Ibid
flcile que de rendre en vers rimes le sonnet le plus châtié de Zappi1. » Wieland ne voit que trop bien ce qui manque à sa version de la chanson d'Edgar, dans Le Roi Lear, ou à la vaticination des sorcières de Macbeth '-. « Il s'est rongé les ongles », comme il dit, pour conserver un peu de la grâce et du fantastique du Songe d'une A'uil d'été, ou de la poignante émotion dans la complainte d'Ophélie et de celle de Desdémone3. S'il se récuse, ce n'est pas faute de sentiment, comme le lui reproche Gerstenberg 4, ni de disposer d'un instrument assez délié, comme croit Gundolf5; c'est surtout peut-être parce que, artiste lui-même, il n'a pas l'effacement, la dévotion que comporte la copie pure et simple, qu'il ne peut se renoncer complètement pour un artiste, si supérieur qu'il soit, mais qui appartient tout de même au passé et ne pouvait être rappelé à la vie, quoi qu'il fit. N'était-ce pas déjà beaucoup, que de sauver « les inestimables richesses de son théâtre, ce qu'il contient d'observation, d'intuition et de révélation »; et de conserver « un des meilleurs moralistes qui ait jamais vécu? »6 A mesure qu'il reprend conscience de son génie propre, Wieland se dégage de l'emprise shakespearienne.
Du moins l'a-t-il subie assez pour retrouver, après le dégrisement de Berne, le chatoiement et le jeu de l'imagination, qui l'empêchent de renoncer à la poésie et de verser complètement dans le naturalisme. Qu'il préfère aux fulgurations tragiques le miroitement gracieux de la fantaisie, aux émotions intenses le charme féerique, c'est sans doute son goût, mais c'est aussi l'évasion dans l'irréel 7. Plus que la vérité, c'est le déguisement, le