‹ Ça et làChapitre 1 sur 46 · II · texte numérisé non relu

II

s DANS LA MONT.IGItE.

disparaît, lui et sa demeiirfv Qu'est-ce que Thomme? On est toujours étonné de la petitesse de cet être.

« Mais, reprit le chanoine, pas si petit !

« Là où nous allons, qu^ind un pauvre tombe malade, un propriétaire, à tour de rôle, quitte son lit et le donne au pauvre, qui devient Jésus-Christ souffrant.

« Cette charité pour les pauvres est la loi générale de la contrée ; elle a créé des usages touchants et augustes. Non-seulement les pauvres malades sont soignés, mais on fait dire des messes et on se relaye devant l'autel pour obtenir leur guérison.

a Certaines paroisses font la fête des pauvres. Ce jourlà on les rassemble tous à table, et la table est bien fournie. Tout le monde a contribué pour le festin ; une confrérie, dont le curé est le principal membre, sert les convives. Trouvez-vous cela si petit?

a Ces petits hommes vivent en relation constante avec Dieu et les saints. Le mois de janvier se passe ordinairement sous la neige ; il est consacré aux saints dont oi invoque le secours contre les fléaux qui menacent les campagnes.

« Il y a un saint pour les maladies des gens, un autre pour celles des bestiaux, un autre pottf la e'}nsefvation des biens de la terre, un autre qui retient l'avalanche, lin autre qui écarte rincendie.

DANS LA MOffTAGNE. 9

• Sainte Agathe est la gardienne de ces murs de sapin et de ces toits de chaume. Elle s*acquitte bien de son office. Sans doute la maîtresse de la maison ne se couche pas sans avoir tout visité au dedans et au dehors ;

« Elle a fait le signe de la croix sur les cendres du foyer ; elle a disposé en croix, devant Tâtre, la pelle et les pincettes. Mais, contre tant de dangers, la meilleure f^récaution est de prier sainte Agathe !

a II est rare que le feu prenne dans ces pieux villages des montagnes ; il éclate fréquemment dans les plaines et dans les villes, où les prières sont remplacées par les assurances contre Tincendie.

« Tous nos paysans connaissent la religion et l'histoire de la religion. Dès que Tenfant sr : lire, c'est lui qui lit chaque soir la vie du saint à la famille assemblée ; il rend compte du prône entendu le dimanche.

c L'enfant sait pourquoi il est sur la terre, à quelle destinée Dieu l'appelle, quels devoirs lui sont imposés. Avez-vous rencontré beaucoup d'hommes de lettres et beaucoup d'hommes d'État qui en sachent autant qu^ ces petits des petits 1

« Parce qu'ils sont humbles et parce qu'ils croient, les miracles obéissent souvent à leurs vœux. Ua infirme se lasse de ne pouvoir plus uAvailler : il se traîne dans

4 DANS LA MONTAGnS.

réglise; il sait que tout est possible au Dieu de toute bonté.

t Plein de foi, h demande sa guérison. S*il ne l'obtient pas, telle est donc la volonté de Dieu, et le chrétien soumis se retire sans amertume. Mais plus d'un, laissant au pied de l'autel ses béquilles, s'en est allé guéri.

t Oui, dans les splendeurs et dans les monuments des villes, dans les académies, partout où Thomme a multiplié ses ouvrages et étalé son orgueil, là, souvent, je me suis émerveillé de la petitesse de l'homme! Ici, où je vois les vertus des humbles, j'admire sa grandeur.

t Ce que fait l'homme par lui-même est peu de chose, et il se rapetisse encore dans ces petits ouvrages dont il tire sottement vanité. Mais, lorsque je le considère parmi les œuvres de Dieu, lorsque je vois le soin que Dieu a pris de son domaine ;

< Quand je pense que Dieu lui a donné ces montagnes, et le thym et l'hysope qui les fleurissent, et cette terre forcée de devenir féconde sous sa main, et cet air qu'il respire, et ces eaux puissantes, et tous les étref dont elles sont peuplées ;

« Quand je vois que ce roi de la terre connaît sa faiblesse, et que ce possesseur de la terre dédaigne son trésor et se connaît un royaume meilleur, vers lequel il aspire ;

€ Alors je le trouve grand, plus grand que toute la création ; et je loue et j'honore le chef-d'œuvre de Dieu la créature de Dieu qui parle à Dieu, qui aime Dieu, qui passe ici-bas pour aller à Dieu.

f Je loue et j'honore cet enfant de Dieu qui travaille à conquérir son royaume éternel; qui, dans ses plus TU&es épreuves et dans se^ plus sombres misères, ne cesie pas d'être assisté par les saints, d'être servi par les anges,

t Et qui ne saurait tomber si bas qu'il ne puisse encore, faisant à Dieu même une sorte de commandement auquel Dieu obéira, lui dire : «Père qui êtes au ciel, aidez-moi ! »

« Certes, Massillon, devant, le cercueil de Louis XIV, avait raison de crier : « Dieu seul est grand! » Et toutefois, en vérité, en vérité, l'homme est grandi L'homme «st le grand ouvrage de Dieu. »

DANS LA HOMTAGNE.

iS8 PIEtRBS VIVANTES.

ux approches du village, nous vîmes le curé, assis sous un arbre, son bréviaire à la main. Des femmes descendaient de la montagne, portant de grosses pierres qu'elles déchargeaient à ses pieds.

