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Pour avoir raison d'un visionnaire, il suffisait de l'œillade d'une Chloé; mais il appartenait à la messagère des Grâces, une fois confondue l'imposture de ces prétendus moralistes, de conduire Phanias par les sentiers fleuris de la poésie.
Si Wieland n'a pas affublé sans quelque humour son jeune idéaliste du manteau de Diogène, en souvenir de la profession de vertu qu'il avait faite à Zurich, il était déjà trop détaché de sa jeunesse pour accentuer l'allusion l. Son apprenti philosophe s'est retiré du monde par dépit, après avoir dissipé sa fortune. Il essaie de l'ascétisme jusqu'au premier sourire de la fortune. Il boude la joie auprès de deux maîtres, qui, au premier abord, devaient faire hésiter sa vocation. Était-elle plus encouragée par le stoïcien qui fait parade de sa logique, ou par le mage qui affecte de vivre en pur esprit? 2 Pas plus la froide raison que l'enthousiasme mystique ne pouvaient faire oublier à Phanias la joie de vivre. Le personnage d'un Timon ne se soutient pas à vingt ans en dépit de quelques déboires. Wieland en était arrivé d'ailleurs lui-même « à penser sur le christianisme comme Montesquieu sur son lit de mort; sur la fausse sagesse des esprits sectaires et les fausses vertus des fripons, comme Lucien; sur la morale spéculative comme Helvétius; sur la métaphysique, rien du tout »3. Pour sa deuxième conversion Phanias n'attend que le retour de Musarion, de qui il se croyait abandonné; il n'a plus qu'à couper sa barbe, dont il parait sa contrition.
Il apprend qu'on ne gagne pas le cœur d'une Musarion par une passion ombrageuse. Elle s'était dérobée au désir de son amant
1. A. Br., II, p. 371. — A propos de sa philosophie nouvelle, Wieland écrivait ù Bodmer : « In der Tat wiirden Sie selbst und aile meine alten Freunde zu 2iirich gewaltig betroflen sein, wenn ich wieder zu Ihnen kommen, und Ihnen zeigen konnte, dass ich immer der Wieland bin, den Sie ehmals geliebt haben ; nur um ein gut Teil kâlter, gelassner und malgré moi-même, dazu gestimnit, die Dinge dieser Welt (wie meine Musarion und ihr Phanias nach seiner Bekehrung) in einem Lichte zu betrachten, welches wenig von demjenigen verschieden ist, wiirin ichdieSpielemeinesldeinen noch nicht zweijâhrigen Mâdchens betrachte... ■
2. Faut-il donner aux masques un caractère individuel, comme le (ait Asmus? (Euph., V.) Il s'agit évidemment de types dont les principaux traits sont donnés par Lucien. Cleanth rappelle le Thrasycles du Timon, et leZenothemis du Banquet Théophron tiendrait son caractère du Pyth*goras, dans les Doctrines à l'encan, avec quelques traits de I'Ion du Banquet.