‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 374 sur 505 · Musarion, III ; Hempel, IV, p · texte numérisé non relu

Musarion, III ; Hempel, IV, p

promesse de la minute fugitive; ils se transporteront dans le jardin des rêves, « où Pomone élit domicile avec Flore et les Zéphirs »; ils s'égareront dans les bosquets « où la grave pensée se mêle aux jeux et aux ris; un petit ruisseau ombragé d'ormes les invitera à la sieste, et, sous une tonnelle, le vin qu'ils boiront avec le voisin d'Horace, sera comme un nectar; un corps sain, un esprit libre, un cœur apaisé, un front sans nuages... » 1.

Est-ce beaucoup plus que n'accorde la nature? Mais cette modération est moins sagesse que charme. Elle a effacé de la conscience l'ombre de la résignation. Elle n'est pas l'acceptation du destin, mais une façon de le tromper, en rehaussant le présent. Une perspective, dans laquelle le monde, sans se changer en Elysée, ni en Enfer, ne laisse pas de prendre une coloration plus engageante disposant à l'indulgence et à la gratitude; une disposition qui concilie et qui isole à la fois. Telle est bien la mission d'une Musarion : elle incline au contentement sans exiger d'effort. Si elle ne refuse pas son estime au héros et au saint, elle détend l'âme dans l'enchantement. Au lieu de stimuler aux entreprises audacieuses, d'exalter le courage comme Zenon, ou l'imagination comme Platon, elle cultive dans le cœur les qualités dont se pare l'existence. « Le jardinier ne développe-t-il pas l'humble fleur des champs pour en faire 'a somptueuse parure des jardins? »

Tout son enseignement est dans sa forme achevée. Elle persuade par la mesure de son geste, par la souplesse de sa démarche et l'ingénuité de son esprit. Elle est ce qu'elle paraît : tendre et réservée, enjouée et loyale, ironique et fragile, sûre d'elle-même parce qu'elle ne dépasse pas son naturel. Comme elle tient à la liberté plus qu'au plaisir, à la santé plus qu'au ravissement, elle dispense moins de faveurs que de joie spirituelle; elle libère le sentiment en bannissant la réflexion. Comme le voulait Ninon, elle soumet le carpe diem au rythme de la grâce 2.

Que Wieland y ait été gagné par Winckelmann ou par Watelet, il tendait de lui-même à cette esthétisation de la raison morale. « Un

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