‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 157 sur 505 · A. Br., I, p · texte numérisé non relu

A. Br., I, p

avec votre légèreté habituelle, écrit-il en lui envoyant ses Sentiments d'un chrétien, et ne faites pas de moi, de nouveau, un séraphin, un saint ou un esprit éthéré : je suis bel et bien un homme. » Il n'échappe aux railleries de Zimmermann qu'en rompant l'entretien l.

Quand il renoue un an plus tard, il n'est plus à se formaliser de la morale cavalière de Zimmermann, ni de ses boutades. Il affecte lui-même plus d'indépendance qu'il n'en a, se donne un air dégagé et entendu. Ne se met-il pas à écrire en français? Il se vante « d'aimer un peu certaine fille », qu'il accompagne au clavecin sur des airs italiens, « sans que la tête lui tourne »; il se dit assez philosophe pour ne plus se prendre à ses folies poétiques; il a besoin « d'amusements qui remontent son âme de temps en temps aussi bien que ses fibres, et qui l'empêchent de devenir hypocondre, misanthrope, visionnaire » 2. Il « commence à se familiariser avec les gens de ce monde », aimant le beau, le bon, le grand, le sublime, l'agréable, le joli, partout où il les trouve; aimant toutes les sortes de perfections, tous les mérites, tous les arts; aimant la nature humaine : « Ma morale n'a plus rien de ce que j'appelle la morale des capucins.3 »

1. Zimmermann s'était plaint à Hirzel de l'intolérance et de la susceptibilité de W. : « Ich weiss, dass ich ihm durch mein allzu wenig ernsthaftes Wesen missfallen habe» (9 nov. 1757). «Warum will HerrW., dass man hieriiber unumgànglich denken miisse wie er ? » (Ib., déc. 1757.) Il ne sait pas, prétend-il, prendre une attitude : « Ich bin naturlich ungezwungen frei, nachlâssig in Kleinigkeiten, ernsthaft in ernsthaften Dingen. » (11 févr. 1758.) Pour plaire aux Zurichois, il faudrait être séraphin comme W. affecte de l'être, tout en étant pécheur comme les autres hommes. Il n'y a pas qu'un seul goût. Zimmermann proteste contre l'intolérance de VAnkùndigung (8 avril 1758, inédit). Ce qui ne l'empêche pas d'écrire à Bodmer, une fois les relations rétablies : « Herr W. hat mir tausend Proben von seiner teuersten Freundschaft gegeben. Ich bin diesem vortrefflichen Mann unendlichen Dank schuldig. Wenn ich in meinem Leben etwas Gutes von mir zu zeigen imstande ware, so wàre ich es seiner Aufmunterung, seiner Belehrung und besser zu sagen, dem mâchtigen Einfluss schuldig, den sein Geist auf den meinen hat. »

2. A. Br., I, p. 254, 24 févr. 1758 : « En bonne vérité, poursuit W., les filles aimables sont une très belle partie de ce monde, quoique vous autres médecins et anatomistes en croyiez. Vous savez trop pour pouvoir entretenir au sujet du beau sexe des idées aussi délicates et des folies aussi agréables que nous autres artistes, qui ne cherchons dans la nature que le beau, qui raffinons sans cesse à créer des beautés idéales, et nous accoutumons par là à regarder tout le monde dans un jour trop beau ou trop mauvais. »

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