CHAPITRE II
LES POÉSIES
G. -F. Meyer écrivait, le 10 mai 1 881 , à son amie Louise von François : « Pour le moment, et pendant les bâtisses qui si font dans ma demeure, je suis occupé à rassembler mon œuvre lyrique. C'est une source de joie pour tout poète, bon ou mauvais. Ma veine lyrique ne possède certes pas d'excès de force; mais ce serait tout de même dommage de laisser s'envoler au vent ces binettes [die Sàchelchen . Tout cela a d'ailleurs déjà paru dans la Deutsche Dichter/udle de Leipzig ou ailleurs1. »
I 11 an après, Meyer écrivait à sa correspondante sur le même ton d'ironique dédain à l'égard de son œuvre : « Je pense avoir achevé en automne la collation complète de mef productions lyriques. Le recueil contiendra plus de cinquanle ballades et lieds, — oh! les plus tendres petits lieds du inonde ! — dans lesquels se cache de temps en temps une petite note intime". »
Des la lin de juillet 1882. notre auteur est en mesure d'annoncer a Louise von François l'achèvement de sa tâche. « Le volume est sous presse; il contiendra i8(> morceaux. Je suis heureux d'avoir achevé cette collection définitive qui, aus>i bien, était une nécessité; il y avait telle pièce qui existait en trois ou quatre versions différentes éparses dans dis erses revues. Je donne congé illimité à ma muse lyrique.
1 Briefiv. \feyer-Francois, \>. 5.
a. Briefw, MeyeP-François, p. "> j.
LES POÉSIES
Le recueil qui parut en 1882 chez l'éditeur Haessel s'enrichira clans la suite de notables additions. On peut cependant dire que dès à présent il comprend l'ensemble de l'œuvre lyrique de Meyer. Le volume contient assez, de pièces, et surtout la physionomie définitive du lyrisme de notre auteur s'y trouve assez marquée pour que nous soyons dès maintenant autorisé à porter un jugement d'ensemble sur Meyer poète.
Avec ce bonheur d'expression, ce don des formules lumineuses et condensées qui caractérisent sa critique, M. Cari liasse a appelé C.-F. Meyer « ein Talardichter » ' poète à La solennité, la dignité hiératique, c'est bien en effet un 0*68 traits qui frappent tout d'abord le lecteur des Gediclite. Meyer chausse le cothurne pour nous parler. La phrase qui caractérise le mieux son art est celle qu'il a prononcée sur lui-même : « Avant de s'asseoir devant sa table, Machiavel revêtait un habit de fête. J'éprouve un sentiment analogue quand je me mets au travail : il me semble que je foule le seuil d'un temple2. »
Cari Spitteler n'a pensé pouvoir mieux rendre l'allure di\ poète qu'en la comparant à la lente et orgueilleuse démarche d'un paon faisant la roue3. On a remarqué que les trois verbes qui se retrouvent le plus souvent dans les Gediclitc sont : wandeln, wallen et schreiten. Ils expriment bien ce qu'il y a à la fois de composé et d'emphatique dans l'allure de Meyer. La sonorité superbe d'un titre comme L'iiz Wanderer, Môrder, Triumphator, est typique! Dans le « pathétique du geste » % dans le souci constant de la dignité