Lettres de S. La R. (27 nov
a l'université d'erfurt 409
une autre université 1. Cette perspective s'était déjà évanouie lorsqu'il donna suite à l'invitation des La Roche, installés à Ehrenbreitstein, en face de Coblence, en mai 1771.
Après deux années d'Erfurt, il avait besoin de cette échappée, pour retrouver, au sein de l'amitié, « son amour naturel pour l'humanité » 2, et pour se retremper, lui si sédentaire, si harassé de travail, dans quelques semaines de vacances ensoleillées au bord du Rhin. Il arriva le 13 mai, avec le jeune Fritz La Roche, dans la belle demeure située en face de la résidence, et à peine installée, où s'étaient donné rendez-vous pour l'attendre un cercle d'amis, les deux frères Jacobi, accourus de Pempelfort, Leuchsenring, toujours friand de scènes pathétiques, le conseiller Kerpen... On imagine, par la relation de Fr. Jacobi3, l'arrivée du voyageur, abasourdi de son long trajet, et secoué d'émotion :
Tout son corps se met à trembler; ses muscles se gonflent, ses yeux s'éclairent et brillent, sa bouche s'entr'ouvre; un instant il reste figé; puis, d'un geste brusque, il jette son chapeau derrière lui, s'avance en chancelant vers Sophie, qui lui ouvre les bras. Au lieu de s'y précipiter, il lui prend la main, y cache son visage, tandis qu'elle se penche sur lui avec une mine céleste, et, d'un ton que ne pourraient imiter ni une Clairen, ni une Dubois : « Wieland, Wieland, lui dit-elle, oui, c'est vous... vous êtes toujours mon cher Wieland! » Redressant alors la tête, il regarde les yeux mouillés de son amie, puis la laisse retomber sur son bras. On sanglote, on rentre au salon, dans une émotion délirante.
« Voilà qui vaut la peine d'avoir vécu ! Quel que soit le nombre des jours sombres et tristes, une heure comme celle-ci compense tout! » aurait déclaré alors Wieland.
De cette quinzaine passée en visites, en fêtes, en heureuse insou-
1. Lors de son voyage à Leipzig, l'été précédent, W. avait peut-être essayé de se faire nommer à l'Université. — Cf. Hassencamp, p. 219.