‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 282 sur 505 · Vorberichtl · texte numérisé non relu

Vorberichtl

4. (iruber2, II, p. 328 s. « Was auch die Umstânde von allen Seiten auf ihn einwirken moehten, dessen ersich nicht deutlich bewusst vvurde; so folgteer doch keineswegs blind dem Zug der Umstânde, sondern fuhlte sich durch sie aufgefordert, die Vergangenheit mit der Gegenwart zu vergleiehen... Bis er hiriiber

le contraste de l'illusion avec la vérité empirique, de la finalité arbitraire de sa construction avec les inconséquences de sa conduite. Pour que la « vertu » résiste à tous les démentis de l'expérience et de la raison, il lui faut la placer par delà le bien et le mal, dans le cœur même du héros.

Ainsi l'éducation d'Agathon se fera suivant une double conception : la conception naturaliste du développement et la conception idéaliste de l'âme; pour l'une, la représentation se modèle sur la vie, pour l'autre, elle s'en affranchit, qu'elle la méprise ou qu'elle la craigne. Il s'agit, en effet, non pas de se mettre en harmonie avec le monde, mais d'accorder une conscience, de régler l'une sur l'autre la sagesse et la vertu; équilibre précaire, menacé par chaque événement, imposé par le partage de la personnalité entre la vérité de la raison et la vérité du sentiment *•. Il suppose à la fois la mobilité et la constance, la subordination de l'esprit et la liberté de la volonté, la défaite de l'idéal et la victoire de la foi dans le bien et le beau. De là le chatoiement dans la peinture psychologique, le faux jour dans lequel se présente le caractère du héros, selon la vision trouble de Wieland 2, accentué encore par le reflet des œuvres étrangères, l'humour de Fielding et le badinage de Crcbillon, la flamme passionnelle de la Nouvelle Héloise et le scepticisme voltairien.

Car, s'il ne doit pas être « sans faiblesses ni tentations, ni chair », le héros ne doit pas être non plus dénué d'esprit et d'imagination. Ne sait-il pas, par les Égarements du cœur et de VEsprit, déjouer les manœuvres de la pruderie 3, et ne tient-il pas son déguisement

sich klar und einig mit sich selbst geworden, konnte er zu keiner heiteren und ruhigen Gemiitstimmung gelangen. Er suchte die Ursache seiner jetzigen Unzufriedenheit zwar allein in seiner Lage undseinen Geschaften...;allein seine Unzufriedenheit damit nahm von dem Augenblick sichtbar ab, wo er sich in die Lage gesetzt natte, die verschiedenen Système der Philosophie miteinander vergleichen zu miissen, um das auszufinden, was Weisheit und Tugend vermôgen. In dièse Lage setzte er sich, aJs er den Plan zum Agathon entwarf... »

1. Voir l'intéressante analyse de Barbara Schlagenhaft : Wielands Agaihon als Spiegelung aufklàrerischer Vernunft und Gejùhlsproblematik, Erlangen 1935.

2. Bottiger, p. 170 : « Dièse Blodigkeit umschleierte zwar gewissermassen aile Gegenstânde mit jenem zartgewebten âtherischen Duft, der der Phantasie 80 wohl tut. »

3. Les Égarements sont cités H. I, p. 121. Le rapprochement des deux romans montre des analogies frappantes : l'éducation d'un jeune homme enthousiaste par une femme avertie, telle que la marquise de Lussay, la fausse prude; les

des Lettres athéniennes? 1 Plus encore, il a reçu son éducation sentimentale, pour une bonne part, de Ninon de Lenclos 2. Cet apport intellectuel se fond plus ou moins dans le caractère donné par la race et l'éducation première; il se compose en une conscience seconde qui cerne la nébuleuse de la vie intérieure. Son développement consistera à superposer les deux images qu'Agathon s'est formé de soi-même, à se trouver à travers ce qu'il n'est pas, tout de même que son auteur se croyait revenu au point d'où il était parti dix ans plus tôt.

conseils d'un roué. Versac peut avoir fourni à Hippias une part de sa règle de conduite. C'est une erreur de croire, dit Versac à Meilcour, que l'on puisse conserver dans le monde cette innocence des moeurs qu'on a communément quand on y entre, et que l'on puisse être toujours vertueux et toujours naturel, sans risquer sa réputation et sa fortune. Le cœur et l'esprit sont forcés de s'y gâter » (vol. I, p. 281, 297). Même le Vorbericht de 1766 rappelle la préface des Égarements, où on lit : « Le roman, si méprisé des personnes sensées, et souvent avec justice, serait peut-être de tous les genres celui qu'on pourrait rendre le plus utile, s'il était bien manié, si, au lieu de situations ténébreuses et forcées.., on le rendait, comme la comédie, le tableau de la vie humaine, et qu'on y censurât les vices et les ridicules... L'homme verrait l'homme tel qu'il est; on l'éblouirait moins, mais on l'instruirait davantage... » C'est pourquoi Crébillon veut montrer « un homme plein de fausses idées et pétri de ridicules, rendu à lui-même par une femme estimable. »

1. Un Agathon y figure, amant d'une courtisane nommée Thrazyclée. (Crébillon, Œuvres Complètes, 1779, vol. VI, p. 21, 427, 596, 673, 676, etc.).

