‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 27 sur 505 · Raumeb, p · texte numérisé non relu

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siade i. Au gré de cet arbitre, il devait être ou publié ou détruit En cas d'impression, l'auteur, qui ne se faisait pas connaître, retenait seulement dix exemplaires. N'imaginant pas avoir affaire à un débutant, Meier le fit paraître, avec une préface qui en faisait « un des meilleurs poèmes didactiques de l'Allemagne » 2.

Que l'adolescent ait « vraiment cru son système » et qu'en l'élaborant il ait pensé « servir l'humanité », on le lui accordera sans hésiter3. 11 fallait cette conviction, et tout l'élan de l'âme, pour animer d'un souffle poétique une compilation spéculative que l'ardeur intellectuelle n'eût pas soutenue. Si sa pensée avait demandé refuge au naturalisme contre le spiritualisme chrétien, elle se trouvait maintenant hésiter entre Lucrèce et Leibnitz. Sous l'influence de l'enthousiasme sentimental, l'idéalisme l'emportait. La vie s'annonçait dans un rayonnement transcendental. Toutefois, Wieland ne songeait pas à déserter dans le dogmatisme religieux ou rationaliste. Ayant renoncé à la révélation, le jeune philosophe entendait défendre la position de la science. Il n'oubliait pas les objections de Bayle et des empiristes. Il va donc chercher un compromis, sinon avec la foi, dont il est détaché, du moins avec son vœu finaliste : il affirmera la loi de la nature avec la piété de son cœur. Au seuil de l'existence, il lui faut cet accord eudémoniste 4.

De quels arguments appuyer l'évidence dont l'imagination est saisie? Le raisonnement ne peut prévaloir sur le témoignage de le conscience. Si le jeune poète philosophe a conservé quelque confiance en la spéculation, s'il admet avec Descartes « qu'on ne

1. W. avait donné l'adresse de son parent Daiser à Rottenburg, d'après une lettre à sa mère du 25 juillet 1751, publiée par Hartmann [Lit. Beilage des Slaatsanzeigers fur Wûrt, 1904, n°" 11 e1 12, p. 179). Le manuscrit aurait été envoyé à Meier en juin, et non pas en avril, comme il semblerait d'après A. Br., 1, p. 188; et le Vorbericht, 1762.

2. Mkier lit paraître le poème à Halle chez Hemmerde avec une préface datée du 27 sept. 1751, que Bodmer trouva trop «gottschédienne» (Zehnder-Stadlin, p. 490), W. ', ,-,.,, a un c\. à Bodmer le 20 déc. 1751 (A. Br., 1, p. 15).

3. Vorbericht, 1702 : «Dièses einzige ist nocli zu bemerken, dass der Poet damais sein System wirklii h glaubte; und sein Gedicht, dessen Mangel er wohl empfand, nur deswegen gedruckt haben wollte, weil er durch den Inhalt desselben derWelt ein Geschenk zu machen glaubte. » (A. Br., 1, p. 128.)

4. W, a résumé son système en tète du poème dans : Vorlàufige Anmerkungen ûher die vollkommenstc Welt, von welcher dies Lehrgedicht ein Entwurf ist.

saurait se faire de la création une idée trop sublime », il est, d'autre part, prévenu contre la sophistique des métaphysiciens. « A qui voudrait faire disparaître l'absurde de la philosophie, je recommande Bayle *... » Comme il ne peut se passer de preuves, il démontre par les procédés de l'école l'organisation providentielle de la nature. Du moins insiste-t-il sur l'argument physicothéologique. S'il réfute le scepticisme, il ne s'abuse pas sur la valeur des systèmes. La « suprême vérité ne peut échapper à qui, le regard lucide et l'esprit ouvert, se risque dans l'univers » 2.

Par l'apologie de la nature, il s'agit donc d'abord de donner de Dieu une idée plus digne que ne le fait la religion 3. Se recommandant de la Renaissance, « l'heureuse époque qui a vu se répandre les lumières sur l'Occident », il prétend dissiper les préjugés. A la tradition sacrée, Wieland ne peut pas reconnaître plus de valeur que celle d'un enseignement élémentaire, mis à la portée « du plus sot des peuples »4. Il lui oppose la Révélation qu'il croit saisir dans 1' « ordre parfait de l'univers », une révélation selon son goût d'artiste : « majesté, simplicité, beauté, harmonie, tout au suprême degré » 8.

Aussi bien ne concerne-t-elle pas « cette motte de terre que nous habitons, ni le système solaire dans lequel elle gravite », mais bien le meilleur des mondes possibles, celui qui existe au delà de notre expérience, comme la création de notre esprit 6. Une telle conception devrait donc se justifier seulement par sa beauté spirituelle, comme, par exemple, le monde pythagoricien, ou la Théodicée dont elle procède. Et pourtant Wieland est trop imprégné d'esprit philosophique, trop nourri de Bayle et sans doute de Locke pour ne pas engager la discussion, tant avec les dogmatiques,

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