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contact avec la Suisse. Coupé depuis huit ans de l'Allemagne, sans un libraire à proximité, sans correspondants, il ne lisait guère que des ouvrages français, italiens ou anglais 1. La brouille avec La Roche lui avait enlevé, pendant près de deux ans, la seule personne avec qui il pouvait avoir de temps en temps un entretien sérieux. « Je trouverais plus facilement à Tobolsk qu'à Biberach quelqu'un à qui parler des Grâces et des Muses 2. » Aussi, dès qu'il fut rétabli dans ses prérogatives de familier de Warthausen, Wieland s'empressa-t-il d'user de la faveur de Stadion pour se préparer une situation de repli.
Depuis quelque temps, il s'était lié avec un jeune professeur d'Erfurt, Friedrich Justus Riedel 3, qui lui avait offert ses services pour lui ouvrir les revues influentes de Saxe, et le mettre en relations avec son maître Klotz et son cercle, notamment avec George Jacobi, Gleim et Weisse. S'emparant avec empressement de cette chance inespérée, Wieland s'était aussitôt attaché cet apologiste bénévole, et avait surpris son amitié par la chaleur de ses démonstrations. Ainsi qu'il avait fait dix ans plus tôt avec Zimmermann, il s'était livré avec abandon à « ce frère, à ce Jonathan, à ce compagnon, que la faveur de la muse lui envoyait au moment où, comme Elie, il se croyait seul de son espèce ». Dès les premiers échanges, il crut reconnaître l'écho de son âme; il se disait enchanté du ton léger, désinvolte de Riedel. « Je vous aime comme je n'ai jamais aimé créature d'une femme, car je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui me ressemblât autant par le caractère 4. »
Cette désinvolture dans le jugement et ce dilettantisme dans le goût, c'était sans doute toute l'affinité qui pouvait les rappro-