes multiples et complexes d'une patrocine écrivassière dont je veux affranchir les justiciables, je demande, non le remaniement, mais la refonte générale et la réduction en une centaine d'articles du Code de procédure ci-« vile, qui a fait du droit une escrime à l'usage des spadassins judiciaires, et qui souvent met le plus honnête, le plus brave des hommes à la merci du plus habile des coquins , lequel lui enlève sa dernière chemise pendant que les privilégiés des frais de justice lui retiennent ses bottes, ses chaussettes^ et jus« qu'à cette indispensable partie de l'habillement que la. pruderie anglaise a nommée les inexpressibles. '■D' Comme je n'ai pas là sous les yeux un Code de procédure civile, — dont il me souvient que dans ma jeunesse Félude me soulevait de colère et de dégoût

à ce point que pour n^avoir paa à en garrot^ mai clients et leurs adversaires (car j*ai eu des clients.) , je jetai aux orties ma robe d*avocaty --^ je ne peux faire les indications de toutes les suppressions qu'il faut lui faire subir. Mais tenez pour certain qu'après avoir pourvu aux assignations , à l'expédition , à la signification et à Texécution des jugements, et aussi à quelques formalités indispensables pour que Tex-^ propriation immobilière ne soit ni un guet*apens m un coupe-gorge, la procédure ne servira plus à édifier des éludes d*huissier et d'avoué qui se vendent k des prix scandaleux, et si du coup ces professions ne sont pas abolies , elles seront réduites au moins a des profits, à un rôle qui ne seront une tentation que pour les gens incapables de faire autre chose. Cest vous dire que je les transforme , et que les huissiers et les avoués ne seront plus que des agents de Tadmi* nistration de la justice , payés par elle pour préparer et signifier les jugements , comme les greffiers le sont pour les expédier. Tous les actes de la procédure ci* vile devraient ôtre affranchis des droits si lourds du timbre et de Tenregistrement, comme le sont les actes de la procédure criminelle. Le timbre est une fiscalité qui n'ajoute rien à la valeur des actes ; et l'enregistrement qui leur donne une date certaine peut être remplacé par la date du timbre de la poste, en même temps que la poste , au moyen du signe de la recommandation ou du chargement, constatera la remise à personne et à domicile. En un mot , il faut faire dis-

SËCONDB PARTIE. 847

î>lrraf tr6 tontes les entraves que notre fisoalité apporte aolt transactions de ragricaltnre, do commerce et de rfndnstrie. Il est honteux et vexatoire surtout que les droits de transmission de la propriété soient tels que là propriété y en moins d*un siècle , ait payé souvent deux fbls sa valeur à TÉlat ; et que TÉtat soit ainsi nû ttiattre avare qui tient en mains la terre de tous pour la vendre , la prendre , la revendre et la reprendre encore.

» Il est difficile de toucher aux huissiers et aux avoués sans porter la main sur les offices du nota-lîat ; je ne verrais pour ma part aucun inconvénient à ce que le notaire fût réduit à ce qu'était jadis le to« bellion^ et qu'il n'existât plus à son tour que comme agent de l'administration judiciaire , chargé , moyennant rétribution du gouvernement, de recevoir tous les actes auxquels les citoyens voudraient donner le caractère d'actes publics. En somme , l'organisation dé la société nouvelle devant tendre à faire une seule classe de citoyens par la disparition de la classe bourgeoise, il faut le plus possible en finir avec les pro^ fessions qui en ont été jusqu'à ce jour la forme la plus élev^ et la plus influente, avec autorisation et pnvilége pour peser sur toutes les voies du travail et prélever la dtme sur toutes ses affaires!

» Une longue expérience a prouvé que plus la justice est mise à la portée des hommes, plus les hommes sont disposés à la chicane ; que plus il y a de degrés de juridiction , plus les notions du véritable droit de-

348 L'âLCËRIB FRAMÇÀiSB.

Yiennent ioeertaines* Il n'est pàsjtisqpi'ài te'eeM^>tiégiif lalrioe, qui trop doaventiie régulante rien du toat: trop souvent y en effet, elle fait par arrêt une erreor aujourd'hui de œ que, hier par arrât^ die avait déclaré être une vérité.

» Je pense donc qu'il faut en Algérie réduire k la fois le nombre des tribunaux et les degrés de la juri* diction.

D Ainsi un juge de paix pour deux canloaa^ smc des attributions plus étendues et une compétence égafe à celle des tribunaux de première instance en matière civile et en matière correctionnelle » et jugeant ton* jours comme on juge ce qu'au palais on nomme les affaires sommaires, me semblerait devoir être plus que suffisant* Au-dessus de ce juge, il n'y aurait dans chaque province qu'un tribunal composé de cinq membres, où seraient apportés tous les appels des tribunaux de paix et de commerce , et jugeant toutes les questions réservées aux conseils administratifs, source intarissable de conflits où se noie souvent la propriété elle-même des citoyens. En Algérie, c'a été un scandale!

)) Comme Tinamovibilité n'est pas plus une garantie de r indépendance du juge que la multiplicité des juridictions n'est une garantie de la certitude du droit, les juges de paix et d'appel seraient amovibles en principe et en fait ; ils ne pourraient être nommés que pour cinq ans, comme les juges consulaires; car il est d'expérience aussi que le métier de jugem^ finit

par ohlMérer la rectitude de Tesprit , et souvent même la sens moral. Pour ne point exposer une société, où }es: hommes y étant nouveaux , ne se connaissent pas autre eux, à tomber dans des erreurs funestes de per« sonnes y je ne demande point que le choix des juges soit laissé à Télection. Je crois d'ailleurs, pour être conséquent avec le principe même de la justice gra^tuile par l'État^ que le personnel de la justice doit être aux. mains de celui qui la doit, comme le personnel de radministration elle-même. Plus tard, quand elle s'iémancipera , la colonie avisera à une autre forme de constitotion judiciaire plus en harmonie avec le progrès de ses mœurs

• D Sauf quelques omissions, qui ont leur cause dans l'impossibilité où je suis de tout dire, j'en ai fini avec Torganisation de ce que Ton appelle le pouvoir cen^ tral, qui a sa rétribution au trésor public. Il me reste à vous dire ce que devrait être , à mon sens , la part du paya lui-même dans son administration , pour atteindre d'un bond à cette forme excellente de gouvernement, qui s'appelle le gouvernement du pays par le pays. »

Séparation de îa cité et de VÉtat.

. « Si peu qu'on ait mis Tœil dans les causes d'alan* guissement, de ruine et de séparation des colonies dî^ec leur métropole , dans les temps modernes , on

300 L'ALOËBIB FRANÇAISE.

trouve en prraiière ligne l^m(mp(^i^mwii^r9tif^ Ainsi, à ne regarder qae dans rAwiriqiieida Noid« on voit le Canada, TAcadie, la U^iuaîaMy' jl«a Fkn rides, le Massachussets , la Virginie n. la: CpnDUiidy New -York, New-Jersey, Hampshire, etc^^eteM M traîner durant plus d'un siècle avec qiielqaw haUh tants, sans culture, sans oommercei opùtant de» sommes énormes à leurs métropoles de France» cl*Ea* pagne et d* Angleterre ; puis, abandonnées ; à elle^ mêmes, reprenant la vie, Tactivité, se repetif^nt 911 quelques années par centaine de mille émigranta^ d4i jour que les métropoles cessent de peser sur elles par Tadminislralion.

10 Ce n'est donc plus seulement à titre de conséquence logique de nos principes touchant la liberté dans le monde, ni comme éléments de mon rôve de colonisation future , que je demande pour l'Afrique Témancipation administrative, la décentralisation; je la demande, et il la faut en tout état de cause, môme avec Tordre de choses actuel, à titre de salut colonial.

)) C'a été en effet jusqu'à ce jour, pour l'Afrique, un obstacle à toute expansion générale ou individuelle, que Tadministration de ce pays aux mains de gens qui arrivent de France sans le connaître, sans y avoir aucun intérêt, et qui agissent eux-mêmes sous la direction des bureaux de Paris. A part ce qu'il y a de nuisible, n'est-ce pas un excès de monopole adminis-

UAtif que le confieil du goa vernemeDt, par exemple, où YMt abMtîr toutes les questions d'inlérôt local, ne soit composé que de fonctionnaires qui à peine arrivés iotrîguent pour s'en retourner, et que pas un colon , pas un seul^ à titre même de voix consultative, n'y poisse avoir accès? Ainsi voilà depuis plus de vingt Bnti cette pauvre Algérie, où Ton taille^ où Ton rogde , où Ton renverse , où Ton essaye , où Ton dé« fait le lendemain ce qu'on avait commencé la veille, placée à un degré au-dessous du monopole pratiqué dans nos oolonies des Antilles ou dans nos départements de la France. Dans les premièi-es du moins, il y a un conseil général composé de colons ; dans les seconds, il y a un conseil colonial composé d'habi-» tants des cantons : TAlgérie est cependant une colonie comme les Antilles, T Algérie est cependant divisée en départements comme la France! Cela seul, mon ami, suffirait à démontrer bien clairement que les gouvernements de notre pays n'avaient jamais voulu faire de l'Algérie qu'une ferme pour Texploitalion à outrance de leurs favoris et protégés. Qu'on s'étonne donc que cette pauvre Algérie ait agonisé sous les ciseaux qui n'ont cessé de la tondre, et pour ses inintelligents et cupides possesseurs, renouvelé la fable de la Poule auœ oeufs d'or.