« Quoi 1 monsieur le curé, on travaille le dimanche, et sous vos yeux? — Servir Dieu n'est pas œuvre servile. À Celui qui chez nous n'avait plus où reposer sa tête, ces femmes font la charité d'une maison.

t Les pierres qu'elles vont chercher dans le flanc de la montagne, où les chariots ne peuvent pénétrer, rebâtiront notre église en ruines. Tous mes paroissiens, sans en excepter un seul, ont ainsi travaillé pour édifier la maison du Seigneur.

« Nous respectons le repos des animaux, et nous mettons h profit le dimanche, parce que les travaux de la

DANS LA MOMAGNK. T

terre sont pressés. Nous avons néanmoins chanté la messe; nous chanterons vêpres d'un cœur joyeux !

« Nos péch-és ont lapidé Jésus : en portant à la sueur de nos fronts ces pierres pour la gloire de Jésus, nons demandons la rémission de nos péchés. Chrétiens, ne vous scandalisez pas de ce travail d'amour et de pénitence, mais priez pour nous.

« Que cette église bâtie de nos sueurs et de nos repentirs s'élève en peu de jours et dure de longues années ! Que nos tombes s'ouvrent dans son ombre bénie ! Que la foi des enfants s'y alimente de la foi des pères! *

Du village, d'autres femmes partaient pour relayer celles d'en haut. Elles étaient en habit de dimanche, alertes sous Tardeur du soleil. Elles nous saluèrent gracieusement. — Filles de Dieu, priez pour nous !

Au logis nous trouvâmes plusieurs curés. Chacun voulut conter en l'honneur de sa paroisse quelque trait analogue à ce que nous venions de voir. — 0 pères et patteurs ! gardez bien le trésor que Dieu vous a confié.

Demeurez tels que vous êtes, et ne craignei rien. L'ennemi ne vous ravira pas vos paysans.

Comment ces hommes droits haïraient-ils le prêtre bon et pur qui les aime, qui les console, qui les secourt, qw

s DANS LA MONTACIIB.

est plus instruit qu*eux, meilleur qu'eux, et qui se fait leur serviteur?

Dieu a pris ses sûretés contre le péché. H a mis dans la nature humaine un fond de justice qui résiste à toute corruption.

Rarement un homme peut descendre à ne plus admirer ce qui est beau, à ne plus aimer ce qui est bien, à ne plus croire ce qui est vrai.

En vain le vice et le sophisme s*y appliquent. Tout leur succès sur les individus ne parviendra pas à dégrader jusque-là rhumanité tout entière.

L'humanité ne peut tout entière et complètement appartenir au mal. Dieu la ressaisira par cette impuissance sublime.

il! aOMARS.

e Y oici, nous dit le chevalier, ce qui 8*est passé dans cette maison aux volets verts qui regarde le lac pardessus son petit mur de briques roses drapé de clématite

et de jasmin d'Espagne. Dans tout le pays il n'y a point d'histoire plus tragique ni de maison plus gaie.

« La comtesse avait vingt ans. Elle était très-belle, pieuse, modeste, intelligente. Le comte était riche, bien fait, d'un esprit peut-être un peu froid, mais galant homme, plein de religion et d'honneur.

« Un parent, un élégant qui parlait bien, qui dansait bien, qui montait bien à cheval, l'élégant que tout le monde a vu, — un sot, — s'introduisit dans cette maison et rêva d'en troubler le bonheur, c'est-à-dire l'innocence.

« Il apporta quelques mauvais livres. L'inattentif mari ne comprit pas le danger; la femme lut avidement, en provinciale qu'elle était, par cette belle raison, trèsstupide et de grand usage, qu'une femme du monde doit connaître la littérature du monde.

« J'en ai vu des plus femmes de bien, et du plus haut rang (je ne dis pas du plus haut emploi : dans les «nplois on trouve d'étranges figures); j'ai vu de vraies duchesses, de vraies marquises, fleurs de nom et de race, jeunes mariées, jeunes mères, pleines de fierté,

« Qui lisaient madame Sand, M. Hugo, M. de Musset, ft bien d'autres. Et même, — 6 poètes, humiliez-vous! — leur goût secret et leur admiration étaient pour

10 BANS tA MONTAG.NK.

M. Sue. (( Ci^est un infâ/uc, disent-elles, mais Ton doit avouer qu'il écrit bienN

a Voilct ce que j'ai entendu, moi, des propres descendantes de ces jeunes filles pour qui Racine écrivit Ealker et Alhalie, Il y a encore une France, il y a encore quelques Français; mais des Françaisa^ peut-être qu'il n'y en a plus !

« Les Françaises parties, que restera-t-il ? Que tirera le monde des Moscovites et des Autrichiennes qui jouent les comédies de M. Caraguel ? Mes amis, les femmes s'en vont! La lillérature les emporte. Elles continuent délire des romans lorsqu'on leur a montré les auteurs. Connaissez-vous l'histoire de Balzac à Turin ?

