‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 249 sur 505 · D. Br., I, p. 184, 211 s · texte numérisé non relu

D. Br., I, p. 184, 211 s

que dans les escarmouches qui préludaient à la mêlée du Sturm and Drang, décidément hostile aux rodomontades exaltées de Gerstenberg et aux ratiocinations de Herder1, mais trop avisé pour faire cause commune avec Klotz. Chez Riedel, il apprécie l'ironiste et le philosophe. Il apprend, avec une agréable surprise, que ce fils de pasteur thuringien, évadé du piétisme et précocement porté à une situation universitaire importante 2, a débuté par des satires contre l'hypocrisie des mœurs, qu'il prépare une « Dunciade » et se réclame de l'humour de Sterne et de la morale d'Helvétius. « Tous vos jugements sur les personnes, sur les livres et les choses sont plus que je ne saurais dire dans mon sens; non, certes, que nous soyons toujours d'accord... Mais je trouve en vous les dispositions nécessaires pour devenir à trente ans... un véritable xaXôç xàt àyadoç, un juste appréciateur des choses d'ici-bas... » Que n'augure-t-il pas d'un admirateur de « Tristram Shandy », alors qu'il est lui-même sous le charme de l'humoriste. « Le don d'observation, la pénétration, le goût de l'humour, me semblent une jolie disposition à faire un émule de Lucien, de Rabelais, de Cervantes, de Chaucer, de Buttler, de Swift, de Churchill..., et vous ne devez pas résister à votre vocation 3 ». Et comment Wieland ne serait-il pas sensible à l'hommage qui lui est rendu dans les Lettres sur le Public, que Riedel faisait paraître en 1768? 4 Rien d'étonnant que Wieland place son ami au-dessus de Lessing et de Mendelssohn : « Chez aucun autre critique, je ne trouve ce véri-

1. D. Br.. I, p. 181 : « Der Mann hat einen Schuss; die schleswigischen Briefe sind ein originales Produkt eines literarischen Hasenfusses, den seine vermeinte grosse Weisheit rasen macht. Ich kann Ihnen nicht sagen, wie sehr mir vor solchen Leuten und ihrer dithyrambischen Sehwârmerei ekelt... »

2. Né à Wisselbach, un petit village de la région d'Erfurt, le 10 juin 1742, Riedel s'était tiré d'affaire très jeune, et avait pu, à force d'expédients, faire ses études à Weimar, Iéna, Leipzig et Halle. A vingt et un ans, il enseignait à léna comme « magister legens » à raison de six à huit heures par jour, ce qui ne l'empêcha pas de se livrer à une production hâtive, grâce à laquelle il fut nommé professeur à Erfurt en 1767. A dix-sept ans, il avait publié un libellé Ùber die Glûckseligkeit des Krieges und Friedens (Weimar, 1759), puis des satires imitées de Liscow : Der Trappensehiiizr ! 17115), Briontes der Drille (1765); Sieben Satyren nebst drei Anhàngrn (léna, 1765); Théorie der schonen Kunste u. Wissenschaften (1767). Les premiers ouvrages figurent dans les Sàmmtliche Schriflen parus à Vienne en 1787 (5 vol.).

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