n Si la France veut garder l'Algérie, à quelque titre que ce soit, sous quelque forme de gouvernement que ce puisse être, fût*ce môme dans les conditions de monopole, craime l'Angleterre gardait

352 L'ALGftRIE FRANÇAISE.

r Amérique la vetUe da joarde i'^naneipclkHi ; il M fout, comme TAngl^rre, accorder k.m CGlMn> otoe bonne part de décratralisation; sitMm les oolMs Ia fuiront , de même que lea premiers ccrions y ' an dix* septième siècle, désertaient le Hampshire, le GoMeo^ tient et les autres États de T Union»

y> A plus forte raison , mon ami , pour la réaliaatîoii de mon rêve de colonisation, fais-je de la liberté administrative la plus large possible , la pierre anga« laire de la rénovation algérienne. Tout ce qui n'e^ point rintérét général, l'intérêt commun à tous dans la société, doit être laissé à la libre initiatÎTe, à la libre gestion des fractions de cette société, groupées à leur tour pour un intérêt fractionné. Quoi qu'en ait pu prétendre Técoie révolutionnaire, notre vieille France avait magnifiquement compris cela par son organisation communale et provinciale. Je n'oserais peut-être Fimprimer, parce que le temps n'en est pas venu, mais à vous je dis que si la révolution avait eu pour but la liberté plus que l'égalité, elle n'aurait certainement pas rompu cette vieille organisation de franchises résistantes , pour y substituer cet immense réseau de centralisation, qui met la France tout entière aux mains d'un commis du télégraphe. La centralisation ne sert plus, c'est jugé aujourd'hui, que des trahisons de 4814, des gouvernements provisoires de 1830, de 1848, etc.

» Donc, je demande pour rAlgério de mon rêve la liberté communale, la liberté provinciale, assemblée

SECONDE PARTIE. :m

4? la pwimmie^ asdemblée de la proviooe , et anodes*- MW d!^Uas, auprès du pouvoir œntral , une assemblée a)ioiiial6; — toutes ces assemblées, prodAit de TélecMou de tous ; —rassemblée communale, discutant et décidant, saus appel à qui que ce soit, toutes les questions d'intérêt communal qui ne se rattachent ni à la province, ni à la colonie, ni au pouvoir central; <rr- Rassemblée provinciale , discutant et décidant sans visa quelconque , toutes les questions de la province fui ne se rattachent ni à la colonie, ni au gouverneméat ; — - enfin, l'assemblée coloniale, ayant la main dans toutes les questions que son nom indique. . D A ces libertés seront jointes la liberté des cultes et la liberté d'enseignement. Mais pour que ces libertés cessent d'être un vain mot, leurs desservants, le prêtre et instituteur, n'auront pas leur place au budget. Chaque religion payera son prêtre et son culte; la commune qui voudra avoir son église la bâtira , que cette église , suivant la religion , s'appelle synagogue, temple ou mosquée; la province qui aura envie d'un évêque en fera les frais si elle le veut et siî les communes qui en font partie y consentent par leurs députés au conseil provincial. Il n'en peut être aulrçment. Dans mon système de colonisation, il y suara forcément une trop grande concurrence de cultes dissidents pour qu'il puisse y avoir une religion de rÉtat. Or si chaque religionnaire avait le droit (et si un Tavait, tous l'auraient) de demander au budget un salaire pour son prélre, le bud«

3tti L'ALQiRIE FIANÇASSE.

fet oolKHiial serait absorbé par les .deBservantades cultes.

. » Ce qtf9 j'ai dit de Téglise et du prétne, je le dis de rinstituteur et de Técole; car je ne comprends pas plas une éducation éPÉtat qu'une religitm d'Étal. L'État en effet ne doit pas la religioa et l'enseignement comme il doit la justice; et la raison en est simple. La justice est la même pour tous, sans cela ce ne serait plus la justice; mais la religion et renseignement varient suivant les consciences et les intérêts, sans cesser pour cela d'être Tensei*gnement, d'être la religion • C'est même à ces conditions seules que la religion et l'enseignement peuvent être et sont des libertés. Si TËtat les donnait, elles cesseraient de l'être, puisque TÉtat les donnerait à sa taille et à sa mesure, et non à )a taille et à la mesure des consciences et des convenances qui les reçoivent.

— )) Mais alors que devient le principe de la gratuité ? Il n'y est touché en rien : que le prêtre et l'instituteur soient payés par l'État ou par la religion et la commune, l'église et l'école peuvent être également desservies graiis, et le fidèle et l'écolier catéchisés et enseignés ffraiis aussi. Seulement le système de liberté a l'avantage de réaliser enfin ce rêve séculaire de la séparation du spirituel et du temporel, en ne faisant plus des desservants du culte des instruments et des fonctionnaires du pouvoir; et Tavantage aussi, en brisant les mailles du réseau universitaire, d'ouvrir

^fù&fï la 'porte aux édacations professioûndies, qui cesseront de faire de nos enfants , jusqu'à Tâge de TÎngt à vingt^cinq ans, des membres inutiles de«la

femille et de la société

» Sous la vieille administration romaine , dont les historiens de la bourgeoisie nous vantent d'avoir ressuscité le type, et dont, laissant dépérir les libertés, nous n'avons ravivé que les portions despotiques, les routes et les édifices publics rentraient dans la liberté administrative des municipes et des provinces. L'histoire a conservé le souvenir des grandes choses qui furent faites par ce système de la séparation de la cité et de 1 État. Il en a été de même en France sous Tancien régime communal et provincial. C'est à cette époque en effet que remontent les plus beaux édifices de nos grandes villes. Je demande donc que dans l'Algérie renouvelée il*y ait, pour la construction des routes et des monuments, la part de la commune et de la province et la part de la colonie. Les grandes voies de communication, dites routes nationales, seront votées par l'assemblée coloniale et exécutées par la colonie, ainsi que les édifices publics servant à l'administration centrale, ou, par leur destination, consacrés à un intérêt général quelconque. Les routes de commune à commune, de province à province, votées par les conseils communaux et les conseils provinciaux, ainsi que les mairies, les écoles ^ les hôpitaux, demeureront, comme construction et e&tretieo , à la charge des communes et des provinces,

356 L'ÀLGËRIE FRA^fCAIf E.

qai auront ainsi leur budget après avQir pourvu, ai) budget colonial, borné au prélèvement des^aompies n^essaires pour faire fonctionner I9 ^taçbfpc centrale , réduite à la plus simple nécessité. . .

» Après avoir sauvegardé la liberté de religion et d'enseignement et les franchises administratives, il me semble inutile, si ce n'est pour mémoire ^ de. parler de la liberté individuelle et de la liberlé de pçnser et de transmettre la pensée. C'est par elles que j'au* rais commencé en effet, comme étant la clef de voûte de l'édifice, si j'avais pensé un moment qu'elles dussent être en question. Je les veux complètes, absolues, environnées de garanties telles, que quicon* que, sous prétexte d'intérêt public, y portera la main, soit immédiatement frappé dans sa position , si cette position est ofticiclle. De la sorte, ni police ni justice ne pourront donner le scandale de ces arrestations préventives après lesquelles l'incarcérateur en est quitte pour dire : Pardon! nous nous sommes trompés. —Trompés, soit! Mais, de même que pour les malheurs arrivés par imprudence, il faut qu'en matière d'incarcération illégitime, la responsabilité aille quelque part. Quand ils se sentiront réellement responsables , les agents de Tautorité y regarderont à deux fois.

ï> Quant à la liberté de la presse, elle sera entière jusqu'au moment où elle se résoudra eu un fait nialériel. Alors elle subira les conséquences de la complicité, non comme liberté de la presse, mais comme

Hbe^tè'd'àctioû ayant dégénéré en un fait réputé criUàë du dfelit. Il va sans dire que par liberté de la presse j'entends aussi l'affranchissement de toutes4es mesures fiscales qui en gênent ou en alourdissent Texpansion. Alors même que dégénérée en un fait coupable, la liberté de la presse sera passible d'un cHàliniènt , je ne veux pour le journal , le livre ou l'écrivain, aucune amende : la suppression pour le journal, la confiscation pour le livre , et pour l'auteur, les peines portées contre les auteurs ou complices du fait devenu délit ou crime. Cette définition de la liberté de la presse me dispense, je crois, de parler des garanties à donner aux souverains contre l'expatriation des mécontents de leurs États. Tant qu'en Algérie ceux-ci ne feront qu'écrire, c'est aux souverains, par leurs douanes, à se défendre contre Tintroduction des brandons imprimés. Du jour oii les mécontents feraient des dépôts d'armes, des enrôlements, des levées de boucliers, des conspirations, dès ce jour ils commettent un délit prévu par la loi , et ils seront punis pour compromission de la colonie auprès d'Un souverain avec qui la colonie est en paix.

