‹ Ça et la (volume 2)Chapitre 38 sur 100 · LES FRÈRES PRÊCHEURS · texte numérisé non relu

LES FRÈRES PRÊCHEURS

l'ous ne pouvions pas quitter la ville sans avoir dit bonjour aux Dominicains. Ce sont laies curiosités et les monuments qui nous intéressent en voyage. Nous allâmes donc à leur petit couvent. On n’y trouverait pas grand’ chose à prendre si l’on confisquait les biens

monastiques ! A part la belle bibliothèque , donnée par un pieux et intelligent curé (les livres semblent chercher ces hommes), tout le mobilier ne vaut pas vingt-cinq louis. Dans la chapelle, qui est l’endroit somptueux de la maison, les statues sont de plâtre, les tableaux sont de papier ; les cellules, blanchies à la chaux, sont meublées de bois blanc. Tout cela d’ailleurs propre, en ordre, correct comme la vie monastique en général et la personne du R. P. Lacordaire en particulier.

Nous avions choisi notre heure, et nous trouvâmes les religieux réunis dans leur petit cloître, au nombre de quatre ou cinq, tous profès, si je ne me trompe. Nous causâmes. Ce ne sont plus les Chartreux ; c’est une autre vocation, une autre gravité, une autre paix, mais c’est le même cœur. Les Frères Prêcheurs ont besoin de mieux savoir ce qui se passe dans le monde ; ils le savent et n’en sont pas plus tentés. Les Chartreux combattent comme Moïse, les Dominicains comme Josué : ils sont un des corps guerriers du royaume de la Paix. Mon Dieu ! le monde ne saura-t-il donc jamais vraiment ce que tous ces hommes lui veulent et par quels conseils de courage, de dévouement, d’amour, ils ont quitté leur famille et les voies communes de l’activité humaine ? Les Dominicains tiennent de leur restaurateur en France un certain esprit patriotique dont la ferveur se fait bientôt sentir dans leurs discours. Ce n’est pas du chauvinisme, ce n’est pas du républicanisme, ce n’est pas du libéralisme, ni aucun de ces détestables ismes qui abondent dans la liste des folies du temps ;

c'est une ardeur toute particulière de la gloire de la France, un désir quasi immodéré de la voir à la tête des nations. Ils seraient bien fâchés que le drapeau du Christ parût mieux en d’autres mains que dans les nôtres, et, pour tout dire, ils ne pensent pas que cela puisse arriver jamais. Ils croient un peu que le bon Dieu a fait quelque partie serment de choisir toujours pour porte-étendard quelque citoyen des Gaules. Un de ces jeunes et aimables religieux nous confia ses espérances. Il voyait un grand réveil catholique de notre patrie;. la France reprenant son rôle et son epée de fille aînée de 1 Église, redevenait le bras et le bouclier de saint Pierre. Moyennant cet outil, il affranchissait l’Irlande, délivrait la Pologne, assainissait la Russie par une croisade et le reste du monde par des missions. Je laisse à penser si saint Dominique y jouait un petit rôle ! Du reste, chacun avait sa grande part ; notre apôtre n’entendait point faire de jaloux. Il nous avait tout échauffés de sa belle flamme, et nous étions disposés à ouvrir immédiatement la campagne.

« Mais, cher père, les difficultés abondent, elles commencent à la porte de votre cloître, et elles ne sont pas minces !

(( Qu’importe, si nous savons être saints et si nous

pouvons être martyrs? Il y a quelques années, la France semblait un corps mort dans le jardin de l’Église. Cependant voyez combien de branches flétries reverdissent, combien de branches arrachées renaissent ! Pourquoi le tronc tout entier ne ressusciterait-il pas? »

Au fait .

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