D. Br., I, p
BIBERACH ET WARTHAUSEN 261
cher. Mais n'était-ce pas assez pour donner à Wieland l'espoir d'une solidarité intellectuelle et morale? Alors qu'il était pris à partie par les pédants et les pharisiens pour le badinage impertinent de ses Contes, comment n'aurait-il pas accueilli avec joie le concours d'un critique, qui s'annonçait, à vingt-cinq ans, comme l'un des chefs de la nouvelle génération? Avait-il eu lui-même, à cet âge, autant d'élan et d'indépendance? Dans la Théorie des Belles Lettres de Riedel, il croyait trouver la promesse d'un renouvellement prochain de la littérature, en réaction avec le dogmatisme universitaire et le moralisme qu'il avait combattu lui-même. Enfin, par Riedel, il était renseigné sur la situation littéraire de l'Allemagne.
Que savait-il de la « secte » de Nicolaï, de la coterie de Halle et de la politique des revues et des journaux littéraires, lui qui ne recevait d'Ulm que de rares exemplaires de la Bibliothèque de Halle, qui connaissait à peine l'existence de Gerstenberg ou celle de Weisse? Sans vouloir s'engager dans les querelles d'écoles, ni compromettre un rapprochement toujours espéré avec Lessing et Mendelssohn, Wieland n'était pas fâché de se voir présenté sous « son véritable caractère » *. Si, au lieu de son propre concours, il offrait à Klotz celui d'un Zurichois, Vôgelin, qui « brûle du désir d'en découdre avec les Berlinois, les Schleswicois et le « subrecteur » de Riga » (Herder) 2, c'est qu'il ne veut pas se risquer dans la bagarre. Il réserve sa liberté, laissant à d'autres l'honneur de le défendre. Il ne veut pas non plus d'éclat avec Bodmer : « Nos idées, nos jugements sont trop séparés pour qu'il y ait entre nous la moindre connivence; nous respectons seulement le souvenir de notre amitié 3. » Mais il désirait une réconciliation avec Uz 4.
En somme, Wieland se retranche, désireux de ne pas être impli-
1. D. Br., I, p. 176 : « Ich schmeichle mir, der Briefwechsel, der nach meinem Wunsch unter uns fortdauern soll, werde dazu dienen, dass Sie... mich nach und nach so werden kennen lernen, wie ich wirklich bin... Ich werde, wie eine neutrale Reichsstadt, diesem Kriege, so lange es môglich ist. ruhig zusehen... »
2. Ibid ■ Ich hoffe zu Gott, dass dieser Herr, wenn der Schwindel bei ihm einmal vorûber ist, und er menschlich denken und schreiben gelernt haben wird, noch einen vortrefflichen Mann abgeben kann. Ich will also auch gebeten haben, mit diesem Knaben bei Gelegenheit sâuberlich zu verfahren. » Cf. p. 180.