D J'ai posé aussi , dans ma dixième lettre, je crois, ïa question des empêchements à apporter aux immigrations des paresseux , des vagabonds et surtout des repris de justice. Je ne me le dissimule pas, la difficulté est grande : rien ne ressemble plus à un coquin qu'un honnête homme qui n'a pas de quoi vivre et à qui le travail fait défaut ; comme aussi rien ne' res<-

éHs UALOÉRÎB FRANÇAISE.

sëfnble plus à cet hotnme quMû ooqaito. Gépetidaût, à rbeut*e dà débarquement sur les dall^ des ports africains, on peat arriver à quelques résultats heu* reux, sans même user de mesures vexaloires. L'Algérie a le droit de crier qiii vive! à quiconque vient lui demander la vie. Nul n'y sera admis à la circulation et au travail sMl n'est pourvu de papiers établissant sa moralité et son identité. Si ces papier^ lui manquent y il sera admis sur répondants; s'il manque de répondants officieux, on se renseignera auprès des agents officiels de sa nation s'il est étranger, auprès des autorités du lieu de sa dernière résidence s'il est français. Jusque-là, eh bien, mon Dieu! on fera revivre pour les suspects de peste morale les quarantaines imposées autrefois aux navires venus des pays suspectés de peste ou de fièvre jaune. On les tiendra en lazaret. Pendant cette quarantaine, le directeur de Fintérieur, renseigné par les sous-directeurs des provinces, qui tiendront un registre ad hoc, saura quelle branche du travail ou de l'industrie, quelle ferme, quel métier, quelle maison, ont besoin de bras, de commis, de domestiques; et s'il est dans des conditions d'admissibilité, Témigrant, à la fin de sa quarantaine, sera dirigé sur le point où il pourra être assuré de trouver de l'emploi. Du reste, ce registre du travail, auquel j'attache une grande importance de sociabilité à venir, sera exactement tenu par les maires, dans chaque commune, qui auront, une fois au moins par semaine, à en aviser les juges de

SECONDE PABTIB, 359

paix,, de canton, et ceux-ci le» aous-directeura de province, de telle sorte qu'il n'y ait, autant que posr sible, ni chômage de bras dans une partie de la colonie^ ni encombrement dans une autre.

iy San3 aucun doute, je m'éloigne en ceci du principe absolu de la liberté individuelle; mais outre qu'en ce pauvre monde de faits et d'idées contradictoires il p'jest rien de radicalement absolu, je m'excuse moi- même en songeant que je fais obstacle à la liberté individuelle, au moment seul où elle compromettrait la liberté de tomj c'est-à-dire le droit que tous ont d'être sauvegardés contre les périls et les besoins forcés de quelques-uns. Qui est en danger de mourir de faim , en effet ^ a besoin de manger, et ce danger et ce besoin ont pour résultat le vol, Tescroquerie, etc., etc. C'est contre cela que la société est en droit, et a même le devoir de se faire protéger par le pouvoir qu'elle paye ; et si ce droit et ce devoir existent contre les compatriotes , à plus forte raison ne sauraiton les refuser contre des étrangers. Au demeurant , le jour où TAlgérie aura fait passer dans la notoriété publique l'existence de sa quarantaine morale^ bien peu d'infestés s'exposeront à venir courir les chances d'un ostracisme pour cause de salubrité générale. Enfin, la quarantaine morale viendrait-elle à être éludée , qu'une bonne et intelligente loi contrôle vagabondage, et aussi contre Yivrognerie publique qui se roule dans les fossés des routes et dans 1^ ruisseaux des rues , armerait les communes des

360 L*ALGÉR1E FHAKÇMSE.

moyens nécessaires pour pnr^ Id pa^ de toutes oes pustides humaines, œntre lesquelles • si" les- TÎeîlles sociétés, qui ne font rien pour assurer letraTail, n'ont pas le droit de sévir, les nouvelles^, qui veulent don* ner à tous les moyens de gagner le pain, ont ledtDÎt

des*armer * :;»'-:/. . .

» J'arrive aux moyens de faire rendre à la terre d'Afrique tout ce que les bras et rintelligeoce auront pu lui donner. Comment la propriéié algécienoe/sera* t-elle distribuée, constituée et garantie ponr.asBurer le travail libre? Les terres seront-elles concédées à titre gratuit ? Dans quelles proportions les concessions auront-elles lieu? Ces questions et d'autres qui s'y peuvent rattacher ont, ce me semble, leurs solutions dans les propositions suivantes , non ! .. . dans des faits expérimentés hier et aujourd'hui en Algérie, comme dans les colonies des deux Amériques.

» Aussi n'ai-je pas eu beaucoup d'efforts d'imagination à faire, après avoir vu travailler et vivre TEuropéen et F Arabe, pour trouver et proposer la colonisalion par les indigènes. Tout comme aussi, en voyant que la grande propriété était ruineuse , que la culture par procureur et par salarié n'était pas féconde, que la terre d'Afrique se refusait au colon en bottes vernies et en gants jaunes, qu'elle n'avait des sourires que pour celui qui lui fouillait le sein de ses mains, la foulait de ses pieds , l'engraissait de ses sueurs et la couvrait de ses fumiers , je me suis dit que cette terre

SECONDE PARTIR m

éiait-esaentîellemeiit dérnooratique, que si une féodA"^ lîté européenne s'y voulait constitaer par les grands! propriétaires de France et antres lieux , elle resterait ou retomberait aux broussailles où la féodalité arabe et maure l'avait mise, ce qui arrive déjà, puisqu'il n'y a pas une seule des grandes concessions qui soit mise ea culture; Dans cet ordre d'idées encore, je n'aiipas en non plus grands efiForts à faire, l'exemple de TAuiérique aidant, pour trouver ce système de colonisation d'une terre démocratique par les expatriés démocratiques de T Eu rope .

» Après avoir ainsi posé l'aptitude providentielle du sol africain aux essais de la démocratisation territoriale, je me crois dispensé d'aborder la question de la constitution de la propriété et des garanties pour le travail libre. Je me rappelle cependant qu'au sujet du décret impérial qui concédait à une compagnie genevoise vingt mille hectares de terre, pour •en opérer la distribution en fermes et en villages, je vous promis de vous envoyer par des exemples la preuve que la colonisation par compagnies était aussi contraire aux intérêts de la société humaine , qu'aux intérêts d'une colonisation croissante... (J'ai tenu ma promesse. Voir au chapitre P' de la seconde partie.)

ji-Eafin, notre Algérie elle-même vient confirmer aujourd'hui à ses dépens et aux dépens de la métropole les nombreuses expériences du siècle passé sur le sol américain* Comme l'Amérique, T Algérie a eu ses émi-

grants attirée par les spécolateare ^ et mourant par dix et douze mille ea six mois, foote de logeiDenti de régime et de pain. Elle a aussi, à rbeure qo'il est, ses grands concessionnaires de terre , qui se gardent bien de la cultiver, et qui attendent Theure d'une émigration sur une grande échelle pour revendre fort cher les terres quMIs ont eues pour rien ; à mûiiis, ce que je conseille, qu'après un délai fixé à court terme, le gouvernement ne les exproprie sans pitié ^ les ans qui laissent croupir leurs terres en marécages pour cause de salubrité ptAlique^ et les autres qui livrent le sol aux envahissements continus de la broussaille et du palmier nain pour cause de culture publique.

» Vous voyez , mon ami , que je n'avais point trop présumé de mes idées sur l'avenir possible de T Afrique, en vous annonçant que celte terre pourrait , aux mains d'un homme de foi et de génie, devenir le berceau d'un monde nouveau, le refuge de tout ce qui se sent assez de courage pour aller chercher la vie hors de noire vieille Europe qui s'en va où s'en est allé le vieux monde romain , sans même que les Bar* bares du Nord lui fassent défaut. Les voilà qui s'en viennent camper, comme leurs pères les Huns, dans les herbages du Danube , d'où ils s'élanceront comme eux sur la moderne Byzance

D En vous disant que je termine aujourd'hui mon travail, je n'ai pas la prétention de vous dire qui! est complet. Je sens frissonner dans mon esprit, et demandant à voir le jour, une foule de questions qui

se Hent à celles qae j'ai traitées. C'est ainsi que je n'ai rien dit des modifications à apporter à la justice criminelle y ni sur Tabolition de la peine de mort (une des luttes de ma vie!) ni surTinintelligent envoi aux ties Sainte-Marguerite ou aux bagnes de Toulon des indigèaes condamnés, qui seraient plus moralement et plus utilement employés ici aux grands et dangereux travaux de dessèchement, de canalisation , d'assai* nissement, de viabilité dont la colonie a tant de besmn. C'est ainsi encore que je n'ai pÀs donné les raisons qui doivent faire adopter le principe de la noiV' gratuité en matière de concessions de terre! Oui, j'ai omis bien des choses ; mais outre qu'il en est un bon nombre auxquelles, par voie même de conséquence logique, votre bon esprit aura suppléé , je ne me sens nullement en goût de cesser de vivre, pas plus que de cesser de vous écrire ; donc , soit que vous me le demandiez , soit que j'en prenne l'initiative , Tocca* sion se présentera certainement de combler les vides qne j'ai laissés dans mon travail. Du reste , mon ami, laissez-moi vous le répéter, je n'ai eu dans tout ceci d^autre prétention , et vous le voyez de reste au sans façon et au déshabillé de mes idées et de mon style , que d'être votre pourvoyeur de notes et de faits sur une question qui intéresse l'avenir de notre France autant que l'avenir de la société européenne, tels qu'ils me semblent devoir se dégager de l'application graduelle des idées de la démocratie moderne, n

SB* L'AL'CÏÈ'àlÈ FRAk^jifSE.

