Bodemann : Julie Bondeli, p
à qui il devait sa place au Sénat. « Pour une couronne, assurait-il à Bodmer, il ne voudrait pas se mettre à nouveau dans une si pénible situation 1. »
En réalité il croyait pouvoir braver l'opinion maintenant qu'il était pourvu d'un « établissement solide, paisible et permanent », une des charges les plus enviées. Il était en possession d'une maison confortable, d'un traitement de mille gulden, de fonctions qui ne lui prenaient qu'une partie de son temps 2. Cependant ni les catholiques, ni ceux qui avaient été joués, n'étaient disposés à le laisser jouir de cette sinécure. Son élection au Sénat n'était rien moins que régulière; afin qu'elle fût validée, il fallait présenter le diplôme requis pour être admis sur le banc des notables. D'autre part sa nomination à la chancellerie, où il succédait à un protestant, contrevenait à l'accord d'alternance établi entre les deux confessions. A la rigueur, Wieland aurait pu changer avec le syndic, si toutefois il avait eu les titres juridiques nécessaires3. Telle qu'elle se présentait, sa situation était donc des plus épineuses. Aussi le nouveau chancelier n'en avait-il pas fini des humiliations et des chicanes. Avec une ténacité qui pourrait surprendre chez cet impulsif, il se débattit pendant trois ans, ne faisant qu'augmenter la discorde et la confusion par ses démarches, ses requêtes, ses plaidoyers et ses intrigues. Il épuisa toutes les ressources de la procédure et tous les compromis, sans venir à bout des difficultés qu'il avait lui-même suscitées; toujours prêt à « envoyer au diable sa chancellerie », mais s'y accrochant pourtant désespérément; allant jusqu'à quémander en Suisse un diplôme de complaisance ou quelque distinction honorifique, qui en imposât « à cette canaille de ville impériale »4. Il était à l'affût d'une
1. L. citée à Bodmer, du 1er oct. 1760. [Die Dichlung, p. 372 ss.)
2. D'après Lutz (p. 328), elles consistaient essentiellement dans l'enregistrement des actes civils et la tenue du registre des délibrrations du conseil. Elles ne demandaient normalement que quelques heures de travail, ainsi que la présence aux séances.
3. Pour les détails du procès, voir Springer, art. cité., p. 366 ss.
4. A. l'.i'., Il, p. 17i : « Icli arbeite mit allen Krâften entgegen, allein ich habe so viel als gar keinen Freund, Niemand liât ein Interesse fur midi zu sein, und beinahe Jedermann gewinnt enlweder wirklich, oder liolït zu gewinnen wenn ich gestiirzl werde, Von Biberach erlôsel zu sein, ware fiir mich GlUckseligkeit; aber ■vroliin, und wie ist es môglich mit Elire wegzukommen? »
Parmi les pièces du procès, données par Springer. figure le rapport établi
BIBERACH ET WARTHAUSEN 237
proposition, qui lui permît de se tirer à son honneur de ce guêpier, reprenant les projets, écartés antérieurement, de Brunswick et de Berlin, envisageant même un retour en Suisse l. A force de se remuer et de s'en prendre à tout le monde, il avait si bien gâté ses affaires que personne ne se souciait plus de le soutenir 2. Il allait succomber aux catholiques, « qui avaient juré sa perte », si, grâce à Sophie, le comte de Stadion ne lui était venu en aide et n'avait fait trancher à son profit le procès qui pendait à Vienne 3. Wieland fut enfin délivré de son « purgatoire » et ne fut plus « à la merci de ces âmes de boue de Biberach » 4.
Mais qu'il maudît cette « Tartarie », où « les sciences qui éclairent et ennoblissent l'âme, la décence des mœurs et le naturel aimable ne sont pas pris en considération » s, où triomphent « la malice, la perfidie, l'envie la plus noire », et où il doit se résoudre à « passer sa vie en travaillant aux mines » 6, il ne tenait nullement à en sortir. Il menaçait bien à tout propos de tourner le dos à son Abdère et de s'en aller vivre ailleurs 7; mais il savait déjà que nul endroit ne serait plus favorable à la vie qu'il voulait mener, à l'écart des cabales littéraires et des soucis matériels. Son procès lui avait ôté toute envie de se mêler des affaires publiques. Au surplus, n'avait-il pas assisté à la mésaventure du pasteur Brechter, chassé par sa communauté pour avoir, dans sa prime jeunesse,
par \\ . : Actenm&ssige Erzàhlung ailes dessen, was sich wegen der Parhé a
und Alternation der Ralsconsulenten-und Canzleiverwalter-Stellen zwischen beiden Religionsanteilen dieser Heil. R. Stadt Biberach von Anno 1649 bis anhero zu tra e\ : « Abgemûssigte Beschwerungsschrifl », daté dn 14 avril
1762. une plainte contre le bourgmestre el Les sénateurs en raison du peu d'erapressentent mis à régulariser sa situation el de \» retenue d'une partie de s<>n traitement.
1. A Volz, 1" mai 1761 ; A. Br., [I, p. 209 s., 162 -s., 197, 215.