E L’APOSTOLAT MILITAIRE
Ce colonel était bel et bien un très-brave et illustre .général, et je lui rends grâce ici de notre dîner.
Sans lui, qui sait si nous aurions eu seulement l’omelette? Nous eûmes poisson, légumes, crème, un festin ! Mais, en vérité, Général, je vous remercie encore plus de la bonne leçon que avez donnée à vos convives et à votre hôte d’un moment. Ils en avaient grand besoin, et ce serait leur rendre service d’y revenir. Ah ! Général, quel bien vous faites partout où vous passez, rien qu’en vous montrant si simplement et si vraiment chrétien ! La vanité de ces petits bourgeois et les hauts sentiments qu’ils ont d’eux-mêmes ne leur permettent pas pourtant tout à fait de se comparer à vous, et leurs journaux n’ont pu leur persuader, c’est bien étonnant, qu’il faut plus de génie pour vendre des bas ou débiter un fromage que pour prendre une ville d’assaut. Ils respectent encore l’homme qu’ils voient passer sur un cheval de guerre, l’arme au côté, des croix sur la poitrine, des blessures sur le visage, le commandement dans les yeux. Cet
•ETUDE DE BOURGEOIS
homme, c’est le dévouement, c’est la gloire, c’est l’autorité, surtout c’est la force. Si cet homme était chrétien, comme vous l’êtes, Général, et respectait Dieu publiquement, le bourgeois serait moins volontiers esprit fort ; et, par suite, il y aurait moins de ces misérables qui, au moment donné, s’embusquent au coin des rues, à l’angle des fenêtres, sur les toits, derrière les cheminées, et de là, invisibles, féroces et lâches, font couler dans les ruisseaux le meilleur sang de la patrie.