‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 262 sur 505 · Archiv. f. Litgesch., VII, p · texte numérisé non relu

Archiv. f. Litgesch., VII, p

4. Cf. Stadler, o. c, p. 22; Proleg., III, p. 6; Bôtticeh, p. 196.

W. se servit de l'édition de Pope et Warburton de 1747, du dictionnaire français-anglais de Boyer et d'un lexique de Shakespeare que lui avait prêté La Roche. Il n'avait de l'anglais qu'une connaissance empirique, l'ayant appris de lui-même (< Meist durch's Erraten » Raumer, p. 385). Aussi regrettait-il de ne pas être à Gottingen, afin de recourir aux lumières d'Ebert ou d'Archenholz. (L. à Archenholz du 8 oct. 1760. Morgenbl., 1828, n° 167.) 11 avait même songé à av. rlir le lecteur que sa traduction devait être prise pour un essai de dilettante. (A Gessner, 30 avril 1762, Marbacher Schillerbuch, 1905

5. Gœthe : West-Ostl. Divan ; Noten u. Abhandl. (Jub. Ausg., 5, p. 304).

Aussi bien a-t-il en vue le public plutôt que son auteur. Il s'agissait de donner une idée de Shakespeare, d'offrir ce qu'on pouvait en goûter à la lecture, en évitant ce qui déconcerterait ou ennuierait. Ne se croyant pas tenu à plus de respect du texte que Warburton, n'étant en mesure, ni de le vérifier, ni de le corriger, il en prend à son aise avec des pièces qui laissaient place, comme il croyait, à l'improvisation de l'acteur. Il coupe dans les tirades d'une fantaisie débordante, il supprime des brutalités qui bravent l'honnêteté 1. Répugnant à la violence et à l'horrible, soit par délicatesse de tempérament, soit par égard pour son lecteur, il accepte la fureur d'Othello, l'égarement du roi Lear, mais non pas les ricanements d'Edgar, l'humour macabre des fossoyeurs, dans H ami et, moins encore la bouffonnerie de Falstaff et de Tobias.

On ne lui en aurait peut-être pas fait grief, sans les libertés prises avec Shakespeare dans les notes qui doivent excuser ou justifier les défaillances du traducteur, plus que les étrangetés de ce théâtre. Qu'il mette celles-ci au compte de l'époque et du parterre, et pense qu' « il faut être Anglais, voir jouer ces scènes par des Anglais et avoir dans la tête une bonne rasade de punch pour prendre plaisir à ces scènes burlesques », passe encore. Wieland peut réprouver, au nom de la bonne compagnie, « les propos orduriers, les facéties, les clowneries de bas étage » 2, encore qu'il ne lui échappe pas que « le génie de Shakespeare s'y montre dans une certaine façon aussi grand que dans les plus belles scènes de Hamlet et du Marchand de Venise » 3, et qu'il sache que la truculence, le feu d'artifice des images, le tourbillonnement intarissable de la

1. Avant Stadler, la trad. a été étudiée par M. Simpson : Eine Vergleuhung der W ielandischen Shakespeare-Ubersetzung mit dem Original, Mùnchen, 1898; H. Kôllmann : W. u. Shakespeare, Progr., Remscheid, 1896; L. Wùrth : Zu Wielands, Eschenburgs und Sehlegels Ubersetzungen des Sommernachlstraumes ; Progr., Budweis, 1897 ; R. Ischer, Euph., 14, p. 242 ss.

2. Vol. V, p. 217 : « Ein lautes Gelachter aus dem Paradies bewillkommte diesen guten Einfall, und die Absicht dieser Scène ist erreicht ». V, p. 332 : « Es sind Scenen aus Bierschenken und Bordellhâusern, in Ostadens Geschmack, nach dem Leben gemalt. VII, p. 414 : « Der Charakter des Sir Tobias und seines Freundes gehôrt in die unterste Tiefe des niedrigen Komischen... Ein Paar mussigfi, liederliche, rauschiclite Schlingels, deren platte Scherze, Wortspiele, und toile Einfâlle nirgends als auf einem englischen Theater, und auch nur da, nur die Freunde des Ostadischen Geschmackes und den Pôbel belustigen konnen. »

verve comique, la jonglerie étourdissante, que toute cette profusion d'humour et de bouffonnerie est partie intégrante du génie de Shakespeare 1. Seulement, n'ayant ni l'optique du théâtre, ni le tempérament jovial, il perd patience, il s'irrite de son impuissance à les reproduire, et il finit par tout rejeter en vrac 2. Il en vient à biffer les rôles, à résumer les scènes, à reprocher à Shakespeare non seulement ses « plaisanteries rebattues et vulgaires », ses calembours « qui seraient puérils dans la bouche d'un collégien », ses « bavardages ineptes », mais encore des négligences, et même « sa faiblesse de dramaturge », son « art rudimentaire »3. D'autres sans doute en faisaient autant, même en Angleterre, où Home contestait à Shakespeare le titre d'artiste4. Mais Wieland devait-il alors le prendre de si haut avec Voltaire?

Au vrai, ses notes ne traduisent que partiellement les réactions de sa sensibilité et de son jugement. Quand elles ne sont pas que des boutades de traducteur aux abois, elles sont des précautions oratoires à l'intention d'un goût raffiné. Pour lui, il ne réfléchit pas sur ses impressions, il ne cherche pas à comprendre ni à justifier son plaisir. Il est trop sensible pour ne pas se prêter à la fantaisie de Shakespeare, aux tonalités de son humour et de sa vision. Il voit bien que chaque pièce a son accent et son coloris, que le caractère national se retrouve dans la passion contenue, spéculative et traversée de bourrasques de Hamlet, que tout le théâtre de Shakespeare est baigné d'une vapeur mouvante et chatoyante, qui l'isole et contribue à l'illusion5. Il hésite entre des pièces d'un caractère très différent, mais qui lui plaisent également, telles que

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