‹ Ça et la (volume 2)Chapitre 92 sur 100 · CONCLUSION CONTRE LE PUBLICISTE OIBOU · texte numérisé non relu

CONCLUSION CONTRE LE PUBLICISTE OIBOU

Et puis, qu'importent tous les miracles extérieurs? Qu’on en produise de faux, c’est un crime ou une sottise ; qu’on nie en masse les miracles et la possibilité des miracles, c’est une absurdité manifeste, et voilà tout. Je me demande ce que M. Gibou prétend prouver par ces faits si puérilement rassemblés et si maladroitement contestés. Il croit en Dieu créateur et rédempteur, ou il n’y croit pas. S’il croit, qu’il se mette à genoux, qu’il honore les saints, qu’il obéisse à 1 Église. S il ne croit pas, qu’avons-nous à faire de ses enseignements, nous qui croyons ? Quel profit attend-il de ses objections niaises? Il parle de son respect. Le respect, c’est d’adorer ! Il se trompe étrangement s’il pense qu’il nous fera recevoir ses frivoles arguments contre nos croyances parce qu’il leur tire, en passant, son chapeau. Il n’espère pas séduire les chrétiens instruits; il sait que les chrétiens ignorants ne le lisent guère, et que ce sont surtout ceux-là qui se trouvent, peut-être avec raison,

DES MIRACLES

continuellement enveloppés et pour ainsi dire revêtus de miracles. A qui en veut-il? A la masse prétendue éclairée. Cinquante années de révolutions l’ont rendue hostile ou indifférente aux choses de la religion, mais en elle fermentent comme un levain inconnu ce souvenir oublié du baptême, cette aptitude à croire, ce besoin de trouver Dieu auquel les peuples échappent encore moins que les individus. Voilà le danger qui oblige le publiciste Gibou d’aiguiser sa rhétorique : il cherche des paroles pour conjurer la mer qui monte, pour glacer la sève qui revient.

Hélas! ami Gibou, combien il faut que vous soyez audessous de cette tâche pour que vous n’en désespériez pas! Raisonnez donc, cher homme : si la religion avait besoin d’inventer des miracles, il serait fort inutile de la combattre, attendu qu’elle serait morte déjà; et, si elle n’invente point ceux qu’elle proclame, 'il est fort inutile encore que vous les contestiez, vous qui n’avez que voire logique à leur opposer.

Vous ne luttez pas seulement contre des faits évidents, palpables, permanents, autrement éloquents que vous et moi : dans le cœur de l’homme aussi les miracles abondent, et quiconque, de bonne foi, se considère, devient pour soi-même un vivant miracle. En vérité, Gibou, l’homme qui vous parle en ce moment vous a ressemblé. Il a été sourd, et il a entendu; aveugle, et il a vu; paralytique, et il a marché : il était mort, une parole d’en haut l’a fait revivre. Le bois sec sur lequel j’écris reverdirait soudain, reprendrait sa sève, ses feuilles, ses fleurs, que ce prodige n’égalerait pas les miracles accom-

DES MIRACLES

plis dans une âme revenue à Dieu ; car là aussi la vie remplace la mort, la tige desséchée reverdit, se couvre de fruits, s’élance vers le ciel. Voilà quels faits ravissent des milliers d'intelligences, tandis que vous refourbissez vos vieux arguments; voilà ce que vous vous avez à combattre! Vous travaillez à nous prouver que nous ne pouvons pas croire; vous êtes eu arrière de plusieurs années ; votre tâche est maintenant de nous prouver que nous ne croyons pas.

Continuez pourtant, puisqu’il paraît que {Dieu vous y condamne; agitez ce vieil arbre catholique toujours couvert d’une graine féconde : plus la tempête sera forte, plus la semence ira loin.

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