‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 9 sur 505 · Holstein.o. c, pp · texte numérisé non relu

Holstein.o. c, pp

3. D'après son condisciple Hermès, qui logeait dans sa chambre (Beiblatt jiir Magdeburg. Zeilg., 1882, p. 338) : « Wieland war ein wohlgesitteter, fleissiger Schiller, seinem Lebensalter durch einen ungewôhnlichen Ernst schon entwachsen. Weder in den Freistunden noch bei genieinschaftlichen Spaziergftugen mischte sich der spaterhin so frohsinnig heitere Dichter mit seinen Mi tschiilern ; mit wissenschrtftlic.il ernslen ' lespràchen siichle er iniiner die Salie der I .lu. t. zeigtc auch im Ausseren pie VViirde reiferer Jahre, indem er eine gar statUiche l'erriicke trug. i (Cité par Steinberger, p. 20.)

4. A. Br., I, p. '18 : « Unterdessen meditirte ich doch immer, glaubte ni. lits ohne Prûfung, und fiel endlich in Zweifel wegen der Wirklichkeil < "><it tes, die mir vicie Tranen und schlaflose N acide kosteten. »

N'accusons pas ses directeurs : tous n'étaient pas bigots, et, en sa crise de conscience, Wieland eut, dans le pasteur Raether, un guide prudent et compréhensif, qui en appelait à son cœur conlre ses angoisses, persuadé qu' « après bon nombre de tours et de détours il trouverait le bon chemin » K Ne doit-il pas à la confiance d'un autre, le recteur Knapp, communication du dictionnaire de Bayle, dans lequel il se plongea avec une curiosité insatiable 2? Rencontre dont l'effet ne sera si décisif que parce qu'elle arrivait à son heure. Ce que l'adolescent pouvait surprendre d'insidieuses objections stimulait son esprit : il se procura des ouvrages de Fontenelle, de d'Argens, de Voltaire. Peu de chose, sans doute, puisqu'aussi bien il lui fallait se débrouiller seul, tant bien que mal dans notre langue, s'étant privé, par un incident de classe, des leçons du lecteur de français. N'importe, il allait à la maraude dans la philosophie du siècle, avec ou sans scrupules. N'entreprit-il pas, en grand secret, un pastiche du Pygmalion de Saint-Hyacinthe, justifiant par la naissance de Vénus l'hypothèse atomistique de la nature? S'il songeait vraiment à la publier en français, à Leyde, « pour faire tomber le bandeau de l'erreur et hâter le progrès des lumières 3 », c'est que la démangeaison littéraire l'emportait sans doute sur la malice libertine. Avec raison, Steinmetz ne prit pas trop au sérieux cette incartade 4.

Rétrospectivement, l'auteur en jugea mieux : « Toutes les idées et connaissances, dont on s' attachait à bourrer mon âme, passaient au travers ou bien se transformaient en une matière poétique. Tout ce que j'étudiais, métaphysique, morale, science de la nature, politique, tout devenait pour moi épopée ou drame; tandis que le maître, avec une mine de mystagogue, expliquait la monadologie de Leibnitz, se développait dans mon imagination le plan d'un

1. A. Br., I, p. 48; Archiv f. Litgesch., XIII, p. 486. Wieland lui sait gré de l'avoir préservé de la pédanterie et de la bigoterie qui régnaient à Klosterberge.

2. Raumeb, p. 384. L'éd. de Gottsched parut de 1741-1744. Cf. Lichtenstein : Gottscheds Ausgabe von Bayle s Dictionnaire. Heidelberg, 1915.

3. A. Br., I,p. 48; III, p. 382; Archiv. f. Litgesch., XIII, p. 493.

4. En rapportant l'incident à Bôttiger, Wieland semble l'avoir dramatisé. (Raumer,p.382) :«Eswurdeein fùrchterlichesBlutgericht iiber diesen verruchten SOnder gehalten... ». Il ne serait pas resté à Klosterberge, où l'on aurait conservé, dit-il, quantité de vers de sa main. Cf. Archiv f. Litgesch., XIV, p. 56; Zeitschr. t. d. Philol., XIX, p. 224 s (Steinberger, p. 22).

poème sur Vénus naissant de l'écume de la mer » a Des idées il se jouait comme des formes, pour le plaisir de construire. Qu'il mette quelque désinvolture à exploiter son Brucker 2 ou à taquiner le dogme, il goûte surtout l'activité de sa fantaisie, l'artifice. Il ne se regimbe pas, il se dérobe. Aussi peut-il paraître mystique et philosophe, et donner déjà une impression de duplicité3.

De fait, l'esprit se détache, pris au mirage de la pensée. « Je me proposais alors de devenir le premier des disciples de Spinosa, un libre-penseur pour la tête et le plus honnête homme pour le cœur4. » A travers la littérature latine, explorée librement « en son âge d'or et d'argent », c'est l'image héroïque du monde antique qui le séduit. On sait le prestige de la culture classique dans les établissements même où elle était tenue pour « la partie honteuse» de l'enseignement, comme dit le biographe de Winckelmann. Qu'à Klosterberge, les études ne souffrissent pas de la bigoterie ambiante5, cela est attesté par un cahier scolaire6, où l'étudiant, dans ses traductions et ses sujets de discours, fait montre d'initiative et d'indépendance, qu'il prenne la défense des Pyrrhoniens,

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