« Balzac vint à Turin, et on lui donna des fêtes. Vous avez rencontré ce gros homme, d'un aspect assez trivial. Son aplomb parut l'assurance du mérile. J'entrai dans une maison noble où l'on venait de le régaler. C'était l'heure des encensements. Balzac reniflait tout d'un air dédaigneux et qui disait : « Encore ! »

t L'auteur de Mie Prigioni se trouvait là. Ce bon Sil vio, la politesse même, voulut aussi complimenter le héros. Il ne savait trop comment s'y prendre. «Monsieur, lui dit-il, sans doute que, peignant tant de vices, voui vous êtes pourtant proposé un but moral? »

«Silvio pensait lui fournir l'occasion de faire briller sou

BA>S LA MONTAGNE. il

esprit et d'en réparer un peu les erreurs. « Ma foi, mon- , sieur, répondit Timpudent, je me suis proposé de me faire quarante mille francs de rente. J'en ai déjà vingt mille. »

« Il croyait dire une gentillesse. Pourtant cette grossièreté révolta. On le lui fit sentir; il ne s'en tira pas magnitiquement. Il s'éteignit et ne put se rallumer de toute la soirée. Mais les femmes continuèrent de lire ses livres, au grand détriment de leur cervelle.

« J'ignore si ma pauvre petite comtesse avait lu Balzac ou si elle admirait davantage madame Sand. Ce que je sais trop, c'est que sa pauvre tête partit. La voilà prise d'une passion violente pour le lâche faquin qui s'était introduit dans sa maison.

« Elle n'a pas cessé d'être vertueuse. Cette passion lui fait horreur. Sans trouver le courage de fuir, elle combat, elle prie, elle pleure. Elle ne quitte les églises que pour s'enfermer dans soti oratoire. C'était ce petit pavillon qwe tapisse un églantier. Combien de soupirs ont entendus les roses?

« Tout le monde voit que la malheureuse soufifre et se meurt, et nul ne devine son secret. Celui qui la lue redouble le poison, dans l'attente d'un triomphe prochain. Son triomphe sera terrible. — Moins affreux pourtant qu'il n'a l'ignominie de l'espérer 1

1S DANS LA MOr^TAGNB.

c La jeune femme est obsôdée, elle se ienl perdue. Voulant à toul [)rix sauver l'honneur, Ra laison firchit, sa vertu lui inspire un héroïsme criminel. Enfermée dans le cabinet où elle se retirait pour peindre, elle s'empoisonne avec les couleur:» dont sa palette était chargée.

« 0 Dieu de miséricorde ! Notre Père qui est dans les cieux avait entendu les plaintes de celte victime. Il prit sa vie en expiation, mais il ne voulut pas la frustrer de ses combats et de ses larmes. Il permit que les premières atteintes de la mort lui ramenassent sa raison.

c Elle se confessa d*un cœur ferme et contrit. Elle dit au comte : « Consolez-vous. Je meurs d'un coup de folie où vous n'êtes pour rien. Je vous honore et je vous aime ; depuis que je suis à vous, je n'ai pas cessé de vous honorer et de vous aimer. »

« Ainsi elle mourut, dans les tortures, mais pure, repentante et tranquille, donnant un pardon plein de pitié, recevant un pardon plein d'amour. Son âme, arrachée par un dernier effort, laissa sur ce beau visage le sourire de la réconciliation.

« Le mari ne sut rien. 11 pleura sincèrement. Plu» tard, un amour romanesque, -- il y en a encore dans ce pays, — est venu remplir son cœur. A travers le mur de briques roses drapé de clématite et de jasmin d'Espagne, TOUS entendez les cris joyeux de ses enfants.

« L'autre, je ne sais ce qu'il est devenu. Je ne sais où il a porté ses élégances et son cours de littérature moderne appliquée. Je l'ai rencontré dans le monde, un an après la mort de la comtesse. Il était fort galant, fort brillant, non marié. Dieu patientait encore !

€ — C'est très-bien, chevalier, dit le peintre, et votre histoire, passez-moi le jargon de mon métier, ne manque pas de couleur... Si la pauvre jeune femme s'est empoisonnée avec du cobalt, elle a dû souffrir épouvantablement.

t Mais une chose ici me gêne et me dérange, et je ne suis pas édifié comme je le voudrais. Cette femme était chrétienne, elle priait : expliquez-moi comment la religion ne l'a pas guérie de sa folie.

« — La religion ne nous empêche pas toujours, malheureusement, de donner prise au diable. C'est ce que la comtesse avait fait en lisant ces mauvais livres. Lorsque le diable a prise, il prend, et il tient.

t Cette raison, la prise de possession du diable, n'est pas reçue du monde. On ne veut rien expliquer par là. Les chrétiens eux-mêmes, qui demandent sans cesse à Dieu de les délivrer de l'empire de Satan, semblent penier qu'ils récitent une formule vaine.

« Pour moi, je crois que le diable est un ennemi véri-

ii DANS LA MOnTACriB.

table que nous avons ici-bas, et qui fait quantité de choses habiles pour nous entraîner plus ba^. i'-ous dcvoni le chasber par le jeûne, par la prière et par la confession.

t Un jour, dans ma jeunesse, une jeune fille très-respectable me scandalisa fort : elle avait dit naïvement devant moi, à une de ses compagnes, qu'une femme doit « fuir les occasions « pour sauver sa vertu.