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Monopolo financier. — Du crédit, r-r Lepteurxjpt^a.m^rcb^.^ Alri^ que. — La monnaie d'or et d'argent. — Discrédit du billet de banque. — La banque de l'Algérie. — Exercice '^8^i-l^feo.— Oubli de Tiniérét algérien. — ^ Entreprenèup&d^escompte. -^.Gbiaif du commerce algérien, — Ses services et sa pppulfi^i^^. — 7,Se« essais de banque rationnelle. — Résistances et colères de la banque du privilège. — La monnaîo de papier et le pàpier-<ûbI!^aié^— Billets do banque refusés et protestés. — Énormité de$i abus du privilège de la banque. — Leur influence fatale sur Tavenir. du crédit africain. — Liberté en toute chose.

Tous les monopoles se tiennent; ne pas les renverser tous quand on met la main à la rénovation d'un pays, c'est vouloir que celte rénovation trébuche au monopole même laissé debout et autour duquel gravitera ce qui reste des autres.

Le crédit est la grande force motrice des peuples modernes; mais il ne peut être puissant dans ses effets qu'autant qu'il sera ingénieux dans ses moyens et varié comme ses besoins. Si cela est vrai pour les sociétés anciennes, comme en Europe; pour les sociétés nouvelles , mais déjà fortes et qui aspirent à le devenir davantage, comme les États-Unis d'Amérique; combien plus cela doit-il être vrai pour nne Société qui sort à peine de ses langes, comtne noire colonie de l'Afrique septentrionale. Mais pour que le crédit puisse être le levier avec lequel on soulève des

mondes , on ne doit œnserver aucune des fourches caudines et unitaires du privilège sous lesquelles , à un moment donné, il pourrait être contraint de se courber et de passer. Il faut que le crédit soit libre; et la liberté du crédit, c'est Tassociation des intérêts simitaires, comme aux Etats-Unis , la porte ouverte aux sçuls associés , et le crédit de chacun proportionnel à son apport, c'est-à-dire à la garantie qu'il offre. Si donc notre colonie cesse d'être un fief militaire et un fief administratif , qu'elle cesse d'être aussi . le fief financier en lequel elle a été constituée en fa~ veur de la Banque d'escompte et de circulation dite Banque de r Algérie.

Les progrès en matière de crédit ont été longtemps, dans notre colonie, d'une. timidité et d'une lenteur à faire désespérer de son avenir. Pendant vingt années il n'y a eu d'autres moyens d'échange en usage dans le commerce que le Bon du Trésor ^ d'une solidité irréprochable sans aucun doute, mais, en revanche, dans ses applications, d'un gênant et d'un difficile à ne pouvoir être contestés. En dehors du bon du Tréor, il Q!existait que la pièce de cinq francs, le fameux douroysi recherché par les Arabes, et préféré par eux ^1 tpote autre monnaie. Quant à la pièce d'or, le plus afxcjiçi) Algérien du jour de la conquête ne pourrait se sqiuvenir.de l'avoir vue en circulation; en Algérie, le ^ f;pimei|}^ refrain l*or est tine chimère était passé à l'iétat d'^ipme économique.

^ .1^1 i)V avait qu'une monnaie plus en discrédit en-

3e6 l'àloêrie française.

core que la monnaie d'or, si c^eat possîbte^ C'était le billet de banqne. Uor s*est relevé, mais te billet de banque est encore tenu en défiance, et peo s^en faut qu'il ne soit déclaré bon seulement à être mia soos verre avec les assignats encadrés.

La révolution de 1848 donna naissamoe au Comptoir d'escompte ; mais ce premier degré de Téchelle du crédit, dans un pays où le crédit était dans les vœux et les besoins de tous, ne tarda pas à élre encombré et débordé parla surexcitation d'affaires que le fait seul de son installation avait provoquée. N'émettant point de monnaie de papier, il ne pouvait suppléer à Tabsence presque absolue de numéraire , qui était le mal même dont la colonie souffrait, et qu'il n'avait fait qu'accroître par les efforts mêmes tentés pour le guérir.

Le Comptoir d'escompte, jugé insuffisant, fut remplacé par la Banque de l'Algérie.

Mais, soit impuissance réelle, soit défiance de ses forces, soit inintelligence des ressources progressives du pays, soit âpreté du monopole, qui voudrait ne rien laisser vivre au delà de ce qu'il peut exploiter, soit pour toutes ces causes réunies, auxquelles viendraient s'ajouter des questions de personnalité , cet établissement officiel et privilégié du crédit est bien loin d'avoir tenu ce qu'on en avait espéré. Il n'y a môme, comme on va voir, aucune témérité à dire que loin de faire avancer le crédit, il l'entrave, qu'il nuit au progrès algérien plus qu'il ne le sert , et que, fondé pour servir ^agriculture et le commerce , il ne

ftiit rJ6a pour T agriculture et £avorifie plus le oommerce de lai métropole que celui de la colonie : une succursale de la Banque de France y mettrait souvent plus de retenue.

Ainsi, par exemple, dans le compte rendu de son exercice 4654-4855, on trouve cet écart significatif entre les services rendus au commerce français et au commerce algérien : 3,518 effets du premier admis à Tescompte pour une somme de 7,434,494 francs, et 8,582 effets du second refusés et s' élevant à la somme de 4,472,862 francs. Serait-ce que le papier algérien proprement dit serait moins solide que le papier algérien-français? Non; car la Banque se félicite de n'avoir pas eu un seul effet resté en souffrance. Tout est rentré avec une parfaite régularité, dit-elle, et le nombre des protêts a sensiblement diminué.

D'ailleurs voici un fait non moins éloquent que cet aveu. Ces effets refusés par la Banque sont entrés dans le chiffre des affaires des autres maisons d'escompte qui gravitent autour de la banque officielle. Si le payement n'en avait pas été effectué à l'échéance, le total des quatre millions de francs qu'ils forment aurait produit une de ces crises dans lesquelles les plus solides maisons de banque disparaissent. Or, loin d-avoir disparu, ces maisons ont progressé de toutes les affaires repoussées par les timidités de la caisse du monopole.

Mais ce n'est point par inintelligence et timidité que la Banque de l'Algérie a refusé l'escompte de huit

368 rÀLGÉlIE FRANÇAISE.

mille dnq cent qnatre-vingt^deax elfetodo^inneroe iQtérieor. La véritable raison, la voici : les effets da oommerce d'Alger sur T Algérie sont admis à fes* œmpte de 6 poar 100; le papier sur France , en violation des statuts, paye en sus ifi pour 10O de commission. C'est donc 9 pour 100 que la Banque lève sur le papier algérien-français , lorsque la valeur n'af-* teint que soixante jours d'échéance; donc il y a qr avantage de 3 pour 1 00 pour la banque du privilège à refuser 4 millions au papier payable en Algérie, et à donner 7 millions au papier payable en France.

Cest donc bien à la Banque de l'Algérie que revient le grand reproche adressé depuis quelque temps par les économistes aux banques en général. Elle fait plus que d'oublier qu'elle est un établissement d'utilité publique, pour se souvenir seulement qu'elle a des actionnaires et aller à la chasse de gros dividendes; elle oublie davantage qu'elle est un établissement algérien , d'utilité algérienne, fondé surtout pour développer en Algérie non-seulement le trafic, mais encore toutes les industries, et notamment l'industrie agricole. Sous ce dernier rapport surtout, elle fait complètement défaut à la mission qui lui est attribuée dans le Tableau des établissements français en Algérie y publié par le ministère de la guerre.

— «Ce n'est pas chez elle, m'écrivait-on il y a peu de jours , que M*** du Fort-de-fEau^ ou R*^ de rOued-Kerma (deux riches cultivateurs) trouveront les 500 francs dont ils peuvent avoir besoin pour finir

SBCONDE PARTIE. 369

lenr^jréootte de labac ou de grains. Avant que la Cèiste du com$nerce algérien existât , ils n'auraient tiooyé cela que chez quelque gros usurier qui a pied à la banque, n

Car il faut le dire, parce que ceci n'est pas une des moindres énormités du monopole financier qui pèse sur notre malheureuse colonie. Avant l'établissement de cette Caisse du commerce ^ aux services de laquelle le gouvernement rend tonte justice et dont il va être paiié plus au long, il existait à Alger une petite industrie d'entreprise d'escompte dont le péage faisait vivre les neuf dixièmes des négociants, qui ne sont guère que des commissionnaires chargés de vendre pour le compte des maisons de France. Comme les statuts de la Banque privilégiée exigent que le bénéficiaire d' un compte courant réside à Alger même, et que celui-là seul a le droit de présenter son papier; oomme, d'autre part, la direction de la Banque, qui, dès l'origine, a composé à elle seule son conseil d'administration et d'escompte a eu ses raisons , que tout le monde connaît à Alger, pour fixer arbitrairement le crédit de chacun ; comme ensuite ces élus du privilège dont elle tenait en main le présent , le passé et Tavenir commercial, sont entrés dans ses conseils, voici comment les choses se passaient :

Quand le commerçant d'Alger qui n'était pas crédité à la Banque; quand ceux de Blidah, de Milianah, qui, par les statuts, ne pouvaient pas l'être, se présentaient à l'escompte, ils étaient éconduits avec

370 L'ÀI^GtlRIE FRANÇAISE.

indication officieuse de messieurs tels on .^il»., auxquels véritableinent j pour certaines raisons de notoriété financière, ils n'auraient pas songé : mais ces messieurs tels ou tels étaient membres du comité d'administration ou d'escompte , et en cette qualité avaient un crédit ouvert; On comprend lie résultat : approvisionnement forcé du détaillant chez le négociant crédité ; commission payée à l'endosseor, qai fidsait toujours sonner haut le service ; difficulté de faire ses affaires en temps opportun , puisque l'argent n'arrivait qu'après réescompte à la banque } et trop souvent , hélas 1 nécessité d'entrer dans la confidence d'opérations avec des gens que , pendant mon s^'our en Afrique, j'ai vu souvent donner le scandale de les faire échouer afin de les garder pour eux.

