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plate et monotone, où ne lui apparaissait « pas un endroit propice à une ronde, si ce n'est pour des sorcières »; rien de plus morose que cette ville à demi dépeuplée, qui végétait sous la tutelle débonnaire des prélats mayençais. Dépossédée de son ancienne importance, elle n'était plus qu'une étape entre Francfort et Leipzig, sous la garde d'une citadelle presque démantelée, où une petite garnison autrichienne voisinait avec un couvent de bénédictins. Dans ses murailles trop larges pour ses seize mille habitants, la ville croupissait autour de ses églises et de ses couvents. « Jamais, jamais les Grâces n'ont regardé ce chaos de pierres effondrées, de ruelles tortueuses, d'églises minables, de grands potagers et de maisons en torchis! » Qui n'avait pas, comme Anton Reiser, une âme religieuse, sensible aux souvenirs de Luther et d'Eckhart, ou bien au recueillement des cloîtres, se défendait mal contre l'ennui et la fadeur des choux-fleurs, des fèves et du cresson 1. Aussi la perspective d'y finir ses jours ne souriait-elle pas à notre poète souabe, malgré l'exemple de Meinhard 2. A peine arrivé, il envisageait déjà les moyens d'en sortir. Il s'y trouva bientôt d'ailleurs aussi isolé qu'à Biberach, n'était la société de Riedel, qu'il prit en pension, et qui devint « sa seule ressource ». A moins d'être bambocheur comme lui, il fallait renoncer à sortir. Les dames du bon ton, à l'en croire, « ne valaient pas la plus impertinente des filles de Bambo » 3. Quant au pro-prince, il était loin de posséder l'esprit et la bonne grâce de son frère, le sémillant Emmerich-Joseph, qui tenait à Mayence la cour la plus galante du Saint-Empire. Si tant est qu'il servît de modèle à l'archonte Anacradias des Abdéritains 4, on comprend que Wieland préférât boire en famille les bouteilles d'Assmannshâuser, que le gouverneur lui faisait parvenir à l'occasion.
Pour l'Université, il avait affaire surtout au conseiller Genau,
1. Bahrdt : Geschichte seines Lebens..., 2e vol. — Voir les impressions de K. Ph. Mor.iTZ, dans son Anton Reiser. — Par contre, Heinse écrit le 9 oct. 1769 (Schiïddekopf, IX, p. 2) : - Der Aufenthalt daselbst ist fur mich voll Vergnijgen und Wollust, und selbst die Grazien und Musen konnten mich auf keinen
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