Was ist Wahrheit (H. 32, p
reproches des uns et aux attaques des autres. Il venait de se heurter à Vienne à des préventions, qu'il pouvait bien ignorer, tant qu'elles ne se produisaient que dans quelque obscure gazette de Hambourg ou de Brunswick *, mais plus dans l'entourage de Joseph II. A Weimar, il aurait encore à compter, comme il savait, avec les cabales de la cour. Les concours qu'il avait envisagés, avec Jacobi, pour sa revue, parmi lesquels Lessing, Herder, Kant, se dérobaient. Il s'était manifestement rendu suspect par le chemin sinueux qu'il avait suivi. Comme il ne pouvait plus se confiner dans son « existence de termite », il avait à s'expliquer, une fois de plus, à rendre compte, pour chacun de ses ouvrages, des circonstances dans lesquelles il avait été composé, puisque, comme il l'assurait, on ne saurait lui rendre justice sans connaître « l'histoire de son âme » 2.
Mais ce témoignage, que seul il était en mesure de fournir, pourquoi l'a-t-il retenu jusqu'à sa mort, après l'avoir si souvent promis? 3 En eût-il été empêché « par une insurmontable pudeur physique et métaphysique » 4, si, avec tout son désir de se montrer tel qu'il était, il n'avait hésité jusqu'à la fin à se reconnaître? Sans doute, Goethe l'a constaté, il avait, plus qu'aucun écrivain de l'époque, rapproché, dès ses débuts, son œuvre de sa vie, cherché à unir l'homme et l'écrivain, si bien qu'il restait poète dans son existence quotidienne, de même qu'il se sentait vivre en composant 5. Et pourtant, l'image qu'il regardait dans sa conscience « comme un simulacre inaltérable » 6, elle n'était rien moins que le
1. Dans Erfurt. Gelehrte Zeit., janv. 1772, Wieland répondit à ces critiques Cf. A. Br. II, p. 345, 351 et D. Br., I, p. 238.
2. Unterredungen mil dem Pfarrer... (H. 32, p. 223. A. 14, p. 30 : « Die Geschichte meiner Seele und die Geschichte der Gelegenheit, Art und Weise, wie jede derselben vom Jahre 1751 an bis jetzt entstanden ist, gehôrt gewissermassen unumgânglich dazu, wenn die Welt... in den Stand gesetzt werden soll, jede in ihrem vvahren Lichte zu sehen... » Dans le Vorberichtder Poetischen Werke, 1770, Wieland demandait qu'on les considérât comme les < Geburten eines unreifen Verstandes und einer noch nicht gebandigten Einbildung », et comme des documents biographiques. Cf. Roth, I, p. 218; Arch. f. Litgesch. 4 (à Lavater, 1775).
3. Dans le Mercure de 1787, W. annonce des « Authentische Beitrage » pour sa biographie. De nouveau, dans le Vorbcricht der Werke, 1794 (H. 38, p. 658). Ea 1797, il promet encore à Gôschen des « Memorabilia ».