I. Contrat social. 2« partie, chap. XI
être, il s'est proposé de les ramener à la loi de nature dont ils se sont écartés. « Ils sont nés pour la liberté; ils se persuadent que la liberté est la condition première du bonheur et du perfectionnement des êtres raisonnables, et pourtant ils restent partout esclaves K »
Les perturbations de son pays lui donnent l'occasion d'intervenir, et de vérifier la conception qu'il s'est faite du gouvernement d'une société. Il attend cependant, comme le lui conseille Dschengis, que le sort ait marqué nettement « de quel côté est le meilleur droit » 2. La fortune des armes appelle le futur réformateur « du côté du droit et de l'honneur », c'est-à-dire de la révolution. C'est à la tête du « parti national », que Tifan se fait légitimer par l'a assemblée nationale ». Non sans appréhension, il accepte le trône, auquel il est porté comme « le meilleur », éprouvant « combien il est dangereux que la destinée d'un grand pays dépende du caractère d'un seul homme » 3. S'il faut une tête à l'État, du moins serat-elle sans auréole.
Le premier souci de Tifan va être de lier la volonté du prince, afin de sauvegarder les « droits sacrés de l'humanité ». Si, par prudence, son mentor le dissuade d'établir une constitution qui, par la séparation du législatif et de l'exécutif, limiterait radicalement les attributions du trône, il octroie cependant une charte qui, sous la formule patriarcale, n'en vise pas moins au même but. Sans doute la nation s'est livrée sans conditions à sa conduite; « elle doit considérer le roi comme son père... veut-elle davantage, veut-elle s'arroger le droit de restreindre son autorité, de faire la loi à sa place, de régler elle-même ses affaires, qu'a-t-elle alors besoin d'un roi? Si elle sait se gouverner, elle n'a que faire d'un guide, d'un tuteur » 4. Est-ce à dire qu'elle doive rester éternellement en tutelle? Wieland, qui connaît Montesquieu, n'aurait peut-être pas fait éviter à Tifan « cette faute capitale » de donner à l'État une forme intermédiaire entre la monarchie et la démocratie, s'il n'écrivait