‹ Ça et làChapitre 7 sur 46 · LA LÉGENDE DU DIABLE · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DU DIABLE

t Les événements qui s'accomplissent, ceux qui s'annoncent, et les impressions que j'en reçois, me rappellent un spectacle de ma jeunesse, il y aura tout à l'heure longtemps. Rentrant de la campagne vers midi, je vis toute la petite ville en rumeur. La foule s'amassait sur le marché, autour d'une espèce de grand tréteau surmonté d'un long poteau rouge. J'avais déjà vu cette

88 incHASKB.

Tnachino nne fois, de loin, et je la reconnus. Je me rappelai qu'on devait exécuter un assassin, condamné quelques mois auparavant, dont la cour de cassation venait de rejeter le pourvoi. Peu curieux de cette scène, je suivis un boulevard désert pour revenir chez moi. Mais la rue où se trouvait la prison donnait sur ce boulevard, et, au moment où j'allais traverser, le cortège y déboucha. Je m'arrêtai. L'homme qui allait mourir était devant mes yeux. Il avait d<îmandé à marcher jusqu'au lieu du supplice. Je le vois encore, lié, tondu, la chemise ouverte, fléchissant, livide, mort, quoique sa volonté simulât un reste d'énergie. On aurait coupé ses liens. les gendarmes auraient ouvert leurs rangs, qu'il n'eût pas trouvé la force de fuir. Un prêtre, à peine moins défait, le soutenait, l'exhortait, lui présentait le crucifix. Soins inutiles ! le condamné ne voyait pas, n'entendait pas, ne pensait plus. Il arriva ainsi au pied de l'échafaud. Là, mVt-on dit, il parut se reconnaître. Tout son corps fut instantanément baigné d'une sueur abondante; il s'évanouit, et le couperet tomba sur un cadavre.

« Cet homme ne pouvait inspirer aucun intérêt. Longtemps livré à des crimes hideux, il en avait tiré vanité. Depuis sa condamnation, pas un sentiment de repentir ne s'était manifesté dans son cœur. Espérant qu'il saurait échapper au supplice, il avait bravé Dieu jusqu'au moment où la terreur de la mort était venue glacer son lâche courage. Je savais tout cela, j'avouais la justice et la nécessité du châtiment. Néanmoins, le voyant passer dans ce lugubre appareil, je fus saisi d'une pitié immense. Maître de son sort, je l'aurais sauvé.

« La société m'apparaît comme ce condamné, liée, terrifiée, aveugle et sourde. Elle a commis des crime* énormes, elle en a tiré vanité, elle a bravé Dieu, elle s'est refusée au repentir. Ceux qui la regardent, qui la plaignent et s'efforcent de la sauver, ceux-là mêmes confessent la justice du châtiment.

« Je me rappellerai toujours ce misérable et son effrayante histoire. Chrétiennement élevé, il était devenu incrédule pour satisfaire ses passions. Il avait volé et assassiné pour s'enrichir et jouir. Pendant de longues années, à force de ruse et d'audace, il s'était mis à l'abri de toute punition. Arrêté enfin pour un simple vol, aussitôt des accusateurs, des témoins, des vengeurs sortant de tous côtés, rendirent inutile son adresse à se défendre, tournèrent contre lui ses plus subtiles précautions. Le cachot s'ouvrit, l'échafaud se dressa; une captivité terrible, une mort hideuse couronnèrent les plans qu'il avait faits pour être heureux... L'avait-il jamais été?

« — Ces histoires de cours d'assises, remarqua Jean, sont bien la légende de l'homme qui vend son âme au diable pour de l'or ! Le pacte signé, il n'a plus dans les mains que des feuilles sèches.

c — Et cette légende, ajoutai-je, est bien l'histoire des révolutions! On promet aux hommes de l'or et des jouissances, on leur fait faire un pacte contre Dieu, et l'on arrive, de crimes en crimes, à l'état où nous sommes. Pour tout profit nous faisons une grande récolte de journaux, de feuilles sèches qui tombent tous les jours de l'arbre stérile du mal. Nous ne sommes délivrés ni de la misère ni de la crainte. Voilà nos esprits forts bien avan-

ces, de ne plus redouter l'enfer, de vivre aa milieu d*an peuple qui ne le redoute plus, et d'avoir l'idéal de M. Dupin, un gouvernement que l'on ne confesse pas! A mon avis, la terreur du socialisme vaut bien la terreur du diable, et, en attendant ces «chaudières éternelles » dont Paris se moque ouvertement depuis Molière, on s'est fait ici-bas un petit enfer provisoire qui ne manque pas d'acidité. Et ce quil y a de piquant, comme disait le monsieur du wagon, c'est que les diables qui nous tourmentent dans cet enfer-là, ne seront chassés que par le moyen qui chasse tous les diables, par des signes de croix. »

LA CHASSE AU POIIfT DE VUE POLITIQUB.