« Quelle vertu, me disais-je, qui craint l'occasion ! Bl devrait-elle savoir qu'il y a des occasions? » Je la regardais comme quelque chose de moins qu'une pécheresse. « Il ne faut, pensais-je, qu'une occasion. »

« J'ajoutais d'éloquents discours contre les mattresset mprudentes qui avaient contaminé cette innocence jusqu'à ce point de sagesse abjecte de savoir que la créature est fragile et doit se garer de l'occasion.

c J'en ai rappelé. J'ai vu les effets de l'occasion ! Si notre pauvre petite comtesse s'était souvenue de fuir l'occasion, au premier mouvement déréglé de son cœur elle aurait mis l'ennemi à la porte.

c Elle n'aurait pas achevé de lire le premier mauvais livre, elle n'aurait pas ouvert le second. Vertueuse comme elle était, une bonne et sincère confession l'auraii tirée de ces vils dangers

« Enfin, son histoire me paraît un véritable cas de possession. Qui sait comment le diable prend possession d'une âme ? Nous ne sommes point confesseurs, nous ne pouvons débrouiller ces mystères en autrui.

« Pour ce qui me regarde, peut-être que j*ai su le faire. Étudiez-vous bien, vous en saurez autant, et répétons les uns et les autres avec plus de vigilance : Ne nos inducas in tentationem. — Sed libéra nos a malo^ acheva le peintre. — Amen^ dis-je à mon tour. »

d'uk pindv.

A l'entrée de la ville, au bord du lac, en vue des

montagnes, il y a une belle place où se donnent les fêtes, où jouent les enfants. Elle est plantée de grands arbres et entourée de belles bandes de verdure. Le côté de Thiver, caressé du soleil, est abrité du vent ; le côté de l'été cstpleia d'ombre et de fraîcheur.

16 DANS LA VONTACrfE.

Ce matin, j*ai vu qu'on y dressait une sorte de petite charpente : deux poteaux élevés de sept à huit pieds, éloignés de quelques pas, et réunis en haut par une traverse. Un brin de peuple, assemblé là, regardait avec une attention animée. Je demandai ce que c'était. On me répondit : « C'est la potence. »

Sous ces beaux arbres, au milieu de cette verdure, cette petite charpente ne me parut pas répondre à ce grand nom. Je voyais la potence comme dans les croquis de Callot : un seul poteau, colossal, au milieu d'un site féroce, avec sa grappe de pendus baissant la tête, haussant les épaules, frétillant des jambes

N'est-ce pas l'image que vous vous en faites, belle lectrice? La poésie s'en va de partout. Voilà que le bourreau lui-môme cherche ses aises. Plus d'ampleur ! Ah î mesdames, conservez bien vos modes ! Sa besogne faite, le bourreau démonte la potence, l'emporte sous son bras, la serre dans un coin de sa chambre.

k cette potence mesquine, on a pourtant, vers le coup de midi, ajusté un homme. Vous plairait-il d'ouïr une histoire de pendu? On ne parle pas d'autre chose aux environs. Avant-hier le gendarme qui garde la frontière m'a dit : « Je ne vous plains pas : vous verrez pendre ! En France nous n'avons plus de ces disiractions-là. »

Le pendu te nommait Simon. Il ayait assassmé un

BArVS LA MONTAGNE. 17

camarade qui revenait au pays pour se marier. Ce n'était point vengeance ni jalousie, comme vous êtes en train de le croire. C'était simplement et vilainement pour voler au camarade une petite somme que celui-ci destinait à monter son ménage.

Le coup fait, Simon eut bien le courage de dépouiller la victime et de lui voler encore ses habits : pièces à conviction dont il prenait soin de se munir ! Ces scélérats, si fins à combiner le crime, savent toujours mettre la justice sur la voie. Les pécheurs ne se montrent guère plus avisés.

Le meurtrier rentra en Suisse, d'où il venait. Pendant six mois il vécut de diverses industries misérables, tourmenté de ses remords, plein de terreurs le jour et la nuit ; persécuté en même temps du désir fou de revenir aux lieux où il avait versé le sang. Il y revint. On l'arrêta sur l'endroit.

On fit paraître la fiancée du mort ; elle reconnut le» habits de celui qu'elle pleurait : elle les avait raccommodés de ses mains. A ce détail le coupable se rendit. Les juges dirent : « Qu'il soit pendu I »

Voilà l'inconvénient de n'être pas né Français. De l'autre côté de la frontière , les avocats et les jurés auraient bien trouvé quelque circonstance atténuante. Un avocat d'ici me l'attestait. « Mais, ajoutait-il, noui

18 DAItS LÀ MOrfTACHE.

n'avons que des jugos ! Ahl monsieur, «oyez fier de votre ^i^ury. » — Ainsi fais-jc.

Le condamné, cependant, ne murmurait ni contre son pays ni contre ses juges. Écoutez bien, s'il vous plaît. Ce méchant homme se mit à songer à la justice de Dieu. Il prit ses dispositions pour expier gon crime et pour mourir noblement.

Lorsqu'on vint lui lire sa sentence il »e mit à genoux, et il écouta dans cette posture, acquiesçant par une inclination de tête à chaque chef d'accusation. A la fîn il dit d'une voix calme : a La justice des hommes a raison. »

Averti la veille de Texécution, il passa la nuit en prières. Le jour venu, il sollicita une grâce : c'était d'aller au supplice en pantalon blanc. 11 avait autrefois rêvé qu'étant près de tomber dans un abîme, un homme vêtu de blanc l'avait retenu.