C'est par cette entreprise d'escompte et par ce péage usuraire placé en dehors de la porte de ses guichets, que la Banque a tenu longtemps sous la clef de ses coffres le crédit de tous et de chacun en Algérie.

Heureusement que des excès mêmes d'un pareil monopole, il devait sortir un établissement fondé par les capitaux de tous les exclus du crédit de la banque, de tous les pressurés des favoris de son escompte. C'est à ce caractère de son origine que la Ca%$$e du commerce algérien doit d'avoir dépassé en trente mois toutes les proportions de succès connues jusqu'ici dans ces sortes d'établissements. Aussi, le gouvernement , qui, j'imagine, s'inquiétait de voir tourner en dommage pour le crédit Tinstilution privilégiée qu'il lui

avait doûnée pour sa pins grande Mptansion, s'esrt-il empressé y dans son Tableau des établissements de V Afrique, année 1854, p. 574, de payer à la Caisse du commerce le tribut suivant de sympathies méritées :

a Fondée au mois d'août 1853, sous la raison so-* » ciale Robert, Saînt-Lager et C*, cette caisse a répondu 9 à un besoin réel en venant faciliter et multiplier les » transactions commerciales. En effet, la Caisse du ji commerce algérien, qui avait débuté avec un çapi- D tal réalisé de 48,350 francs, porté quelques mois n après à 119,850 francs seulement , était parvenue, H moyennant ces faibles ressources , à élever le chiffre n de ses opérations , pendant le premier semestre , à » huit millions trois cent soixante^dico-huit mille cinq » cents francs. — Les opérations du deuxième se- D mestre de Tannée 1 853-1 854 ont pris plus de déve* n loppement encore ; ainsi, du 1^' février au 31 juillet n 1 854 , le mouvement de ses affaires a été de treizk » MILLIONS 552,591 francs, n

Le rédacteur du tableau officiel ajoutait avec raison que ces chiffres indiquent Textréme utilité de la Caisse du commerce algérien, qui, dit-il, a est appelée à ren-^ dre les plus signalés services à tout le petit commerce de la colonie y c'est-à-dire au plus grand nombre, et à résoudre par cela même un des plus intéressants pro^ blêmes du crédit financier algérien. »

L'exercice 1854-1855 de cette maison a présenté

des opérations plus considérables encore ; il s'est élevé

au chiffre total de 30 millions.

?n Vkh^ÈKm FRANÇAISE.

L'exercice 4 855-1 856 , clos le , 81 . j^9^«|' àfim^^ est le signe non*8ealemeiit de la,puiss9PQf)i4çïuelte de cette Caisse, mais encore du déiVQlQPBçiiwntique prend la colonie. Avec un fonds 3QCJal .porté k 300,000 francs, il s'est élevé ^60 milUç^i^ j,, et j^ rheure où j'écris ces lignes, une lettre 4^Alger,|D^'aoi: nonce que le dividende distribué aux actionnfiires est de 16 pour 1 00, dont 2 1/2 pour la rés§rve,;i^ujourd'hui cependant, tout cela devient de pju^ en) plus insuffisant! Tout cela reste au-dessou3, de^ her soins de plus en plus croissants du numéraire ou des signes et des valeurs qui en tiennent lieu. — Be3oins des indigènes, à qui le commerce achète et n'achète guère qu'au comptant toutes sortes de céréales et de denrées alimentaires; — besoins des propriétaires des villes, forcés d'élever des constructions nouvelles, d'agrandir et de réparer les anciennes ; — besoins des colons agricoles pour leurs édifices ruraux, leurs dessèchements, leurs défrichements, leurs bestiaux, leurs mise en valeur et amélioration des terres ; — besoins du commerce, qui achète au dedans pour l'exportation, au dehors pour l'importation, le chiffre de celle-ci dépassant le chiffre de celle-là ; besoins enfin du gouvernement lui-même, forcé d'alimenter sans cesse les caisses du trésor.

Frappés des exigences de plus en plus impérieuses de ce mouvement toujours croissant de capitaux, auquel leur maison, il faut le dire, a donné Timpulsion et prend plus de part qu'aucune, s^utre^ les.gé-

ràiMè^idte lâr Gâisee du commerce algérien se 53(mt propû^ê de mettre en œuvre la combinaison indiquée par M.' Émifé d& Girardin dans son projet rénovateur de Ban^iiéWationnelte. Il leur a semblé qu'il existait peu de contrées où elle pût être d'une utilité plus incon-* testaMe et d'utie réalisation plus immédiate et plus feôile.

' Dans la ville d'Alger, en effet, non moins que dans les différentes provinces et localités de l'Algérie , on a fréquemment de Targent à toucher, soit en France, soit à rétranger, soit dans l'intérieur de la colonie même, à Oran, à Bone, à Constantine, etc. Toutefois, la Banque ou les maisons de banque ne prennent ces effets qu'avec la formule ordinaire, c'est-à-dire payables après encaissement. Mais durant tout le temps qui s'écoule entre l'aller et le retour, temps assez long toujours , le mandat ou le billet dort à l'état de capital improductif, pour le banquier qui Ta pris et pour le tireur qui Ta remis. C'est à cette improductivité d'un capital que les gérants de la Caisse du commerce algérien ont voulu pourvoir. Pour cela , en échange de la valeur morte qui leur est remise, ou i^utôt négociée, ils donnent tout de suite une contrefalcur active , c'est-à-dire un billet de leur Caisse du commerce^ qui, pour plus de commodité, est divisé en coupons de cent francs, et qui est payable à une échéance calculée sur l'encaissement môme du mandat qui leur a été négocié. Il s'ensuit que c'est l'acquit encaissé du mandat qui paye le billet de caisse donné

ari L'ALGÉ&IB PEANÇAISE.

en échange ; de la sorte il n'y a , ponr le hanquîtr et pour le tireur, ni perte de temps ni caïutâl mort.

Mais ce n*est pas tout ; et ici se troQVo (Nnécisément cette solution du problème que le document officiel du ministère de la guerre appelle de tous aea vœux. Comme cette facilité donnée à la Caisse d'émettre ses propres billets ne soumet plus en Afrique l'extension des opérations conmierciales à l'augmentation p^opo^ tionnelle et corrélative de la masse du numéraire, la Caisse peut baisser le taux de son escompte pour les effets ainsi échangés contre ses billets , et réduire par exemple l'intérêt à 1 centime par 1 00 francs et par jour, soit 3 1/2, ou, pour parler plus exactement, 3,65 0/0 par an. Enfin, et par les mêmes motifs, la commission en usage peut être réduite et a déjà commencé à l'être.

En ce qui concerne les opérations d'escompte même, c'est-à-dire qui portent sur des valeurs à échéances plus éloignées, et dont le prix cependant doit être remis sur-le-champ à leur propriétaire sans attendre l'encaissement, il est aisé de voir combien ces opérations seront facilitées et développées par la combinaison empruntée à la Banque rationnelle, ou plutôt à la Banque Girardin, ainsi que les Algériens l'appellent déjà : car, livrés à eux-mêmes, les hommes mettent toujours la main sur l'endroit où ils souffrent, et avec rinstinct de reflTicacité du remède ils ont la reconnaissance, qui lui donne le nom même de l'inventeur.

Alors le privilège qui résiste a commencé contre

br liberté ({ni veut marcher une série de tribnlations^ qui, si elles pouvaient durer, éloigneraient pour jamais toutes les entreprises financières dont on avait eu tant de peine à remonter le bon vouloir et le cou-» rage ^ et que , pour cela , il est bon de signaler à qui a le droit d'aviser.

La résolution prise par la Caisse du commerce a été regardée par la banque officielle comme une tentative de se soustraire à son influence, à son action, à son escompte , à ses capitaux ; comme une atteinte à son privilège d'émission de billets; comme une levée de boticliers contre son monopole. C'a été la dernière goutte qui a fait déborder le vase de sa colère, rempli déjà par les irritations qu'avaient soulevées, à Tori-* gine , les échecs portés aux bénéfices des péagers de son escompte privilégié.

