‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 338 sur 505 · Neue Bibl. der Sch. Wissensch., 1, p · texte numérisé non relu

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5. Bodmer à Sulzer, 4 sept. 1765 (Zehnder, p. 418) : « Die Uzen und Gerstenberg tun ihm die verdiente Strafe, dass sie ihn nicht wieder in ihre anacreontische Kirche aufnehmen! »

ti. 11 paraîtra seulement dans Y Anthologie der Deutschen de Chr. H. Schmid, 1770, I, et dans les Poelische Schriflen de Wieland, 1770, II, p. 284 s. • — Dans les Werke, il porte en sous-titre : « In Priors Manier. » 11 s'inspire en effet d'une pièce de Prior : The doue. Vénus ayant perdu son pigeon préféré, perquisitionne avec Cupidon, tous deux déguisés en gens de justice, chez Chloé, encore au lit, ce qui

cette manière délicate, « digne du pinceau de Raphaël et du coloris du Titien », selon Heinse 1, l'humeur comique l'a emporté, c'est vraisemblablement affaire de milieu plus que de goût personnel. Sous l'influence de La Fontaine, de Hamilton, de Crébillon, le badinage prit un tour irrévérencieux 2. Mais Wieland ne s'en étonnait pas moins qu'on put parler d'une tendance épicurienne3. Le fond moral de ces contes, comme dans celui de Biribinker, restait la dérision de l'enthousiasme sentimental.

Dans Endymion, le premier en date, la satire est plus enveloppée dans la grâce du mythe. Une tendresse vaporeuse de nocturne, évocatrice de naïveté idyllique, où glisse, ainsi qu'un rais de lune, la curiosité pudique de Faîtière déesse, à la faveur du sommeil d'une nature complice; l'émoi de la vierge à la vue de l'adolescent, que les nymphes entourent d'une secrète complaisance; son approche frémissante et son trouble, la défaite finale de son orgueil : est-il motif plus séduisant pour un art du clair-obscur? Si, pour la légèreté du décor, Wieland s'est inspiré d'une œuvre italienne, la Sechia Rapita de Tassoni, comme l'a relevé la Bibliothèque de Klotz 4, il possédait, depuis son Anti-Ovide, les tons de la peinture erotique. Rien ne sollicitait davantage sa virtuosité que cette progression insensible du désir, cet effacement de la conscience dans l'extase amoureuse. Qu'au lieu de laisser à Diane le regret de son immortalité, qui l'oblige à poursuivre sa course solitaire, il rompe le charme par les sarcasmes du faune indiscret, et qu'il

donne prétexte à Cupidon de chercher sous la couverture. Wieland a également utilisé Love disarmed. Cf. Spiridion Wukadinovic : Prior in Deulsrhlnnd, Grazer Studien, IV, 1895; et Minor : Zeitschr. f. d. Philologie, XIX, p. 228. Seuffert y voit une allusion à Christine.

1. Heinse le comprit dans son Recueil de récils pour dames e( poètes. Werke (Schiiddekopf), II. p. 358.

2. Abbt, dans le c. r. de l'Allg. D. Bibl., p. 215, regrette qu'au lieu d'avoir d'une manière originale, Wieland pastiche différents auteurs : La Fontaine, Crébillon, Marmontel, etc.. — Cf. Sittenbebcer, Untersuchungen iïber Wielands Komische Erzàhlungen. Vierteljhrschr. f. Litgesch. IV, 1891, et V, 1892.

3. A. Br., 1 1, p. 266 : « Die comischen Erzàhlungen sind doch nicht epk urâisch ; doch sie mogen sein, was sie wollen. «

4. La Bibl. de Klotz, II, st. I, p. 26, a signalé la souri e et imputé au modèle le ton héroï-comique du poème de Wieland. Heinse, tout en se défendant de vouloir marquer une filiation, ne se refuse pas le plaisir d'un parallèle. Wieland a souvent suivi de près Tassoni, notamment pour la description du sommeil d'Endymion, qui rappelle celui de Cupidon. autour duquel s'ébattent les amours; dans le saisissement de Diane en apercevant le dormeur, etc.

punisse le défi à la nature, cela produit un effet de dissonance qu'il devra atténuer plus tard. Ne suffisait-il pas, au lieu de cette fin scandaleuse, de l'humiliation de la déesse, qui doit cacher au •dormeur, par un songe voluptueux, la faveur qu'elle lui accorde? 1 Mais sous l'influence de Lucien, Wieland a poussé l'ironie jusqu'à la caricature, et il sacrifie la grâce du mythe 2. La prude devait se trahir elle-même, être victime de son hypocrite rigueur : « Que les bégueules profitent de la leçon ! Pour ne pas ajouter à la confusion du beau sexe, je ne dirai pas jusqu'où Diane est tombée... mais le faune a tout ébruité3... »

Si, dans Endymion, le sentiment poétique retient encore l'humour burlesque, il n'en va plus ainsi dans le Jugement de Paris, où Lucien décidément donne la note, de même qu'il préside à la mise en scène4. Encore Wieland ne se fait-il pas faute de corser l'effronterie du modèle de salacité pironnienne, en ajoutant à la gaillardise une impertinence « qui, si elle était vraie, ferait honneur à l'esprit du juge » 5. Non content de donner à la sensualité goguenarde sa revanche sur le prestige dont le sentiment superstitieux revêt la beauté, il va jusqu'à déchirer le voile de la pudeur. D'un œil critique et impertinent, le fils de Priam dévisage les trois déesses, que leur vanité jalouse met à sa merci, s'attardant au déshabillage, appréciant en connaisseur les mérites de chacune, mais bien décidé à ne lâcher la pomme qu'à bon escient. Que sa rouerie tranche joyeusement sur la gravité du rôle, c'est surtout de la trivialité des considérants que jaillit le burlesque6. Sur la prude hautaine et sur la mijaurée précieuse, la coquette n'a aucune peine à l'emporter sans le secours de sa ceinture magique; il suffit

1. La fin, supprimée dans la deuxième édition, se trouve dans H. XL. p. 775 à

2. Dialogue des Dieux, XL Dans sa traduction postérieure, Wieland a félicité Lucien délaisseras dieux et les déesses se dédiviniser eux-mêmes. (H. XXXVII, p. 371.)

3. H. XL, p. "75 s. Klotz regrette la suppression de cette fin.

4. Dialogue des Dieux, XX : Le jugement des Déesses. Cf. Les Charidéennes (Steinbekger, o. c, p. 57). — Dès 1770, on avait comparé les textes. (Martin Kôster : Dos Urteil des Paris aus dem Grwrhischen des Lucian iiberselzt und mil der \V lelandischen Erziihlung des nàmlichen Inhalls verglichen.)

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