On vint le lier. Le bourreau tremblait. Simon prit la corde, la baisa, se la passa autour du corps. Il baisa ensuite la main du bourreau. Sur la route il fit le chemin de la croix, paisible, regardant la terre.

Au pied de la potence il acheva ses prières. Ayant la corde au cou, il demanda la permission de parler. H dit qu'ordinairement c'est par la faute des parents et de l'édacation que les hommes sont préparés au crime ;

DAT«S LÀ MONTAGMB. 19

Que, pour lai, il ne pou\ ait point accuser son père et sa mère ; que ses parents avaient au contraire rempli tous leurs devoirs, lui enseignant à craindre Dieu, mais qu'il s'était perdu dans les mauvaises compagnies.

Il exhorta les assistants à se souvenir de la leçon, les pères pour élever leurs enfants dans l'honneur, les jeunes gens pour se conserver chrétiens. « Et à présent, s'écriat-il, que Dieu reçoive mon âme contrite et humiliée ! »

Voilà ce qui reste d'une enfance chrétienne, et ce que la religion peut retrouver dans un misérable condamné au dernier supplice. Au pied de l'échafaud il se relèye. Qui pourrait lui garder un sentiment de mépris?

La bonne vieille comtesse de Larivière, qui passait sa vie dans les prisons au service des condamnés à mort, pleurait quand l'un d'eux obtenait sa grâce, a Le malheureux! disait-elle, il était si bien disposé! Et voilà qu'il ira mourir au bagne, en bourgeois. »

SO DA^S LA MOMACni.

LA MORT BOURGEOISI.

jA longue expérience de la comtesse de Larivière lui laissait des doutes sur la mort bourgeoise. Elle en souhaitait une autre à ses amis. '( Ces bourgeois, disaitelle, sont trop contents d'eux-mêmes. Gomme ils n'ont tué ou blessé que des âmes, comme ils n'ont, en général, que peu volé ,

a Ils demandent ce qu'ils ont donc fait qui les oblige à solliciter le pardon. Si on leur dit qu'ils sont tout de même des coquins, ils se fâchent ; si on leur dit qu'ils vont mourir, ils ne le croient pas. Leur bon médecin va les tirer d'affaire, parole d'honneur! Leurs bons parents, craignent les restitutions et attestent qu'ils vont trèsbien. Leurs bons amis admirent comme ils ont l'air gaillard.

t Parlez-moi d'un franc scélérat dans son cachot, avec sa conscience bien chargée et son arrêt bien en règle. On lui dit qu'il n'a pas moins mérité l'enter que la

ffll

DATTS LÀ MONTAGNE. 21

corde, il Tavoue ; on lui dit quMl va mourir, il le sait ; on lui dit que Dieu est clément, il le croit. Il se repenl, il pleure, il espère ; il fait une mort charmante.

« Ten ai vu, poursuivait la bonne femme, qui pou* valent espérer leur grâce et qui ne la voulaient point solliciter, de peur de perdre l'innocence reconquise, de perdre les lumières dont la bonté divine les éclairait. Oh! qu'ils avaient bien raison ! Oh! que je les exhortais ferme à désirer la mort! Oh! que je voudrais partir comme ceux-là sont partis !

« Écoutez une petite pratique dont je me suis toujours bien trouvée. Quand vous entreprendrez la conversion de ces pauvres créatures, dites cinq Pater et cinq Ave pour obtenir l'assista ace du bon larron. Voilà un grand saint, et le vrai patron des gens de sac et de corde, authentiques ou secrets.

€ J'ai souvent médité sur le bon larron. Nous ne le connaissons pas assez. Voyez l'enseignement et la clémence de Notre-Seigneur. Le premier homme canonisé, le premier qui entre dans le ciel et qui s'assied à la droite du Père, c'est un chenapan. Faites semblant, après cela, d'ignorer pourquoi Jésus-Christ est venul

« Mais j'avoue que ce larron n'est pas de ceux qui .peuvent passer pour avoir volé leur paradis. 11 nous donne un beau modèle de foi et d'humilité. Pour l'humilité, il s*accuse« il se reconnaît couDabM et justement

puni, ce qui laissf supposer qu'il n'avait pas fait peu de chose. Il n'a que plus de mérite à en convenir. Pensons-y et prenons courage.

« Pour la foi, il voit Notre-Seigneur crucifié, livré au> insultes de la canaille, mourant. Il lui dit : a .Soigneur, vous êtes Dieu ; quand vous serez dans votre royaume, souvenez-vous de moi! » Savez-vous que c'est croire, cela ! Nous autres, nous voyons Jésus-Christ dans les cieux depuis dix-neuf siècles, et, malgré les cris de la canaille, — j'entends les gens bien élevés, — Il règne, Il commande, Il est vainqueur.

« Nos chers scélérats ont quelque chose de cette belle foi du bon larron. La religion leur a été mal enseignée, ils n'ont pas mené une vie de délices, les riches et les grands ne leur ont donné la plupart que de funestes exemples, ils n'ont guère lu que des livres hideux, ils sont sous le poids d'une punition terrible, appliquée par des hommes qu'ils peuvent croire médiocrement purs. Cependant ils confessent la justice de Dieu et ils attendent sa miséricorde.