Le monopole financier a feint d'ignorer qu'il n'est plus permis aujourd'hui de confondre la mmnaie de papier j « monnaie effective^ qui a pour limites infranr> chissables les limites des transactions consommées^ » qui est le certificat de la valeur, la valeur elle- T> même en circulation , le warrant universalisé , » avec le papier-monnaie ^ monnaie fictive qui, pre* » nant naissance dans l'arbitraire, aboutit toujours "h au cours forcé ; et que la monnaie de papier est au » papier^monnaie ce que la réalité est à la fiction , la % vérité à l'erreur. »

Il a feint d'en être encore à savoir que la monnaie est dans sa condition véritable lorsqu'elle est à l'état

976 VKhQtitME PHÂNiÇilISE.

(}6{)apieC|.et qa'mi p^pior de crédit est dans Je gont vernement d'un État, dans le commerce et «dans Ja civilisation, ce que leâ cabestans sont dans îles carrières : la force qui enlève les fardeaux que les hommes n'auraient pu remuer à bras. .

Il a feint de fermer les yeuK à celle grande vërité, dont cependant il a fait lui-même réprenve^ à savoir que la France emploie dans ses transactions, sans jouir de facilités plus grandes, un capital qui n'est pas estimé à moins de 3 milliards 500,000 francs ; «c'est^à^* dire que , pour obtenir le même service que T Angleterre, ou plutôt un service moindre, la France emptoie un capital quatre fois plus grand, puisque la masse du numéraire employé par l'Angleterre n excède pas la somme de 750 millions.

Enfin le monopole financier en Afrique a poussé ses semblants d'ignorance en matière de crédit jusqu'à oublier qu il n'est permis qu'à l'imagination de certains esprits routiniers de faire jouer un rôle prépondérant à Tor et à l'argent , et qu'aujourd'hui la substitution complète du papier à la monnaie est , comme l'a dit M. Pereyre, une des plus grandes illustrations financières de ce temps , la mesure qui doit marcher parallèlement avec le progrès.

Voilà donc que, par tous leurs tenants et abon tissants, les péagers et hommes-liges du privilège de l'escompte s'en sont allés répétant partout, avec toutes sortes de doléances et de précautions hypocrites, une infinie variété de lieux communs sur les dangers du

1 SECONDE PARTIE. at?

papier^^mormaie^ sur la réserve qni doit présider à son émissioD, etc., etc.

Si la Banque de rAlgérie s'en tenait à ces vieilleries , elle ne canserait aucun étonnement. On y retrouverait son esprit de trouble et d'épouvante à rapparitioQ anr l'horizon du moindre petit grain noir qui menace de ae convertir en nuage et de crever sur floa monopole. Cela est parfoitement dans la nature et les habitudes de ce privilège , qui, toujours casemate dans sa défense, fait deux choses passablement énormes, l'une tournée contre la Banque de Frapce, l'autre contre lui-même. A aucun prix de son escompte il n'admet en payement ou à son change le billet de la Banque de France ; et à certains moments , en certains lieux, à Médéah, par exemple, il ne veut pas recevoir davantage ses propres billets , sous prétexte qu'ils ne sont payables qu'à Alger. Comme Toi* seau qui souille lui-même son nid, il discrédite ainsi lui-même son papier, et exige que les effets reçus à l'escompte dans ses bureaux ou à l'encaissement, contre tout usage des banques privilégiées, soient payés en espèces métalliques^ sonnantes et de cours.

N'est-ce pas , en faveur du monopole de la Banque de l'Algérie, cette énormité draconienne du trop fa-* meux édit de 1704 : a Les billets de la Monnaie ont w cours dans le commerce , mais ne sont pas reçus dans » les caisses du roi; il faut que tout ce qu'on y porte n soit en argent comptant ? »

fis L'ALttÊRlB FRANÇAISE.

Mais, pôur Bon malhetir et poar le bMÉ «naeljgiie* ment qne le gouvernement doit en tirer à l'endroit ds privilège qu'il a concédé , la Banque de rAlgél*ie ne 8*en est point tenue à discréditer par tons les moyens et à frapper d*un refus d'admission les bms de caisse de la maison du commerce algérien... Jusque-là elle aurait peut-être usé de son droit; c*eût été inlntelH«« gent sans doute, mais enfin c'eût été son droh,el il faut le subir. Mais ce que le gouvernement, qtri i octroyé le monopole, ne doit ni permettre ni sonffrif, c'est que Texercice du privilège dégénère en iojus^ tice, et qu'il tourne arbitrairement en principe de mort contre quelques-uns ce qui ne lui a été concédé que pour être un principe de vie à répartir également sur tous.

Dans la première moitié du mois de février dernier, la Caisse du commerce algérien fait porter 80,000 fr. écus à la Banque , et lui demande en retour des traites de pareille somme, payables sur France. La Banque, qui accorde au premier venu des traites à présentation, à trois et quatre jours de vue, refuse à la Caisse du commerce de lui délivrer à moins de huit jours de vue des traites que, le lendemain, pour pareille somme et pour Féchéance demandée, elle accorde à d'autres Pourquoi ce refus, qui a un caractère flagrant

de personnalité? Ce refus est-il bien dans le droit d'un établissement privilégié banque d*escompte et de circulation? Si le gouverneur de la Banque de France, et en vérité je demande bien pardon à M. d'Argoat de

SBGONDB PARTIB. 379

ce rapprochemeat, était homnie à se peroiettre on à tolérer dans ce genre ce que M« Lichlin, le directeur de la Banque de TAigérie, s'est permis de son autorité privée ) que diraient le ministre des finances, et le gouvernement, et les régents de la Banque de France, et tout le monde financier et commercial de Paris? Il serait dit avec raison que la Banque de France est la banque de France et non la banque de M. le comte d'Argoui, et que M. le comte d'Argout n'a pas le droit de la mettre au service de ses terreursi de ses caprices, de ses mésintelligences ou de ses rancunes.

Mais il y a bien autre chose, et la direction de la Banque de TAIgérie s'est permis un abus bien autrement audacieux du privilège.

Tout le monde savait, à Alger, le 27 février der^ nier, qu^à rassemblée générale de ses actionnaires, le 3 mars , la Caisse du commerce algérien devait démontrer l'existence reconnue et paraphée par son conseil de surveillance, d'un dividende de 1 4 pour 1 00 , plus 2 i/2 pour 100 de réserve.

Eh bien , voici ce qui est arrivé :

Ce jour-là même , la Caisse du commerce algérien foit présenter à la Banque un bordereau de 70,000 fr.; la Banque refuse net le bordereau. Pourquoi encore oe refus? Pour le savoir, il faut le rapprocher du premier et de ce fait que la fin février est, en Algérie, l'échéance la plus chargée de Tannée. Tout naturellement, la Came du commerce algérien avait aussi

3W L'ALèJÈitlE' FBASÇ'À'rSE.

des édhèabees ; refusé lé S7, api-ès oAdééotivé^'càUfM de 80,000 francs sur France, 1er bordéArèad -âèitÀ donc lui creuser un nouveau déficit de' 70 jOOO fraitcs; or un pareil déficit à jour fixe ,^cé petit êti*elà>chtlte ou tout au moins Tébranlement du crédit d^tùie maison. Le coup a manqué; mais s'il éûittéûasi; ce n^est plus seulement la Caisse du cotmrterce qui-aii*^ rait croulé, c'eût été aussi tout le crédit algéHefâ;' auquel j grâce à Thonôrabilité et aux efibrte intelKgents des gérants de cette maison , les plus fbrtes maisons de Paris et de Marseille ont fini pài" avtiîr confiance.

Je répète ma question : si le gouverneur de la Banque de France était assez peu, ce qu'il n'est pas , Dieu merci ! pour agir de la sorte envers une maison de Paris placée dans les conditions d'honorabilité, de solidité, de sympathies gouvernementales pareilles à celles de la Caisse du commerce, que dirait-on? que ferait-on? Serait-il répondu dans les bureaux du ministère des finances : C'est son droit? Mais si un pareil droit existait autrement qu'à Tétat de sumvntm jtis^ sinnina injuria^ c'est-à-dire d'iniquité, il faudrait se hâter de le dénier et de le reprendre !

Or ceci, pour l'Algérie, a une gravité plus grande encore peut-être que, le cas échéant, pour la France. Avec la tolérance et la perpétuité d'un droit pareil, qu'on le sache bien, il n'y a plus de longtemps, et peut-être à jamais, de crédit possible en Algérie. Le gouvernement de la métropole , comme le gouverne-

SBCOî^DE PARTIE. aa^

ç;i/Qi^jL d^Ja cpionie^ n'auront plus le drpU de se, pl^U^dre..qu^ les capitaux et les institutions finan<cières neqiiiUent point la France pour aller féconder rAfriqujB. Quand on. garde chez soi un pareil tourniq^el, qiuij d'i^n seul coup de manivelle^ peut se prom|âU4:ei d'étrangler en toute tranquillité , avec pri-^ YÎl^g^e^ laissez^-faire, une maison assise sur des bases hQnpfables.^t, solides,, et dont on reconnaît que les seryijç^ ^'adressent au plus grand nombre^ et par cela rpfymi résolvent un des plus intéressants problèmes du crid^ financier^ ma foi! si on manque d'institutions de crédit, on n'a que ce qu'on mérite!

