‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 245 sur 505 · D. Hr., 1, p · texte numérisé non relu

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BIBERACH ET WARTHAUSEN 259

fort peu de chose, mais je sens aussi que ce peu vaut mieux que l'honneur de passer ma vie à travailler en subalterne dans une petite ville de Souabe, et cela pro pane quotidiano l.

Sans trop s'arrêter aux récriminations qui soulagent sa bile et exercent son humour, on sent grandir l'impatience au cours des années qui suivent son mariage. Il ne manque certes pas de jours et d'heures, « où j'oublie mes ennuis, et s'il m'arrive de tomber dans la mélancolie, si, une jarretière à la main, je me mets à la recherche d'un bon clou, je prends toujours le temps de la réflexion, si bien que je n'en fais rien, ce qui prouve péremptoirement que ma situation a de quoi comprimer les tentations de me pendre » 2. Grâce à sa manière d'envisager les choses et à son peu d'ambition, grâce « au mécanisme qui le rend poète et un peu philosophe », Wieland en arrivait à préférer aux « honneurs, grandeurs et richesses de la terre » sa situation « obscure et tranquille ». II pouvait se dire parfois « à peu près heureux »3, au milieu « de commis et de scribes faméliques, la plume sur l'oreille, ou dans la troupe de ceux qui constituent l'honorable sénat de cette ville impériale, si sagement gouvernée », drapé dans « une sorte de bien-être tragi-comico-farcique »4.

Toutefois, depuis que le succès des Contes Comiques lui offrait d'autres perspectives, et qu'il recevait des compliments flatteurs de milieux haut placés, il songeait à profiter d'une circonstance favorable pour améliorer ses conditions d'existence et jouer un rôle plus important. Parvenu à son « zénith », il ne se souciait pas « de passer l'autre moitié de sa vie à laver le linge sale de sa ville » s. Ce n'était pas de ce coin perdu aux frontières du sud-ouest qu'il lui serait possible de surveiller l'horizon et de pousser sa fortune. Il s'y trouvait oublié « autant qu'un trépassé », relié au monde extérieur seulement par Gessner et Zimmermann. Encore celui-ci allait-il émigrer à Hanovre, tandis que, en confiant à Reich de Leipzig, l'édition de ses nouveaux ouvrages, Wieland perdrait

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