A. Br. II, p
Tscharner \ car « son penchant bien décidé pour un genre de vie indépendante et éloignée du monde l'avait fait renoncer entièrement à tout établissement fondé sur un emploi public et des devoirs civils »; mais il restait suspendu à un appel qu'il attendait de Biberach.
Dès le début de 1760, on s'étonnait à Berne de son air soucieux et accablé, que Kirchberger, un ami de Julie, attribuait « à l'aigrissement occasionné par les sacrifices perpétuels qu'il était obligé de faire à un caractère emprunté » 2 ; mais la véritable raison doit être cherchée dans l'irrésolution fondamentale de sa nature. Ce sont les mêmes tiraillements avec sa famille qu'à propos de Sophie, compliqués encore par la question religieuse, bien que Julie fût une calviniste bien tiède. Mais, plus que les obligations des siens, il y avait la résistance de son naturel bourgeois devant l'aventure d'une transplantation; il y avait le malaise qu'il éprouvait dans un milieu intellectuel « qui ne lui convenait pas »; il y avait l'inquiétude devant la vie pratique et le vœu d'une sinéoure, qui lui assurerait le « loisir philosophique », auquel il aspirait plus qu'à tout. Cette union, « voulue par le ciel », il ne songe en réalité qu'à s'y soustraire. Sous prétexte « qu'un établissement inattendu s'offrait à Biberach et rendait sa présence nécessaire », il s'enfuit à la première occasion, n'osant avouer par lettre à Bodmer « les raisons assez embrouillées, qu'il conserve in petto, mais qui sont plus impérieuses que les raisons exotériques qu'on jette au bon public »3. Pour un emploi, qu'il considère lui-même comme « incompatible avec ses autres desseins », et une « carrière à laquelle il ne paraît pas propre », il lâche « l'espoir et la consolation de sa vie »4, il abandonne Julie, tandis qu'elle se trouve à Neuchâtel5.