‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 115 sur 505 · A Br., I, p. 131 s · texte numérisé non relu

A Br., I, p. 131 s

7. A Hess, févr. 1755 (inédit) : « Wieland ist ein Poet, und ich habezuweilen den nachteiligen Gedanken, dass er mehr als ailes andere u. Uberall ein Poet sei. »

8. Arch. fur Litgesch., XII, p. 600 : « tndessen hat er jetzt die Lebensart, die er sir.li ;illemal gewiinscht, und oft versichert hat, das sei seine Bestimmung. Er hat aber noch niemals eigene Erfahrungen von Institutionsarbeiten gehabt. • 20 juin 1754, à Zellweger. Cf. Zehnder, p. 515.

pas corrigé les défauts de son propre caractère » l. Que le poète lui échappe, il tient à se conserver le disciple aussi longtemps que possible.

Pour ne pas se montrer ingrat, Wieland se laisse ainsi entraîner à participer à la polémique, qui s'était rallumée de plus belle, entre Zurich et Leipzig, avec un zèle d'autant plus vif qu'il ne partait pas d'une conviction bien assise. Il dut d'ailleurs se monter la tète, se donner un motif a bon publico, a causa veritatis tuenda, incapable qu'il était de ressentir longtemps des atteintes personnelles 2. « J'avais nettement conscience, ou du moins je me l'imaginais, que rien, si ce n'est l'amour et l'intérêt de la vérité et de la raison, ne me poussait et ne m'échauffait... » Mais, vu ses atermoiements 3, cette conscience devait être des plus vacillante. C'est seulement en élevant une affaire de coterie à une question de moralité, en faisant d'une rivalité mesquine une affaire de culture, qu'il anime le débat. « Un seul Dans, c'est trop peu de chose; cela me ferait rire, mais un grand nombre de Duns qui admirent celui-ci et se règlent sur lui, voilà ce qui fouette mon sang par la bile de l'âme4. » De leur côté, les adversaires des Suisses n'en avaient-ils pas appelé à la religion contre ce qu'ils dénonçaient comme « une fièvre alpine », une « frénésie pire que celle du comte de Zinzendorf?5 »

1. Hess à Bodmer, 27 janv. 1755 (Zehnder, p. 519) : « Der gute Mann nahm sich vor, junge Herzen zu bilden und mich diinkt bei der ausserordentlichen Grosse seines raren Génies seien doch noch gewisse rohe Ecken inseinemeigenem Herzen iibrig, die selbst des Bildens und Formens noch sehr nôtig hatten; und ich kann nicht glauben, dass ausser Sie, mein Freund und Breitinger. jemand fâhig sei, dièses vollends auszubilden. Wer weiss, wie es jetzt um dièses grosse Herz stiïnde, wenn Sie nicht schon soviel daran gebildet hatten. »

2. A. Br., I, p. 191 s. « Ich musste dazu beredet werden, man versuchte mich aufzubringen, aber ich bin keines andern als eines fliichtigen Zorns fâhig; Privatbeleidigungen sind mir Flohbisse. »

3. Bodmer à Zellweger, 12 janv. 1755 : > Wir mùssen ihn immer anfeuern. » (Gôtt. Gel. Anz., 1896, p. 487.)

5. Cf. Dos Neueste aus der anmutigen Gelehrsamkeit, II, p. 62 ss.; Herrn Professor J. Ch. Gottscheds bescheidenes Gutachten, was von den bisherigen christlichen Epopàen der Deutschen zu halten sei; Hudemann : Gedanken iiber den Messias in Absicht auf die Religion (Roslock, 1754).

l'éducation sentimentale 127

Qu'il ait collaboré au pamphlet bodmérien : Y Histoire d'Edouard Grandison à Gôrlitz, est assez probable, encore que la question de sa participation, soulevée récemment, paraisse presque insoluble l. Cette parodie a été confectionnée, comme il a été établi, à coups de ciseaux, au moyen d'extraits tirés des œuvres en cause, en riposte à celle que le baron de Sch naich 2, à l'instigation de Gottsched, avait imitée du Dictionnaire néologique de l'abbé Desfontaines. Bien qu'impliqué dans cette charge satirique, Wieland eût sans doute, pour sa part, suivi l'exemple de Lessing 3, et laissé à Bodmer le soin d'envenimer cette sotte querelle. Du moins lui a-t-il abandonné, comme il semble, la composition du pamphlet, sauf à y apporter son grain de sel. Pour le fond, il pouvait se tenir pour dégagé en se chargeant, avec S. Gessner, de sa publication à Berlin, par l'entremise de Gleim 4, et par la mise à la disposition de Bodmer d'un article antérieur, qui n'avait pas été publié6.

