‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 34 sur 505 · Ch. IV, v. 64 (A I, p · texte numérisé non relu

Ch. IV, v. 64 (A I, p

« le rideau ne se lève sur la gloire de l'éternel amour », il sait s'émouvoir de la beauté d'Aphrodite : « Déesse sortie de la mer, c'est par toi que tout vit !... tes douces lois régissent la nature 1. » Lucrèce lui laisserait-il oublier son propos? Il se souvient des heures d'abandon : « alors que le cœur sent plus vivementce qu'il possède, et que l'émoi gagne l'objet aimé, quand de l'esprit ravi la chère vision s'est emparée, au point que tout désir s'endort, qui dirait cette félicité ! 0 ciel ! » 2 II n'ignore plus qu' « Aphrodite réserve à l'initié des béatitudes ignorées à Cythère » 3. Mais, pudeur ou besoin d'idéalisation, il se détourne de la trop séduisante image vers la contemplation grave, il ne veut s'attacher qu'à l'émotion sereine que donne une « pensée céleste, enlevant l'âme à la terre humide », comme dans un chant de Rlopstock 4. S'il prête à Sophie la dignité d'une statue de Phidias5, ou la suavité d'une fiction poétique, il s'agit d'écarter l'inquiétude « qui mêle son importune mélancolie aux jours bénis 6 ». Qu'Anacréon pleure au bord d'une fontaine sa jeunesse envolée et les plaisirs perdus 7, le poète préfère s'évader dans un « des mondes intermédiaires d'Épicure ». Tel est pour lui l'accent du bonheur : sous un tendre ciel d'Arcadie, libre d'attaches, la fantaisie savoure le baiser de sa Doris, « que des âmes plus grossières ne sauraient sentir comme lui, un baiser qui verse à son âme l'apaisement » 8. Rien ne vient alors troubler l'enchantement de l'idylle : « Le ciel et la terre sourient; dans les vallées, les parfums du printemps montent vers nous; le rossignol nous berce de ses chants... » La nature étale aux yeux du disciple de Brockes et de H aller ses merveilles : « O profusion qui éblouit les yeux, ô sagesse, esprit du monde, que ton œuvre est sublime 9 ! » Virgile lui découvre plus de beautés qu'Archimède ou Euclide. « Mes yeux voient par ses yeux, mon oreille perçoit

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