Ibid., p
6. A. Br., II, p. 332 s. Weisse, dans une L. à Uz du 20 sept. 1770 (Morgenbl., 1840, n° 287) ne cache pas sa déception : « Er (Wieland) ist voll von sich selbst, dass man, um seine Gewogenheit zu haben, nichts tun als ihn bewundern ; und er lobt sich selbst so sehr, dass er einem, zu seinem Lob etwas zu sagen, nicht viel ubfig lâsst... Ich glaube nicht, dass er ein schlechtes Herz hat, aber er scheint noch in seinen Grundsâtzen und seiner Denkungsart so ungewiss zu sein, dass er sich oft widerspricht. »
D'ailleurs, dans son entourage de cuistres et de moines, la préoccupation de sa sécurité l'emportait, aussi donna-t-il congé au génie badin jusqu'à des jours meilleurs. Quelques incidents l'avertirent du danger, pour la jeunesse, d'une trop rapide émancipation. « Dieu sait s'il est bon que tant de jeunes gens soient gagnés par nos écrits à l'amour dangereux des muses!... », écrivait-il à Gleim l. Le procès de l'étudiant Schwarz, dont il sera question au chapitre suivant, mettra 1' « Ordre des Grâces », qui s'était fondé à Erfurt sous les auspices de Wieland, en mauvaise odeur 2. Le paganisme poétique fermentait dans les veines de ces jeunes gens comme un vin nouveau. Heinse ne rêvait-il pas d'une révolution qui ferait de Wieland le prieur de la Chartreuse de Coblence, où les religieux seraient remplacés par Musarion et son cortège de Grâces? « C'est alors que nous pourrions ensemble célébrer les anciennes fêtes helléniques consacrées à Cythère, Diane, Apollon, aux Grâces et aux Muses!.. Par mon amitié pour toi, je crois que nous rendrions plus service à l'humanité que les têtes creuses qui s'y trouvent ! 3 » Wieland se rendit compte à quel point il est difficile dans la vie de ne pas transgresser « la ligne de beauté », et que les Grâces elles-mêmes risquent de la manquer, « se trouvant plus souvent dans la société de Vénus que dans celle de Minerve » 4. C'est tout de même d'elles que sa philosophie d'Erfurt tient la bonhomie souriante qui la recommande aux honnêtes gens et lui donne accès dans les cours.