CHAPITRE XI A L'UNIVERSITÉ D'ERFURT
Ce n'est pas sans quelque humour que l'auteur d'Amadis et des Grâces s'installa dans la première chaire de philosophie de l'Université d'Erfurt \ Le plaisant contraste que la considération officielle dont il était l'objet, avec la prévention dédaigneuse de ses collègues, contraints à lui faire bon accueil ! Il était sous la protection directe du gouverneur, un seigneur jovial à la manière du nègre Tulpan, « réellement aimable, à la vieille façon, franc de collet (!), plein de cordialité, haïssant les façons » 2, et bientôt si achalandé qu'il dut changer de demeure, louer « une des plus belles maisons avec un beau jardin »3. Il se trouvait un personnage, même pour la Bibliothèque générale, qui changeait de ton à son égard. « Qui ne me louange pas! Me voilà, grâce au ciel, un grand homme 1 Songez à ce que cela représente!... Les bougres! Comme si je ne l'étais pas il y a deux ans aussi bien qu'aujourd'hui ! 4 » Sa situation s'annonçait des plus tolérables. « Si tout cela est de durée, mandait-il à Sophie, j'espère d'avoir raison d'être satisfait de mon sort 5. »
Il s'agissait cependant pour lui de s'acclimater, ce qui n'était pas une petite affaire, « tant il dépendait du baromètre et de l'hygromètre, du chaud et du froid, du vent et de la lune, et de mille autres circonstances » 6. Rien de moins avenant que cette plaine
1. Boxbergf.r : Jalirb. der kgl. Acad. gememniitziger Wissensch. zu Erfurt, 1770, 9 N. F. H. VI,. -I Schi i/.i Maizier: Wielandm Erfurt (1769-1772), Diss. Miinchen,1919.