Bôttiger, I, p. 160, 182; Merkur, 1782, III, p
7. A. Br., II, p. 347 : « Vous connaissez trop bien les humains, pour ignorer, que ce n'est que sous les apparences de la folie, accompagnée des Grâces, des Ris et des Jeux, qu'on parviendra à introduire la sagesse dans ce bas monde, et à la rendre aimable aux enfants de notre fou de grand-père Adam et de sa très aimable et très coquette moitié, qui avec toute son innocence se laissa prendre aux premières fadeurs que Satan, séducteur, qui d'ailleurs ne parait pas devoir être des plus aimables, s'avisa de lui dire. »
Qu'à sa conception ait eu part une pochade humoristique anglaise, suscitée par les mœurs d'une ville d'eaux 1, cela est d'un intérêt tout extérieur. La satire d'Anstey est dirigée contre la sottise provinciale et la tartuferie de certains milieux anglais; elle possède une note d'actualité et de satire locale, de critique tendancieuse, dont Wieland n'a que faire, même s'il s'inspire de son réalisme psychologique « à la Hogarth », de cette bonhomie enjouée et gouailleuse 2. Mais le fond de son coloris, l'accent « socratique » de son humour, c'est à « l'ami Sterne » qu'il le doit.
Yorik était en effet devenu « son homme » 3. Il exprimait, comme il semblait à Wieland, ce que lui-même éprouvait et sentait, « sans avoir pu ou voulu l'exprimer » 4 : un sentiment de la vie morale, une intuition apitoyée du cœur, qui ravit et touche à la fois5. Ce n'est pas seulement le « fondu qui tient de la suavité du Corrège », une suavité faite d'intelligence, de goût, de rire et de tendresse 6, qu'il voudrait imiter; c'est avant tout l'attitude souveraine de désinvolture et de tolérance, de misanthropie sympathique. Grâce au ton tristram shandique qu'a pris son esprit, Wieland essaie de se divertir de même, aussi longtemps qu'il plaira à Dieu, des hommes et de soi-même 7. Un ton qui tient du « Socrate et de l'Arlequin » 8, où la rancune qu'il peut nourrir se fond dans les regrets du départ, de la fermeture définitive de Warthausen, d'une période révolue de sa vie.
Est-ce pour cela que l'auteur hésite à se dessaisir de son manuscrit, en vue de la belle édition que lui prépare Reich, avec des cuivres d' « Oser »? 9 Mais le professeur de philosophie éprouvait
1. The new Bath Guide-Memoirs of the Bl-n-d-r-d family in a séries of poetic epistles (2e édit ., 1766). L'auteur est Christofer Anstey ; cf. Bôttiger, I, p. 258; Morgenbl., 1813, n» 129 à 133; Gruber 2, II, p. 427.
2. Walter Maier : Christofer Anstey und der New Bath guide (Heidelberg, 1914). A. Barbeau : Une ville d'eau anglaise au XVIII" siècle, 1904.