2. Faut-il relever les échos des Lettres de Ninon dans la correspondance de W'ieland? Qu'il suffise d'indications comme celles-ci : « Si j'étais homme..., par combien de gradations je m'imposerais la loi de passer successivement et même lentement... Est-il des situations plus délicieuses que celle de l'homme sûr d'être aimé, et l'est-on jamais plus que dans ces sortes d'instants? Trouvez-vous dans l'amour quelque chose de plus enchanteur que la résistance d'une femme qui vous engage à ne pas abuser de sa faiblesse?... qui veut vous devoir sa vertu? Vous verrez comment il faut conduire une passion pour rendre son bonheur durable. Vous apprendrez par mon exemple que l'économie des sentiments est peut-être en amour la seule métaphysique raisonnable. » (Voir Hassencamp, p. 52) ou : «Voulez-vous que je vous dise ce qui rend l'amour dangereux? C'est l'idée sublime que l'on s'avise quelquefois de s'en former... Si, marchant sur les traces de nos anciens héros de roman, vous allez jusqu'aux grands sentiments, vous verrez que cet héroïsme prétendu ne fait de l'amour qu'une folie triste et souvent funeste. C'est un vrai fanatisme. Mais, si vous le dégagez de tout ce que l'opinion lui prête, il sera votre bonheur et vos plaisirs. Croyez que si c'était la raison ou l'enthousiasme qui faisait les affaires du cœur, l'amour deviendrait insipide et fanatique. » (L. II.) Il semble hors de doute que Danaé soit une Ninon déguisée, telle que W. la connaissait par Saint-Evremond et l'abbé Gidoyn. Comme Ninon, elle est une virtuose du luth et de la danse, fréquente les philosophes, possède des tableaux. Ses relations antérieures avec Cyrus correspondent à celles de Ninon avec Condé. Pour Ninon aussi, l'amour n'est ni bon ni mauvais, et se rit de la probité. Ne prétend-elle pas, dans son épicurisme, s'affranchir des « fantômes de l'imagination et des préjugés »?

C'est par la découverte qu'il fait de sa dualité subjective qu'Agathon commence son histoire. Elle se trouve ainsi dans le prolongement de la crise morale d'Araspe. Tant qu'il ne s'est trouvé en opposition qu'avec le monde, Agathon avait la ressource de s'en évader dans une vision consolatrice. Son enfance pieuse à Delphes, dans l'enchantement mystique; son rêve sentimental dans l'idylle nocturne avec Psyché; ses pérégrinations à la recherche d'une patrie et d'une vocation, l'exaltation du succès, ce sont là les antécédents d'une conscience qui est encore repliée sur ellemême, les frémissements avant-coureurs de son éveil; un jeu d'images et de sentiments qui n'agite pas l'eau profonde de la vie. Pour le tirer de sa torpeur, il lui faudra une secousse qui le contraigne à regarder autour de lui, à se reconnaître.

Jusque-là, Agathon a marché comme un somnambule dans un monde merveilleux, suscité par les fables qui ont bercé son imagination, par les mythes qui lui ont voilé la nature. Confiant dans la providentielle ordonnance de l'univers, il s'est à peine soucié des accidents du sort. Qu'il ait surpris l'imposture du prêtre Théogiton, qu'il ait échappé aux bras de l'ardente Pythie, il s'en est à peine ému. Le seul événement de sa jeunesse, ce fut, à l'appel mystérieux du cœur, l'apparition d'une ombre presque diaphane dans la clarté de la lune; ce fut, comme se séparant de lui-même, la présence d'une forme confusément semblable à son aspiration. Psyché, sa sœur inconnue, appelle à elle ses vœux diffus; elle aimante sa rêverie, oriente des pressentiments indécis; elle l'introduit dans un « monde nouveau », où la vie semble commencer \

La magie du cœur transfigure en effet la nature, l'animant du « divin amour », l'ordonnant en vue d'un bonheur éternel. Psyché perdue, l'enthousiasme fuse dans l'infini : « Il lui semblait ne rien

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