‹ Ça et la (volume 3)Chapitre 48 sur 74 · EN L HONNEUR UU PROGRES · texte numérisé non relu

EN L HONNEUR UU PROGRES

de l'orgueil et de la chair. Dieu retournera contre ces fausses divinités le marteau protestant et révolutionnaire qui, à deux reprises en trois siècles, a mutilé les chefsd'œuvre des âges de foi. J'avoue que, si je suis là, je laisserai faire.

a J'ai vu quelques douzaines de brutes grimper ao faîle des églises de Paris, abattre les croix qui couronnaient les saints édifices et les traîner ensuite dans les ruisseaux. La garde nationale, l'arme au bras, assistait tranquille à ce spectacle, dont le souvenir me fait pâlir aujourd'hui. Jésus Sauveur, pourquoi ne vous connaissais-je point? Peut-être que dans ma foi j'aurais trouvé le courage de m'agenouiller au milieu de cette foule et d'adorer en sa présence votre croix outragée.

« Il me semble qu'à présent je le ferais ; j'espère qae d'autres le sauraient faire. Certes, ce serait noblement el utilement sacrifier sa vie que la livrer pour défendre la moindre croix de pierre ou de bois qui s'élève au détour du chemin le plus isolé ! Mais mourir au profit de la statue d'un grand homme, celle de Kléber ou celle de Poisson , que l'on vient de déifier à Pithiviers. . . , tranchons le mot, ce serait bête ! Tout le monde, le moment venu, s'en fera l'aveu. Que nous importe Kléber? que représente Poisson ? Il a, dit-on, laissé un bon Mémoire sur les effets de queue au billard. C'est la belle assise du monument que lui a consacré la patrie des pâtés d'alouettes. Je loue les souscripteurs; mais, quand ces amoureui, de la gloire auraient dédié leur monument à l'inventeur des pâtés d'alouettes lui-même, cent fois plus leur illastrateur et leur bienfaiteur que Poisson, ce serait encore

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une grande sollise, et indigne de leur esprit avisé, de s'exposer à recevoir un mauvais coup pour empêcher le Poisson de bronze d'être fondu.

« Il est florissant, ce culte des « grands hommes » qui ont enlevé un corps de garde, inventé une mécanique, faufilé des sophismes, carillonné des rimes; il efface quasi le culte de Dieu et des saints ! Mais, pour le perpétuer, personne ne voudra mourir : il finira par un coup de foudre ou par an coup de sifflet.

« Amen ! »

0 CRirX AVE.

1 DUT en devisant de la statue de Gutenberg et de cdDe de Poisson, sans négliger le buste du maréchal de camp Renard, qu'on est en train de couler pour orner la mairie de Chignac, nous arrivâmes devant la cathédrale. Dieu me garde d'essayer une description de cette merveille ! Mais, là, Cyprien nous apprit comment la croix de mission fut enlevée du parvis en 1830. Cette histoire mérite de n'être point oubliée.

La croix de mission off"usquait les protestants de Stras- ^

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bourg, qui ne sont pas de petites gens, et les libres penseurs, protestants perfectionnés, qui donnent la main aux autres toutes les fois qu'un intérêt catholique est en jeu. Les uns et les autres trouvaient que leur victoire de 1830 n'était pas complète si c-.i signe du fanatisme et de l'intolérance restait debaui; ils songèrent tout de suite à le renverser. Le préfet n'y voyait pas de mal, les autres autorités n'y voyaient que du bien. Cependant il fallait quelque prudence. Il y avait aussi des catholiques à Strasbourg. Mon Dieu ! du peuple, de la populace, mais enfin des hommes, et en certain nombre, et qui tenaient à cette croix, et qui montraient des bras nerveux, disposés à ne pas chômer en cas d'insulte à leur croix. Il parut nécessaire de procéder honnêtement pour procéder pacifiquement. On fit valoir le courant de l'opinion, la nécessité, l'intérêt de la paix publique ; on obtint l'assentiment du clergé. Le peuple ainsi calmé, jour fut pris.

On appela des charpentiers. Tous étaient catholiques : ils refusèrent, quelque raison que l'on pût alléguer quelque salaire que l'on pût offrir. Enfin on leur dit : « Si vous ne le faites pas , des ouvriers prostestants le feront. » Ils craignirent des profanations et se décidèrent alors.

Ils vinrent au nombre de vingt-quatre, en procession, graves et tristes. Ils se prosternèrent devant la croix et l'adorèrent en chantant des prières. Ensuite, avec beaucoup de précautions et de respect, gardant le silence ou parlant à voix basse, ils déplantèrent l'arbre du salut. Lorsque la croix fut étendue sur le pavé, ils l'adorèrent de nouveau, baisant les pieds, les mains et le flanc ouvert

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du Sauveur. Puis, ayant chargé sur leurs épaules ce précieux fardeau, ils le portèrent processionnellement à l'endroit où il devait être déposé et conservé dans la cathédrale, en attendant le jour qui viendra.

Et, traversant la foule accourue pour assister à cette défaite des catholiques et pour s'en réjouir, ils se retirèrent, les yeux mouillés de larmes, le front haut.

