Agathon, I, en. 6 (H 1., p
3. Racmi il p. 376. Rambach : Betrachtungen iiber dus ganze Leiden Christi (1730). W. se souvient de l' horreur que lui inspirait l'évocation de la Passion par ce piétiste de Halle. Scri\ br : Unschàtzbarer Seelenschatz (16
4. Grubbr* 1, p. 14. Cf. l'i loge de Broi kes dans Merkw, 1773, II, p. 223; 1782, IV, p. 67; 1797, I. p. 86. Cf. : Irdisches Vergnihgen in Cou, bestehtnd in physikaliseh-und moralischen Gedichten, dont si\ parties avaient paru en 1739. Un choix fui donné par Hagedorn el '.'. il 1738. Voir Brandl, B. II. Brockes, nebst Briefen an Kônig und .1. J. Bodmer
bien attardé aux soirs d'été dans quelque coin solitaire du jardin, il s'essayait à moduler sa fantaisie, cependant que l'initiation technique tâtonnait dans les traités de Hubner et de Gottsched l. Il commençait à transposer, à se chercher ailleurs et à s'amuser de son déguisement. De tout ce qu'il a pu versifier en cachette, imitations descriptives, hymnes religieux, cantates, livrets d'opéra même, sans parler d'un essai épique : la Destruction de Jérusalem, d'après le Massacre des Innocents de Marino, que Brockes avait traduit il ne subsiste que deux pauvres pièces de commande, destinées à des fêtes de famille 2. Ces premières ébauches, l'auteur les a-t-il sacrifiées à son père, peu favorable à cette dissipation poétique3, ou bien à son goût propre, quand, après trois années d'absence, il se retrouva dans sa chambre d'enfant4.
A la fondation de Francke, à Halle, le pasteur avait préféré, pour la préparation à l'Université, l'institut piétiste de Klosterberge, aux portes de Magdeburg, sans doute pour son régime moins sévère aux intérêts profanes, qu'il voyait, non sans préoccupation, sinon avec quelque fierté, s'accuser chez son fils5. Non pas seule-
1. Gruber2, I, p. 15; A. Br., I, p. 46 : « Ich liebte die Einsamkeit so sehr und brachte oft ganze Tage und Sommernâchte zu, die Schônheit der Natur zu empfinden und abzuscliildern. » Cf. Raumer, p. 378 et Bôttiger, p. 186.
2. A. I., p. 1-3; cf. Proie?., MI., p. 27, et VII, p. 4 : Irène Wunderlich : Euph. XXIII, p. 173 ss. Ces deux compliments en alexandrins sont adressés, l'un au vieux pasteur Gutermann, à l'occasion de son jubilé, et l'autre à sa grand-mère Marie-Christine Kick.
3. A. Br., I, p. 47; Raumer, p. 381 : « Wielands Vater hatle gar keine Freude an der leidigen Versmacherei des Sohnes und hinderte seine Musenliebschaft oft auf aile Wege. So, sagte Wieland, hatte auch ich das Schicksal Tasso's und Ovid's. » Un peu plus tard, il assure à Bodmer que son père, « der seine Jugend in Halle zu den Fussen der seligen Theologen Francke und Lange zugebracht hatte, und von der Wolffischen Philosophie erst in seinem Predigerstande sic h einen guten Begriff erworben », a fini par tolérer, et même par s'intéresser aux essais poétiques de son fds (Euph. Ergzh., 3, p. 83).
4. Un premier autodafé eut lieu en 1750, lors du retour d'Erfurt, un deuxième en 1772 (Raumer, p. 380. Cf. Freundesgabcnjûr Burkhardt, p. 125; Funde, p. 168).
