SCÈNE VI
RENÉ, MADAME DOLORÈS*
RENÉ
Je viens de casser votre clef, madame... le reste est dans la serrure.
MADAME DOLORÈS, désolée.
Ah I monsieur !
RENÉ
Le ciel m’est témoin que je faisais pourtant tous mes efforts...
Je ne le vois que trop.
RENÉ
Vous m’en voulez considérablement?
MADAME DOLORÈS
Vous ne le pensez pas... mais que faire à présent ?
RENÉ
Aller chercher un homme de l’art, à celte heure, il n’y faut pas songer.
MADAME DOLORÈS, résignée.
Il ne me reste qu’à m’établir de mon mieux sur mon palier et à attendre le jour.
RENÉ
Et vous cro/ez que je vous laisserai passer la nuit dans l’escalier, exposée aux vents coulis, tandis que je m’enfermerai chaudement dans ma chambre... ce serait scandaleux, madame, et je vous prie de considérer cet appariement comme le vôtre,
* René, madame Dolorës.
C’ÉTAIT GERTRÜDE!
MADAME BOl.ORÉS.
y songez-vous?
Si vous redoutez de passer quelques heures dans la compagnie d'un arcliitecle honnête et modéré, c’est moi qui vous céderai la place et qui attendrai l’aube sur mon paillasson.
MADAME DOLORÈS
Du tout, monsieur.
RENÉ
Ah! rassurez-vous, je prendrai un paletot...
MADAME DOLORÈS
Mais...
RENÉ
Deux paletots, un matelas si vous le voulez absolument. Madame, avec deux paletots, un matelas, et le sentiment d’un devoir accompli, on peut très-bien dormir sur un paillasson.
MADAME DOLORÈS
N’y comptez pas, monsieur!
RENÉ, insistant.
Madame!... je ne sais où j’ai lu que nous trouvons l’occasion de faire le mal cent fois dans un jour et celle de faire le bien une fois dans l’année... Laissez-moi donc profiter d’une bonne fortune qui passera trop vite ; car il me faudra vous quitter dès les premiers rayons du jour.
MADAME DOLORÈS
Pourquoi?
RENÉ
Pour en finir avec une assez fâcheuse aventure. Il s’agit d’un duel.
MADAME DOLORÈS, époarantée.
Vous avez un duel?
RENÉ
Hein! moi?... du tout; c’est un de mes amis.