‹ Ça et la (volume 2)Chapitre 41 sur 100 · COMMENT DIEU FAIT TOUT · texte numérisé non relu

COMMENT DIEU FAIT TOUT

Soyons justes ; cette ville ne se montre pas trop fâchée de ce qui lui arrive. Elle n’y a pas fait d’insurmontables difficultés. Contre tant d’entreprises catholiques l’on ne vit rien de plus fort que les espiègleries municipales dont j’ai parlé, et ces espiègleries ne furent pas extrêmement goûtées de tout le monde : elles parurent un peu brutales, quelquefois même un peu bêles. En

RÉSURRECTION ü’UNE VILLE. 1 SI

somme, il en résulta moins de mal que de bien sur des esprits que le bon sens gouverne et sur des cœurs qu’il plaisait à Dieu de toucher. Après vingt ans le changement est merveilleux; il s’accomplit sans secousse, imperceptiblement, naturellement. Dans l’infinie mesure de sa miséricorde pour les hommes, Dieu semble prendre soin de ménager leur amour-propre. Sauf en quelques circonstances extraordinaires, il ne brise pas les volontés; il les tourne, il les fait fléchir; sa toute-puissance nous attire et ne nous traîne pas. Nemo tam pater! dit Tertullien. Il suggère à des enfants rebelles tous les mouvements et tous les motifs qui peuvent le porter à lui demander pardon, s’industriant, ô bonté ! pour les contraindre à revenir d'eux-mêmes. Revenus, il les récompense, comme s’il n’avait pas été les chercher sept fois et septante fois sept fois.

Industrie adorable, qui évite en même temps de blesser l’esprit égaré et d’enorgueillir l’esprit resté sage. L’humilité pourrait sombrer dans le triomphe trop prompt et trop éclatant. Le chrétien attribuerait à son éloquence, à son génie, à ses œuvres, ce qui n’est qu’une récompense de sa foi. « C’est moi, dirait-il, qui ai vaincu cette raison, changé ce cœur, surmonté tous ces obstacles. » Il s’enflerait de ses conquêtes, et il serait perdu. «A quoi bon, pensaitMoïse dans le désertdeSim, m’astreindre à toutes ces pratiques que Dieu m’impose? Quel besoin ai-je de parler au rocher, pour qu’il s’ouvre et nous donne de l’eau, quand j’ai dans la main le rameau merveilleux qui change la pierre stérile en fontaine d’eau vive ? » Il frappe et l’eau jaillit du rocher,

RÉSURRECTION d’üNE VILLE.

parce que Dieu voulait faire grâce au peuple ; mais Moïse, qui n’a pas obéi, sera puni de sa victoire. I) reconnut sa faute ; c’était Moïse. Combien d’autres s’entêteraient dans leur orgueil !

Tout en comptant leurs jours parleurs triomphes, nos amis n’eurent pas sujet de s’estimer grands vainqueurs. Plus d’un succès qu’ils n’avai.ent pas poursuivi, fut la conséquence d’un échec qu’ils s’étaient efforcés de prévenir. Plus d’une manœuvre jugée bonne, lentement mûrie et soigneusement exécutée, fut inhabile, et cette inhabileté, regrettée longtemps, était précisément, sans qu’on le sût, le chemin qu’il fallait prendre. A ces mécomptes, à ces chutes, à ces revers, ils gagnèrent, ce qui vaut mieux que le succès, la sagesse de se reconnaître impuissants par eux-mêmes, invincibles avec le secours de Dieu. Cela n’est pas nouveau dans l’Église : c’est l’histoire de tous les ouvriers d’Évangile, petits et grands, et saint Paul l’a écrite en deux mots : Quand je succombe, cest alors que je suis fort... Je peux tout en Celui qui me fortifie. Mais chaque homme a besoin de l’apprendre, chaque homme doit récolter la vérité, pain de l’âme, comme le grain, pain du corps, à la sueur de son front. Nos amis l’apprirent : ils devinrent forts, ils restèrent humbles. Fecit mihi magna qui potens est , et lanctum nomen eius

Page 1