LA M E r. E D UN K V K Q UE.

iYPRiEN nous a rapporté d'autres traits de la piété de ces bons catholiques d'Alsace. Je les redirais tous si je savais écrire comme il sait parler. Il a une grâce de Dieu pour dire ces choses qu'il a vues, et qui ont été dans son cœur autant de flèches de l'amour divin ; car, étant protestant, ou plutôt ignorant, il avait besoin de croire, de prier, d'aimer, et ce fut par là qu'il commença de connaître la foi, la prière et l'amour. Je rapporte encore une de ses anecdotes, pour montrer ce que sont les humbles enfants de l'Église.

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Monseigneur l'évèque actuel de Strasbourg, l'un des prélats les plus savants de France, est né dans les environs de Schlestadt. Ses parents sont des paysans riches, bons catholiques.

Lorsqu'il visita pour la première fois, étant évêque, son lieu natal, ce fut au milieu d'une pompe improvisée, toute rustique, d'autant plus belle et touchante. Le peuple et le clergé lui formaient un digne et sympathique cortège. On chantait et on jetait des fleurs. Hosannah ! Benedictus qui venit in nomine Domini l II bénissait la foule agenouillée sur le bord des champs, lui envoyant de la main, de la voix et du cœur, le salut des évêques ; La paix soit avec vous !

Tout à coup on vit s'avancer la mère du pontife, la vénérable madame Rœss. En présence de cette foule, qui s'arrête et qui se tait, elle s'adresse à son fils, et, dans une courte harangue, lui rappelle, non sans force et sans majesté, les devoirs de son nouvel étal. Elle lui dit qu'il est évêque pour donner le bon exemple, pour combattre le démon, pour conduire à Dieu le peuple de Dieu. Tant qu'elle voulut parler le pontife écouta, plein d'émotion et de respect. Ayant fini, elle se mit à genoux :

« Maintenant, dit-elle, Monseigneur, donnez-moi votre bénédiction. »

L'évèque, pleurant, bénit sa mère.

Voilà ce que fit cette paysanne, en toute simplicité, et certainement sans se douter qu'il y eût là rien de ^rand ni qu'elle était sublime.

M. deBonald, l'auteur delà Législation primitive, non moins vénérable par ses vertus qu'illustre par ses talents,

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s'agenouilla silencieusement devant son fils la première fois qu'il le vit en habit épiscopal. Il ne lui tll point de discours; il n'y aurait pas mis l'ingénuité de la bonne et respectable madame Rœss.

LF.S PELERINS.

Il y a de ia vie religieuse en Alsace. Les catholiques fréquentent les sacrements et prient sans respect humain. Le dimanche, les paysannes vont faire de petits pèlerinages aux environs de leur bourgade en récitant le Chapelet. On les voit à genoux devant les croix de pierre qui bordent les routes. Sur les chemins qui mènent à Marienthal *, le plus célèbre sanctuaire du pays, des groupes et même de longues files de pèlerins passent sans cesse, chantant les litanies. Plusieurs vont pieds nus. Un petit bissac, contenant les maigres provisions du voyage, indique souvent qu'ils sont pauvres et qu'ils viennent de loin. D'autres entourent une charrette dans laquelle ils conduisent un malade que les médecins ont abandonné. Ils vont contents et remplis d'espérance, ils reviennent guéris ou remplis de résignation, ce qui est

1 Mon très-cher ami, M. le vicomte Théodore de Bussière, a donné une savante notice sur ce pèlcrina|;e si vénéré.

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une guérison aussi, et la plus difficile. Oh ! comme ces simples chrétiens écrasent sous leurs pieds poudreux la superbe méchante de l'incrédule !

Nous vîmes à Marienthal une pauvre vieille qui était venue vers la sainte Vierge à cause de son fils, soldai en Afrique, dont elle n'avait point de nouvelles. Elle s'en allait consolée, après avoir demandé pour son enfant une bonne vie ou une bonne mort ; c'était un voyage de plus de vingt lieues qu'elle faisait pieds nus, sans autre ressource que son courage et la charité du prochain. Je le répète, elle était consolée, elle goûtait toute la consolation possible au cœur d'une mère dont le fils est absent. Elle avait déposé se& peines dans le sein de la Vierge Marie, de Celle qui vit son Fils expirant sur la croix Que pourraient davantage pour cette pauvre femme toute la philosophie et toutes les institutions démocratiques du monde ? La philosophie pourrait lui ôter son cœur, les institutions démocratiques ne lui rendraient pas son fils.

Hélas ! nous étions plus riches que cette paysanne, nous autres ; nous étions venus à Marienthal dans une bonne voiture appartenant à l'un de nous, et nous avions fait la roule rapidement, sans fatigue, traînés par deux chevaux de race. C'était plus que les philosophes et les ; démocrates ne donneront jamais aux pauvres, en compensation du Dieu qu'ils veulent leur enlever; et cependant nos cœurs étaient pleins d'angoisses. Nous avions à demander quelque chose aussi que ne pouvait pas nous donner le monde : l'un la santé d'une épouse, les autres la santé d'une sœur. Peu confiants dans l'art des

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