‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 264 sur 505 · VIII, p. 216 (cf. ib., p · texte numérisé non relu

VIII, p. 216 (cf. ib., p

Le Conte d'Hiver, Cymbeline, Richard III; il tient Othello et Roméo pour deux des drames les plus beaux et les plus difficiles (à traduire) « de cet incomparable poète » *. Quand il parle avec recul de Shakespeare, dans Agathon, Wieland ne laisse pas de saluer en lui le poète qui, « depuis Homère, a le mieux connu l'homme, depuis le roi jusqu'au mendiant, depuis Jules César jusqu'à Falstaff, qui a fouillé le plus profondément dans son sein », sans plus se heurter à l'excentricité de son art, « qui est justement la représentation la plus naturelle de la vie » 2.

Nul doute que Wieland ne subisse la magie de cette poésie, ce qui lui permettra de sourire de la pétulance des jeunes qui, dix ans plus tard, croiront la découvrir. Le Mercure de 1773 apportera à Shakespeare un hommage aussi catégorique, sinon aussi dithyrambique que celui de Herder ou du jeune Gœthe 3. Le traducteur n'a pas manqué d'être ébloui par « la grandeur extraordinaire, la puissance, l'intuition profonde et délicate de la beauté morale », le charme du vers4. Mais il n'osait pas trop le proclamer. Et puis, il n'avait pas le loisir de s'y livrer, étant aux prises avec les aspérités de la langue, avec la résistance du vêtement poétique qui, comme la tunique de Déjanire, ne se laissait pas arracher sans écorcher le corps 5. Combien il sent vibrer le verbe, le rythme de Shakespeare, il le prouve en reculant devant l'exubérance des Joyeuses Commères de Windsor*.

Que d'autres, plus habiles, s'essaient à cette virtuosité, à cette musicalité, à cette profusion pittoresque; qu'ils cherchent à rendre les couplets lyriques, le charme magique de certaines incantations ou d'évocations féeriques, qui sont propres à la langue de Shakespeare. « Pour ne pas tout en perdre, il faudrait, remarquait-il, la langue d'un Sébastien Brandt, ou d'un auteur allemand plus ancien, une forme métrique analogue, la même vérité de sentiments et la même naïveté primesautière ; ce qui serait plus dif-

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