5. Dans sa demande de bourse, le pasteur W. écrit : « Ich hofîe demnach die verâchtliche Idée eines Versmachers werde wegfallen. Wer die Fùrtreftlichkeit des Namens, ein deutscher Poet zu zein, nicht versleht, der tut wohl wenn ersich nicht abgiebt, sondern Urteile der gelehrten Manner sich zur Richtschnur... erwahlet. «Cet te bourse à laquelle Martin pouvait prétendre parson «schônes Talent und fahiges Ingenium », avait été fondée par le grand-père maternel Brigel, en 1747; elle ne lui fut pas accordée. La demande, renouvelée en 1750, resta également sans effet. Pour se rendre à Tûbingen, il n'obtint qu'un secours de moindre importance. (Springer, art. c, p. 232 ss.; Steinberger, o. c, p. 37.)
ment ce penchant au jeu de l'imagination, qui pouvait n'être qu'un divertissement passager; mais aussi une ardeur spéculative, allumée aux controverses théologiques et à laquelle la rencontre d'un Dictionnaire philosophique a donné l'essor x : autre moyen d'évasion pour une conscience en formation.
Quand, au printemps 1747. le jeune étudiant s'en fut à Klosterberge, il ne savait encore s'il serait pasteur comme son père, ou juriste comme son arrière-grand-père 2. Mais c'était déjà la séparation des siens, la fin d'une « existence simple et frugale, en une nature presque patriarcale », où il était acclimaté; à quatorze ans, il prenait déjà la charge de son destin 3.
Passant à Magdeburg, en 1805, Goethe considéra longuement un groupe de tilleuls séculaires, non loin des murs, qui ombrageaient la vénérable école. « C'est là que Wieland, songeait-il, a passé dans le recueillement sa tendre jeunesse, et établi les fondements de sa culture littéraire... Le monde a peut-être besoin, dans sa légèreté à courte vue, de ces foyers de lumière et de chaleur, pour ne pas se figer et s'étioler dans ses errements égoïstes » 4. Le vieux couvent conservait effectivement, comme Saint Afra et Pforta, sinon dans ses bâtiments, ruinés par les guerres de la Réforme, du moins dans son sol, la cendre encore chaude d'une longue tradi-
1. Raumer, p. 376, signale un dictionnaire philosophique de Schneider. S'agirait-il des « Fundamenla Philosophiez rationalis » de Friedmann Schneider (Halle, 1737)? Cf. Funde, p. 164.
2. Pour le pasteur, il s'agissait bien d'études théologiques (A. Br., I, p. 47); mais, de lui-même, l'étudiant pourra se décider pour la philosophie, sans se heurter à une opposition catégorique. Tout de même, à Tubingen, il passera du droit à la préparation d'une carrière académique (Cf. Bôtticer, 1, p. 217; Morgenb!., 1839, p. 382).
3. W., de bonne heure, a pris conscience de l'importance de son éducation première pour la tournure de son caractère; dans une L. autobiographique à Meister (A. Dr. 111, p. 381) : « Dieser Umstand, verbunden mit der damaligen grossen Frugalilàt und Simplicitat der Lebensart und Sitten an diesem Orte, mit einer Art von Naturleben, in einer sehr anmutigen Gegend... hatten grossen Einfluss auf meine erste Bildung. »
4. Annalen, 1805 (Jub. Ausg., Bd. 30, p. 161). Sophie L. R. évoquera de même le séjour de son ancien fiancé à Klosterberge. (Schattenrisse abgeschiedener Stunden, p. 216).
tion spirituelle5. Joachim-Justus Breithaupt y avait installé le piétisme et les méthodes pédagogiques du Waisenhaus de Halle l. Son successeur Joh.-Adam Steinmetz, développa son œuvre et, depuis 1732, attira à l'institution, à côté d'une clientèle bourgeoise, une élite aristocratique, dont les von Stolberg-Wernigerode, von Arnim, von Bismarck, von Zinzendorf, le futur général von Kleist, tant par la réputation de son talent de directeur, que par sa piété 2.
