Cl. Vorbericht, 1762, el Zusatz, I"'.'* (A II. p. lï
2. Hymne auj Gott, II, v. s<7 ss. (A II, p. 185 ss.). ::. Hymne auj die Sonne, v. 40-48 (A II, p. 176).
CHEZ BODMER 111
ensuite dans un halo mystique, c'est qu'elle ne doit pas se laisser distraire par les fleurs de la vie. Du moins s'y attarde-t-elle volontiers, avant de suivre la pensée dans ses hautes aspirations. Que ce culte profane soit inspiré par un roman utopique, l'Histoire des Sévarambes, de Denis Vairasse l, il y avait là de quoi dérouter les rationalistes, prévenus contre la tendance religieuse des Suisses 2.
Un éclectisme semblable se manifeste dans les deux Prières, dont la première, celle du Déiste 3, était une réplique à la Prière du libre-penseur de Klopstock, parue en compagnie de deux autres, l'une, d'un chrétien, et l'autre, d'un bon roi*. Est-ce pour marquer un point sur son grand rival 5, ou pour donner satisfaction à Bodmer par une profession de foi philosophique? Si, dans l'examen de la Noachide, Wieland avait signalé la vertu d'un païen qui, par les
1. Histoire des Sévarambes, peuple qui habile une partit? du troisième continent communément appelé « terre australe »..., 1677 (par Denis Vairasse). Dans cette utopie, qui procède de la République de Platon, de l'Utopia de Thomas Moore et de l'Atlantis de Bacon, se trouve esquissée une métaphysique dont W. a pu s'inspirer déjà dans les Lettres des Trépasses (Éd. de 1787, p. 388 ss.). Les Sévarambes « croient à un Dieu inconnu et à la migration des âmes ». « L'opinion commune est que... les âmes des hommes, au sortir du corps, en vont occuper
.d'autres, plus près ou plus loin du soleil, selon le bien ou le mal qu'elles ont fait... jusqu'au moment où elles retournent au soleil... où elles trouvent un repos parfait et une entière félicité. » A la p. 222 de cette éd. figure la prière au soleil de Sevaris, invoquant l'astre comme démiurge, « le ministre glorieux du grand Être » (Wieland : Verweser der Gottheit). Ajoutons que Eodmer a pu s'en inspirer pour sa critique de la rime (p. 479 ss.) et sa polémique contre Gottsched. N'avait-il pas traduit le pamphlet de Samuel Henzi : Stukaras oder die Bekehrungf (Sammlung der Zùricher Streitschriflen). V. n pu utiliser aussi les Lettres il'une Péruvienne, où il est aussi question du culte du soleil. Cf. Euph., V, p. 80 ss.
2. \\\, à l'instigation de Bodmer a fait parvenir un nfagmenl de l'Hymne au Soleil à Gottsched en le faisant passer pour un pastiche de la patriarcade. Ce
r.i" ni. parut dans la revue : Das Neuesle aus der anmutigen Gelehrsamkeit,
1753, ]>. 923 ss. Cf. Neue Jahrbucher fiir das klass. Altert. u. Pâdag, XI, 1903, p. 351 ss. D'autre part, un fragment figure aussi dans l'Histoire d'Edouard Grandison à Gbrlitz, dont il sera question plus loin. (Lettre 3, p. 42-44). Cf. Hirzei-, o. c, p. 77.
3. Gebel eines Deisten, veranlasst durch das Gebet eines Freigeistes, Berlin, i. Julius 1753. Le lieu d'impression semble fictif, par précaution contre la censure de Zurich, qui ne manqua pas de trouver cette prière ■< unanstandig, ârgerlich undgottvergessen », d'après une lettre de Bodmer à Zellweger, citée par Seuffert, Proleg I-II, n" 45.
4. Drei Gebele eines Freigeistes, eines Christen und eines guten Kônigs (anonyme), Hamburg, 1753, reproduit dans C. F. Cramer, Klopstock, Er und uber ihn, Dessau, 1782, III, p. 406-425. Cf. le c. r. de Lessing (Hempel, 12, 490 ss.).
5. Dans une note (A II, p. 188), W. reproche à la Prière du libre penseur sa divagation.
seules ressources de la raison, s'était élevé à la connaissance du créateur et avait su se conformer à la loi divine, il ne devait pas craindre de soutenir la lumière naturelle l. Ne projetait-il pas un poème sur la religion, vraisemblablement comme réplique à celui de Louis Racine? "2 On peut l'en croire quand il assure avoir peint son déiste « d'après nature 3 », encore qu'il n'ait pas manqué de secours étrangers.
A l'encontre du libre penseur, étreint par l'angoisse devant la mort, celui-ci l'envisage avec une sereine confiance en l'immortalité. Il n'a besoin d'une médiation que pour s'assurer contre les écarts de sa sensibilité. Ne connait-il pas, dans son caractère, le même flottement, la même versatilité que l'auteur?
Que de fois j'ai trahi mes principes et rougi de moi-même! Souvent, j'avais l'esprit occupé par de nobles idées : je me les représentais même avec plus de force et de beauté que beaucoup d'autres hommes... et pourtant je m'en détournais par faiblesse ou légèreté. Combien mon âme était inconstante, hypocrite sans le vouloir, pleine de conflits et de désordre! Tout m'était énigme, l'homme, moi-même et le destin 4.
Mais si, une fois converti, l'ex-déiste croit tenir de la religion « la clé de l'énigme » et le sens de la vie, s'il considère que le chrétien est seul en état de croire en Dieu et d'éviter l'angoisse métaphysique, cette humilité et ce renoncement avaient surtout pour objet de remettre l'auteur « en bonne odeur » auprès de la censure