Ie château est un bel et vaste édifice du temps de Louis XIII, en architecture française mélangée de goût de Florence. Le marquis actuel a restauré cette noble demeure avec la science d'un archéologue, le goût d'un artiste et la piété d'un fils ; car c'est un bien de famille où il est rentré par des sacrifices généreux, rendant aiusi

I sa province un très-beau monument. Tout un vaste appartement a été rétabli comme au temps des fondateurs. Cela ne sert absolument à rien, que de modèle aux artistes et de plaisir aux curieux. Le marquis a cru qu'il devait cette restauration à l'honneur de son nom et de sa fortune. Un riche voisin, M. Goquart, ci-devant huissier national, y voit la marque d'un petit esprit el d'une sotte vanité.

a Quoi ! dit-il, entretenir un appartement que Ton n'habite pas! agrandir une maison que Ton ne saurait remplir ! jeter là do l'argent qui pourrait donner six et même huit ! »

D'autres choses encore excitent la verve de M. Goquart. Le marquis a réuni les portraits de ses ancêtres. Il y en a une belle suite, chanceliers, généraux, commandeurs, chevaliers de l'ordre, jusqu'au chevau-léger expulsé en 1793, vêtu de la veste vendéenne, le fusil à la main, le sacré cœur brodé sur la poitrine. Le marquis actuel n'a voulu laisser à ses enfants que le souvenir d'une vie laborieuse et sans faste. On le voit aussi dans celte galerie, mais en modeste habit de campagne, comme un propriétaire qui visite ses champs et qui donne aux sciences ses loisirs. Il tient d'une main la loupe du géologue, de l'autre une pierre qu'il vient de ramasser. Cependant, à sa portée, sur l'herbe, un fusil repose. Ce n'est qu'un fusil de chasse... mais c'est un fusil.

a Bah! dit M. Coquart.

« — Pardon, monsieur Coquart, un fusil est un fusil. »

Le vieux M. Coquart a vendu son office au jeune

92 EN CHASSR.

M. Coquand, la fleur du chef-lieu. Coqiiand, successeur deCoquart! Tous les clercs du déparlomenl s'en amusent tous les jours, et font des vœux sincères pour que Coquand se donne un successeur nonjmé Coquercl.

Ce jeune M. Coquand est démocrate, ennemi des privilèges de nom, de naissance, de fortune faite. Il veut qu'on soit fils de ses œuvres. Un jour, causant avec le marquis, il s'échauffa plus qu'il n'est licite aux gens de loi, et menaça les gentilshommes d'un mauvais quart d'heure si la république les prenait en mauvais gré. Le marquis, très-froidement, répondit :

« Monsieur Coquand, un homme de votre étal ne devrait pas parler sans réflexion. Pour nous faire passer un mauvais quart d'heure, il faudrait d'abord nous prendre. Est-ce vous qui nous prendrez?

« — Pourquoi pas? s'écria Coquand, comme s'il eût joué le Cid.

« — Je vais vous dire cela, continua lemarquis avec la même tranquillité. Vous êtes orateur, mais vous n'êtes pas chasseur... du moins dans notre genre. Nous autres, nous chassons. Nous n'attrapons pas un rhume et nous ne sommes pas éreintés pour un jour passé à la pluie ou pour quelques heures d'affût, et, en général, nous tirons bien. Quand nous voyons venir un sanglier, notre cœur ne se trouble pas et notre balle ne le manque pas. Quand un lièvre se sauve, il va bien vite ; notre plomb l'atteint tout de même. Vous êtes aussi gros qu'un sanglier, monsieur Coquand, et moins agile qu'un lièvre. Si vous entendez dire que nous sommes en cam-

pagne avec quelques hommes seulement... restez chez

vous ! »

M. Coquand n'avait point considéré la chasse sous ce point de vue politique et social.

fOILQUKS IDÉES d'uN ROTURIER SUR LA NOBLESSE.

