A. I, ch. V. C. I, ch. IV (H. I, p
« Die Welt schien mir ein leerer Raum ; aile Uegenslande um mich her Trâume und Schatten; Du und icb waren allein; ich sah nur Dich, hôrte nur Dich; ich lag an Deiner Brust, legte meinen Arm um Deinen Hais, zeigte Dir meine Seele in meinen Augen. »
voir, ne rien entendre, car rien de ce qu'il voyait ou entendait ne répondait à ses désirs 1. » Il se perd dans un objet que n'atteignent pas les vicissitudes de l'existence, immobile au-dessus du flux et du reflux du temps. « Je l'ai vu, je l'ai senti ! J'ai joui d'une félicité qui faisait couler les jours comme des instants, et qui donnait à l'instant la durée des siècles ! 2 » Indifférente à ce qui lui arrive, sa conscience se fixe à son idéal; elle ne distingue qu'un ordre rationnel, qu'une construction harmonieuse et divinement parfaite qui la ravit dans l'extase. Devant la splendeur du soleil couchant, Agathon oublie qu'il est exilé, livré au hasard des routes, sans ressources ni but3. Assailli par des ménades en furie, captif de bandits, il est comme étranger à ce qui lui arrive. Psyché et la sérénité de la contemplation, c'est tout ce qu'il demande aux dieux4. A défaut de Psyché, il a l'illusion intellectuelle : « Passer, sous la protection de la divinité, son existence à contempler la vérité, en communion avec les immortels6... » Rien ne doit troubler sa vision limpide : « Le souci offenserait le ciel. »
Grâce à cette tournure idéaliste de l'esprit, à ce pouvoir d'illusion, Agathon est préservé, dans les plaisirs d'Athènes comme dans les tentations du pouvoir, des atteintes de la sensualité. Le prestige de la « vertu » est tel qu'il réprime tout désir. Aussi n'a-t-il rien à regretter. A-t-il échoué dans son projet de mettre à exécution « les sublimes enseignements » des philosophes, en transformant l'État en un temple voué au bonheur éternel de l'humanité, il peut secouer tranquillement la poussière de ses sandales : tant pis pour Athènes! Il lui restait la vertu, l'évocation des béatitudes d'autrefois, pour oublier l'ingratitude ou l'aveuglement des hommes 6. Toutefois, la contradiction est telle que la raison a besoin de soutenir sa foi optimiste. Car c'en est fait de la pieuse insouciance : déjà le doute vient effleurer, comme une vague appréhension, la belle chimère. La vie ne serait-elle qu'un