‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 369 sur 505 · orbericht · texte numérisé non relu

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conservant à la fantaisie la mesure de la forme. Tandis que s'unissent les tonalités les plus disparates, le langage noble de l'épopée chevaleresque et celui de la galanterie précieuse, le bouffon et le naturel, les termes étrangers et les locutions triviales, en une diversité qui en imposait à Lessing 1, le rythme « dithyrambique » se plie à tous les mouvements de la verve et de la réflexion. Une versification libre, qui ne veut être qu'une prose animée, comme l'expression la plus juste de l'humeur enjouée, laquelle, à défaut de naïveté, se donne pour « le produit de l'art, de l'imitation, d'une application qui, à force de travail, devient naturelle, c'est-à-dire presque imperceptible » 2. On comprend le ravissement de Gleim et de Jacobi 3, et que Y Almanach des Muses ait félicité Wieland d'avoir si bien réussi à « allier l'imagination italienne à la philosophie anglaise », que l'Allemagne n'avait plus rien à envier aux pays étrangers pour ce qui était du genre héroï-comique 4. Mais le Nouvel Amadis trouvera-t-il beaucoup de lecteurs, pour le suivre dans cette désinvolture? Mayence, comme on verra, menaçait de ne plus couvrir suffisamment son professeur d'Erfurt 5.

Mais l'audace n'en témoigne que davantage de la sincérité subjective de cette ironie. Elle était le biais par lequel la conscience de Wieland échappait au conflit avec le monde, en s'établissant entre la raison et la nature, s'accordant la seule forme d'illusion dont pût s'accommoder le sensualisme sceptique, une illusion lucide « de clair-obscur ou de clair de lune », qui lui « cachait bien des défauts et lui rendait les beautés plus touchantes » 6. Quoique aussi « idéale » que l'enthousiasme le plus décidé, elle ne lui cachait plus le réel; elle le tenait seulement à distance par un déguisement folâtre. De cette attitude de refus et d'abandon, de cette demi-évasion dans la vérité empirique, Wieland va tirer une sagesse, la « philosophie des grâces ».

1. Cf. Fullborn, Aus Leasings I.eben und Nachlass, III, p. 184. Cf. Loebeli., o. c, p. 198.

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