AVANT-PROPOS
C'est seulement depuis le début de ce siècle que lu critique allemande a pris un intérêt plus actif à l'œuvre de Wieland. Relégué dès le romantisme parmi les auteurs de second plan, il était tenu généralement pour un moraliste et pour l'héritier d'une tradition littéraire épuisée, plutôt que pour un vrai poète. La virtuosité de son talent faisait oublier l'action èmancipatrice qu'avait exercée son esprit. Il appartenait à l'histoire littéraire de réparer une ingratitude, contre laquelle Loebell avait, dès 1858, essayé de réagir. V Académie des Sciences de Prusse a commencé en 1909 l'édition critique de ses écrits, que B. Seuffert, qui s'était fait le promoteur des études wielandiennes, a préparée par ses Prolégomènes. Les publications et les recherches, suscitées par cette entreprise, ont mis au jour des documents qui donnent plus de relief à la personnalité de cet auteur, tout en dégageant l'accès de son œuvre. Le moment était venu, il m'a semblé, d'une étude d'ensemble qui manquait jusqu'à présent.
A la place de la monographie détaillée pour laquelle Seuffert, au cours de sa vie, avait réuni les matériaux, il ne pouvait être envisagé provisoirement « qu'une histoire de son esprit », telle que Wielaml la réclamait de son futur biographe. Il entendait justifier par les circonstances, dans lesquelles elle avait été élaborée, les imperfections de son œuvre aussi bien que son caractère occasionnel. Tout comme il n'avait recueilli ses essais juvéniles que pour leur valeur documentaire, il regrettait de n'avoir disposé, dans l'édition de la dernière main, « les fils de son esprit dans l'ordre où ils étaient venus au monde », de manière que le lecteur attentif pût y suivre aisément son développement. C'est par ce qu'elle traduisait de sa vie morale, par la continuité de l'effort d'artiste qu'elle atteste, que son œuvre valait surtout à ses yeux.