H. XI, p
6. Dans la lrc édit., la recherche de la trivialité est plus accusée. Abbt, dans .son c. r. de i'AJUg. d. Bibl., n'a pas tort de la trouver souvent excessive.
qu'elle se montre court vêtue, l'œil fripon sous la dentelle du petit chapeau et le sein découvert, pour encourager Paris à mettre un prix à son jugement. Ne s'agit-il pas de prouver « que la plus belle femme est toujours celle qu'on tient dans ses bras »? « Pour une seule belle nuit », le berger fait bon marché de la future Hélène. Lui reprochera-t-on cet opportunisme de vert-galant, que ne désavouerait pas l'auteur des Cerises? l
Le Jugement de Paris n'est qu'une pochade un peu chargée; par contre, Junon et Ganymède est un persiflage plus audacieux de la morale conjugale, auquel le motif d'érotisme antique ajoute une pointe de perversité. Il est vrai que Wieland, n'osant suivre Lucien, s'inspire davantage de la tradition comique, qui se complaît à la querelle de ménage 2, et qu'il détourne sur les caractères la satire des mœurs. C'est, comme on pense, l'acariâtre épouse qui en fait les frais. « Une femme querelleuse, c'est déjà, de nuit comme de jour, selon Secundus, une grande pitié; que, par surcroît, elle soit jolie, instruite, spirituelle, c'est pis encore; mais si un mauvais génie la pousse à se faire un dragon de vertu, que les Dieux viennent en aide au mari ! 3 » Mais si celui-ci fournit lui-même à la gardienne du foyer l'occasion d'une vengeance, les rieurs sont contre lui; à fourbe, fourbe et demi. C'était en outre l'occasion d'une charge assez drôle contre le platonisme 4, en même temps que contre le « cérémonial de la vertu ». Mais le beau scandale dans l'Olympe ! « Par Dieu, dit Jupiter, si les hommes savaient ce qui se passe chez nous, les hirondelles pourraient faire leurs nids sur nos statues, et les temples se transformer en bains publics, pour ne pas dire plus5... » Si l'austérité de Junon donne prétexte au dévergondage de Jupiter, l'impudence de celui-ci excuse-t-elle
1. Dès la 2e édit. (1772), Wieland a émondé le conte, sacrifiant environ deux cents vers.
2. W. a sans doute connu, avec les Dialogues des Dieux, IV et V, de Lucien, la nouvelle de Boccace (Cinquième journée, nouvelle 10), qui raconte comment un mari débauché, Pietro di Vinciole, rentrant inopinément, découvre chez sa femme un jeune garçon. Aux reproches qu'il lui adresse, elle oppose ses propres griefs, rendant le mari responsable. Celui-ci finit par reconnaître ses torts, et invite le jeune homme à rester à la maison...