1 ouRQUoi Valentin ne le ferait-il pas comme il Ta dit? Si Dieu veut qu'il perde sa terre, il la perdra ; mais Dieu n'a pas visiblement donné cette terre aux successeurs de M. Coquand ; il n*interdit pas à Valentin de transmettre à ses enfants le bien qu'il tient de son père.

Le premier qui résistera par la force aux spoliateurs et qui saura se faire tuer sur le seuil de sa maison envahie, fera une grande chose et protégera d'autres seuils encore que le sien. Nul ne sait ce qui résultera du premier coup de fusil tiré pour le droit éternel contre 'es décrets d'un sénat de voleurs et de meurtriers. Catheiineau, ce paysan qui forma la première bande vendéenne, fit à l'Église un rempart de trois cent mille chrétiens. Ils furent vaincus, ils moururent ; mais, vaincus et morts, ils ont triomphé ; la croix que l'on voulait abattre est restée debo'U, abritée de leurs cadavres. Les

94 En CHASSE.

églises que Ton voulait raser sont leurs glorieux et vlclorieux tombeaux.

Reslez dans vos terres, gentilshommes ; dépensez là vos revenus, dont vous venez dans les villes engraisser vos pires ennemis. Reslez dans vos terres, élevez-y vot enfants, la charrue et le fusil sous la main, parmi ceux qu'ils devront un jour protéger et qui sauront les défendre. Quel besoin avez-vous que vos fils soient docteurs en droit et sachent pérorer aux tribunes? Employez k leur donner une éducation robuste et chiélienne et à leur faire des amis les sommes énormes que vous coûtent leurs inutiles diplômes; vendez les diamants de vos femmes pour fonder des écoles de Frères, pour restaurer les églises, pour établir dans les campagnes des œuvres religieuses; laissez les avocats, les gens de négoce et les gens de littérature faire des discours, faire des lois, faire des gouvernements ; contentez-vous d'être les premiers des paysans et de faire des hommes. Vous avez été mal inspirés quand vous avez accepté ces combats de la plume et de la langue où vous n'avez pas fourni un athlète ; car ceux des vôtres qui s'y sont distingués, séduits et bientôt perdus par d'injurieuses louanges, sont devenus des forces contre vos principes, contre vous, contre la société, vous ont séduits vous-mêmes. Combien un Lescure vous vaudrait mieux qu'un Chateaubriand !

Vous avez trois vocations : la charrue d'abord, Tépée ensuite, en troisième lieu la magistrature. Au-dessus de cela il n'y a pour vous que le sacerdoce ; au-dessous il n'y a rien; aa-dessous vous n'êtes plus vous-mêmes.

Vous n'êtes partout ailleurs que des apostats re»;us par grâce, toujours suspectés, toujours jalousés, et, conséquence naturelle de vos qualités, toujours inférieurs. Vous n'avez pas le génie bourgeois, vous n'êtes pas souples, caressants et despotes. Votre astre en naissant ne vous a pas faits employés.

Si vous aviez été prêtres, agriculteurs, militaires e'. magistrats, au lieu de vous faire journalistes, députés, industriels, ou de ne rien faire du tout ; si vous aviez consacré à vous pousser dans ces carrières les dix-huit ans de règne de Louis-Philippe, au lieu de les perdre en intrigues de parti et en plaisirs ruineux, vous seriez devenus, par la force des choses, Louis-Philippe n'étant plus là, les maîtres de la France, et vous auriez fait ce que vous auriez voulu; car vous n'auriez rien voulu que de grand et d'utile, et que toutes les bonnes influences de la société n'eussent voulu avec vous et comme vous.

