‹ Ça et la (volume 2)Chapitre 25 sur 100 · ON VIENT AU PARTI PRÊTRE · texte numérisé non relu

ON VIENT AU PARTI PRÊTRE

itous pensions qu’Oscar nous bouderait, mais il était de la rare espèce des libéraux qui permettent qu’on les contredise. Au relais suivant, il reprit lui-même de trèsbonne grâce la conversation.

Il nous confia qu’il était du mouvement, et qu’il s'en donnait beaucoup dans le quartier Saint-Denis pour faire nommer un député favorable à la reforme électorale. Nous répondîmes que c’était fort bien employer son temps.

ÉTUDE DE BOURGEOIS

« Et qu'est-ce que vous attendez de la réforme ? lui demanda Étienne.

« — D’abord, dit-il, ce sera plus juste; car depuis mon mariage je suis électeur, mais auparavant' je ne l’étais pas; cependant j’entendais les affaires politiques aussi bien qu’aujourd’hui. Ensuite le commerce ne va pas, et j’ai dans l’idée que la réforme produirait un certain remuement qui le fçrait marcher.

« — Pour le remuement, dit Étienne, comptez-y.

« — En troisième lieu, continua notre homme, je trouve que la France n’est pas à son rang. Il nous faut la frontière du Rhin. Une Chambre nommée à la suite de la réforme amènerait M. Thiers au ministère ; avec lui nous aurions bientôt récupéré nos limites naturelles

« — Croyez-vous ? dit Etienne.

« — Parbleu, dit Oscar, ces pays-là ne sont pas contents d’être prussiens. Nous n’avons qu’à leur faire signe, et ils viennent à nous. Ma femme en est, elle peut vous le dire. Pas vrai, Glantine ?

a — Oh! s’écria Églantine, Fife la Vrance!

« — Et en outre, poursuivit Oscar avec un sérieux admirable, le parti prêtre empiète , il est temps de lui donner une leçon. C’est ce que nous ferons avec la réforme.

« Voilà l’essentiel, dit Étienne, mais c’est le plus difficile.

« — Bah ! fit Oscar, nous en viendrons bien à bout.

« — Certainement, reprit Étienne; pourtant il y a une difficulté à laquelle vous ne songez pas. Qu’est-ce que c’est que le parti prêtre? Où est-il?

ÉTUDE DE BOURGEOIS

« — Oh ! oh ! dit Oscar, nous saurons le trouver.

« — Sans doute, dit Étienne, mais vous ne pouvez pas dire où il est, ni ce qu’il est. Ayez la bonté de m’apprendre ce que vous a fait le parti prêtre et ce que vous lui ferez? Voulez-vous démolir les églises?

« - Oh !

« — Prétendez -vous empêcher les curés de dire la messe ?

« — Par exemple !

« — Et les bedeaux de sonner les cloches ?

« — Nullement.

« — Et les enfants d’apprendre le catéchisme?

« — Non.

« — Et vos voisins d’être baptisés, mariés, enterrés ?

« — Pas davantage.

« — Alors que reprochez-vous au parti prêtre, et, encore une fois, que lui voulez-vous? »

Oscar se recueillit, et d’une voix fière, il s’écria :

« Je veux l’empêcher de faire reculer la civilisation moderne.

« — Il fallait le dire, reprit Étienne. Mais qu’est-ce que c’est, la civilisation moderne ? »

Oscar parut embarrassé. Quoique possédant assez son journal, il n’était point de ces foudroyants qui sont toujours en mesure de réciter un premier-Paris sur la civilisation moderne. Après quelques efforts il jeta sa langue aux chiens.

« Allons, monsieur, dit-il de bonne humeur, vous voulez me faire poser. »

ÉTUDE DE BOURGEOIS

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