Il fait effectivement assez grande figure parmi les pédagogues de l'époque. Persécuté en Saxe comme son maître Joh. Arndt, pour ses tendances religieuses, il avait été recueilli par le roi de Prusse, qui le plaça à la tête de l'évêché de Magdeburg. A Klosterberge, il accentua le caractère pratique et moderne de l'école, créant un musée d'histoire naturelle, des ateliprs, un séminaire d'instituteurs. Est-il responsable du prosélytisme et du zèle hypocrite de certains maîtres ? Bigot, certes, mais non sans quelque largeur d'esprit et un fond d'honnêteté humaniste, il ne faisait pas grand cas, selon quelques témoignages, des airs contrits et de la religiosité pleurnicharde. C'est ainsi qu'il sut défendre l'élève Wieland contre un fanatique 3.
Si l'on doit juger du ton de l'institution par l'éducation donnée dans celle de Francke 4, il faut faire la part de l'exaltation et de la mômerie, qui accompagnent généralement l'incitation méthodique à la sainteté. En réagissant contre le dogmatisme scolastique, le piiHisme favorisait un subjectivisme mystique, qui donnait prise à l'affectation. De Halle, selon un proverbe, on revenait piétiste ou athée 5. Au lieu de vivifier l'activité de l'âme, la contrainte pouvait la faire dévier ou la refouler.
1. Sur Klosterberge, H. Holstein : Geschichte der ehemaligen Schule zu Klosterberge, Leipzig, 1886. {N. Jahrb. fur Philos, und Pàdagogik, 1885).
2. « Verbesserte Méthode des Pedagogii regii » (1721). Cf. Vorbaum, Evang. Schulordnungen, III, p. 214 ss.
3. Cf. Bernhardy : Joh. Adam Steinmetz in seinem gottseligen Leben (1840).
4. Raumer, p. 381; H. Funk : Aus Rings Tagebuch, Archiv. f. Litgesrh X 1 1 1, p. 486.
5. Cf. Paulsen, Geschichte des gelehrten Unlerrichts, 3. Aufl. (hg. von Lehmann), 1899, I, p. 611 ; et Hertzberg : A. H. Franke und sein Hallisches Waisenhaus (1898).
6. Fr. Nicolai : Vber meine gclehrte Bildung, 1799; Reiske, élève au Waisenhaus, note qu'il se sentit porté à l'athéisme par l'abus de la prière, et qu'il ne s'est jamais rétabli complètement de ce « saut vers l'abîme ». (Paulsen.)
Quand Wieland arriva à KJosterberge, la grande vague de sentimentalisme religieux était sans doute passée. Tandis que s'éteignait la voix de Joachim Lange, Jacob Baumgarten introduisait à Halle un autre esprit : Busching, Spalding et Semler en témoigneront. Avec Gottlieb Baumgarten et le jeune Samuel Gotthold Lange apparaît le goût profane de l'esthétique, de la poésie. Quelques années encore, et Winckelmann, élève de Baumgarten, songera à enseigner à KJosterberge la logique de Wolff. De Meissen, Lessing venait de sortir, et Klopstock de Schulpforta. Un peu d'air vif pénétrait aussi à KJosterberge 1. Le règne de Frédéric II avait commencé.
Toutefois les esprits étaient encore étroitement surveillés. La vie scolaire se partageait entre les exercices religieux et les études, excluant les arts d'agrément et les jeux 2. Ce n'était pas pour effaroucher notre jeune clerc, qui y continuerait son effort personnel dans une semi-indépendance. Ne se sentait-il pas au-dessus de ses condisciples, porté aux entretiens sérieux avec ses maîtres, dont il recherchait la société3? Qu'il commençât par se conformer, et qu'il pliât docilement à la pression des zélateurs, jusqu'à tomber lui-même dans les transes, c'est le fait de sa réceptivité naturelle autant que de l'enthousiasme. Sa ferveur rivalisait au début avec celle des plus illuminés, et se montait à l'extase. Il lui arrivait alors de prendre la lune, apparaissant derrière les arbres, pour la flamme du jugement dernier. Il suffît de quelques indiscrétions, qui firent tomber le masque de certains dévots, pour le dégriser 4. Comment ne pas glisser alors dans la critique et le scepticisme?
1. Cf. Waldemar Kawerau : Aus Halles Literaturleben, Halle, IS88; et Karl Justi : Winckelmann und seine Zeitgenossen (3. Aufl., 1923).