Retrempez-vous dans la vigueur de votre origine chrétienne et rurale ; elle vous fera reconquérir bien vite l'autorité militaire et judiciaire. Abandonnez les villes, où vous n'êtes et ne serez rien que des consommateurs; retournez dans les campagnes, où vous serez tout. Cessez d'enrichir les bourgeois, assistez les paysans. Redevenez les seigneurs^ c'est-à-dire les anciens du pays, les gardiens de la tradition civile et politique. Sur ce terrain ne craignez point la concurrence du négociant enrichi, qui vous hait, vous tracasse et vous diffame. Laissez-le devenir fonctionnaire : en même temps que la puissance il aura les vices, ses vices pro-

près et ceux de la fonction; il sera hautain, orgueilleux €t ladre ; il se ruinera dans le luxe, les spéculations et les plaisirs ; tandis que vous ferez raumune, il fera l'usure; lorsque vous donnerez la main au paysan, il le regardera dédaigneusement et réclaboussera du haut de sa grandeur. Le peuple alors connaîtra ses vrais amis, et la lie des villes pourra fermenter, faire des révolutions, lancer- sur vous des décrets immondes. Toute celte insolence expirera sans force à la lisière des champs. Le flot boueux n'atteindra pas le seuil de vos châteaux, défendus par un rempart de chaumières.

Que s'il est trop tard, ou si je vous demande trop , fti le mal est fait et s'il est irréparable; si vous mômes ne pouvez plus vous relever; si vous n'avez plus dans vos âmes le conseil des grands sacrifices et des résolutions généreuses; s'il vous faut la ville et ses plaisirs, toutes les ivresses du bruit, toutes les jouissances de la fortune; si vous voulez être écrivains, orateurs, employés, sujets et courtisans de la popularité, savezvous ce que cela signifie? C'est que la plus grande de vos ruines est consommée irrévocablement. Vous avez perdu Tesprit de votre ordre, c'est-à-dire l'esprit politique, et plus rien ne vous distingue de la Révolution qui vous combat, sauf peut-être une dernière étincelle d'esprit chevaleresque. Cette étincelle pourra suffire à' faire de vous les premiers et les plus courageux défenseurs de la propriété, les derniers martyrs de la société expirante : c'est l'honneur et la consolation que je «ouhaite à vos noms antiques, moins obscurcis encore

que vos antiques vertus. Mais, selon toute apparence, cet honneur sera stérile. Vous périrez noblement, vous ne sauverez rien, ni la société, ni vous-mêmes. Nous entrerons dans une période séculaire de barbarie, où, d'éléments que Dieu seul connaît, sous le pilon des révolutions et dans les ténèbres, se recomposera la force sociale que vous avez laissée périr.

BES LIVRES IT DE L *AGRIGU LTURI.

'errais avec ravissement dans ce noble château. Ses magnificences étaient ce que j'admirais le moins. J'ai vu d'autres merveilles, et il n'y a guère de musée de province qui ne soit plus riche en objets d'art, livres, curiosités, que le plus riche château de France. Ce que j'admirais chez le marquis Valentin, c'est l'institution, le château tel qu'il fut longtemps, tel qu'il aurait dû être toujours, tel qu'il devrait être désormais : la grande demeure ouverte à l'hospitalité, pleine de secours, pleine de bons conseils et de bons exemples; centre et monument de l'histoire locale, foyer des souvenirs nationaux écrits sur ses murailles, arche des traditions par son

antiquilé et sa durée, agent initialeur de tout vrai progrès.

Une belle collection g»V)logique témoigne du goût du propriétaire et aussi du goût du temps, qui vise à la science; je n'en dis rien. Dans la biMiolhéque, ou plutôt dans le cabinet de livres, je m'arrêtai peu ; je le louai seulement d'être petit et sobre ; car pourquoi tant de livres? Médiocre propriétaire rural celui dont la journée a des heures pour les bouquins! Lit-on beaucoup, on ne fait pas autre chose; lit-on peu, à quoi bon? et que lit-on? Quel besoin ont les honnêtes gens d'être au courant des livres nouveaux, de savoir ce qu'écrivent les romanciers, ce que chantent les poètes? Nul ne sera humilié devant Dieu et devant les hommes pour n'avoir jamais su par cœur deux vers de M. Hugo. Aucune femme ne regrettera de ne s'être pas endormie, ou, hélas ! tenue éveillée sur un roman de Balzac.

« Qu'avez-vous là? demandai-je en passant au marquis.

