LIVRE LI
ÉTUDE DB BOCrâ-GEOIS (t*C7)
LA UEKKIÈRE nÉLldiKCZ'
iBENONs les diligences pendant qu'il en. etiâle encore.
Nos neveux nous plaindront de n'avoir connu que Teitfance des locomotives. Sur des machines perfectionnées ils fourniront en un clin d'œil des courses où nos pères mettaient un mois et qui nous demandent encore un jour. Ils parleront des diligences comme nous avons parlé du coche, avec une compassion méprisante. Nous comprendrons alors pourquoi les vrais voyageurs, race disparua.
ont tant regretté le coche. Quel était donc le charme du coche ?
Sur un cheiBïn montant, sablonneux, n>alaisé, Six forts chevaux tiraient un coche.
C'était cela; c'était le charme du voyage. On voyait du pays. Trente lieues faites, on était en pleine nouveauté de costumes, de mœurs, d'usages. On avait joui du chemin, on s'était fait des amis.
Sur les anciennes routes une foule de gens vivaient du voyageur. Les uns arrachaient de sa compassion quelques oboles, les autres lui vendaient un fruit de leur climat, un objet de leur iadustrie. Le chemin de fer a mis tout en régie et en monopole. Vous n'avez plus la consolation de donner un sou à l'aveugle et à l'estropié ; les singularités qui amusaient l'esprit et les yeux disparaissent, comme les petits spectacles qui attendrissaient le cœur. Que la plate et uniforme commodité de la station remplace mal les pittoresques diversités du relais ! Vous étiez libre dans la diligence ; en prenant votre billet au chemin de fer, vous faites un pacte d'esclavage. Vous voyagez sous la loi de deux geôliers, le règlement et le tarif, avec une main- forte d'employés partout. Vous ne descendez un instant que pour retrouver Paris, la boutique de Paris, l'employé de Paris, la librairie, l'imagerie, la pâtisserie et la fourberie de Paris. Vous êtes condamné à ne plus sortir de Paris. 11 n'y a plus de grandes routes, il n'y a que des lignes d'omnibus démesurées.
Plus de compagnons de voyage ! Des gens enfermés dans un wagon, bien à leur aise, n'ont pas besoin de se
gêner les uns pour les autres et ne prennent pas la peine d'être polis. Chacun tire son journal ou son livre, et adieu la conversation. Que de bêtises gaies noyées dans la bêtise morne !