« Toujours j'ai trouvé là quelque chose de divin. Le bon larron s'est-il converti parce que l'ombre de Notre- Seigneur portait sur lui, ou parce qu'il était du même côté de la croix que la sainte Vierge? Ce qui est clair, c'est que Dieu lui a fait une grâce immense, accordée dans la suite à beaucoup de ses pareils, refusée à beaucoup de soi-disant honnéte& gens.

« Je conclus qu'il ne faut point mépriser les âmes; qu'il n'en est point de si souillée où Dieu ne puisse trouver quelque coin pur qui lui sert à purifier tout le reste. Prenant ensuite les sentiments d'humilité de saint Thomas d'Aquin, et comptant peu sur mes fameuses vertus et sur mes illustres œuvres, je vais répétant cette prière :

« Peto quod petivit latro pœnîtens! »

Madame de Larivière était un excellent type d'une excellente espèce. Elle était croyante. Les femmes sont croyantes ou crédules.

Croyantes, elles persévèrent; crédules, elles s'obstinent. Elles arrivent à de grands résultats où la raison ni quelquefois le raisonnement n'ont pas un grand rôle.

Par esprit de foi, elles vont en avant sans incertitude et sans crainte, comptant toujours sur un miracle; et le miracle se fait souvent.

S'il s'agit de convertir un pécheur, elles lui disent à brûle-pourpoint des choses qu'il ne voudrait pas entendre d'un homme, et qui l'ébranlent.

Elle» prient, elles donnent des médailles, elles font

24 DAHS LÀ montaghi.

dire des messes et des neuvaines, elles reviennent cent fois, elles importunent, et elles l'emportent.

S'agit-il d'établir une œuvre : point de repos, point d'obstacle; elles fatiguent Dieu, si le mot se peut dire de Dieu comme des hommes. L'œuvre est fondée.

L'entêtement dans la crédulité les rend aussi laborieuses, aussi hardies et tenaces à l'entreprise du mal que courageuses et dévouées à celle du bien.

Elles flattent, elles mentent, elles séduisent, elles trompent, elles veulent réussir. Il faut que celui qui les pousse leur dise : « Je suis content. »

Pendant la guerre d'Orient, les prêtres et les sœurs n'ont rencontré qu'un refus bien caractérisé à l'heure de la mort : il vint d'une vivandière.

Béranger voulut faire confesser sa vieille Fretilion ; il la fit rire. Une femme chrétienne l'aurait décidé à se confesser lui-même... sans les amis.

Le pauvre Béranger et sa pauvre Fretilion ne purent pas éviter la mort bourgeoise.

lÀIfS LÀ MONTAGNE. 25

l'astréb.

IHEVALIER, VOUS nous dîsîez qu'il y a encore dans ce pays des amours romanesques ; cela est- il bien vrai? -^ Oui, et de généreux et heureux mariages qui se font à K. suite de ce« belles amours. — 0 pays de TAstréel

— Les rois n'épousent plus les bergères, par la raison qu'il n* y a plus guère de rois, ni peut-être de bergères. Mais un gentilhomme riche ne se fait pas un crime d'épouser une fille sans dot, lorsqu'elle lui plaît et lorsqu'elle a des vertus. — 0 pays de l'Astrée!

— C'est comme je vous le dis, et notez ce point fort étonnant : il faut des vertus! Car, pour le vice, les sacrifices de fortune et les mésalliances se voient encore partout. Ici l'honneur fait des folies pour la vertu. — 0 pays de l'Astrée 1

— Le marquis Astolfo, charmant capitaine, en garnison dans quf^ lue petite ville de nos montagnes, voyait

26 DAIfS LA MOriTACTIK.

de sa fenêtre, assez loin, à une autre fenêtre, une jeune iille qui cousait diligemment. Elle ne brodait pas, elle cousait. — 0 pays de TAstrée !

— Il regardait souvent, il en vint à regarder longtemps, il finit par regarder toujours. Elle cousait toujours. Néanmoins elle se prit à regarder aussi, puis de coudre. Mais tirer le rideau ou changer de place, elle n'y pensa point. — Restons-nous en Aslrée?

— On s'était rencontré dans la rue, de loin, d'assez loin |.jur qu'on ne se vît pas rongir. — 0 pays de TAstrée ! — On avait remarqué que les tailles étaient bien prises, la démarche honnête, la parure modeste. — 0 pays de TAstrée !

— Et, de la fenêtre où Ton cousait, chaque jour on cousait moins et l'on regardait davantage. On finit par ne plus faire guère autre chose que regarder, de la fenêtre où Ton avait cousu. — Resterons-nous dans le pays de TAstrée ?

— Ce marquis Astolfo, ce beau capitaine, aTait un cœur naïf et pur. — 0 pays de TAstrée! — S'apercevant que son occupation la plus chère était de regarder cette jeune tête qui lui apparaissait dans un encadrement de fleurs... — 0 pays de TAstrée!