« — Rien de neuf, répondit-il. Un livre n'entre ici qu'éprouvé par le temps, et quand l'expérience a bien montré ce qu'il renferme. »

Il ajouta qu'à son avis les livres apprennent peu de chose : les livres des moralistes, peu de chose sur la morale; les livres des historiens, peu de chose su? rhistoire ; les livres des philosophes, rien sur la philosophie, et les livres des agriculteurs, en général, moins que rien sur l'agriculture. Les écrivains pensent au lieu d'agir, et souvent ils écrivent au lieu de penser. Ils ordonnent tout d'après une certaine vue qui est dans

leur imagination et qui n*est point dans les réalités. Ils disent les choses comme ils imaginent qu'elles devraient être, ou comme ils voudraient, Dieu sait pour quels motifs! qu'elles fussent; point comme elles sont. En dépit des livres, tout homme a toute son éducation à faire. On ne peut acheter ni la vérité, ni la science, ni la sagesse chez un libraire, pour trois francs. Tout cela se ramasse en cheminant par la vie, à petites parcelles, à grand labeur ! Un livre, c'est un homme avec qui l'on cause, mais un homme qui a eu le temps de se tromper el de vouloir tromper, et qui s'est souvent donné beaucoup de peine pour déguiser et faire accepter son erreur. Le système est partout, il faut tout vérifier. Pour avoir un beau champ de luzerne, croyez-en les anciens de la paroisse avant le plus brillant de nos professeurs d'agriculture. Même quand le professeur a fait une expérience et même quand elle a réussi, vous n'avez pas la terre et la température où il a expérimenté. Ces conditions-là, le paysan les connaît par une expérience séculaire.

« J'ai fait, poursuivit Valentin, des expériences parfaitement belles et parfaitement heureuses, qui m'aur raient ruiné si j'avais voulu les renouveler. Tel chamj m'a rapporté le double de ce que rapportait le champ voisin ; mais la main-d'œuvre m'avait coûté le triple, et j'étais en perte d'un tiers. Que diriez-vous d'un médecin qui ne tiendrait pas compte du tempérament sur lequel il agit ? C'est le cas de nos professeurs.

« Je suis devenu agriculteur comme je suis devenu homme, par mon travail et à mes dépens. Dans quel-»

1^*0 En CHA8SK.

qiifts cas j'ai innov»';, dans beaucoup d'autres je suis revenu pur(;ment et sinnplemerit h la routine. Il y a des progrès en agriculture qui ressemblent beaucoup à nos progrès [)oli tiques : ils appauvrissent. La science moderne a tranché superbement des questions qui sont loin d'être résolues. On commence k voir que de vieux procédés, abandonnés et méprisés comme absurdes, étaient au contraire salutaires et essentiels. Savez-vous ce qui nous arrive en ce moment? la qualité du blé s'altère. Une même quantité de blé pèse moins qu'autrefois, et nous nous demandons si nous ne finirons pas par avoir la maladie du blé comme nous avons eu celle des pommes de terre. Il se peut fort bien que nos inventions en soient la cause. Sans être agriculteur, vous avez entendu parler des effets du déboisement; c'est un désastre. On s'était dit : « Les arbres sont comme les moines, t des fainéants. Arrachons les arbres, mettons du blé à la « place ! » Oui, mais la température n'est plus la même. A la place des arbres nous avons des blés maigres que la pluie noie, que le soleii brûle ; à la place des moines nous avons le paupérisme et son neveu, le socialisme.

« Toutefois je ne regrette pas mes expériences ; je le* pouvais faire, je les devais faire. Toutes ont eu un résultat consolant. Heureuses, elles ont profité à tout le monde ; malheureuses, elles n'ont coûté qu'à moi. Le sol ici n'est pas riche. Il y avait des landes dont il semblait impossible de tirer parti. Rien n'y réussissait. Après beaucoup d'essais infructueux, et qu'un grand propriétaire seul pouvait se permettre, j'ai fini par

Bfr CHASSE.

planter des arbres étrangers, apportés la plupart à grands trais d*au delà des mers. Ils viennent bien ; nous pouvons les considérer maintenant comme acclimatés. J'en donne à mes voisins, et d'ici à quelques années toutes nos landes ea seront couvertes. Ceci est un vrai progrès. Il a coûté cher et j'en ai fait seul les frais, mais j'ai accompli un devoir de ma situation. Le château seul peut et doit être la ferme-école du pays, t — Ah ! m'écriai-je, voilà parler I »

Page 1