‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 468 sur 505 · H. XXXII, p · texte numérisé non relu

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Rousseau », il avait confronté avec humour, semblait-il, le despote et le philosophe, sans donner délibérément l'avantage à aucun d'eux. Chez le Shah Gébal n'apparaissait pas moins de bon sens dans sa jovialité conventionnelle que chez son sermonneur. Empirisme dédaigneux et désenchanté d'une part, où se perd le goût de l'autorité; raison discursive de l'autre, balancée entre la logique et le sentiment; c'était bien l'image de cet esprit partagé entre la réalité et la chimère. Pas plus que dans Agathon, il ne se dégage de sa dialectique subjective. Il oscille de l'évolutionnisme de l'Encyclopédie au pessimisme chrétien, de la civilisation à la nature, sans trouver en lui-même sa détermination. Au lieu d'un roman politique à la façon de Bélisaire, ou même d'un ouvrage didactique tel que le Télémaque 1, Wieland n'a composé qu'un conte philosophique dans le style de Voltaire, ainsi que l'indiqueraient le costume frivole et les procédés de l'ironie. A la légèreté spirituelle donnée aux questions les plus graves, à la fantaisie de de la composition et à la qualité de l'expression, dont l'auteur aimait à se prévaloir 2, il devait son succès non moins qu'à sa matière. Plutôt qu'une oeuvre de combat, c'était une œuvre de moraliste et de littérateur.

1. Le Miroir d'Or n'a pas été compris dans les romans politiques par Kleiswachter. dir Staaisromane, Wien 1891, ni par R. V. Mohl : Gesch. u. Lit. d. Staasttvissensch. I, p. 165 (Cf. Vogt, o. c, p. 6 s.).

2. VoirGRUBER2, III, p. 64 s. Dans une L. àGebler(D.Br., II,p.50s.),W. donne le style du Goldner Spiegel comme un modèle de simplicité et de vérité, tout au moins en ce qui est du dialogue. Voir aussi Thaluayr : Vber Wielands Klassizitât, ■Spracht und Stil. Pilsen, 1894.

Aux abords de la quarantaine, alors qu'il allait « franchir son méridien », Wieland atteignait au terme de son développement. Il avait trouvé sa forme spirituelle, non pas par l'effet de la vie, mais « en laissant le monde jouer avec son esprit » l. Dépris de ses illusions, il accédait à la retraite philosophique qu'il s'était souhaitée dès sa jeunesse, à l'abri des « coups du sort » et des responsabilités. S'il s'en trouvait « plus indulgent, plus tolérant et plus équitable », il n'en continuait pas moins à dérouter ses lecteurs par le faux jour de sa pensée, oscillant du scepticisme sentimental à l'idéalisme rationaliste, et par une certaine ambiguïté, qui faisait douter de sa sincérité 2. Ne donnait-il pas à entendre que la vérité, de même que la vertu, était un « je ne sais quoi », insaisissable, quoique évident comme la lumière? « Elle est partout pour qui la sent, pour qui élève son sentiment jusqu'à la pensée, organise sa pensée en vision harmonieuse, et sait exprimer sa vision », même si chacun « n'en perçoit qu'un aspect, ne la voit que par derrière, ne surprend que la frange de son vêtement, et dans un éclairement particulier » 3.

Alors qu'il se disposait à agir par son Mercure sur la culture de l'Allemagne, il lui fallait sortir pourtant de sa circonspection, de peur de rester, comme son Cador du Miroir d'Or, en butte aux

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