1. Eluard Grandisons Geschichte in Gôrlitz, Berlin, 1755. Celte publication a int i ué la critique, depuis que Sciiuddekopf : Ramier (Diss., 1886, p. 49 ss.) a appelé l'attention sur la difficulté à départir la collaboration éventuelle des différents auteurs. Hirzel, o. c, penche pour l'attribuer à Bodmer, tandis que Kôster (Anz. f. d. Altert., 22) et Seuffert (Gôtl. Gel. Anz., 1896, p. 485 ss.) revendiquent une part importante pour W. Budde suit plutôt Hirzel (Cf. Euph. 19, p. 562 ss.). Enfin Hordorff, après une minutieuse investigation de la forme, aboutit à la conclusion qu'elle n'est qu'une laborieuse compilation, pour laquelle il est à peu près impossible de discerner la part de chacun (Euph. 18-19). L'hésitation reste permise pour la 8e lettre, dont il sera question plus loin, et qui a été recueillie, comme une œuvre douteuse de W., dans A IV, p. 690 ss. Cf. Proleg.. Vil, p. 11 s.

2. Die ganze Aeslhelik in einer Nuss, oder Neologisches Wôrterbuch, 1754. (Rééd. dans D. Lit.Denkm., 1900, par Kôster). La 6e éd. du Dictionnaire Néologique à l'usage des beaux esprits du siècle, avec reloge historique de Pantalon Phœbus avait paru à Amsterdam, 1750.

3. Lessing, Werke (Hempel), 12, p. 560 s. Sulzer de son côté, avait conseillé à Bodmer de ne pas riposter. (Zehnder, p. 392; Kôrte, p. 238.)

4. Pour l'historique de la publication, cf. Hirzel, p. 85 ss. W. écrivit à Gleim le 31 janv. 1755 (A. Br., I, p. 151, plus complètement reproduite par Prôhle : Lessing, Wieland, Heinse, p. 222 s. et Arch. f. Litgesch., V, p. 192). La L. de Gessner est du 24. (Kôrte, p. 231 s.) Les réponses de Gleim à W. et Gessner dans Hirzel, p. 187 s. (10 mars 1755). W. aurait voulu profiter de l'occasion pour entrer en relations avec Lessing. Gleim lui proposait d'adresser le manuscrit de sa Dunciade, ou, à défaut à Zachariœ. Pour Grandison, Lessing étant alors absent de Berlin, Gleim proposa Ramier, qui reçut le début de l'ouvrage peu après. La fin suivit en avril avec quelque retard (Gleim à Ramier, 13 avr. 1755; Gôtt. gel. Anz., 1896, p. 491). Quelques jours après arrivait à Halberstadf une L. de W. qui se confondait en excuses à propos d'une boutade contre Ramier dans la 8e lettre du Grandison (A. Br., I, p. 166 s.).

5. Ântwort auj eine Recension der N ' oah-Abhandlung, A IV, p. 65 s. Cf. Euph. 19, p. 562 ss. — Elle s'adressait au critique de Greifswald, Môllner.

Mais cette partie, pour laquelle Wieland a ainsi fourni la matière, a été retranchée à l'impression par Ramier, qui s'était substitué à Lessing dans l'édition; elle parut à part à Zurich1. L' Histoire de Grandison ne présente donc qu'un intérêt épisodique pour la biographie de Wieland, encore qu'elle consacre son adoption par les Suisses, en le montrant au milieu d'eux, dans le cadre de l'Appenzell, lors d'une joyeuse réunion à la cabane du Gàbris, chez Philocles (Zellweger). Plusieurs des œuvres de Wieland sont produites, du reste, en compagnie de celles de Bodmer, par le rhapsode Fridolin 2, qui surgit à l'improviste dans l'auberge de Gôrlitz, où se plaide, devant le baronnet anglais, supposé fils du héros de Richardson, la cause des Suisses, entre Martin Kreuzner (Martin Kùnzli?) et le baron de Schônaich, assisté bientôt par son maître, « le professeur à la figure niaise et au gilet d'argent ». La discussion se termine, comme on pense, en faveur « de la nouvelle poésie allemande, qui éveille des sentiments vertueux et religieux, et montre par des exemples comment on doit se comporter dans les différentes circonstances de la vie » 3.

A cette satire, qui faisait comparaître l'adversaire pour le mieux ridiculiser, Wieland opposa son attaque directe de V Annonce (Tune Dunciade pour les Allemands*. Au lieu de finasser, il bouscule, il frappe comme un sourd sur « la vermine du Parnasse », plus particulièrement sur le grand Stucaras, c'est-à-dire sur Gottsched. Pétulance de jeunesse, voudrait-on dire, comme pour les farces du jeune Gœthe. Mais non, cette violence, Wieland l'avoue, est artificielle. C'est une fureur d'intimidation, qui fait claquer le fouet de Pope. Il joue au prédicateur, au bourreau, se chargeant

1. Freymuthige Nachrichten, 1756. Depuis que l'art, original de W. a été retrouvé dans les archives de Bodmer, on a pu constater que la 8e L. de V Histoire de Grandison ne reproduit pas exactement le texte de W. Ce texte aurait été retouché probablement par Bodmer. (Bachtold : Geseh. d. d. Lit., p. 616 s., l'avait attribué à Bodmer.)

2. Parmi les œuvres de W. étaient cités : le Sacrifiée d'Abraham, le Jugement dernier, V Hymne au Soleil, Cidli et la Mort de Racket.

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