, Et vraiment les capitaux n'auraient donc plus rien à faire en France, leur terre toujours libre et féconde, et où tous se prêtent un mutuel appui, qu'il leur fallût s'en aller dans ce pays algérien, où le monopole financier peut tuer à son aise tout ce qui n'est pas lui, tout ce qui ne s'agenouille pas devant luij tout ce qui fait effort pour vivre hors de lui et sans lui.

Un gouverneur de l'Algérie a eu beau dire : « On ne saura en France que ce que je voudrai y laisser pénétrer, » on sait en France comment les choses se passent pour l'Algérie. Une maison en commandite, qifij4 eu des succès inespérés, et qui tend à prendre des, développements que suivrait le développement algériep tout entier, veut-elle obtenir l'autorisation Uq se convertir en société anonyme? ou bien une institution de crédit, celle, par exemple, du crédit foncier;, yeutf-elle obtenir de fonctionner en Algérie?

sn L'ALGËRIB FRANÇAISE.

OU bien encore le développement de Tihclustrie algè* rienne nécessite-t-il la création d'un parqnet à là Bourse d'Alger? On sait par quelle interminable série de va-et-vient , d'aller et de retour dans les différents comités consultatifs y ces projets sont condamnés à passer, 'pour finir tous par s* en aller tomber officieusement ou ofTiciellement dans le cabinet de la Banque de TAIgérie, dont le directeur, officiellement ou officieusementy est prié de donner son avis, — absolument comme si cet avis ne devait pas être connu d*avance! comme si dans chaque projet, dans chaque demande, dans chaque institution qui touche aux questions de crédit, le groupe financier qui tient en mains la Banque de TAIgérie ne voyait pas une rivalité et partant un danger qu'il faut éloigner à tout prix , à tout prix, entendez bien! Aussi, voilà plus d'un an que ces projets, ces demandes, ces institutions, et d'autres encore, que j'ignore, se trainent d'Alger à Paris , de Paris à Alger, miroitent quelques jours en grande fantasia devant l'espérance publique, et finalement rentrent enterrés dans des cartons inconnus, pour l'éternité.

Tout cela est triste à dire; mais après avoir, dans ce livre, combattu à outrance le fief militaire et le fief administratif, j'aurais failli à mon devoir et à mon droit si j'avais reculé devant le monopole financier, qui , bien autrement et plus vite que les deux autres, conduira l'Algérie à l'épuisement.

Je reproduis donc, en finissant, les lignes par le»-

quelles je terminais naguère, dans la Presse ^ uo article sur le crédit en Algérie :

« La direction de la Banque privilégiée, dans notice colonie, aura servi à démontrer une fois de plus la vérité de ces paroles devenues célèbres : « Non-seu- » lenoent la routine conserve conome un dépôt sacré » les vieilles erreurs , elle s'oppose encore de toutes n ses forces aux améliorations les plus légitimes et j> les plus évidentes, et il est bien triste que, sous ce )) rapport, la France ait donné les plus remarquables » preuves de cette antipathie du progrès. » (Œuvres de Louis-Napoléon Bonaparte).

)) Mais en voyant ainsi la routine creuser toujours son ornière au-devant du progrès , pour le faire reculer, on ne peut s'em pécher d'en signaler les manœuvres et d'attirer l'attention de la France et du gouvernement sur les tristes conséqueqces du privilège. En Algérie, le privilège financier ne peut servir qu'à perpétuer l'usure et à étrangler le crédit pour dominer le commerce , l'agriculture et l'industrie, Or, nous l'avons souvent dit, nous ne cesserons de le répéter, c'est la liberté, la liberté en toutes choses, qu'il faut à la colonie algérienne. En voyant ce que rAlgérie a fait, ce qu'elle fait chaque jour sous les étreintes mêmes du monopole, dont, bon gré, mal gré, elle fait craquer les mailles, la France et le gouvernement peuvent prévoir tout ce qu'elle deviendrait le jour où on lui dirait : — Tu es libre! »

38i L'ALGÉRIE FRANÇAISE.

Conclusion : La paix , lo travail , la liberté. — Preuves : Les vieilles sociétés européennes. Le passé de TAlgérie. La Société américaine. — Obstacles transitoires. — Merveilles de la liberté. — Séparation. — Quelles causes agissent en Afrique. — Fédération. — De la dté de Dieu dans ce monde. — L'Afrique et le prolétariat.

J'achève.

Pour assurer dans le présent le salut de la coIch nisation algérienne, et sa marche ascendante dans l'avenir, j'ai conclu à la paix , au travail et à la liberté. — A la paix qui féconde le travail, seule source légitime du bien-être; au travail, cette grande loi imposée à l'homme en ce monde; à la liberté, qui est le but définitif vers lequel tendent les sociétés humaines ! — Â la paix, au travail et à la liberté, qui sont les puissants leviers de l'assimilation des intérêts et de la fusion des races , par lesquelles doit se constituer un jour le triomphe final de cette admirable unité qui s'appelle la civilisation.

Dans cette conclusion, j'ai pour moi l'impuissance démontrée des anciens éléments de la vieille société européenne.

Née de la guerre et de la servitude , cette société n'a été qu'une sorte d'organisation perpétuelle de la conquête. Aussi, de nos jours, la paix^ le travail et

la liberté y éléments des sociétés modernes, tournent^ils en vain , depuis plus d*Qn demi-siècle , dans un cercle intermittent de victoires et de défaites, pour se dégager et marcher d'un pas ferme aux destinées promises.

J'ai pour moi le passé de TAlgérie elle-même.

Gomme les sociétés dont elle est fille, et dont elle a subi jusqu'ici les éléments traditionnels , rAlgérie n'a été aussi qu'une organisation par la guerre et par la conquête. Elle ne marche pas, elle ne vit pas; elle languit, elle se traîne.

J'ai pour moi la société américaine.

Fondée sur la paix , sur la liberté et sur leurs dérivés naturels, la science, le commerce, l'industrie, le travail , la société américaine a réalisé et dépassé en soixante années tous les progrès humains et sociaux dont la société européenne , d'origine violente et barbare, a mis douze siècles à trouver et à proclamer les principes. Elle marche, elle grandit; et, dans la puissance de ses aspirations , elle attire à elle du vieux monde tous ceux qui veulent trouver la vie dans le travail, le succès dans la lutte, le progrès dans la marche.

J'ai pour moi les hommes mêmes qui , dans notre temps , ont intérêt à faire le plus obstacle au grand mouvement d'idées qui , depuis la révolution de 89 et sous les rebondissements de 1 830 et de 1 848, emporte les peuples les plus contenus vers les choses démocratiques , ayant pour dernier mot la paix , le travail et la liberté.

Ces hommes n^en sont plus qa'à contester rheore et la quotité des réalisations. Us proclament que les moyens dont ils usent pour les retarder ont on caraotère purement transitoire : que c'est uniquement pour les aider à se répandre , à s'asseoir, à mûrir; pour donner aux hommes et aux intérêts en retard le temps de rejoindre, aûn qu'il n'y ait plus ni révolutions ni réactions, et que la société tout entière marche du même pas dans sa force et dans son unité.

J'ai pour moi un hymne magnifique, sorte de cantique de Siméon , qui vient d'être consacré à la liberté par le chef actuel de l'école fouriérisle, dont les réalisations n'avaient guère eu jusquUd la liberté pour point de départ et pour principe de leurs développements.

M. Victor Ck)nsidérant a été poussé par Texil de son choix versle continentaméricain, tandis que moi j'étais jeté violemment sur les côtes d'Afrique. II étudiait les grandeurs de la société de l'Union, en même temps que moi je cherchais à débrouiller le chaos des causes de Tavortement algérien. Et lui et moi nous sommes arrivés à la même conclusion : la liberté l lui , par les splendeurs que les libertés enfantent, moi, par les misères qui naissent des servitudes. La vue de l'Ai* gérie m'a confirmé dans ma foi ; la vue de l'Amérique a été pour lui comme la révélation de saint Paul sur le .chemin de Damas : il s'est tourné vers la liberté, et il s'est écrié : « Qu'elle est belle! qu'elle est féconde! »

<r Depuis cinq mois — écrit-il dans son livre sur le Texoi dont j'ai d^à parlé — j'étais sous l'impression d'un sentiment profond, irrésistible; je vivais sur une terre libre. Je respirais la liberté par tous les pores, une liberté pleine, entière, aussi complète qu'on la peut rêver pour la civilisation.... J'avais salué cette liberté; j'en jouissais avec des retours tristes et amers, que vous ne devez que trop bien comprendre. J'en jouissais profondément. Je jouissais du bien qu'elle fait à l'âme, de la dignité qu'elle verse sur un peuple, des immenses issues qu'elle ouvre à l'activité humaine, des créations fécondes qu'elle suscite et prodigue. Je la voyais à l'œuvre sous toutes les formes : à l'œuvre pour la conquête de la nature; à l'œuvre dans les productions spontanées d'une industrie gigantesque ; à l'œuvre pour un mouvement commercial prodigieux; à l'œuvre pour les entreprises théoriques ou pratiques des idées, des doctrines, des inventions ou des sectes. Tout était libre, l'air, la forêt, le champ, le mouvement, la parole, la pensée, la presse, les associations, la personnalité individuelle ou collective, tout est libre et ouvert I

j» Et cette liberté n'est pas seulement un fait général dans le pays, elle est encore la doctrine du pays. La liberté est la vie, l'âme, l'honneur, la conquête et même la raison d'être et la condition d'existence du peuple américain. Ce peuple sent qu'il représente aujourd'hui la liberté dans le monde, et qu'il en a charge pour l'avenir collectif de l'humanité.

