‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 35 sur 505 · Ch. IV, v. 125 ss. (A I, p · texte numérisé non relu

Ch. IV, v. 125 ss. (A I, p

au rythme de son vers 1. » Wieland n'a-t-il pas appris de Meier et de Bodmer que « la fiction n'est pas moins vraie que la réalité, encore que d'une vérité restée cachée2?». Aussi bien n'est-ce pas la vérité qui lui importe le plus. « La meilleure part de ma philosophie, va-t-il reconnaître, est faite de douces rêveries, et souvent je pense qu'une chimère agréable et inofîensive vaut mieux qu'une vérité funeste, morose ou seulement indifférente 3. » De sa construction idéologique, il sera le premier à sourire : « Personne mieux qu'un philosophe ne sait combien peu de choses nous comprenons... L'origine de nos idées est un problème dont la solution est réservée à un autre monde4. » Il devine qu' « à quarante ans les choses auront changé d'aspect ». Aussi ne se fait-il pas scrupule « d'élargir par la poésie notre connaissance a priori » 5. Sans l'angoisse faustienne, ni l'émotion intellectuelle d'un Shaftesbury ou d'un Haller, il s'évade dans le jeu des idées et des images.

De la réalité, qu'attendrait-il de plus que de ce que promet le renoncement chrétien ou la sagesse antique? Socrate ne lui montre pas un bien supérieur au détachement d'Epicure. Le jeune idéaliste peut même appeler la « douce mort », qui donne accès à une plus haute sphère. « Avec quelle joie, l'heure venue, je me coucherai dans tes bras6! » Il ne pense évidemment qu'à la transfiguration mystique, à la gloire du séraphin qui approche la divinité "'. Ce n'est pas que l'aspiration balance entre la terre et le ciel, pas plus que la raison n'hésite entre le relatif et l'absolu. Mais devant l'incertitude du sort, en l'absence d'un bonheur immédiat (il déclare, dans une édition suivante, qu'il a travaillé à son poème dans une réclusion très mélancolique), il fait appel aux prestiges de l'illusion. Préservé « par sa manière poétique » d'un conflit moral, il lui est loisible « d'osciller du vrai au beau » 8. Ce qui lui permet de concilier, plutôt que de choisir. Avec ses réminiscences

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