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vœu de sa nature. Ce qu'il avait longtemps pris pour son idéal était un fantôme prompt à s'évanouir 1. Wieland avait même, à certains moments, désespéré de se voir autrement qu'en caméléon, changeant de couleur avec l'entourage « alors qu'il n'était cependant ni jaune ni vert, mais transparent et blanc ». En 1776, il voudra encore assurer à Lavater qu'il n'est « ni un Hippias, ni un Épicuri de grege porcus », ni un « roseau qui tremble au vent », mais bien « un homme naturel » 2.
C'est ainsi qu'il a appris que la vie est problématique, et que, pour juger d'un caractère et même d'une action, il faudrait en connaître tous les motifs et toutes les conditions, jusqu'aux « ressorts les plus secrets, cachés au fond du cœur et qui échappent à l'observateur le plus scrupuleux de soi-même 3 ». Il s'était efforcé en vain d'accorder « sa tête et son cœur », l'expérience et son aspiration morale. Au lieu d'une croissance régulière, il avait dû « évoluer en spirale autour d'un axe », paraître tour à tour mystique et libertin, platoniste et épicurien, idéaliste et naturaliste.
L'époque y était sans doute pour quelque chose. D'autres en ont souffert plus que lui. « Quel écrivain de quelque renom, constate Gœthe, ne conviendrait pas avec une mélancolique modestie, d'avoir eu souvent à regretter qu'il ne lui eût été possible d'adapter son génie à une culture nationale, qui par malheur n'existait pas » 4. Mais Wieland a poussé hors du terroir, comme une plante de serre. S'il a touché, par son éducation, au piétisme et au rationalisme, son esprit s'est, de bonne heure, dégagé des grands courants spirituels. Il s'est formé en marge de l'université, et sous un climat étranger. Ses années les plus décisives pour son développement, il les a passées en Suisse. A son retour dans sa petite patrie souabe, il s'est trouvé presque coupé de l'Allemagne jusqu'à sa maturité. S'il s'est plaint souvent de manquer d'horizon, au cours de son existence besogneuse et harassée 5, il doit à cet isolement,