— Et qu'il se dirigeait involontairement Tert cette maison qt'il ne savait comment se faire ouvrir ; n'osant

DANS LA MOWTAGNB. 27

pas même, tout dragon qu'il était, demander qui demeurait là... Je vous dis la vérité pure... — 0 pays de l'Astréel

— Songeant, méditant, hésitant, prenant cent fois en. une heure le parti de tout oser, le parti de fuir en Amérique, le parti de ne rien faire, il pensa enfin que Dieu l'avait mis en face de cette fenêtre pour le bonheur de sa vie. — 0 pays de TAstréel

— Un jour, armé de tout son courage, il sort; en tremblant il s'avance vers la chère maison ; il résout d'y pénétrer. Il priait la sainte Vierge de tout son cœur, et son cœur battait bien fort. — 0 pays de l'Astrée !

— Lorsqu'il fut près, il vit à travers la grille, sur le perron, la jeune fille qui le regardait venir. Souriante elle accourut et lui ouvrit la porte. Elle l'attendait. — 0 pays de l'Astrée !

« Conduisez-moi, loi dit-il, à votre père. Je suis le t marquis Astolfo, et je viens le prier de m'accepter t pour gendre. » — On les maria dans la quinzaine. — 0 pays, doux et beau pays de TAstrée I

28 DAKS Là MOMTàGHI.

>BS ANGIS DO TOTAGEDR.

<« Filii sanetorum sumus, dit le chanoine ouvrant son bréviaire; nous sommes les fils des saints, nous ne pouvons pas voyager comme ceux des nations qui ne connaissent point Dieu.

« Traverser les montagnes sur la grande route, ce

n'est pas ce qui s'appelle affronter la mort. Je connais la

'Sagesse de notre cheval. Jadis on le nomma Chemin de

)fer. Il n'est plus que le vieux Coco, assuré de la patience

ecclésiastique.

c Ce n'est pas lui qui voudra se jeter dans les précipices; ce n'est pas nous qui voudrons escalader les pics neigeux. Il y a des parapets partout; il n'y a plus de brigands nulle part, ni de géants, ni de gnomes, ni d't)urs.

« Des auberges, il n*y en a que trop. Elles remplacent bien les châteaux-brigands d'autrefois ; on y laisse plus que l'ancien droit de péage! Mais, Filii sanetorum

sumusy et la vieille hospitalité existe encore pour nous. Elle nous ouvrira les presbytères.

« Cependant celui qui toujours rôde pour chercher une proie, le vieil ennemi, le malin, le diable, — si vous me permettez de prononcer son nom, messieurs, — je crois qu'aujourd'hui, comme au temps de nos pères, il hante encore les grands chemins.

a II les hante, il y suit pas à pas le voyageur, pour le mettre à mal. Ponts, parapets, belles routes ferrées et bonne police, tout cela ne le gêne guère; tout cela persuade aux hommes qu'ils peuvent se passer de Dieu et des bons anges.

« Si vous m'en croyez, nous ne donnerons point dans ce pirgc. Et, comme nos pères priaient avant de se mettre en voyage, nous prierons; nous demanderons à TAuteur de tout bien de nous donner un voyage heureux.

t Parce que la police nous garde, ce n'est pas une raison pour refuser l'assistance des anges qui s'offrent à nous servir de guides et de compagnons. Nous dirons la prière de nos pères ; c'est une belle prière et une belle poésie.

« Les périls que nos pères rencontraient hors de leur demeure n'existent plus pour nous. Comme dans sor

80 DAnS LA MOriTAGNB.

domaine privé, chacun pourra bientôt se promener dans ce monde nivelé, ratissé, balayé, surveillé, éclairé au gar — et aux journaux.

a Dans ce monde magnifique et commode, un péril pourtant nous environne et nous menace, que nos pères connaissaient peu, et une beauté n'y est plus, une beauté et une poésie que nos pères avaient su ne pas exclure.

« Le péril nouveau, c'est l'oubli de Dieu. Péril Immense, le seul à craindre ici-bas. Comme nous croyons n'avoir plus besoin de Dieu, nous oublions Dieu. Le diable ne saurait nous jouer plus mauvais tour.

« Et la beauté perdue, c'est la présence de Dieu, la seule chose ici-bas qui soit vraiment belle, le seul soleil qui éclaire l'intelligence sur les merveilles de la création, le seul vrai charme, la seule vraie harmonie.

« L'homme présent s'est emparé du monde plus que ses prédécesseurs ne l'avaient fait ; mais, en s'en emparant, il s'y est sottement claquemuré. Il n'en sort plus, il Be veut plus que rien y entre ; il dit : c Je suis chez moi ! »

« Paris sera tout à l'heure en communication électrique avec Pékin; tout à l'heure l'habitant du Thibet pourra venir à Londres comme l'habitant de Paris allait naguère à Versailles.

c L'homme se rengorge. Des terrasses de son palais

Nabuchodonosor contemplait la grande Babylone , il disait : « N'est-ce pas là mon ouvrage? Ne suis-je pas le créateur et le roi de cette grande cité? » — Grand roi» je vous vois pousser du poil.

« L'homme moderne contemple ses fils de fer : « Il n'y a plus de distance, je Tai supprimée! » Tu crois cela, petit? Et moi je crains que bientôt tu ne marches à quatre pattes.

« Rapproche-toi de Pékin, rien n'est plus permis. Mais, si en même temps tu t'éloignes du ciel, te voilà bien avancé ! Point de chemin de fer pour aller au ciel ; point de gaz qui monte jusque-là. Il faut deux ailes : la charité et la chasteté.

