‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 68 sur 505 · A. Br., I,p · texte numérisé non relu

A. Br., I,p

Dans son monde utopique, le destin est sans rigueur, l'existence n'a plus de gravité 1. C'est là que se réveillent, d'une mort apparente, ses deux amants persécutés par un pouvoir tyrannique, et qu'ils peuvent mépriser l'éclat du trône et les prestiges de la fortune 2. Ce paradis de l'ingénuité ne s'ouvre d'ailleurs qu'aux cœurs purs. N'ayant fait encore que d'apprendre, que d'aspirer, Zemin et Gulhindy se rencontrent avec ravissement, croyant reconnaître leur rêve 3 : une illusion que Wieland ne se lassera pas d'évoquer, avant qu'il ne la parodie dans son Koxkox et Kikequezel 4. Quand l'esprit a épuisé ses curiosités et que les sens sont rassasiés, il y a encore la surprise du cœur : c'est ainsi que Zohar, prêt à sombrer dans le pessimisme, se retrouve comme au sortir d'un mauvais rêve dans les bras de Mirza. « 0 sagesse, règle mes sentiments ! Qu'ils s'attachent au seul plaisir digne d'être recherché... Tu me réconcilies avec la nature, dissipant les brumes qui me voilaient sa beauté 5.»

Même quand elle assombrit le ciel, la passion est sans geste tragique. Si Melinde se fane à l'ombre d'un cloître, c'est que le rêve de ses dix-huit ans a été déchiré par un Lovelace impie 6. Et la Séréna des Malheureux s'évade sans effort d'une réalité qui a trahi son espérance, lui interdisant le bonheur. Que cette aventure soit un avertissement pour Sophie 7, elle n'est chargée que de mélancolie, car le cœur a son recours mystique 8. Si elle ne répare pas les torts de la vie, la mort ouvre de nouvelles perspectives. Le mariage, qui fait obstacle ici au bonheur terrestre,

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