9 Et l'autorité qui résulte de cette liberté n'est pas seulement un droit, elle est de plus on honneur. L'Américain est naturellement bienveillant à tout ce que l'activité novatrice engendre. Là, loin que les choses nouvelles, si elles sont instructives, soient entravées parce qu'elles sont nouvelles, on les accueille, on les encourage, et, symptôme bien remarquable, des échecs, des chutes même, ne font pas préjugé contre elles. En Amérique, une chute prouve que l'on a marché, voilà tout et l'on y aime qui marche. Go head! c'est la devise : rien de ce qui tombe honorablement n'est écrasé.

j» L'Amérique est actuellement dans le monde la patrie

des réalisationB. Elle est essentiellemeat titrée en esprit ëi diversité, de mouvement, d^eotreprises, en amour des iâfveft^ tions et des expériences, voire des aventures; c*est absohnoent Finvorse de notre vieille Europe, timorée, routinière nàm dans ses aspects progressifs, despotique même dans ses partis de lil)erté« Oh! mes amis, quelle belle et grande et puissante chose que la liberté! Que son air est fortifiant, et quelle saine Jouissance seulement que de s'en nourrir! »

Enfin, dans mon rêve de faire de F Afrique une autre patrie des réalisations de la liberté dans le monde, de créer un peuple africain par la liberté, comme par la liberté il s'est créé un peuple américain , j'ai pour moi les conditions mêmes dans lesquelles se trouve notre conquête.

En Algérie, en effet, il n'y a ni monde ancien, ni monde nouveau , ni institutions , ni société , par conséquent rien à combattre, rien à refouler, rien à jeter bas , rien à déblayer : ni castes , ni principes , ni traditions, ni coutumes, ni mœurs, ni intérêts, ni droits. Les descendants des expatriés religieux du seizième et du dix-septième siècle ne trouvèrent pas les possessions anglaises dans un état plus complet de table rase le jour où ils proclamèrent Tindépendance de l'Union américaine, et où, en 1789, ils la constituèrent dans cette admirable liberté où elle grandit et triomphe aujourd'hui.

Un dernier mot :

Je voudrais qu'il me fût permis de ne rien dissimuler des conséquences auxquelles m'ont conduit

mes recherches et mes rêves sur le passé et sur Tavenir de l'Algérie française.

Que l'Algérie continue de se traîner dans l'attente d'un peuplement par l'élément français et eurcH péen , avec le monopole administratif et financier qui l'étreint aujourd'hui; qu'elle retrouve un peu plus de mouvement et de vie par la fusion franco-arabie au moyen de l'assimilation des races et des intérêts; que par le miroitement de toutes les libertés de l'honmie et du citoyen , que le mot générique de liberté embrasse , elle attire sur ses terres fécondes les flots de l'expatriation européenne qui s'en va chercher tous les dons de Dieu à travers les grandes solitudes de rOuest américain, il n'importe ! J'ai toujours vu, du milieu de la mer, se dresser devant moi comme un fantôme. Il étendait ses deux bras, Tun vers l'Afrique, l'autre vers la France, et portait écrit en caractères flamboyants sur son front ce mot fatidique : séparation!

Je l'ai déjà dit; ce mot forme fatalement, avec celui de banqueroute , les deux termes en lesquels se solde le compte de tout monopole métropolitain. Il semblerait donc logique de conclure que là où le monopole n'a pas existé ou cesse d'exister, il n'y a plus de cause de séparation d'avec la mère patrie. En donnant à l'Algérie toutes les libertés nécessaires à son développement comme colonie et comme société , la France semblerait donc être en droit d'espérer qu'elle échappera à cette loi fatale que l'Espagne , le Portu-

d90 L'ALGËRIB FRANÇAISE.

gàl) r Angleterre, ont subie pour le Mexique^' ie Brét sil, le Péron, le Chili, rAmérique du Nord; loi qui nagnèra a été imminente pour le Canada, el qui gronde déjà souterrainement pour la Havane.

Dans les idées que je me suis faites sur le ehàti* ment providentiel attadié aux conquêtes , el sur les altérations que subissent, sous Faction des climats, les mœurs, les races, les intérêts du peuple conquérant, je ne crois pas que la France, plus que le Poi^ tugal, pins que TEspagne, plus que TÂngleterre, échappe à cette grande loi des colonies prouvée par rhistoire dans tous les temps. Mais il dépendra d'die certainement d'en retarder ou d'en précipiter l'heure, de la rendre violente ou pacifique.

Si la France, dans la prescience de cet événement, voulait s'en venger d'avance, et, à l'imitation des autres métropoles, faire de sa colonie la réalisation de la Poule avo) œufs d'or de la fable, TAlgérie, j'en ai la certitude , ne lui échapperait que plus vite. Les causes qui ont agi pour rémancipation des peuples devenus américains, se compliquent aujourd'hui en Afrique de ces perturbations politiques qui ont si souvent changé en France les formes du gouvernement, et qui affectent souvent jusqu'aux principes mêmes de tout progrès humain. Et je crois pouvoir dire en ce moment, qu'à la révolution de 1848 MM. d'Aumale et de Joinville, populaires comme l'avaient été les jeunes princes de la famille d'Orléans, auraient pu faire de TAIgérie une terre de

SECONDE PARTIE. m

résî^Umoe. Je crois aussi qu'on sait que la terre d'Afrique a été, en certaines circonstances, une terre d'énergique protestation. Une conflagration de partis, une injustice y une compression , un gouvernement qui blesserait les sentiments ou les intérêts nationaux, le désespoir de Fagonie, une ambition, on hasard , un événement quelconque. . . suffiraient pour foire éclater des idées de séparation... Peut-être même, qui sait? s'accomplirait-elle avec le concours et pour le compte de quelque nation étrangère.

La sagesse de la France doit donc consister, en prévision de cet événement , à se mettre résolument en cherche de moyens, non pour l'empêcher, mais pour le rendre pacifique; ces moyens seront en même temps les plus propres à le retarder. Après l'émancipation, si elle avait été violente, la France n'aurait dans l'Afrique qu'une ennemie; si elle avait été pacifique, la France aurait une sœur. Le mot séparation perdrait quelque chose de son sens trop absolu , et serait remplacé par le mot de fédération.

Ainsi entendue, préparée et accomplie, l'émancipation africaine aurait, pour la métropole et la colonie, sans être passée par la guerre et par la banqueroute, tous les avantages que l'Angleterre , résignée trop tard, retire aujourd'hui de l'afiranchissement de ses anciennes colonies de l'Amérique. Or, qu'on demande à cette grande et intelligente nation si ses intérêts commerciaux et industriels ne sont pas mieux servis, bien autrement garantis par l'Amérique éman-

an UÀLGËBIB FRANÇàlSE.

çip6e qu'ils us Tétaient aux JqoTB.où elle Ti6oi«ndt 80Q8 le poids de son monstrodox monopcde. Los peuples, en effeti accroissent les sources de tanre richesses en augmentant le nombre, non dsleurs sujets, mais de leurs frères.

Quelles que soient les destinées de mes redierdies sur le passé et sur Tavenir de TÂlgérie française, je n^ai eu d'autre prétention que d'ôtre pour mon pays une sorte de pourvoyeur de notes et de £ut8 à consulter pour Taider à résoudre une question qui intéresse Ta venir de la société, telle qu'elle me semble devoir sortir des principes de la démocratie moderne dans le monde.

Je sais bien qu'en disant : Il y aura toujours des paux>res parmi vous^ le Christ a résumé la loi des sociétés et des races humaines; mais je sais aussi qu'il a fait du travail le moyen providentiel de la corriger et de s'y soustraire. Je suis donc de ceux qui ne font pas de la misère une condamnation étemelle prononcée sur l'homme ; je crois donc que la Cité de Dieu peut exister même ici-bas, et qu'on peut marcher à sa construction définitive par tout ce qui sera accompli pour la diminution graduelle du prolétariat, sinon dans l'univers entier, du moins dans les parties du monde où pourront se développer les conditions nécessaires à ce divin résultat. Or, la terre d'Afrique , terre vierge en quelque sorte de toute société inhérente au sol , me semble prédestinée à être le point d'appui et le levier de cet enfantement d'un monde

d^^Iité, par la paix, par la liberté et par le travail Antre rave , peut-être !

Mais on conviendra du moins que si ce rêve passait à rétat de réalité, T Algérie, avant peu, ne manquerait ni d'émigrants pour peupler ses solitudes et y fonder des villes, ni de colons pour défricher ses broussailles, ni de capitaux et de bras pour dessécher ses marais et canaliser ses rivières, ni au besoin de courage pour la défendre , comme des hommes libres savent défendre une terre libre.

Ainsi , après avoir été durant des siècles , par la guerre, par la fainéantise et par le despotisme, Farrière-garde de la barbarie, la terre d'Afrique deviendrait dans Tavenir, par la paix, par le travail et par la liberté , Tavant-garde de la civilisation !

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