« Quand tu pourras aller voir en un jour, — avec des canons rayés, — tes amis du Monomotapa, — qui t'attendront avec des canons Armstrong, — tu n'auras jamais fait que rapetisser ta petite terre à ta petite taille.

t Si lu Ta» en même temps fermée à tes amis du ciel, qui pourront seuls t'égayer dans ce séjour étouffant et devenu bête, où tu ne seras plus que la dent J'une machine et un chiffre sur le registre d'un chef de bureau;

« Si tu Tas fermée aux ailles de Dieu, qui seuls pourront t'apporter l'espérance dans ce chef-d'œuvre de

32 DAMS LA MONTAGnE.

i'admin'stralion, où lu seras administré depuis le sein de ta iiièrc jusqu'au sein de la tombe;

« Je trouve, roi collectif du monde, que tu auras fait un sot marché, et je désire n'y point participer. C'est pourquoi je continue à ne me point regarder comme étant ici chez moi.

« Je suis à l'étranger, in terra aliéna, chez le prince de ce monde; dans un lieu de passage où je n'entends nullement rester ; dans un lieu de combat où j'ai besoin de secours; dans un lieu étroit : je veux l'ouvrir sur le véritable espace !

« Appelons les anges de Dieu. Demandons à Dieu qu'il les envoie pour voyager avec nous, pour écarter les dangers qui pourraient nous atteindre, pour écarter surtout le grand danger où nous sommes de ne point penser à lui ;

a Pour nous révéler les merveilles de sa main, pour nous inspirer une joie sage, pour entretenir en nous l'allégresse et l'aménité du cœur, pour nous conduire et nous ramener en paix. »

Et incontinent le chanoine récita les prières de l'Itinéraire, commençant par le chant prophétique du sainl vieillard Zacharie, lorsque naquit celui qui devait marcher dans le désert en criant : « Préparez les voies du Seigneur 1 •

I>AIfS LÀ NONTÀ^MB. 33

TIII

PRltRBS »0 ▼•TA«B«a.

(( Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,

« Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous conduise.

« Béni soit le Seigneur, le Dieu dlsraél ! Il a visité son peuple, il Ta racheté.

« Dans la maison de David, son serviteur, il nous a suscité la grande force du salut.

^ « Il Vavait promis par la bouche de ses saints qui ont été aux siècles passés, par la bouche de ses prophètes :

« Qu'il nous délivrerait de ceux qui nous haïssent, qu'il nous tirerait des mains de nos ennemis;

(( Qu'il se souviendrait de son alliance avec nos Pères, qull leur ferait miséricorde en nous.

c II Pavait juré à notre père Abraham , Il avait juré dt faire par sa bonté.

84 «ANg LA MOriTACMF.

a Qu'un jour affranchis et sans crainte, nous le poissions servir, Lui, notre Dieu;

« El que dans la sainteté et dans la justice, en sa présence, nous marchions tous les jours de notre vie.

« Et loi, ônfant» tu seras appelé le prophète du Très- Haut, car tu marcheras devant la face du Seigneur ; tu prépareras ses chemins,

« Afin d'enseigner à son peuple la science du salut ; afin d'annoncer Geui qui vient remettre les péchés,

« Par les entrailles de cette miséricorde divine avec laquelle est venu d'en haut vers nous ce soleil levant,

« Pour éclairer ceux qui sont assis au milieu des ténèbres et de l'ombre de la mort, pour diriger nos pieds dans le chemin de la paix.

ff Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit,

t Comme il était au commencement, et maintenant, et •ujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

f Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous conduise dans la voie de la paix et de la prospérité! Et que l'ange Raphaël demeure avec nous par le

DANS LÀ MOKTAGNE. 35

chemin, afin que sains et saufs et en toute joie nous revenions chez nous,

« Seigneur, ayez pitié de nous!

t Christ, ayez pitié de nons!

« Seigneur, ayez pitié de nous !

« Notre Père, qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd'hii notre pain quotidien; pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, et ne nous laissez pas succomber à la tentation,

« Mais délivrez-nous du mal.

« Sauvez vos serviteurs ! ils espèrent en vous!

« Du sein de votre sainteté, Seigneur, envoyez-nous le secours !

« Que des hauteurs de Sion votre protection s'étende sur nous !

« Soyea-nous, Seigneur, un rempart inexpugnable

c Lorsque apparaîtra leniMSiai!

« Que Tennemi ne puisse rien contre noiie !

36 BAnSLAMOrSTAGI^I.

(f Et que le fils d'iniquité n'ait jamais le pouvoir de nous nuire !

« Béni soit le Seigneur, aujourd'hui et chaque jour!

« Que Dieu, notre salut, nous fasse un voyage heureux 1

« Vos voies, Seigneur, montrez-les-nous!

c Dans vos sentiers, Seigneur, conduisez-nous !

c Que nos voies nous soient tracées

oc De manière que nous gardions vos commandements !

« Ainsi les voies tortueuses deviendront droites.

c Ainsi les chemins âpres seront aplanis.

« Dieu vous a mis sous la garde de ses angei,

c Afin qu'ils vous protègent partout.

f Seigneur, exaucez ma prière !

t Que le cri de mon âme monte jusqu'à voui !

t Que le Seigneur soit avec tous,

t £t avec votre esprit I

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